France 4-0 Pays-Bas : ce qu’il faut retenir

On les avait quittés en plein doute après une défaite en Suède (1-2), les Bleus n’ont pas loupé leur rentrée en écrasant les Pays-Bas au Stade de France (4-0). Retour en détails sur cette soirée.

Sans la balle : un contrôle du territoire écrasant 

Malgré le festival offensif de la fin de match (que l’on tempèrera par ailleurs), c’est vraiment sans le ballon que les Bleus ont convaincu lors de cette rencontre. Face à une équipe qui a l’habitude de repartir court depuis son gardien de but, les Français ont opposé un bloc médian derrière Griezmann et Giroud qui a très vite laissé les Néerlandais impuissants.

Le premier rideau formé par Griezmann et Giroud a d’abord fait le job en bloquant l’axe (contrôle de Strootman ou Wijnaldum en cas de décrochage) et en orientant la relance adverse vers Hoedt plutôt que vers De Vrij. Un travail qui recherchait deux conséquences : laisser le ballon dans les pieds du défenseur le moins doué techniquement, mais aussi orienter le jeu des Pays-Bas le plus loin possible d’Arjen Robben.

Derrière ce duo, les deux lignes de quatre formaient un bloc très compact au niveau du rond central. Au milieu, Lemar et Coman se replaçaient à hauteur des axiaux, empêchant l’accès aux half-spaces et sortant au pressing en cas de passes à destination des latéraux (Fosu-Mensah ou Blind). Dans l’axe, la paire Pogba-Kanté a régné : au coeur d’un bloc bien compact, les deux joueurs de Premier League n’ont pas laissé le moindre mètre carré de répit aux milieux adverses, même lorsque ces derniers décrochaient.

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Côté droit, Sidibé a serré de très près son adversaire direct (Promes), comptant sur la couverture Koscielny et Umtiti dans son dos. De toute façon, l’attaque des Pays-Bas n’allait pas briller par sa vitesse avec Janssen et Sneijder aux postes les plus avancés. La défense centrale français a contrôlé la profondeur sans grande difficulté, prenant aussi la mesure de Janssen dans les airs. Et quand c’était nécessaire, elle a parfaitement su s’aligner pour mettre les Néerlandais hors-jeu (4 signalés).

L’impuissance des Pays-Bas sur ce match est lisible sur leur passmap (ci-dessous). Les positions moyennes des joueurs, très basses, confirment que les Oranjes ont eu beaucoup de mal à sortir de leur moitié de terrain. Ce constat est corroboré par le nombre de passes tentées vers le dernier tiers de l’équipe de France (seulement 25 sur 219 en première mi-temps).

L’autre fait marquant de cette modélisation concerne les trois milieux de terrain et leur influence ridicule sur le jeu. Strootman et Wijnaldum ont très peu pesé (moins de 30 passes), tout comme Sneijder (20) et Vilhena (14) qui se sont partagés le temps de jeu entre les deux mi-temps. Encore plus gênant pour bien jouer au football, ils n’ont quasiment jamais eu l’occasion de la liaison avec leurs attaquants. La seule liaison « milieu > attaque » visible est celle allant de Wijnaldum à Robben (3 passes en 90 minutes).

On notera aussi que les attaquants n’ont pas non plus réussi à se trouver entre eux puisqu’aucune connexion n’existe entre Robben, Janssen et Promes. Bref, une soirée très difficile pour le football néerlandais, en grande partie due au très bon travail défensif des Bleus.

Kanté, roi du pressing 

Cette « structure défensive » efficace dans l’entrejeu a permis aux Français de stopper la progression adverse très tôt et, de fait, de récupérer le ballon assez haut. Ils s’évitaient ainsi de possibles problèmes de relance en ayant l’occasion de remettre rapidement le jeu dans le camp adverse.

En possession, ils se sont aussi montrés vigilants à la perte du ballon. Si tous les joueurs ont été au diapason, Kanté a une nouvelle fois été impressionnant pour prévenir les transitions adverses, se montrant même capables de transformer des ballons de récupération en contre-attaques (60e). Le milieu de Chelsea a terminé la partie avec le plus grand nombre de tacles tentés (5), d’interceptions (4) et de passes bloquées (4) côté français, réalisant la moitié de ces interventions dans le camp adverse (sans faute).

Bloc médian très compact d’un côté, pressing à la perte de l’autre, les Français ont étouffé les Pays-Bas en défendant assez loin des buts de Lloris. La map de leurs interventions défensives le confirme : plus de deux tiers de leurs actions défensives (tacles, interceptions, blocks, fautes) ont été réalisées au milieu de terrain.

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On l’a mentionné plus haut : les habitudes néerlandaises (relances courtes, construction depuis la défense) ont aussi facilité la tâche des Français. En même temps, les Pays-Bas n’auraient sans doute pas eu plus de chance de s’en sortir en adoptant une approche plus directe (vers Janssen) pour jouer les deuxièmes ballons vu les joueurs alignés des deux côtés. Les rares séquences de ce genre ont d’ailleurs vu la paire Pogba-Kanté régner en maître au milieu.

