Expected Goals : dominer, tirer, gagner ?

Ce mois-ci, notre point statistique se penche sur plusieurs données. Dans un premier temps, nous allons utiliser la possession de balle et le Tir Ratio, afin de déterminer si le fait d’avoir plus souvent le ballon que son adversaire garantit celui d’avoir plus d’occasions. Ensuite, nous utiliserons les Expected Goals par Tir (xG.tir) dans le but de dégager les équipes qui parviennent à associer quantité et qualité, que ce soit en attaque mais aussi en défense.

Les données : 

Avant de rentrer dans les détails, arrêtons-nous sur ce terme qui n’est pas forcément connu de tous. Le Tir Ratio mesure, au même titre que la possession de balle le fait avec le nombre de ballons touchés, le pourcentage de tirs qu’une équipe fait dans un match.

Tir Ratio = tirs tentés / (tirs tentés + tirs concédés)

Exemple : sur un match, une équipe X a tenté 12 tirs et en a concédé 8.
Son Tir Ratio est de : 12 / (12 + 8) = 12 / 20 = 0,6.
Le Tir Ratio de l’équipe X sur ce match s’élève donc à 60%.

Pour ce qui est des Expected Goals, on vous renvoie à leur excellente introduction par les Cahiers du Foot. Le calcul de l’Expected Goals par tir est lui très simple : il suffit de prendre le total des Expected Goals et de le diviser par le nombre de tirs.

xG(pour).tir = xG(pour).total / nombre de tirs tentés
xG(contre).tir = xG(contre).total / nombre de tirs concédés

Toutes les données utilisées pour cet article proviennent du site Understat.com.

Aucune surprise dans ce premier nuage de points. La corrélation est assez évidente entre le fait d’avoir le ballon et celui de tirer au but plus souvent que son adversaire… ne serait-ce que parce généralement, ces formations sont tout simplement les plus dotées en joueurs de talent. Ce tableau est surtout l’occasion de s’arrêter sur quelques cas précis.

Manchester City, en tête au premier trimestre 

Après 11 journées de Premier League, le Manchester City de Pep Guardiola est en tête dans les deux catégories utilisées pour ce nuage de points (65,4% de possession et un Tir Ratio de 73,64%). Mais il ne s’arrête pas là puisqu’il possède aussi la meilleure attaque d’Europe (3,45 buts/match) en s’appuyant sur la meilleure production offensive (2,91 xG.pour/match), tout en concédant très peu de situations (0,60 xG.contre/match, soit la 2ème meilleure production défensive derrière Naples) et de buts (0,64 buts contre/match, soit la 4ème meilleure défense).

Bref, un paquet de voyants sont au vert pour l’actuel leader du championnat d’Angleterre, et nous allons même en ajouter un autre d’ici quelques lignes.

Derrière Manchester City, on peut s’étonner de l’absence du PSG et du FC Barcelone parmi les meilleures équipes en terme de Tir Ratio. Les actuels leaders de Ligue 1 et de Liga n’occupent en effet que les 11ème et 12ème places de ce classement. Nous allons toutefois voir par la suite qu’elle gagne peut-être ailleurs ce qu’elles ont très légèrement perdu en « quantité » par rapport à la saison dernière.

Au-delà d’avoir une idée de la hiérarchie actuelle chez les meilleures équipes d’Europe sur le plan de la « domination » dans le jeu, le véritable intérêt de ce premier tableau est de aussi déterminer des équipes apparaissant comme des anomalies.

Girona, le promu différent 

On voit par exemple que parmi les équipes membres du Top 20 en terme de possession de balle, trois formations ne transforment pas vraiment celle-ci en domination en terme de tirs : l’OGC Nice, le FC Séville et le LOSC. Il serait toutefois malvenu de tirer des conclusions sur leur niveau juste à la lecture de ce tableau. Il suffit de s’arrêter sur leurs résultats très différents pour s’en persuader.

De l’autre côté du tableau, c’est donc l’équipe de Girona, récente tombeuse du Real Madrid, qui se distingue. Malgré une possession assez faible (46,4% – 14e de Liga), qui s’explique sans doute par son statut de promu, l’équipe de Pablo Machin fait partie du Top 20 européen et du Top 5 espagnol en terme de Tir Ratio (55,7%). Même si elle n’a pas le ballon, elle ne subit pas forcément et concède souvent moins de tirs que son adversaire.

Attaque prolifique ou domination stérile ? 

On l’a déjà assez évoqué dans nos articles sur le sujet, tirer beaucoup n’est pas synonyme de victoire. Nice et même Monaco l’ont parfaitement démontré la saison dernière avec leurs classements respectifs à l’issue des 38 journées de championnat : « tirer n’est pas gagner » et surtout, certains tirs comptent plus que d’autres.

Le tableau ci-dessous fait se croiser la capacité d’une équipe à dominer son adversaire (Tir Ratio) et la qualité moyenne de ses tirs (xGp.tir). Plus on est haut, meilleures sont les positions de frappe et inversement.

