Ce 4-4-2 qui gêne le Barça

Il y a d’abord eu le Real Madrid en quart de finale de Coupe du Roi : menés 2-0, les Madrilènes ont pour la première fois réussi à rattraper Barcelone au score pour arracher le nul (2-2). Puis il y a eu Valence qui, le temps là aussi d’une dernière demi-heure, a su revenir dans une deuxième mi-temps qui avait démarré à sens unique en faveur des Catalans. Sur ces deux demi-heures face au Barça, Madrilènes et Valenciens avaient un point commun, au-delà du comportement peut-être trop gestionnaire de leurs adversaires : le 4-4-2 à plat. Pourquoi ce schéma, plus qu’un autre, semble gêner le Barça à l’heure actuelle ? Explications.

Système contre système :

Avant de se pencher sur les mouvements proposés par le 4-4-2 à plat, il faut le poser face aux deux organisations habituelles de Barcelone cette saison : le 4-3-3 et le 3-4-3.

Que ce soit face à l’un ou l’autre des schémas employés par les Catalans (en bleu le 4-3-3, en jaune le 3-4-3), deux remarques sont à faire. Le 4-4-2 à plat ne place aucun joueur dans la zone habituelle des milieux récupérateurs/relanceurs du Barça (Busquets dans le 4-3-3, Xavi-Busquets dans le 3-4-3). A l’inverse du 4-2-3-1 habituellement utilisé par le Real ou Valence qui place leurs créateurs dans cette zone, ceux-ci se retrouvent excentrés dans le 4-4-2 à plat, ce qui leur donne logiquement plus d’espaces vis-à-vis de ceux qui seraient normalement leurs adversaires directs.

Profiter des espaces entre ailiers et latéraux :

Il s’agit peut-être de la faiblesse du Barça de Guardiola depuis plusieurs mois maintenant. Messi décrochant constamment de sa position de numéro neuf, il revient aux ailiers d’évoluer très haut pour peser sur la défense adverse (le plus souvent en traînant au niveau de la ligne séparant défenseur central et latéral). Il en résulte une très grande distance entre eux et les joueurs censés fermer le couloir derrière, que ce soit les milieux de terrain qui coulissent ou les latéraux qui sortent de la ligne défensive.

Lorsque Barcelone presse, ses deux premières lignes se concentrent sur l’axe du terrain. Les trois attaquants mettent la pression sur les défenseurs et, surtout, les deux milieux relayeurs se focalisent sur les milieux axiaux adverses pour tenter de récupérer le ballon le plus haut possible. En évoluant plus bas -que dans un 4-2-3-1 par exemple-, les milieux excentrés offrent ainsi deux solutions supplémentaires pour se défaire de la pression mise par les offensifs du Barça dans la moitié de terrain adverse.

Si les excentrés sont marqués par un adversaire (latéral ou milieu) venu de l’arrière, le déplacement de celui-ci entraîne des brèches à exploiter pour les deux attaquants. Si le Barça est en 4-3-3, son latéral sort de la ligne défensive, ouvrant des espaces dans le couloir et offrant une possibilité de un-contre-un pour l’attaquant face au stoppeur catalan. Si le Barça est en 3-4-3, son milieu s’organise en losange pour aller presser : l’un des offensifs sort sur l’excentré, l’autre s’occupe de l’axial le plus proche et les récupérateurs coulissent. Pour peu que l’un des deux attaquants viennent proposer des solutions le long de la ligne de touche pour faire bouger la ligne de défense catalane, des espaces se libèrent côté opposé et c’est un deux contre deux qui peut se jouer entre excentré droit et second attaquant d’un côté et défenseurs centraux de l’autre (en noir ci-dessus).

Pas de droit à l’erreur derrière :

En phase défensive, le 4-4-2 à plat crée plusieurs situations de un-contre-un. Au-delà de tout aspect tactique, les défenseurs doivent évidemment se montrer irréprochables dans les duels. Face à Barcelone, pas de performance possible si les latéraux ne tiennent pas les ailiers, si les milieux axiaux ne réussissent pas à contenir les créateurs et, surtout puisqu’il s’agit de l’arme fatale du Barça, si un stoppeur n’est pas capable de suivre Messi dans ses décrochages. Récemment, Sergio Ramos et Victor Ruiz ont particulièrement brillé dans cet exercice.

Là encore évidemment, les milieux excentrés sont les joueurs-clés du système, ceux qui vont décider de l’intensité du pressing et de la hauteur du bloc. Ainsi, ils peuvent sortir de la ligne des milieux de terrain pour aller prêter main forte à leurs attaquants (dans la zone blanche), mettant la pression sur la relance catalane dans l’axe (flèche noire) tout en comptant sur la capacité des axiaux à contenir les déplacements des créateurs. S’ils évoluent dans un rôle plus conservateur, c’est aux attaquants d’abattre un gros travail pour perturber la relance catalane, et surtout se replier au cas où Piqué ou Busquets décideraient de dépasser leurs fonctions pour franchir le premier rideau et porter le ballon dans le camp adverse.

Dans le cas d’un système défensif, les milieux excentrés peuvent aussi se contenter de diminuer les distances avec les milieux axiaux, formant ainsi une première ligne plus dense dans l’axe, rendant la première passe verticale plus difficile pour Xavi, Busquets ou Piqué. Généralement dans ce cas -comme face à Valence mercredi dernier-, le Barça s’en remet à ses latéraux pour remonter le ballon jusque dans le camp adverse. Il revient dès lors aux deux milieux excentrés de venir s’opposer à eux pour leur fermer le couloir. Dans l’axe, les marquages peuvent changer, le milieu à l’opposé de l’action pouvant rentrer à l’intérieur pour permettre à la défense de rester en place sans risquer l’infériorité numérique dans l’entrejeu -en cas de dézonage de Messi par exemple (voir ci-dessous)-.

Légende : le Barça remonte le terrain par le flanc droit et son latéral. L’attaquant de pointe du Barça dézone pour proposer une solution supplémentaire (flèches bleues). Déjà occupé par la montée du latéral, le milieu excentré est soutenu par son axial gauche qui couvre le déplacement de l’attaquant adverse. A ses côtés, son partenaire reprend le marquage qu’il a lâché et l’excentré droit reprend le marquage de son partenaire.

Conclusion :

S’il n’offre pas plus de garanties défensives qu’un autre schéma de jeu (tous dépendant de la capacité des défenseurs à contenir les attaquants barcelonais, Messi en tête), le 4-4-2 à plat est certainement le système qui profite le plus des espaces laissés par le 3-4-3 barcelonais ou le 4-3-3. A l’inverse du 4-2-3-1 et du 4-3-3, il libère automatiquement les créateurs de la pression du milieu catalan en les plaçant sur les côtés.

Ces derniers peuvent ainsi se retrouver à la réception de ballons ressortis de l’arrière (résultant de triangles entre latéral, stoppeur et milieu axial) tout en créant des brèches dans le camp adverse pour leurs attaquants, le Barça étant obligés de s’adapter à ces joueurs non-pris naturellement par ses systèmes de jeu. En 1994, le Milan AC de Capello avait détruit le Barça de Cruyff en évoluant en 4-4-2. Dix-huit ans après, le Real Madrid et Valence ont peut-être mis en place les prémices d’une répétition de l’histoire.

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15 réponses

  1. Stéphane dit :

    Bonjour à tous et tout d’abord merci pour vos analyses et commentaires frappés au coin du bon sens !
    Cependant, sans vouloir dévier du débat, je ne crois vraiment pas à la théorie d’une animation préférentielle pour gêner le grand Barcelone. En effet, il me semble que vous envisagez les choses de façon beaucoup trop ‘froide’ et je suis persuadé que rare sont les éducateurs qui envisagent les rencontres de cette manière.
    Je précise immédiatement que je rejoins complètement Florent sur l’analyse qu’il fait des 2 rencontres spécifiquement étudiées. Cependant, chaque Educateur doit faire avec les forces de son groupe, et il me parait utopique d’envisager appliquer une ‘recette miracle’. Ce qui ne veut pas dire que je n’ai pas mon idée sur ce qui serait susceptible de gêner Barcelone…
    A mon sens, comme évoqué plus haut, je ne pense pas viable d’envisager s’aligner sur une rencontre avec une vision purement théorique et de ‘tableau noir’. Et cette réflexion est encore plus valable au moment d’affronter Barcelone pour la bonne et simple raison que cette équipe est particulièrement atypique : elle est dépourvue d’animation tactique stable ! Forcément, elle est quasiment la seule au monde à pouvoir se le permettre, puisqu’elle est aussi la seule à posséder le ballon près de 70% du temps et ce quel que soit le match ! On a beaucoup entendu parler d’un soit-disant changement d’animation de Barcelone cette saison. Je n’y crois pas une seconde ! Ou si peu… L’équipe de l’an dernier évoluait sensiblement de la même façon.
    Ceci étant posé, il est des vérités indéniables qui permettent de mettre Barcelone en difficulté, et ce grace à l’étude des principes fondamentaux de Barcelone. Il y en a 2 pour moi : la possession de la balle et le pressing systématique dans toutes les zones du terrain dès la perte. Et si ce 2ème principe est une grande force, il s’avère également être le point faible ! En effet, la clé se situe dans la capacité à se sortir de ce 1er pressng ‘etouffant’ en réussissant les 2 premières passes rapidement et, si possible, vers l’avant.
    Je précise que je n’invente rien : de grands techniciens comme Wenger ou Denoueix l’ont évoqué en leur temps, en étant trop peu relayés à mon goût ! Et il n’est absolument pas question d’animation tactique ici ! Tout au plus, et je rejoins Florent sur ce point, le fait que des joueurs ‘à l’aise techniquement’ comme peuvent l’être Ozil ou Kaka soient touchabled dès les premières relances facilitent ce projet de jeu !
    Quant à répertorier les rencontres où certaines équipes ont réussi à gêner Barcelone, je dirais qu’aucune équipe n’y est parvenu sur la durée complète d’une rencontre. Tout simplement parce qu’il faut réussir à coupler l’exigence technique que je viens d’evoquer à un gros pressing. Et que le pressing implique des chutes physiques, donc du déchet…et donc l’impossibilité de se projeter !
    Cependant plusieurs équipes y sont parvenues par périodes. A tous les judicieux exemples que vous citez, j’ajoutetais l’Arsenal de Wenger qui avait réussi une première 1/2h extraordinaire à domicile, obligeant au passage Barcelone à sortir l’une de ses plus belles partitions…

    Voilà… Je m’en tiens là…
    Un grand merci à tous pour vos avis éclairés : ça fait du bien !
    Et un merci particulier à Florent pour avoir créer cette tribune ! Vraiment j’adore !

    A très bientôt !

  2. samirhenry dit :

    Mci Stephane pour votre intervention, vous avez un peu raison dans ce que vous dites concernant le fait qu’il n’existe pas de recette magique pour battre le Barca, l’entraineur doit adopter une tactique en fonction du groupe de joueurs qu’il a sous la main, de telle façon a tirer le maximum de son équipe. Mais, avec Florent et les intervenants, on & essayé de débattre sur un système qui peut (éventuellement) mettre en difficulté le barca, et je pense (personnellement) que ce 4-4-2 en fait parti, pour les raison que Florent a cité.

  3. Mehdi dit :

    Merci pour vos analyses, permettez-moi de rajouter quelques directives de coaching qui pourraient diminuer des atouts du Barça, qui sont la possession et l’efficacité.En perte de balle, l’équipe doit jouer en 4-1-4-1. Faire appliquer, par 1 des 2 milieux axiaux, un marquage stricte sur Messi, si possible le prendre en sandwich. A chaque fois qu’un défenseur est en position de 1 contre 1 avec Messi, il doit anticiper et essayer de l’orienter vers le flanc (droit). Les 4 milieux formant la 2ème ligne ne doivent pas trop courir inutilement et accompagnés les décrochages des joueurs du Barça, pour éviter la fatigue et l’énervement. Ils doivent plus glisser d’un côté à l’autre comme en Handball. En cas de récupération et pour éviter la perte rapide du ballon, le joueur récupérateur doit faire directement une passe en retrait à son Gardien qui doit être très bon dans le jeu avec pied, ce dernier doit savoir temporiser avant de faire une longue passe à l’attaquant qui serait auparavant démarqué sur un flanc, parallèlement ou simultanément, 1 ou 2 joueurs proches doivent sprinter pour lui donner un soutien. Tout en restant vigilant, le bloc doit pouvoir remonter et aider à prendre la bonne décision, garder le ballon et faire une attaque placée ou jouer rapidement le contre.
    Merci

  4. Je Serai Entraîneur Un Jour.

  1. 15 janvier 2014

    […] au 4-4-2 à plat, ce dernier permet à ses joueurs de couloir d’avoir de l’espace dans la zone entre les latéraux et les ailiers adverses. Ainsi, une équipe qui attaque à trois mais ne force pas ses ailiers à être les premiers […]

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