Coupe du Monde 2018 : les huitièmes de finaliste passés au crible

A quelques heures du coup d’envoi des huitièmes de finale de la Coupe du Monde 2018, il est temps de s’arrêter sur quelques statistiques avancées concernant les seize sélections qualifiées. Au programme, Expected Goals et pourcentage de passes réussies dans les zones-clés alors que la phase de poules du Mondial n’a pas spécialement consacré les milieux de terrain.

xG et buts marqués : de l’importance du bon tirage 

Evidemment, au moment de comparer les seize qualifiés, il faut forcément pondérer les résultats en fonction des adversaires rencontrés par chacun. La Belgique, l’Angleterre et la Russie, qui forment le Top 3 des meilleures attaques du tournoi après la phase de poules, ont ainsi largement profité de groupes et d’adversaires à leur portée. Le Panama, la Tunisie, l’Arabie Saoudite et l’Egypte ont fait office de sparring-partners plutôt dociles alors que, par exemple, l’Allemagne s’est cassé les dents sur la Corée du Sud et que le Brésil a dû batailler jusque dans les dernières minutes pour faire la différence face au Costa Rica.

Lorsque l’on se penche sur les Expected Goals produits, on retrouve les pensionnaires du groupe G et un autre du groupe A aux avants-postes. La Belgique affiche la meilleure production offensive du tournoi (6,87 xG + 1 penalty) devant l’Espagne (6,78), le Brésil (5,81), l’Angleterre (5,21 + 2) et l’Uruguay (5,16). A noter l’absence de la Russie, qui doit surtout ses 8 buts à sa belle réussite (3,06 xG pour 8 buts marqués). Elle peut notamment remercier Cheryshev et Golovin, auteurs de plusieurs buts compliqués.

La Russie fait d’ailleurs partie des cinq attaques les moins productives parmi les qualifiés avec la France (2,80 + 1), l’Argentine (2,44 + 1), le Portugal (1,96 + 2) et le Danemark (1,84). De quoi poser quelques questions sur la capacité du France-Argentine à offrir du spectacle en ouverture des huitièmes de finale ce samedi. Même si les Bleus n’auront pas à faire le jeu, rappelons qu’ils n’avaient pas réussi à placer un seul contre lors de leur deuxième mi-temps sans le ballon face au Pérou.

En revanche, l’équipe de Didier Deschamps pourra s’appuyer sur sa solidité défensive. Evidemment, comme pour la Belgique et l’Angleterre concernant la production offensive, la qualité des adversaires rencontrés doit pondérer la performance. Néanmoins, l’écart est assez conséquent entre le 0,74 xG (+1) concédés par les Bleus et leurs poursuivants : l’Uruguay (1,12), le Danemark (1,68 + 2), l’Espagne (2,23 + 1) et le Brésil (2,24).

Histoire d’aller un peu plus loin que les Expected Goals, qui ne sont pas forcément très pertinents pour juger un échantillon de trois rencontres – le Mexique et la Suède qui ont affronté l’Allemagne peuvent en témoigner -, la suite de l’étude se penche sur d’autres données : les passes tentées et réussies dans le dernier tiers, puis dans la surface de réparation. Deux secteurs qui permettent de savoir quelles sont les attaques ou les défenses les plus en contrôle dans la zone de vérité…

Maîtrise technique : le Brésil et l’Espagne au-dessus de la mêlée 

Si la Belgique et l’Angleterre jouent dans la cour des grands en terme de xG produits et de buts marqués, les deux sélections sorties du groupe G disparaissent du haut du tableau dès lors que l’on se penche sur la qualité des échanges dans le dernier tiers du terrain et la surface de réparation adverse.

Mais qui pour les remplacer ? Cela ne va surprendre personne de retrouver l’Espagne et le Brésil en très bonne position dans ces deux secteurs. En plus d’être au contact en terme de xG produits, les deux favoris du Mondial – maintenant que l’Allemagne est sortie – tournent aux alentours des 80% de passes réussies dans le dernier tiers. Ils franchissent même aisément la barre des 50% de passes réussies dans la surface adverse en ayant tenté au moins 20 passes de plus que les autres qualifiés.

A peu près au niveau du Brésil en terme de passes réussies dans le dernier tiers, l’Argentine a en revanche beaucoup plus de mal à pénétrer la surface de réparation adverse. On touche sans doute là aux limites de joueurs choisis par Sampaoli pour épauler Messi. Si la structure et l’animation offensive de l’Albiceleste lui permettent d’avoir la possession et de s’installer dans le camp adverse (67,30% du temps passé sur le terrain), elle manque de solutions pour se retrouver en bonne position dans la zone de vérité. Cela se ressent sur son xG.tir catastrophique : 0,055 xG/tir, le pire des 16 qualifiés, alors que la moyenne est de 0,104 et que le meilleur est pour l’Espagne avec 0,138.