Bilan de la soirée, seulement 5 petits tirs pour les Pays-Bas, dont un seul en première mi-temps. Paradoxalement, c’est à 10 contre 11 que les Néerlandais se sont montrés les plus dangereux (4 tirs), Robben obtenant même une grosse occasion pour remettre les deux équipes à égalité (68e) suite à un pressing gagnant et un ballon récupéré haut dans le camp français.

Avec la balle : des progrès mais encore beaucoup de chemin

A-t-on faire la fine bouche après une victoire 4-0 contre l’un des principaux adversaires du groupe ? Il faut croire que oui. Premier argument : les Bleus n’ont affolé le tableau d’affichage qu’une fois les Pays-Bas réduits à 10. Avant cela, ils dominaient certes mais étaient loin de dérouler leur football jusque dans la surface de Cillessen. Pour preuve, l’ouverture du score de Griezmann est leur seul tir effectué dans la Danger Zone (13e) jusqu’à une tentative de Kanté à l’heure de jeu (sur une attaque rapide).

Pendant cette période à 11 contre 11, la principale satisfaction est venue de la confirmation du potentiel de Lemar sur le côté gauche. Déjà très intéressant face à l’Angleterre, le milieu de l’ASM a touché plus de 80 ballons et s’est véritablement transformé en un 3ème milieu axial (voir la map de ses ballons touchés ci-dessous) aux côtés de Pogba et Kanté (qui décrochait parfois entre ses défenseurs) sur les phases de possession.

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Si l’on peut regretter qu’il ait parfois trop décroché (souvent au-delà de la ligne de pression adverse), sa capacité à conserver le ballon (5 ballons perdus en 90 minutes, c’est mieux que Kanté et Pogba) et ses prises de décision (98% de passes réussies, meilleur % français à 54/55) ont souvent permis aux Bleus de progresser dans le camp adverse.

La passivité des Pays-Bas, qui ne sont quasiment jamais sortis au pressing à 11 contre 11, a aussi permis aux Bleus d’exploiter les mouvements de Lemar à l’intérieur. Le marquage très « individualisé » des milieux néerlandais sur Lemar, Pogba ou Kanté créait des brèches pour les relances des défenseurs à destination d’un Griezmann disponible entre les lignes (voir ci-dessous).

Décevant au mois de juin, l’attaquant de l’Atletico a semblé retrouver le niveau que l’on attend de lui en équipe de France. Au-delà de son but et de sa disponibilité, il a aussi beaucoup travaillé défensivement, redescendant parfois jusque dans ses 40 mètres pour prêter main forte à ses milieux.

Cette connexion défense > Griezmann n’a toutefois pas amené d’occasions franches, la faute à d’autres limites. A droite, Coman a fait très mal (4 dribbles, 100% de réussite) mais a souvent manqué de justesse dans le dernier geste même s’il aurait pu offrir un caviar à Kanté sans un gros retour de Fosu-Mensah (60e). A gauche, Kurzawa est beaucoup monté pour peu de résultat (9 centres, aucune passe-clé). Pogba a lui raté deux belles opportunités d’être décisif à cause de mauvaises décisions (40e, 68e).

Au-delà de ces cas précis, on attend surtout de l’équipe de France qu’elle exploite de manière plus régulière les failles du plan de jeu adverse. Au vu de la passivité des Pays-Bas, il y avait sans doute la place de faire mieux au moment de relancer afin de trouver plus souvent ces solutions entre les lignes. Cela aurait sans doute été plus productif si Lemar était resté un cran plus haut afin d’épauler Griezmann et Giroud dans cette zone du terrain.

La dernière demi-heure disputée à 11 contre 10 a été l’occasion pour l’équipe de France de se tester face à une formation néerlandaise enfin décidée à aller la chercher (allez savoir pourquoi). Ce sparring-partner de faible niveau a permis entre autres de revoir les qualités de Pogba ou Fekir sous pression et une ligne d’attaque capable de faire le job sur attaque rapide une fois le pressing déjoué (4-0, Mbappé, 90e).

Conclusion : 

Au-delà de ce succès 4-0, la grande nouvelle de la soirée de jeudi était la défaite de la Suède en Bulgarie (3-2). Ce revers efface celui des Bleus à Stockholm en juin dernier et leur permet de reprendre la tête du groupe de qualifications avec 3 points d’avance sur la sélection scandinave.

A trois journées de la fin, les Français ont à nouveau leur destin en mains avant de recevoir le Luxembourg et le Belarus, et d’aller en Bulgarie. Ces trois adversaires seront bien différents de l’Angleterre et des Pays-Bas. Ce sera l’occasion de voir si les nouveaux responsables du milieu de terrain (Kanté et Lemar avec Pogba) ont aussi des solutions face à des sélections plus regroupées.

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