Dinamo Kiev 1-1 Bordeaux, l’analyse tactique

Largement dominés, que ce soit territorialement ou au niveau de la possession, les Girondins sont pourtant sortis du Stade Olympique de Kiev dans une meilleure situation que leurs adversaires en vue de la qualification pour les huitièmes de finale de la Ligue Europa. Porté par un excellent Yarmolenko, le Dinamo Kiev s’est crée les opportunités pour faire très mal à Bordeaux mais a manqué de lucidité dans le dernier geste.

Privé de Ideye, son attaquant titulaire, Oleg Blokhine avait déclaré avant la rencontre vouloir jouer sans véritable pointe. Une annonce confirmée par la titularisation de Mehmedi au poste de n°9, joueur normalement plus à l’aise en soutien d’un attaquant. Le Suisse était encadré par Yarmolenko et Bezus. Au milieu de terrain, par rapport au trio qui avait affronté le PSG (lire : Dinamo Kiev 0-2 PSG, l’analyse tactique) en décembre dernier, Kranjcar prenait la place de Garmash (Koval – Vida, Mykhalyk, Khacheridi, Taïwo – Veloso, Haruna, Kranjcar – Yarmolenko, Bezus, Mehmedi). Côté bordelais, Francis Gillot avait décidé de reconduire le 4-2-3-1 utilisé en majorité depuis le début de l’année 2013. Sans surprise, Faubert remplaçait poste pour poste Mariano, touché le week-end dernier face à Ajaccio. Sané et Sertic formaient le milieu de terrain et Plasil était en soutien de Bellion devant, renvoyant Obraniak sur l’aile droite (Carrasso – Faubert, Henrique, Planus, Trémoulinas – Sané, Sertic – Obraniak, Plasil, Maurice-Belay – Bellion).

Sans attendre, le Dinamo Kiev a démarré la rencontre très fort en allant presser la relance bordelaise. Le jeu long n’étant pas une solution pour les Girondins (Bellion vs Khacheridi et Mykhalyk), Kranjcar et Haruna ont ciblé Sané et Sertic, garants des remontées de balle au sol. Ils profitaient du travail de couverture de Veloso, qui se chargeait de suivre les déplacements Plasil. Sur les côtés aussi, les latéraux (Vida et Taïwo) serraient le marquage sur Maurice-Belay et Obraniak lorsque ces derniers étaient sollicités dos au but. Devant, Mehmedi travaillait aussi sur la défense bordelaise, et les deux excentrés (Bezus, Yarmolenko) s’opposaient aux latéraux.

D'entrée de jeu, Haruna et Kranjcar ont annoncé la couleur en sortant sur les deux milieux de terrain bordelais.

En muselant les Bordelais chargés de la transition, le Dinamo Kiev condamnait les Girondins à forcer la relance et à sauter une ligne pour chercher directement Bellion ou Plasil qui ont logiquement souffert dans les duels, face à la défense Mykhalyk-Khacheridi et Veloso. Les rares sorties de balle bordelaises intéressantes sont venues de déviations efficaces de Plasil, servi au sol, qui réussissait à remettre le ballon dans les courses de Maurice-Belay ou Obraniak qui repiquaient dans l’axe. Les deux excentrés bordelais se déplaçaient ainsi afin de plonger dans le dos des milieux ukrainiens (Kranjcar-Haruna), toujours sur Sané et Sertic. Sitôt ce relais trouvé, Plasil prenait la profondeur afin d’ajouter une solution à celle offerte par Bellion.

Mais, incapables de temporiser sous la pression adverse, les Bordelais ont rendu énormément de ballons. Et le Dinamo Kiev avait ensuite tout son temps pour ressortir de sa moitié de terrain. Veloso décrochait travailler avec ses défenseurs centraux pour créer le surnombre face au duo Plasil-Bellion. Le joueur libre – Mykhalyk ou Khacheridi la plupart du temps, Plasil marquant le milieu de terrain – se chargeait ensuite de la première relance. Le plus souvent, celle-ci cherchait à envoyer le jeu sur une aile : soit par une transversale côté opposé, soit en cherchant un relais au milieu de terrain, les latéraux étant marqués par Obraniak et Maurice-Belay.

Sans pression bordelaise malgré le 4-2-3-1 mis en place par Francis Gillot, Kiev a pu tranquillement faire tourner le ballon dans son camp et trouver la meilleure solution au moment d'avancer dans le camp bordelais.

La véritable clé de cette opposition se trouvait dans les espaces laissés par les Bordelais sur les ailes, entre les milieux excentrés (au marquage des latéraux comme ci-dessus) et les latéraux (Obraniak-Faubert et MauriceBelay-Trémoulinas). Permutant régulièrement avec Bezus, Yarmolenko a été la plaque tournante du jeu ukrainien tout au long de la rencontre, en se positionnant justement dans ces intervalles. Dans l’axe, Kranjcar était le box-to-box du Dinamo, celui qui multipliait les courses vers les buts de Carrasso et apporter une présence supplémentaire à celle de Mehmedi. A ses côtés, Haruna évoluait plus en retrait, à la construction des actions, décrochant parfois pour fluidifier la relance et favoriser la libération de son meneur de jeu (Yarmolenko toujours).

