Equipe de France : ce qu’il faut corriger avant l’Albanie

A deux jours du match contre l’Albanie, il est temps de revenir sur l’entrée en lice des Bleus dans cet Euro. Face à la Roumanie, les joueurs de Didier Deschamps ont eu besoin d’un éclair de Dimitri Payet pour l’emporter. Rien n’a été facile face à une équipe roumaine limitée, mais qui a su jouer avec les limites actuelles du collectif français.

Toujours le même souci de relance 

Un 4-4-2, un bloc médian, des lignes resserrées… voilà la recette utilisée par le Cameroun pour poser des problèmes aux Bleus durant leur premier match de préparation fin mai. Cette formule a été reprise par la Roumanie avec les mêmes conséquences. Présents dans les duels et suffisamment compacts au milieu de terrain pendant une bonne heure, les joueurs de Iordanescu ont une nouvelle fois exposé les lacunes de la relance française.

Comme durant la préparation, les défenseurs ont beaucoup trop rapidement abandonné le ballon à l’approche du rond central. Plutôt que de le porter afin de fixer une première fois le bloc adverse, ils se sont effacés dans l’ombre de Pogba et Payet.

rami-pogba

Lloris relance court sur Rami. La Roumanie attend l’équipe de France au milieu de terrain depuis le début du match. Pogba incite donc son défenseur à avancer avec le ballon autant que possible (en blanc). Au lieu de ça, ce dernier choisit de le donner à Sagna et manque une occasion de fixer un adversaire.

Résultat, les deux créateurs ont à nouveau été contraints de faire leurs exploits loin du but adverse afin de permettre à l’équipe de progresser. Les deux hommes s’en sont d’ailleurs plutôt bien sortis, chacun dans leur registre : Pogba s’est appuyé sur son jeu long et a été à l’origine de la plus grosse occasion française du début de partie en lançant parfaitement Sagna dans son couloir (poteau de Griezmann, 14e). De son côté, Payet a fait des différences grâce à sa qualité technique (prise et conduite de balle)

Les deux hommes ont aussi pu se reposer sur un Kanté toujours aussi mobile et dont les déplacements agressifs ont participé plusieurs fois à l’élimination du premier rideau roumain (101 ballons touchés, 86 passes, 92% de réussite, voir ci-dessous). Mais évidemment, tout aurait été plus simple avec une ligne défensive plus impliquée. D’ailleurs, les rares fois où Rami et Koscielny ont pris des initiatives pour faire avancer l’équipe, cela s’est traduit par des situations très laborieuses pour l’arrière-garde roumaine (Rami pour Giroud, 25e). En espérant que cela leur permette de prendre confiance…

La map des 101 ballons touchés par N'golo Kanté face à la Roumanie.

La map des 101 ballons touchés par N’golo Kanté face à la Roumanie.

Blaise Matuidi, le maillon faible ?

Derrière Kanté (101) et Payet (86), Blaise Matuidi est le 3ème joueur de l’équipe de France qui a touché le plus de ballons lors de ce premier match. Son impact sur le jeu a toutefois été bien moindre que ses deux partenaires.

Pendant la préparation, une complémentarité s’était créée entre le Parisien et Dimitri Payet : le premier s’excentrait, faisant de la place au second pour qu’il demande le ballon à l’intérieur du jeu (le même genre permutations qu’avec Di Maria durant sa dernière saison parisienne). Cette articulation s’est répétée face à la Roumanie avec un Matuidi qui a très (trop ?) souvent dézoné côté gauche. Le problème, c’est qu’il n’a jamais réellement su se positionner, se retrouvant souvent dans la zone d’Evra, lui qui avait marché sur les pieds de Koscielny face au Cameroun.

matuidi-excentre

En s’excentrant, Matuidi reçoit le ballon dans un certain confort mais manque forcément de solutions pour jouer vers l’avant.

L’autre problème résidait dans son absence de prise de risque avec le ballon. En s’excentrant à gauche, le Parisien a touché la plupart de ses ballons en étant dans un certain confort (rarement pressé par le milieu droit adverse). Malgré cela, il n’a que très peu joué vers l’avant, comme le montrent les deux maps ci-dessous. Lorsqu’il avait le ballon dans les pieds, il ne faisait pas réellement gagner de terrain à son équipe.

matuidi

A gauche les passes de Matuidi, à droite les ballons reçus par Matuidi. On constate assez facilement que le milieu du PSG n’a pas vraiment permis à son équipe de progresser vers le but roumain, ses passes ne quittant quasiment jamais sa zone de réception des ballons.

Le milieu parisien a aussi eu un déchet malheureux lorsqu’il était lancé vers le but adverse. Au total, il a rendu 13 ballons à la Roumanie (2 ballons perdus + 11 passes manquées), soit autant que Paul Pogba (3 ballons perdus + 10 passes manquées) mais avec une prise de risque et une influence bien moindre sur le jeu. C’est d’autant plus dommageable quand on sait qu’il est le seul milieu parmi les trois titulaires qui évolue dans des conditions (poste et rôle) qui se rapprochent le plus de celles qu’il connaît en club.

