Monaco 1-4 Paris SG : l’analyse tactique

Déboussolé depuis son naufrage à Barcelone, le PSG a remis les pendules à l’heure samedi dernier en finale de la Coupe de la Ligue. Face à leur principal rival en France, les Parisiens ont retrouvé un niveau digne du quart-de-finaliste de Ligue des Champions qu’ils auraient dû être sans ce fameux jour sans. Cette nette victoire leur permet de se relancer dans le sprint final.

En face, Monaco garde évidemment la main pour le championnat, mais ce premier « grand rendez-vous » manqué de la fin de saison soulève quelques questions quant à la capacité de l’équipe à pouvoir défendre réellement ses chances sur tous les fronts. Analyse.

Les compos :

Au coup d’envoi, il n’y avait qu’un seul absent de taille parmi les 22 acteurs présents sur la pelouse : Fabinho (suspendu). Pour accompagner Bakayoko dans l’entrejeu, Jardim a choisi de faire confiance à Moutinho. En face, le PSG était lui au complet, ce qui a forcé Emery à faire des choix : Draxler et Di Maria plutôt que Pastore et Lucas devant, Kurzawa et Aurier plutôt que Maxwell et Meunier dans les couloirs.

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Une entame parfaite pour le PSG :

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les choses ont très rapidement tourné en faveur des Parisiens. Le premier but est arrivé très vite (Draxler, 4e) et a été la conséquence d’une excellente entame de la part des joueurs d’Unai Emery.

Pour l’expliquer, revenons d’abord sur la dernière confrontation entre les deux équipes. Au Parc en janvier dernier, les Parisiens avaient eu beaucoup de mal à répondre au pressing monégasque. Ils avaient notamment été plombés par l’incapacité de joueurs comme Matuidi ou Lucas pour assurer la transition offensive une fois le pressing déjoué à 60-70m des buts adverses.

Cette fois, Emery a eu les joueurs pour sortir les ballons ET assurer cette transition offensive jusque dans le camp monégasque. Deux éléments sont particulièrement sortis du lot dans ces domaines : Thiago Motta pour la première partie et Angel Di Maria pour la seconde.

Motta meneur reculé, Di Maria meneur avancé :

Le premier a retrouvé son rôle de métronome devant la défense parisienne. Dès le début de la partie, il a fait parler son QI foot en sachant se rendre disponible entre l’attaque et le milieu adverse. Surtout, il a très vite libéré le ballon : ses distributions en une touche ont fluidifié le jeu et facilité la progression du PSG dans le camp adverse, que ce soit par les côtés (via Aurier ou Kurzawa) ou verticalement (vers Di Maria).

Di Maria a de son côté repris le rôle qui incombait à Lucas ou Matuidi lors de la précédente partie entre Parisiens et Monégasques. En repiquant dans l’axe, il se retrouvait entre les lignes monégasques, se rendant disponible dans le dos de Bakayoko ou Moutinho qui devaient déjà faire avec les déplacements des milieux parisiens. Ses prises de balle et ses accélérations ont fait beaucoup de mal à des Monégasques qui ont vite été orphelins de Fabinho, seul joueur capable de rivaliser en vitesse avec des joueurs aussi talentueux.

Evidemment, cette connexion Motta-Di Maria était aussi rendue possible par la participation des deux relayeurs parisiens, Marco Verratti et Adrien Rabiot. Avec le premier cité, ils ont formé un ensemble très mobile qui est vite devenu insaisissable pour les attaquants et les milieux de l’ASM.

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Une circulation de balle retrouvée :

Les trois étaient en effet capables de permuter de manière à ce qu’il y ait toujours une solution pour conserver le ballon et éviter la pression monégasque. On a ainsi vu Verratti redescendre plus bas que Motta afin d’offrir une solution hors de la zone de pression, ce qui entraînait en retour la montée de son partenaire plus haut sur le terrain.

Ce sont ces mouvements, disparus le temps d’un match retour désastreux à Barcelone, qui ont été l’atout-maître des Parisiens dans ce match, comme lors de leur huitième de finale aller de Ligue des Champions. Pour rappel, contre les Blaugranas, ils n’avaient pas hésité à revenir très bas (jusqu’à Trapp) lorsque la progression n’était plus possible de manière à relancer la construction de derrière.

Ils ont procédé de la même façon face à l’ASM, en parvenant très souvent à ressortir le ballon par l’arrière alors que leurs adversaires parvenaient à stopper leur progression. Cela payait puisqu’en conservant le ballon, ils allongeaient leur temps de possession et « déstructuraient » petit à petit l’organisation défensive de l’ASM.

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Le contre-pressing pour trouver la faille :

Franchir la ligne médiane est une chose, réussir à finir en est une autre. En passant dans l’axe pour progresser, les Parisiens ont logiquement terminé sur les côtés grâce aux montées de Kurzawa et Aurier. Malheureusement, les deux latéraux ont encore une fois eu beaucoup de déchets dans leurs centres (0/16…). Dommage car à la réception, Paris avait parfois des situations d’égalité numérique à exploiter (comme en janvier dernier).

A défaut d’être bon dans l’avant-dernière ou la dernière passe, le PSG a fait la différence grâce à son contre-pressing. Il a en effet inscrit 2 de ses 4 buts à partir de ballons récupérés juste après l’avoir perdu : le 1er pour Draxler (4e) et le 3e pour Cavani (54e). Les Parisiens ont ainsi su exploiter l’autre atout pour une équipe qui parvient à construire « ligne par ligne », de ses bases jusque dans la moitié de terrain adverse : en faisant cela, elle conserve une structure qui lui permet de défendre efficacement à la perte du ballon.