Une fois servi en position excentrée, ce dernier cherchait toujours à revenir vers l’intérieur du terrain. Craignant de se faire éliminer ou prendre de vitesse dans leur couloir, les latéraux bordelais ne prenaient pas le risque de sortir de la ligne défensive, lui laissant assez d’espaces pour revenir dans l’axe. Les ailiers étant eux au marquage des latéraux ukrainiens, la tâche de fermer la porte intérieure à Yarmolenko revenait du coup à la paire Sertic-Sané, qui coulissait de sa position axiale. Elle devait en plus gérer les déplacements de Kranjcar, qui est souvent venu proposer des solutions courtes à Yarmolenko. Ensemble, les deux hommes étaient donc en mesure de monopoliser l’attention des deux milieux girondins… Une situation dont a profité Haruna à plusieurs reprises, pour s’ajouter aux solutions offensives et se retrouver en bonne position à la finition des actions (sur son but puis sur une énorme frappe qui a fini sur la transversale de Carrasso).

Si elle est surtout due à un ballon bêtement perdu par les Girondins et le non-repli défensif de Obraniak face à la montée de Taïwo, l'action aboutissant à l'ouverture du score ukrainienne illustre bien les problèmes causés par le trio Yarmolenko - Kranjcar - Haruna. Ici, on distingue bien Sané et Sertic dans les zones de Yarmolenko et Kranjcar, laissant Haruna seul dans l'axe. Trémoulinas et Planus étant au marquage des deux attaquants ukrainiens, ils ne peuvent pas non plus surveiller la course du Nigérian qui aura tout le temps d'ajuster Carrasso.

Si elle est surtout due à un ballon perdu par les Girondins et une absence de repli défensif de Obraniak face à la montée de Taïwo, l'ouverture du score ukrainienne permet aussi d'illustrer les problèmes causés par le trio Yarmolenko - Kranjcar - Haruna. Ici, on distingue bien Sané et Sertic dans les zones de Yarmolenko et Kranjcar, laissant Haruna seul dans l'axe. Etant au marquage de Mehmedi et Bezus, Trémoulinas et Planus ne peuvent pas non plus récupérer le marquage du Nigérian qui aura tout le temps d'ajuster Carrasso.

Numéro 10, Plasil n’était pas en mesure de compenser le travail défensif de ses milieux de terrain puisqu’il devait déjà rester dans la zone de Miguel Veloso, autant pour limiter l’influence du Portugais que pour être le relais à rechercher au sol en cas de récupération de balle. Le Tchèque a néanmoins abandonné ce rôle avancé en fin de partie, redescendant au niveau de ses milieux de terrain pour former un trio plus à-même de travailler sur la largeur du terrain. C’est pour cela que Diego Rolan a fini la partie seul en pointe et sans soutien. Avant les milieux excentrés bordelais (Maurice-Belay puis Saivet notamment) avaient réussi à limiter l’influence de Yarmolenko par des prises à deux avec leurs latéraux afin de l’empêcher de repiquer dans l’axe sans avoir à décaler les milieux de terrain.

Les coachings des deux entraîneurs ont rythmé une grande partie du second acte, modifiant la donne au milieu de terrain sur une courte période. L’entrée en jeu de Gusev à la place de Kranjcar (61e), dans la foulée de la sortie de Bellion au profit de Saivet, a affaibli le milieu de Kiev qui a eu plus de difficulté à presser. Gusev prenant l’aile gauche pour aller provoquer Faubert, Bezus – attaquant de formation – s’est retrouvé aux côtés de Haruna dans l’axe. Moins efficace en phase défensive, il a permis aux Bordelais de s’offrir un peu de répit… avant de se retrouver dans le rôle du milieu finisseur, jusqu’ici dévolu à Haruna juste avant de sortir. Un sauvetage de Faubert plus tard, il cédait sa place à Garmash (69e) qui a rééquilibré le milieu de terrain ukrainien, sur les phases avec et sans ballon.

Au final, les Girondins ne peuvent que sortir très heureux de ce match aller. Tactiquement, Kiev a eu les armes pour les inquiéter mais a manqué de sang-froid ou de réussite à la finition : en vrac, Yarmolenko a manqué le but vide en début de partie, Haruna a touché la barre, Faubert a sauvé les siens à deux reprises et Gusev a manqué le penalty de la gagne à l’entrée du dernier quart d’heure… Dans une semaine, Kiev se déplacera en Gironde avec l’obligation de marquer pour se qualifier. Avec Gusev et Garmash – qui étaient sur le banc en début de partie -, ainsi que le probable retour de Ideye, la formation d’Oleg Blokhine semble avoir une marge de progression certaine en terme de puissance offensive. Reste désormais à découvrir jusqu’où pourront aller les Girondins pour leur répondre.

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