Et la défense ? 

La Roumanie a aussi joué avec l’absence de pressing dans sa moitié de terrain pour ressortir court. Son objectif était de remonter jusqu’au niveau de la première ligne française (aux abords du rond central). Arrivé dans cette zone, elle allongeait volontairement le jeu afin de sauter le robuste milieu français (Kanté, Pogba, Matuidi) et mettre la défense à l’épreuve. Derrière, les Roumains ont fait preuve de cohésion dans le camp français afin de lutter sur les deuxièmes ballons. Cette tactique leur a permis de bien rentrer dans les deux mi-temps. Il a même fallu un exploit de Lloris (4e) pour les priver de l’ouverture du score sur corner.

Les Bleus ont aussi connu des difficultés lorsque la Roumanie parvenait à développer des temps de jeu assez longs afin d’utiliser toute la largeur du terrain. On l’a vu durant la préparation, le bloc français est très compact sur la largeur au milieu de terrain. Résultat, les latéraux peuvent être rapidement en difficulté si l’adversaire réussit à sortir de la zone densifiée pour jouer à l’opposée (big chance de Stancu, 47e).

Au-delà de ces points négatifs, les Bleus pourront se rassurer avec la confirmation de N’golo Kanté au poste de n°6. Le milieu de Leicester est en train de devenir un atout anti-transition de choix pour les Bleus. Plusieurs fois, sa vivacité a permis de couper court les velléités de contre adverses alors que les Bleus étaient en position haute sur le terrain. Au fil des matchs, Rami et Koscielny semblent aussi prendre confiance, malgré un petit souci d’alignement sur l’occasion de Stancu en deuxième mi-temps.

Griezmann après Pogba ? 

Patrice Evra aurait-il vu juste (voir ci-dessous) ? Après Paul Pogba, voilà qu’Antoine Griezmann se retrouve à la Une du seul quotidien sportif français après sa prestation face à la Roumanie. Sorti à la 66ème minute, le joueur de l’Atletico Madrid n’a certes pas été décisif mais les chiffres ne le désavantagent pas forcément avec trois tirs, dont deux tentatives de l’intérieur de la surface de réparation et une big chance qui a terminé sur le poteau de Tatarusanu (14e). Seul Giroud a tiré plus souvent que lui (4 tirs) dans le match. Pas si mal pour un attaquant.

https://twitter.com/JoueurYoutube/status/742127762689937408

Car il faut bien souligner son poste pour juger sa performance. Griezmann a véritablement évolué en tant que deuxième attaquant lors de ce match d’ouverture. Ses 26 ballons touchés en 66 minutes de jeu en attestent. Certains font aujourd’hui l’erreur de comparer ce chiffre avec celui de sa dernière titularisation en bleu contre la Russie. En mars dernier, il avait touché 55 ballons en un peu plus d’un heure (62 minutes exactement) mais dans un contexte tactique bien différent : Payet n’était pas sur la pelouse.

Depuis le début de la préparation, le meneur de West Ham a pris les choses en mains au milieu de terrain avec Pogba. A partir du moment où il décroche et remonte les ballons, quel intérêt pour Griezmann d’en faire de même ? Surtout face à une équipe de Roumanie qui est restée très compacte pendant la première heure de jeu. En attendant la France au milieu avec des lignes resserrées, la formation de Iordanescu laissait forcément des espaces dans son dos. Dès lors, pour peu que Pogba et Payet fassent les différences espérées, voir un Griezmann en attaquant de rupture, flirtant avec la ligne du hors-jeu pour apporter de la profondeur dès que possible, tombait sous le sens.

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Avec un bloc roumain étiré sur moins de 20 mètres et des attaquants au niveau de la ligne médiane…

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Giroud et Griezmann avaient des espaces à exploiter dans le dos de la défense lorsque Payet parvenait à s’extirper du pressing.

Au-delà de cette adaptation à un contexte précis, l’attaquant de l’Atletico Madrid est aussi une autre victime des problèmes de relance des Bleus. A l’inverse de Payet, il n’a pas l’habitude de redescendre chercher les ballons lorsqu’ils ne remontent pas.Là où il est le meilleur, c’est lorsqu’il se déplace entre les lignes adverses afin d’offrir des solutions de passes verticales à ses partenaires. Mais encore faut-il que ces derniers soient capables de les faire. Son entrée face à l’Ecosse avait d’ailleurs forcé ses coéquipiers à jouer de cette manière pour le trouver.

