Chelsea 2-1 Arsenal, l’analyse tactique

Dans un match à deux mi-temps, Chelsea est sorti vainqueur du premier choc londonien de l’année 2013. Malgré une deuxième mi-temps intéressante, Arsenal a payé une entame de match complètement manquée, marquée par deux buts encaissés suite à des pertes de balle évitables au milieu de terrain.

Une demi-heure bleu :

Au coup d’envoi, deux absences importantes sont à signaler : Arteta pour Arsenal et Mikel, parti disputer la CAN, pour Chelsea. Ces derniers sont remplacés par Coquelin et Lampard. Arsenal et Chelsea se présentent dans le même système de jeu en 4-2-3-1. Du côté des Gunners, le double pivot est 100% français avec Coquelin et le revenant Diaby ; les deux hommes protègent l’axe derrière Wilshere, qui est à nouveau positionné en soutien de Giroud (Szczesny – Sagna, Mertesacker, Vermaelen, Gibbs – Diaby, Coquelin – Walcott, Wilshere, Cazorla – Giroud). Dans le camp des Blues, Ramires et Lampard forment le milieu de terrain derrière les trois créateurs habituels : Hazard, Oscar et Mata. L’Espagnol occupe l’axe et se retrouve déchargé d’une partie du travail défensif, à l’inverse de ses deux partenaires qui se replient afin de compléter le milieu de terrain (Cech – Azpilicueta, Ivanovic, Cahill, Cole – Ramires, Lampard – Hazard, Mata, Oscar – Torres).

En l’espace d’un petit quart d’heure, Chelsea réussit à faire le break face à des Gunners complètement dépassés par les évènements dans l’entrejeu. Premier élément tactique d’importance, le pressing efficace des Blues juste derrière leur ligne médiane. Dès qu’Arsenal cherche à fendre la première ligne adverse balle au pied, les milieux offensifs excentrés (Hazard, Oscar) font les efforts nécessaires pour suivre le porteur de balle adverse et le diriger vers l’axe où l’attend la paire Ramires-Lampard. L’ouverture du score rapide, signée Mata (6e), est une conséquence immédiate d’un ballon gagné par Ramires dans les pieds de Coquelin (voir capture ci-dessous). Sur cette phase de jeu, Oscar et Hazard sont positionnés de manière à ne laisser qu’une seule solution à Coquelin pour progresser vers les buts de Cech avec le ballon. Si Cazorla est libre de tout marquage sur l’image, Coquelin n’aura pas le temps de lui transmettre le ballon, se faisant surprendre par la rapidité du jaillissement de Ramires. Alors que son bloc était en train de remonter, Arsenal se fait alors prendre sur une attaque rapide : Azpilicueta renverse le jeu vers Mata qui s’est excentré côté gauche pour profiter des espaces laissés par un Sagna dépassé sur la perte de balle comme ses partenaires du milieu de terrain.

Forts de cette rapide ouverture du score, les Blues prennent clairement l’ascendant au milieu de terrain, profitant notamment des problèmes crées par leurs techniciens (Hazard, Oscar, Mata) dans les 30 derniers mètres d’Arsenal. Pour bien comprendre cette situation, il faut remonter jusqu’à la relance de Chelsea. Celle-ci se construit autour de quatre joueurs : Cahill, Ivanovic (les défenseurs centraux), Lampard et Ramires (les milieux défensifs). Face à ce quatuor, Arsenal doit tenir avec le duo Giroud-Wilshere. Le premier navigue entre les quatre adversaires et suit les défenseurs s’ils viennent à porter le ballon eux-mêmes vers l’avant. Le second marque Ramires ou Lampard selon le côté choisi par Chelsea pour remonter le terrain. Sur les côtés, Cazorla et Walcott complètent le travail de leurs axiaux en s’opposant aux deux latéraux adverses (Azpilicueta et Cole). Reste donc un six contre quatre en faveur des Gunners dans leur propre camp.

Mais cet avantage numérique explose grâce à la mobilité des trois créateurs de Chelsea. La majorité des mouvements sont construits sur des combinaisons en mettant deux à contribution : l’un déjà excentré, en position d’ailier, et l’autre se déplaçant de l’intérieur du terrain vers le couloir. Sur phase placée, aucun ne prend la profondeur, ce travail revenant à Torres qui prend les espaces sur tout le front de l’attaque. L’Espagnol limite ainsi les possibilités de sortie au pressing des défenseurs (centraux comme latéraux). Les deux créateurs à la construction attirent alors sur eux le double pivot des Gunners (Coquelin-Diaby), forcé de quitter l’axe afin d’éviter à leurs latéraux de se retrouver en infériorité numérique. D’énormes espaces s’ouvrent alors dans l’axe pour les deux milieux de Chelsea (Ramires et Lampard). Le joueur laissé libre par Wilshere au départ de l’action peut alors monter sans vis-à-vis jusqu’à se présenter dans les 25 derniers mètres.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 1/ Une situation classique de relance pour Chelsea : Ivanovic est en possession du ballon, Giroud est à sa hauteur. Wilshere se retrouve dans la zone de Ramires, milieu le plus proche de l'action. Dans le couloir, Cazorla est face à Azpilicueta. Dans le camp d'Arsenal, Diaby se positionne afin d'empêcher la passe. 2/ Ivanovic fait le choix d'attaquer balle au pied. Giroud le suit sans véritablement l'attaquer. Wilshere redescend pour bloquer un retour dans l'axe vers Lampard. Mais ce dernier est sans adversaire face à lui, alors qu'il se projette dans le camp adverse. Car Coquelin et Diaby sont forcés de s'excentrer pour enfermer deux des trois créateurs adverses. Derrière eux, Gibbs ne peut pas se livrer et sortir de la défense sous peine de voir Torres partir dans son dos.