Le cas de l’Angleterre est aussi très intéressant. La sélection de Gareth Southgate est avec les meilleurs en terme de passes réussies, intercalée entre l’Espagne et le Brésil à la 2ème place (88,71%). Mais cette réussite est surtout due aux joueurs chargés de la relance : Stones et Walker émargent ainsi à plus de 95% de passes réussies.

En revanche, dès qu’il faut se rapprocher du but adverse, le taux de réussite chute de manière vertigineuse : 62,99% dans le dernier tiers (15ème / 16) et 39,19% dans la surface de réparation (13ème / 16). De quoi refroidir les ardeurs de ceux voyant dans cette équipe une émanation du Manchester City de Pep Guardiola. Plus sérieusement, cela explique surtout pourquoi les Anglais ne sont que 29ème au classement du nombre de tirs dans le jeu (15 en 3 matchs, moins que le Panama…) et donc plus que jamais dépendants de leurs (excellentes) performance sur coups de pied arrêtés (23 tirs, évidemment en tête après 3 matchs).

Maîtrise défensive : la France, meilleur bloc du tournoi ? 

Si l’Uruguay est officiellement la meilleure défense du tournoi après avoir gardé ses cages inviolées jusque-là, c’est bien l’équipe de France qui fait la meilleure impression lorsque l’on se penche sur les stats avancées dans ce secteur.

On l’a mentionné un peu plus haut : les Bleus ont concédé le plus petit nombre de xG après la phase de poules (0,74 sur 3 matchs) si l’on enlève le penalty offert à l’Australie. Dans ce classement, ils devancent justement l’Uruguay (1,12 sans penalty concédé) et le Danemark (1,68 + 2 penalty concédés). Ces trois sélections sont d’ailleurs les seules à avoir traversé la phase de poules sans concéder la moindre grosse occasion.

Et les bons chiffres ne s’arrêtent pas là pour les Français. Dans leur tiers défensif, ils parviennent à réduire le pourcentage de passes réussies de l’adversaire à 55,5% (contre 84,46% en moyenne sur tout le terrain). Un point commun qu’ils partagent avec l’Argentine (52,4%) et l’Espagne (55,6%) mais en usant d’un style très différent, moins focalisé sur la possession du ballon… et finalement beaucoup plus efficace si l’on reprend les xG concédés par les trois formations (0,74 contre 2,23 pour l’Espagne et 3,2 pour l’Argentine).

Et cela se confirme lorsque l’on se penche sur ce qu’il se passe dans la surface de réparation française. Dans cette zone, le taux de réussite des transmissions adverses chute à 22,70%. En trois rencontres, les Français n’ont concédé que 10 passes dans leurs 16 mètres pour 44 tentatives. Exactement les mêmes chiffres. Ils devront faire au moins aussi bien face à l’Argentine, dont le taux de réussite dans la surface flirte jusqu’ici avec les 50% (6ème meilleur total parmi les qualifiés).

Si elles sont derrière l’Espagne et la France, la Colombie et la Belgique semblent aussi en contrôle dans leur propre surface de réparation. Le 5-4-1 de Roberto Martinez met beaucoup de monde dans la zone de vérité en phase défensive et les Anglais l’ont appris à leurs dépens jeudi soir (5 / 25 : 20% de passes réussies). La Colombie a de son côté réalisé deux très belles performances face à la Pologne (8 / 26) et au Sénégal (4 / 23) après avoir limité la casse en infériorité numérique face aux Japonais (8 / 16). Opposés en huitième de finale à des Anglais qui ont beaucoup de mal à échanger dans la zone de vérité, l’équipe de Pekerman s’avance avec de vraies certitudes dans ce domaine.

A l’extrémité droite du classement, les chiffres du Mexique peuvent inquiéter alors qu’ils doivent retrouver le Brésil au tour suivant. Même si la rencontre face à l’Allemagne pèse lourd dans leur bilan (24 / 48, soit 50% de passes réussies par l’Allemagne dans leur surface), le fait d’affronter l’une des équipes les plus à l’aise dans cette zone dès les huitièmes les met forcément dans une situation très délicate.

Plutôt solides dans l’entrejeu, la Suisse et la Croatie semblent plus en difficulté quand il s’agit de négocier les situations près de leur but. A l’inverse, l’Uruguay et la Suède laissent volontiers plus de champ à leurs adversaires pour un meilleur contrôle de la zone de vérité. Les Suédois sont d’ailleurs en tête du classement des tirs contrés (6,3/match), affichant plusieurs statistiques qui peuvent rappeler le Leicester champion d’Angleterre en 2016 (moins de 38% de possession, moins de 73% de passes réussies).

 

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1 réponse

  1. Figoso dit :

    Encore une fois, un article très intéressant. Vivement la suite.
    Est-ce que tu pense faire un article sur l’email de l’Allemagne ? Vu leur possession (75% sur les trois matchs), leur nombre de tir (2 buts sur 72 tirs tentés, donc quid des xG, les raisons de leur échec mériteraient une analyse, en terme de grosse occasions concédées, xG subis, rôle de Neuer, dribbles tentés ….

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