De la quantité à la qualité, on distingue déjà de belles différences avec notre précédent Top 10. En revanche, le leader ne change pas : Manchester City truste encore la première place avec en moyenne 16,5% de chances de marquer par tentative (xGp.tir : 0,165). L’équipe est en très forte progression par rapport à la saison dernière puisqu’elle avait fini l’exercice avec un xGp.tir de 0,127. Elle est aussi partie sur des bases plus élevées que les deux dernières saisons de Guardiola au Bayern (0,117 et 0,126).

Deuxième dans cette catégorie (xGp/tir), la Lazio fait figure d’invité surprise en devançant les mastodontes que sont le PSG et le FC Barcelone. Avec des positions de tir aussi intéressantes (16,2% de chances de marquer), quasiment dignes de celles de City malgré un style très différent (50,1% de possession et un Tir Ratio de 51,3%), il n’est pas étonnant que la finition suive.

L’équipe romaine est aujourd’hui dans le top 5 des meilleures attaques des cinq grands championnats avec Manchester City, le PSG, la Juve et l’AS Monaco. On peut d’ailleurs se demander si la formation de Simone Inzaghi ne serait pas aujourd’hui capable de réaliser une saison ressemblant à celle de l’AS Monaco la saison dernière. Ses certitudes en attaque lui permettent en tout cas de se poser aujourd’hui comme un sérieux candidat au podium en Serie A.

Au-delà des cas de ces deux équipes qui se détachent, il est intéressant de constater que 7 des 10 meilleures attaques de ce début de saison se distinguent dans le haut du tableau. Plus que la quantité des tirs tentés, c’est donc bien leur qualité qui priment… même s’il faut reconnaître qu’à part Valence (Tir Ratio : 48,33%), tous les autres membres de ce top 10 tentent plus de tirs qu’ils n’en concèdent.

Lyon et la Juve, deux équipes portées par des buteurs en pleine forme

Arrêtons-nous justement sur deux des trois attaques qui ne trustent pas le haut de ce tableau : L’OL et la Juventus. Deux équipes qui partagent un point commun : le fait de sur-performer devant le but. L’OL a inscrit 1,53 buts pour un xG produit. La Juve pointe elle à 1,64 buts pour un xG. Parmi les attaques les plus chaudes du moment, seul Valence affiche un taux de réussite aussi important (1,54 buts inscrits/xG produit).

Ces trois équipes sont actuellement portées par des joueurs en pleine bourre. A Lyon, ce sont Fekir et Mariano qui se détachent. Le premier a marqué 11 buts pour un xG de 5,59, cassant le modèle à plusieurs reprises (lob de 50m contre Bordeaux, tir de l’extérieur de la surface contre Saint-Etienne…). Mariano a lui marqué 9 fois pour un xG de 5,44. Même Depay et ses 6 buts inscrits est aujourd’hui sur un rythme « du simple au double » par rapport à ses xG (3,08).

Du côté de la Juve, on l’a déjà évoqué dans notre précédent article, c’est Dybala qui fait une grosse partie de la différence (11 buts pour 6,47 xG). Higuain s’est depuis lui aussi mis en route. A Valence, c’est Simone Zaza qui est sur une cadence infernale (9 buts pour 4,40 xG). Pour les Lyonnais et les Turinois, une question se pose : vont-ils tenir la distance ? Et une deuxième dans la foulée : s’ils ne tiennent pas, les deux collectifs sauront-ils compensés par de meilleures positions de tir ?

Milan AC : quand la qualité ne suit pas 

Dans la partie basse du tableau, le Milan AC est la seule équipe qui ne parvient pas à traduire sa domination par des positions de tir au-dessus de la moyenne. L’équipe de Vincenzo Montella a la possession de balle (55%) et l’avantage au Tir Ratio (64%), mais la qualité des occasions ne suit pas (8%, soit en moyenne deux fois moins de chances de marquer que la Lazio sur chaque tir).

L’explication se situe peut-être dans le profil de certains joueurs, plus enclins à tenter leur chance de loin qu’à offrir de meilleures positions de tir à leurs partenaires. Le Milan est d’ailleurs l’une des rares équipes d’Europe qui prend en moyenne plus de tirs de l’extérieur que de l’intérieur de la surface. A ce petit jeu, on peut citer le cas de l’Espagnol Suso (2,4 tirs de l’extérieur de la surface sur 2,9 tentés) ou de Hakan Calhanoglu (1,7 sur 2,3).

La parenthèse bielsiste : 

Avant d’enchaîner sur notre dernier tableau, revenons sur les cas du LOSC et du FC Séville, déjà survolés un peu plus haut. On a affaire ici à deux équipes sous influence « bielsiste » puisque Bielsa lui-même dirige le LOSC et Eduardo Berizzo, peut-être son plus fidèle disciple, a les rênes du FC Séville. On s’est déjà rendu compte tout à l’heure qu’elles avaient à peu près les mêmes chiffres en terme de possession de balle et de Tir Ratio.

Le tableau ci-dessus nous montre bien l’une des différences-clés entre la formation andalouse, 6ème de Liga à l’heure actuelle, et le club nordiste, 19ème et toujours relégable en Ligue 1 malgré sa victoire contre Metz. Séville réussit à traduire sa possession et sa relative domination en grosses occasions (13% de chances de marquer par tir), à l’inverse du LOSC qui a beaucoup de mal à faire les bons choix dans les 30 derniers mètres (7%) comme nous l’avions vu dans un précédent article (lien ci-dessous).

Domination et déséquilibres : 

Avoir la balle c’est bien. L’utiliser pour se créer de bonnes positions de tir, c’est mieux. Et le faire en restant équilibré, c’est sans doute approcher la perfection. C’est tout l’objectif de ce dernier tableau qui croise le Tir Ratio et la qualité moyenne des occasions subies par une équipe (xGc.tir).

Ce dernier graphique vient consacrer deux équipes, qui parviennent à allier possession et domination, tout en conservant une défense qui concède très peu de grosses occasions : Naples et Tottenham. L’exploit n’est pas anodin et traduit bien le niveau atteint par les formations de Sarri et Pochettino, souvent érigées en modèles en ce qui concerne le pressing et l’équilibre défensif.

Le prix à payer pour une telle excellence se devinait peut-être dans le tableau précédent : Naples et Tottenham se créent en moyenne des situations de but moins franches que d’autres équipes qui dominent (xGp.tir : 0,133 pour Naples – 0,100 pour Tottenham), c’est peut-être parce qu’elles impliquent moins de joueurs à la finition. De fait, elles se reposent plus sur le talent de 3-4 éléments et/ou sur certains automatismes les reliant pour faire la décision, les autres étant là pour assurer l’équilibre collectif en cas de perte de balle.

Cette notion, on la retrouve aussi au PSG et à Barcelone. Depuis le début de cet article, les deux équipes se suivent de très près, partageant les mêmes points forts avec beaucoup d’efficacité dans les deux surfaces de réparation. Le Barça possède d’ailleurs la meilleure défense des cinq principaux championnats à l’heure actuelle avec seulement 0,36 buts encaissés/match (4 buts au total en Liga, 5 au total en comptant la Ligue des Champions) et un xGc.tir de 0,064.

Manchester United : de l’importance du dernier rempart 

Deuxième meilleure défense du continent avec seulement 6 buts encaissés, Manchester United ne donne à l’inverse pas l’impression de s’appuyer sur l’une des arrières-gardes les plus imperméables. Les Red Devils concèdent en moyenne plus de 1 xG/match à leurs adversaires (4ème place en Premier League, 21ème sur les 5 championnats) avec un xGc.tir flirtant avec les 10% (9ème en PL, 43ème en Europe).

Dans cette situation, l’explication de la performance mancunienne peut être ramenée à un seul homme : David de Gea. Sollicité quasiment 3 fois par rencontre (2,9), le portier espagnol a réalisé 29 arrêts pour 5 buts encaissés, soit 5,8 tirs stoppés entre chaque but. Un rythme qui fait de lui le meilleur gardien d’Europe en ce début de saison. Jan Oblak est aussi bien placé dans ce secteur avec 5,33 arrêts/but encaissé, mais la difficulté moyenne des tirs qu’il subit est moins élevée (xGc.tir = 0,071 contre 0,098).

Les difficultés défensives de Liverpool :

Coup de projecteur maintenant sur la partie haute du tableau et la position assez incroyable de Liverpool. Difficile de faire plus clair : à l’instar de Manchester City ou de Tottenham, les Reds ont l’habitude de dominer leur sujet en Premier League en concédant peu de tirs.Le problème, c’est que ces tentatives adverses sont souvent d’énormes occasions (16,6% de chances de marquer par tir concédé).

Il suffit de revenir sur la première sortie de la saison des hommes de Jurgen Klopp en Premier League pour trouver une illustration de cette situation difficile à gérer pour un candidat au Big Four (voir ci-dessus). Opposés à Watford, les Reds ont concédé un nul (3-3) face à un adversaire qui a su convertir les trois grosses occasions qu’ils avaient concédées. Ce manque d’efficacité défensive, qui peut faire perdre pas mal de points face aux petits et devenir rédhibitoire face aux gros, on le retrouve aussi à un degré moindre du côté d’Arsenal (0,131) et du Borussia Dortmund (0,132).

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2 réponses

  1. Peters dit :

    Bravo , vraiment très intéressant du super boulot le seul petit bémol 11 journées c’est probablement un peu court pour en tirer des tendances définitives

  2. C’est pour ça qu’on en fera d’autres dans la saison pour voir les progressions / méformes etc…

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