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Sur ce match, comme face au Barça, les milieux parisiens ont excellé dans ce domaine, portés une nouvelle fois par l’activité d’un Rabiot impressionnant à la récupération. L’entame de match a d’ailleurs bien donné le ton puisque Paris a gratté plusieurs ballons dans le camp monégasque entre le coup d’envoi et l’ouverture du score de Draxler (4e).

Monaco, sans étincelle :

Face à cette maîtrise parisienne dans l’entrejeu, la seule solution pour l’ASM s’est vite révélée être son pressing haut. Puisque les milieux parisiens étaient insaisissables, il fallait que le ballon n’arrive pas jusqu’à eux. Pour cela, il fallait faire en sorte de forcer Trapp à dégager le ballon au lieu de jouer court… et donc arriver jusqu’à la ligne de but parisienne.

Or, les Monégasques ont d’abord eu beaucoup de mal à approcher les buts parisiens. Le PSG a su empêcher leur progression dans l’axe grâce au travail de Rabiot ou Verratti pour cadrer la relance. Sur les côtés, Di Maria et Draxler évoluaient eux assez bas en début de partie de manière à pouvoir contrôler les montées de Mendy ou Sidibé.

Pour Paris, il s’agissait de forcer Monaco à passer par les côtés pour les y enfermer par la suite grâce à des prises à 2 ou 3 joueurs. Autre point très important pour la défense parisienne. Dans les moments chauds, les joueurs ont très bien répondu dans les duels. Bernardo Silva et Mbappé n’ont quasiment pas eu l’occasion de s’exprimer. Dans les quelques situations de un-contre-un à jouer, les Parisiens ont presque toujours eu le dessus, à l’instar de Thiago Silva ou Verratti face à l’avant-centre de l’ASM (dribble : 1/8 pour Mbappé).

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Le 3e but inscrit par Paris en début de 2ème mi-temps (54e) a ensuite modifié la physionomie de la partie. Les milieux parisiens, parfois pris à défaut lors de leurs sorties au pressing, sont restés plus bas, densifiant de fait le coeur du jeu autour de Motta. Paris a reculé, mais l’équipe a conservé la maîtrise de la partie et les ballons qu’elle récupérait se transformaient en opportunités pour contre-attaquer.

L’ASM, trop (?) dépendant de son pressing :

Dans le match, les premières approches de l’ASM sont plus venues d’erreurs et de ballons bêtement rendus par les Parisiens (notamment Aurier et Kurzawa) que d’un pressing vraiment efficace. Bakayoko a été le premier à s’illustrer, surprenant Verratti près de sa surface sans en profiter (3e) ; un peu plus tard, c’est Aurier qui fautait mais sans conséquence là non plus.

L’autre souci de Monaco résidait sur le plan du simple combat physique. Bloquer les solutions courtes au gardien de but est inutile si l’équipe n’est pas présente à la retombée de son jeu long. Or, là encore comme contre le Barça, le PSG a très vite pris l’ascendant dans cette bataille si importante pour les deuxièmes ballons (encore une fois, avec un grand Rabiot).

Au final, la seule bonne période en première mi-temps de l’ASM a coïncidé avec le but égalisateur de Lemar (27e). Pendant 5 minutes, les Monégasques sont parvenus à maintenir les Parisiens dans leur camp, profitant d’erreurs de transmission adverses tout en effectuant un pressing efficace. Germain aurait pu ouvrir le compteur de son équipe sur corner (24e) ; finalement, c’est Lemar qui s’est retrouvé à la finition d’un mouvement initié par une belle inspiration de Bernardo côté droit.

Conclusion : un PSG plus fort car plus frais

En l’espace de 90 minutes, on a certainement retrouvé le PSG qui avait battu le Barça 4-0 le 14 février dernier. Emery a ainsi rappelé qu’il était bien capable d’avoir une équipe prête le jour J et à l’instant T. Si l’on passe quelques approximations techniques, notamment de la part des latéraux, tous les joueurs ont répondu présents et récité une partition digne du rendez-vous.

Avec le recul, ce succès rend d’ailleurs la défaite 6-1 à Barcelone d’autant plus regrettable car Paris est surtout apparu comme l’équipe la plus en forme. Certes, on l’a évoqué tout au long de l’analyse, l’ASM a beaucoup souffert de l’absence de Fabinho. Mais plusieurs joueurs n’ont pas eu leur rendement habituel et ont surtout semblé atteindre leurs limites sur le plan physique.

Ce n’est pas non plus surprenant : Monaco a déjà disputé 49 rencontres officielles cette saison et Leonardo Jardim n’a pas la même profondeur de banc que son homologue parisien : dans les grands rendez-vous, l’équipe-type tourne très peu. Or il y en a deux autres qui se profilent à partir de la semaine prochaine avec le quart de finale face au Borussia Dortmund. L’ASM a-t-il encore assez d’essence pour défendre ses chances sur tous les tableaux ? La question peut décemment se poser après cette finale manquée…

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1 réponse

  1. Benm dit :

    Avec Motta Paris serait certainement en quart de Ldc….il n’a peut être pas ses jambes de 20 ans mais il aurait certainement réussi à aligner des passes plus sûres pour sortir du pressing catalan …. finalement cette équipe joue mieux quand elle ne se précipite pas, le jeu vertical te fais prendre plus de risque et d’oblige à courir plus pour récupérer le ballon ce n’est pas dans l’ADN de ce Psg, ils ont besoin de plus de maîtrise technique … maintenant emery à apporter un contre pressing que ne faisait pas le Psg avant mais La verticalité trop systématique n’est pas dans les qualités de ce groupe

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