Contre la Roumanie (et comme face à l’Ecosse), seul Kanté a réussi à le servir dans ces conditions. La suite de l’action est d’ailleurs intéressante au cas où certains imagineraient que ces trois derniers paragraphes opposent Griezmann et Payet. C’est bien ce dernier qui profite de la bonne orientation de Griezmann pour attaquer la défense adverse balle au pied et servir Giroud dans la surface : ne plus avoir à se retourner, c’est déjà du temps gagné ! Bref, même s’il a brillé de mille feux face à la Roumanie, Payet ne pourrait être que plus performant avec une relance plus inspirée.

https://twitter.com/szteveo/status/741559147750141953

« Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt »

Evidemment, souhaiter une telle amélioration pendant la compétition relève plus du rêve qu’autre chose, même si l’on peut espérer une montée en puissance (et en confiance de la charnière Rami-Koscielny). Après tout, l’équipe de France peut avancer dans le tournoi sans avoir le jeu de position de l’Angleterre ou de l’Espagne. Le vrai souci c’est qu’en attendant, les observateurs se trouvent des cibles (Pogba, Griezmann) sans signaler ces limites collectives évidentes quand on compare les Bleus avec les autres « grandes nations » du moment.

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4 réponses

  1. Phil... dit :

    Plusieurs choses:

    La limite de confiance de nos centraux est effectivement criante, mais en théorie pas trop difficile à gommer, surtout avec le fait, souligné dans l’article, que les rares prises d’initiatives ont été positives et dangereuses pour la Roumanie (Rami pour Giroud).

    Bref, leur donner comme consigne de plus porter le ballon, ça doit pouvoir se faire. D’autant qu’on a pu constater que notamment Rami prenait lentement confiance au fil du match.

    Face à un pressing intense sur nos centraux, je ne peux m’empêcher de penser que Diarra, TRES efficace au dribble et aguerri à échanger efficacement avec ses centraux, nous aurait permit de mieux sortir que Kanté. Surtout en première mi-temps.

    Non souligné dans l’article: les Roumains ont effectivement cherché à sauter notre milieu dès qu’ils atteignaient le rond central pour éviter de se frotter à nos trois gaillards plus tester nos défenseurs peu en confiance. A ce jeu là, Sagna a été monstrueux. Avec 6 duels aériens gagné, il a passé comme message que cette stratégie ne fonctionnerait pas sur notre côté droit. Nos adversaires vont donc sans doute encore plus insister côté Evra. D’où la nécessité d’un joueur aussi « volumique » que Matuidi pour l’aider?

    Concernant les critiques sur Pogba et Griezman, je souhaite à DD d’avoir eu l’intelligence de conseiller à ses joueurs de se couper des médias le temps de l’Euro. Ils ne méritent pas ça, surtout Pogba vu l’écart entre sa situation en EDF et celle en club (déjà décrite dans un précédent article).

    Toutefois, une observation sur la « vindicte populaire »: sur la merveille d’action Pogba-Sagna-Griezman qui fini sur le poteau, si c’est Giroud qui a le malheur de faire cette conclusion d’action ratée, quel lynchage on aurait eu…

    Laissons les tranquilles, c’est la meilleure chose à faire.

  2. Seb Warmuz dit :

    Merci pour tout ça, que j’ai dévoré dès que j’ai pu. On en veut encore! :)
    Je souhaite juste rappeler, et à mon sens c’est primordial mais vous n’en faites pas état ici, que ce 1er match a vraiment été marqué par la tension de nos bleus. Comment évoluer dans les meilleurs conditions techniques quand le mental est à ce point tétanisé? Même derrière l’écran, ça se sentait. A l’image des larmes de Payet, on y revient encore mais c’est vraiment criant de vérité je trouve. Je pense qu’on ne peut pas trop leur en vouloir sur ce match, la pression était vraiment énorme (l’attente de tous, jouer à domicile,1 an et demi de matchs sans enjeux…)

    Une dernière remarque: on parlait du bon positionnement de Kanté entre leur ligne d’attaque et celle du milieu par rapport à Diarra pour donner une solution en profondeur dans les intervalles. Je scrutais donc Kanté que j’ai trouvé souvent dans la zone de Rami-Koscielny pour le coup. Et j’ai lu dans je ne sais plus quel tweet qu’il eu fallu que Kanté descende vers notre charnière pour étirer le pressing roumain. Bref qu’en pensez-vous finalement sur ce match? On s’y perd.

    PS: N’hésitez pas à overtweeter pendant les matchs pour nous donner des clés!!

  3. NDS dit :

    Très nonne analyse, comme souvent.
    La question, que j’adresse à l’auteur, c’est : avec les lacunes que l’on voit depuis plusieurs matchs maintenant, peut-on légtimement espérer voir la France gagner l’Euro ? (Je sais, c’est pas facile de s’engager dans un tel pronostic)

  1. 14 juin 2016

    […] portal francés de análisis táctico, Croniques Tactiques, sin embargo razona que de cara al partido ante Albania de mañana, Griezmann no debe ser la diana […]

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