La renaissance d’Arsenal :

Complètement dépassés au milieu de terrain et incapables de gérer les montées de Ramires et Lampard, les Gunners encaissent un second but sur penalty, suite à une action assez similaire à celle entraînant le premier but de Mata (perte de balle au milieu de terrain face à Ramires, attaque rapide et penalty concédé par Szczesny sur le Brésilien). Les hommes d’Arsène Wenger entrent finalement dans leur match à la faveur d’un changement de système. Au lieu de rester aux avants-postes en soutien de Giroud, Wilshere redescend d’une ligne pour densifier l’axe aux côtés de Coquelin et Diaby. Le bloc d’Arsenal gagne en solidité, et peut désormais contrôler plus facilement les courses vers l’avant de Lampard ou Ramires. Sans ces projections, le jeu de Chelsea manque de solutions et devient plus latéral ; à plusieurs reprises, Oscar se retrouve décalé sur l’aile gauche mais, sans vitesse ni soutien, il ne peut faire la différence en solitaire. Mieux, Arsenal se montre aussi plus efficace au pressing, opposant désormais deux adversaires (Wilshere et Diaby par exemple) à la paire Ramires-Lampard.

La relance est aussi plus simple : si les milieux excentrés de Chelsea pouvaient encadrer deux milieux adverses et les attirer vers l’axe, la présence d’un troisième milieu, capable d’offrir une solution en soutien est un problème. A tour de rôle, Wilshere, Diaby et Coquelin se partagent le travail au milieu de terrain et n’hésitent pas à prendre le temps de faire tourner dans un petit périmètre pour s’ouvrir des angles de passe vers les couloirs. La première ligne de Chelsea est naturellement plus faible dans cette zone en raison du travail vers l’intérieur du terrain de Hazard et Oscar. Sagna et Gibbs prennent donc les espaces sur les ailes et deviennent des relais intéressants pour leurs milieux de terrain, qui suivent la remontée de balle une fois le ballon envoyé sur le côté. Devant, Cazorla et Walcott profitent aussi de la liberté offerte à leurs latéraux pour repiquer dans l’axe. Le premier dézone pour reprendre la position abandonnée par Wilshere au moment du changement de système ; le second se mue en véritable deuxième attaquant, chargé de prendre la profondeur pour compléter un Giroud en point d’appui. C’est justement cette connexion qui est à l’origine de la réduction du score (Cazorla derrière le milieu de Chelsea, qui passe en profondeur pour Walcott).

Les milieux d'Arsenal profitent de l'impact défensif limité de Hazard, Oscar et Mata pour faire tourner le ballon dans le rond central. Dans les couloirs, Sagna et Gibbs sont libres de monter. Dans le camp adverse, Cazorla repique dans l'axe pour offrir des solutions dans le dos de la paire Ramires-Lampard. Walcott rentre lui à l'intérieur une ligne plus haut, afin d'épauler Giroud.

Conclusion :

Comme souvent, Arsenal peut sortir de ce match avec beaucoup de regrets. Malgré de grosses failles tactiques dans leur système en début de partie, ce sont eux qui ont offert deux buts à leurs adversaires, sur des pertes de balle de leurs milieux de terrain. Le repositionnement de Wilshere en cours de première mi-temps a mis à mal le pressing adverse et ouvert des espaces dans les couloirs, abandonnés par Hazard et Oscar lors des premières secondes de possession adverse. Au retour des vestiaires, Cazorla et Walcott ont à leur tour modifié leur registre pour permettre à Arsenal de gagner en efficacité dans le camp de Chelsea. Mais au final, en ne faisant aucun cadeau à son adversaire sur les opportunités offertes en début de partie, les Blues avaient déjà fait l’essentiel.

Vous aimerez aussi...

4 réponses

  1. Nimbus dit :

    Très instructif, surtout quant à l’explication de l’amélioration d’Arsenal en 2e mi-temps grâce au léger repositionnement de Wilshere !

  2. It’s really a nice and helpful piece of information. I’m glad that you just shared this useful information with us. Please stay us informed like this. Thanks for sharing.

  3. party booth dit :

    Sweet blog! I found it while surfing around on Yahoo News.
    Do you have any tips on how to get listed in Yahoo
    News? I’ve been trying for a while but I never seem to
    get there! Cheers

  1. 23 janvier 2013

    […] d’abord à une organisation pas forcément adaptée aux caractéristiques de Chelsea (allez lire le papier de Florent Toniutti sur le sujet, il a tout dit) mais aussi à une performance loin d’être au […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *