Manchester City : l’autre meilleure attaque d’Europe ?

Spectaculaire, la rencontre entre Manchester City et Monaco a été l’occasion de constater une nouvelle fois la capacité des équipes de Pep Guardiola à produire du jeu. Les chiffres vont d’ailleurs dans ce sens : si l’ASM est la meilleure attaque d’Europe (et de loin) en terme de buts marqués, ce sont bien les Skyblues qui sont n°1 selon les Expected Goals (qui donnent une idée de la « production offensive ») sur les 5 principaux championnats européens (Premier League, Bundesliga, Liga, Serie A et Ligue 1).

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Manchester City est en tête en terme de xG/match et de xG/tir. Traduction : l’équipe se crée à la fois beaucoup d’occasions et celles-ci sont en général de grande qualité. Seul problème pour les Skyblues, l’efficacité devant le but. Avec la Roma et l’Inter, ils sont ceux qui sous-performent le plus par rapport à leur xG total. Un manque de réalisme qui leur a joué plus d’un tour cette saison.

Au passage, notons que le tableau ci-dessus montre que si Monaco est en retrait en terme de quantité d’occasions (16ème xG/match), l’équipe de Jardim est aussi dans le top 5 européen (5ème) en terme de qualité (5ème xG/tir). Un chiffre qui peut en partie d’expliquer leur finition incroyable qui tient depuis le début de la saison… même si celle-ci reste une anomalie vu les différences des autres équipes en réussite (Barcelone, Real Madrid, Bayern Munich et Arsenal).

Au-delà des statistiques, il y a ce qu’il se passe sur le terrain. Or la dernière sortie de Man City en Ligue des Champions montre bien pourquoi son attaque tourne aussi bien. Mis en difficulté par le pressing de Monaco, les Citizens ont tiré moins de fois au but que leurs adversaires (10 tirs à 15) mais ils ont fait la différence sur la qualité des occasions obtenues. A la fin du match, leur xG/tir s’élevait à 0,283 (!!) contre 0,125 pour les Monégasques.

Cela explique aussi pourquoi City a été aussi réaliste (ce qui est peut-être une première cette saison) : ses attaquants ont été mis dans d’excellentes positions pour marquer. Sur 3 de leurs 5 réalisations, les buteurs n’avaient même plus qu’à pousser le ballon au fond des filets (Sterling, Stones et Sané). Seul Aguero a dû s’employer et faire parler ses talents de buteur, bien aidé il est vrai par les erreurs de Subasic (faute de main) et Sidibé (marquage sur corner).

Manchester City s’est aussi crée énormément de situations, auxquelles il ne manquait plus grand chose pour se transformer en grosses occasions. Certaines ont directement découlé de l’approche tactique ambitieuse des Monégasques. Ces derniers ont voulu presser, notamment en première mi-temps, et se sont parfois faits prendre par la qualité des sorties de balle adverse.

On avait évoqué le sujet avant la rencontre, en reprenant les mauvais exemples du PSG ou de Nice. Lorsque City a réussi à déjouer le pressing de l’ASM, l’équipe a presque à chaque fois réussi à atteindre la surface de réparation adverse. Un jeu rapide efficace que l’on a aussi retrouvé sur des contres-attaques, l’une d’elles menant à la première égalisation des Skyblues (2-2, Aguero).

Savoir jouer les transitions est une chose. Mais pour une équipe qui a le ballon la majeure partie du temps, le plus important est de savoir manoeuvrer un bloc regroupé. En l’occurrence face à Monaco, Manchester City a déployé une palette offensive très large… tout en répétant des concepts très simples (surnombre à la relance, utilisation de la largeur, conduite de balle, 3ème homme…).

Rappel sur l’adversaire : le 4-4-2 monégasque 

Si Monaco défend en 4-4-2, la formation de Leonardo Jardim est loin des modèles présentés par Leicester, l’Atletico Madrid ou Villarreal (meilleure défense d’Europe cette saison) sur les derniers exercices. Quand ces derniers prônent une défense de zone, les joueurs de l’ASM défendent beaucoup en fonction de la position de l’adversaire. Cette approche a un avantage : elle permet de maintenir une certaine pression sur celui-ci et de mettre beaucoup de présence autour du porteur et des solutions courtes qui s’offrent à lui.

Contre City, les Monégasques ont poussé cela à l’extrême. En Ligue 1, les latéraux restent souvent alignés avec la charnière, de manière à protéger la profondeur quitte à laisser un peu de champ dans les couloirs. Face à Man City, Mendy et Sidibé ont au contraire défendu de manière très agressive. Ils se sont parfois retrouvés à chasser Sané et Sterling au niveau de la ligne médiane.

Comme tout système, cette défense orientée sur l’adversaire a ses défauts. Le risque n°1 est de voir l’équipe perdre sa structure défensive au gré des déplacements et de la possession adverse. Souvent, plus le temps de jeu s’allonge et plus les espaces entre les joueurs risquent de s’accroître, l’équipe pouvant finir par perdre sa cohésion.

1ère option : attaquer l’espace entre Bakayoko et Fabinho 

C’est précisément sur ce premier point que Manchester City a voulu insister. Privés d’espace pour construire sur les côtés, les Skyblues ont effectué leurs premières approches en trouvant directement Sergio Aguero. Pour cela, il fallait réunir certaines conditions, à savoir :

  • créer l’espace : suivis par Fabinho et Bakayoko, Silva et De Bruyne s’excentrent afin d’embarquer les 2 milieux axiaux de chaque côté et agrandir l’intervalle entre eux.
  • utiliser l’espace : les défenseurs font tourner le ballon afin de se sortir du cadrage des attaquants monégasques puis d’exploiter cet intervalle pour toucher directement leur avant-centre.

Beaucoup plus présent dans le jeu qu’à l’accoutumée, Aguero a été un indicateur des temps forts/faibles de City dans le match. Malgré des difficultés en 1ère mi-temps, il a servi plus d’une fois de point d’appui pour la libération d’un 3e homme face au jeu. Le bon positionnement de ses partenaires faisait le reste ensuite, avec toujours un créateur dans le half-space (Silva, De Bruyne) puis un ailier dans le couloir afin d’apporter largeur et profondeur (Sané, Sterling).

2ème option : qualités individuelles et utilisation de la largeur

Deuxième option offensive face à un bloc-équipe replacée : faire la différence sur les côtés malgré les espaces réduits par l’adversaire. Guardiola s’en est remis au talent de ses joueurs de couloir (Sané et Sterling). Sané a été l’attaquant le plus actif de City de ce point de vue avec 7 dribbles tentés pour 4 réussis, dont 2 sur l’action qui a permis à son équipe d’ouvrir la marque.

Autre solution pour les Skyblues dans les couloirs : réussir à en ressortir rapidement pour renverser le jeu sur l’autre ailier. Le 4-4-2 de l’ASM se déplaçant comme un seul homme sur la largeur, ce dernier pouvait bénéficier de beaucoup d’espaces s’il était touché depuis une transversale.

3ème option : la conduite de balle face à un ASM fatigué 

C’est un aspect souvent oublié du jeu de position : à défaut d’être capable de casser une ligne par la passe, le porteur de balle peut faire la différence en attaquant l’espace devant lui (pour peu qu’il en ait). Xavi l’avait expliqué il y a quelques mois, la citation a depuis été reprise un peu partout.

« Les défenseurs centraux ont le ballon et l’un d’eux est libre, car on a toujours un défenseur de plus que les attaquants adverses. Dans ce cas, Puyol monte avec le ballon jusqu’à ce qu’un adversaire vienne s’opposer à sa progression. Si cet adversaire était le joueur à mon marquage, alors je deviens l’homme libre. Si cela avait été celui au marquage d’Iniesta, alors Iniesta était l’homme libre. »

Face à Monaco, ces conduites de balle ont fait la différence en 2ème mi-temps en faveur de l’équipe anglaise. Anodine à première vue, la sortie de Fernandinho au profit de Zabaleta (62e) a d’ailleurs contribué à ouvrir le terrain aux défenseurs.

En phase de possession, City s’organisait depuis le début de la rencontre en 3-4-3. Latéral droit, Sagna restait à hauteur de Stones et Otamendi en tant que 3e relanceur. Fernandinho alternait lui entre un rôle de pur latéral droit et un travail de 2ème milieu de terrain aux côtés de Yaya Touré. En face, Monaco était organisé au départ avec Falcao et Mbappé pour gérer Stones, Otamendi et Touré.

La position de Sagna en 3e relanceur a fait que les deux hommes étaient naturellement assistés par Lemar, qui avait pour consigne de suivre son adversaire direct (latéral droit), peu importe sa position. Résultat, l’espace à couvrir pour Falcao et Mbappé ne s’étendait pas sur toute la largeur du terrain. Le jeune attaquant de l’ASM a en plus montré une vraie capacité à redoubler les courses et a couvert beaucoup d’espaces pour gêner la relance.

monaco-tableau

L’entrée de Zabaleta a redistribué les rôles. A l’inverse de Sagna, l’Argentin a évolué comme un vrai latéral et est resté dans son couloir. Il a de ce fait embarqué Lemar avec lui, faisant reculer le milieu monégasque. Lemar n’était donc plus destiné à compléter le travail de ses attaquants face aux 3 relanceurs adverses, désormais Otamendi, Touré et Stones. Conséquence, les distances à couvrir n’étaient plus les mêmes pour Falcao et Mbappé. Cette nouvelle configuration s’ajoutant à la fatigue, ces derniers ont plongé physiquement.

En possession, Manchester City s’est servi du nouveau relais offert par Zabaleta à droite pour sortir de sa moitié de terrain. La première passe allait dans sa zone afin de faire coulisser et reculer le bloc monégasque. Le jeu repartait ensuite à l’opposée où Otamendi se retrouvait dans une zone libre avec assez de champ devant lui pour progresser et attaquer le milieu adverse.

Face à une défense orientée sur l’adversaire comme celle de Monaco, ces ballons portés ont été très importants puisqu’ils ont provoqué des changements de marquage et in fine des décalages si la suite de l’action était bien négociée. Et sur ce point, un homme se dégage du côté de Manchester City.

David Silva, le fil rouge : 

Au coeur de cette palette offensive, David Silva est l’élément-clé du système. Toujours bien placé et disponible entre les lignes, il fait le lien entre les différences phases de construction que l’on a pu observer et la séquence de finition. Les statistiques ne se font pourtant pas l’écho de sa prestation face à Monaco puisqu’il n’a terminé la partie qu’avec une seule passe-clé au compteur sur phase arrêtée.

Pourtant, son omniprésence dans le jeu est indéniable. Souvent à l’avant-dernière passe, il a crée la majorité des décalages de son équipe, faisant fructifier le travail effectué en amont en prenant à défaut une défense exposée. Quand ses partenaires travaillent dans l’ombre, il allume la lumière et la dirige vers ses attaquants. Il a notamment terminé la rencontre en ayant tenté et réussi près de la moitié des passes de City à l’intérieur de la surface adverse.

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Les problèmes défensifs de City : pas une question d’équilibre

On connait tous la formule : « l’attaque fait gagner des matchs, la défense fait gagner des titres ». Manchester City est loin d’être un favori dans la course à la Ligue des Champions cette saison. Mais son attaque est évidemment loin d’être son principal problème (même si l’équipe peut manque de réalisme), sa structure offensive non plus.

Car lorsque City attaque, l’équipe n’est pas en situation de déséquilibre (sauf peut-être lorsqu’elle doit courir après le score). En couverture, les défenseurs sont toujours en supériorité numérique (3 pour 2, 2 pour 1 selon l’adversaire). Le problème se situe surtout dans la capacité de ces derniers à gérer cette couverture et les situations de supériorité qui en découlent alors qu’ils ont un grand espace à défendre entre eux et leur but.

Pour sa première saison en Angleterre, Pep Guardiola se retrouve pris entre deux : son attaque tourne déjà très bien, mais sa défense qui peine à progresser et se mettre au niveau requis par son système de jeu. Reste à connaître ses priorités pour y remédier lors du prochain mercato.


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4 réponses

  1. ENRGY dit :

    Je me sis régalé encore une fois! Vraiment, tes analyses sont un délice! FELICITATIONS

  2. favro laurent dit :

    Devant la qualité d’une telle analyse, un seul mot vient à l’esprit….MERCI…..Toutefois puis-je suggérer une relecture de l’extrait relatif à l’option n°2 «  » Vous semblez indiquer que MENDY auraît commis une faute de marquage sur STERLING. Pour moi, il a dû envisager/couvrir 2 situations- 1/ envisager le centre en retrait vers DE BRUYNE….. puis et également 2/ le centre direct vers STERLING d’oû son retard…….Par contre si LEMAR complétement passif depuis le début de l’action était redescendu au marquage de DE BRUYNE….MENDY ………..etc
    PS: avec cette relecture, si la responsabilité du but pourrait être réattribuée ou au moins partagée ….le reste de votre démonstration demeure lumineux .

  3. Moez dit :

    Merci pour l’analyse, question: pq Monaco n’a pas organisé son pressing-défense en 4-3-3?
    Jai pas trouvé l’animation défensive de Monaco tres bonne
    Je trouve qu’en positionnant Mbappé à gauche, falcao dans l’axe et Silva à droite, Monaco aurait mieux gêné la relance à 4 de MC, ensuite
    En 2nde ligne Fabinho-Baka-Lemar auraient mieux géré la largeur avec les décrochages de sané-sterling pour éviter de désorganiser La Défense
    On dit qu’en L1 Monaco ne fait pas monter les latéraux En L1 Pour défendre. C surtout le plan de Pep qui « oblige » les lateraux de monter pour que KDB et Silva prennent ensuite les ailes (Florent tu la tres bien expliqué dans une vidéo précédente)
    Quand j’ai vu La compo de monaco j’étais content car je pensais vraiment que le but était d’avoir un 4-4-2 muable en 4-3-3 mais dommage que Jardim n’a pas utilisé cette solution, il doit y avoir une raison, peut être garder Mbappé dans la zone de Otamendi car celui ci est lent?

  1. 21 mars 2017

    […] (Otamendi, Stones), d’autres apportent alors qu’on ne les attendait plus (Touré) et l’équipe a retrouvé une production offensive à laquelle il ne manque plus que les buts. Le rendez-vous est pris pour la saison […]

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