Borussia Dortmund : une défense friable

Ce soir au Signal Iduna Park, Thomas Tuchel a l’occasion de venger Pep Guardiola (son modèle) en retrouvant l’AS Monaco. Problème : son équipe connaît les mêmes difficultés que celles de son mentor. Souvent brillante au moment d’attaquer, elle est très loin du compte lorsqu’elle n’a plus le ballon. Et vu sa sortie ratée face au Bayern Munich ce week-end, elle semble même bien moins armée pour résister à l’armada offensive monégasque. Reste à savoir si cette dernière est aussi forte qu’il y a un mois… Pour cela, il faudra attendre ce soir. En attendant, tentons de détailler les lacunes défensives du Borussia Dortmund.

Des chiffres pas si mauvais : 

C’est le grand paradoxe de la défense du club allemand. L’impression visuelle n’est pas forcément corroborée par les chiffres. Malgré des limites évidentes en phase défensive et dans sa moitié de terrain (voir par ailleurs), Dortmund reste la 5ème meilleure défense de Bundesliga à l’heure actuelle, avec 32 buts encaissés en 28 rencontres.

Si l’on s’arrête sur les Expected Goals, les joueurs de Thomas Tuchel peuvent même s’estimer en manque de réussite : le modèle de @11tegen11 via @ChallengersPod fait d’eux la 2ème meilleure défense du championnat allemand derrière le Bayern. Avec 0,93xGc/match, le club se situe d’ailleurs à un niveau se rapprochant de l’AS Monaco (0,90 xGc/match). Le parallèle entre les deux formations ne s’arrête pas, là puisqu’elles sont aussi très proches en terme de qualité des tirs concédés (xGc/tir concédé) et d’efficacité défensive (tirs concédés/but encaissé).

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Mais comme avec l’équipe de Jardim, il y a les chiffres et il y a le rendu sur le terrain. La double confrontation face à Manchester City avait été l’occasion de constater certaines faiblesses du système défensif de l’ASM. Facile vainqueur en finale de la Coupe de la Ligue, le PSG a lui aussi profité de certaines limites en construisant intelligemment au milieu pour trouver des hommes libres entre les lignes adverses (Di Maria). Avec son jeu de position souvent très bien récité, le Borussia a lui aussi des qualités à faire valoir pour mettre en difficulté l’arrière-garde monégasque.

Mais dans cet article, c’est ce qu’il pourrait se passer de l’autre côté du terrain qui nous intéresse. Dans ce secteur, on l’a déjà dit : Dortmund a beaucoup de problèmes. Thomas Tuchel est un grand admirateur du travail de Pep Guardiola et cela se ressent sur la manière de défendre de son équipe. Celle-ci est ambitieuse et veut récupérer le ballon le plus rapidement possible… mais si son premier pressing (à la perte ou sur la relance) ne fonctionne pas, cela devient vite très chaotique (à écouter ci-dessous, à partir de 11’36).

Un manque d’agressivité qui pèse dans les duels : 

Il y a d’abord le manque de maîtrise derrière ce pressing : aller chercher très haut l’adversaire n’est qu’une partie du travail. Si celle-ci est bien faite, les défenseurs ou le gardien adverses vont rendre le ballon ou le dégager. Il n’y a pas de pressing haut possible sans une défense engagée et dominatrice à la retombée de ces longs ballons. Le problème, c’est qu’au plus haut niveau, Dortmund risque de payer le manque d’agressivité de son arrière-garde. Samedi dernier, même avec son système à trois centraux, le Borussia Dortmund n’a pas du tout su contenir le Bayern.

Un homme symbolise cela : Marc Bartra. Arrivé de Barcelone pendant l’été, le défenseur catalan est une synthèse à lui seul du Borussia Dortmund version Tuchel : capable du meilleur lorsque son équipe a le ballon (jeu court, jeu long, conduite de balle etc…), il est beaucoup trop souvent à la limite lorsqu’il s’agit de défendre. Il est d’ailleurs l’un des défenseurs centraux les plus exposés d’Europe (plus de 4 tacles/match) et l’un de ceux au pourcentage de tacles réussis le plus faible (63%).

Au-delà de ce cas particulier, les défenseurs du Borussia sont aussi loin d’être des joueurs dominants dans le jeu aérien. Sokratis est le seul défenseur de l’effectif à être au-dessus de la barre des 60% de duels remportés. Difficile dès lors d’afficher de la sérénité lorsqu’il s’agit de couvrir les autres lignes sorties au pressing. Le 3ème but inscrit par le Bayern samedi est un bon exemple, avec un joyeux bordel à la retombée d’un dégagement de Boateng depuis sa surface de réparation.

Ce manque de maîtrise de la défense n’est pas sans rappeler les soucis de Manchester City cette saison. Comme son mentor, Tuchel voit ses ambitions plombées par un effectif sans doute trop faible qualitativement pour y répondre. Falcao et Mbappé feront-ils subir fà Ginter ou Bartra ce qu’ils ont infligé à Stones et Otamendi ? Début de réponse ce soir.

Cette lourdeur de la défense se ressent aussi lorsque l’adversaire a l’occasion de construire ses attaques. Quand il n’a pas le ballon, le système du Borussia est très orienté sur l’homme ; idéal pour presser et défendre en avançant, cette focalisation des milieux et des attaquants sur les adversaires peut aussi très vite créer des espaces entre les joueurs et dans le bloc. Ses brèches dans le coeur du jeu, ce sont les deux milieux de Dortmund (3-4-3) qui doivent les combler quand il n’y en a pas qu’un seul (4-3-3).

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Pour peu que le cadrage du porteur ne soit pas bien effectué – voire pas effectué du tout – (voir ci-dessus un exemple datant du match face au Real Madrid fin septembre, mais l’équipe a tout de même progressé depuis), cela peut vite devenir très problématique pour les milieux. C’est d’autant plus gênant que l’habitué du poste (Weigl) tient plus de Thiago Motta ou Busquets que de Nzonzi ou Fernandinho en terme de mobilité.

C’est là que les défenseurs doivent normalement intervenir, d’autant plus s’ils sont trois dans l’axe. Quand une brèche se crée au milieu et qu’un adversaire propose une solution dans cet espace, leur mission est normalement de sortir de la défense afin de stopper la progression et tenter de récupérer le ballon. Là encore, samedi dernier, les joueurs de Thomas Tuchel ont eu beaucoup de mal dans ce secteur, pris par la mobilité et le jeu dos au but de Thiago, Ribéry ou Lewandowski.

Dernier point, et pas des moindres : la couverture de la surface de réparation. Plusieurs fois, le Bayern a terminé ses actions par des centres qui sont arrivés à destination dans la zone de vérité. On le voit sur le premier but, Dortmund a beau être en surnombre, certains adversaires échappent au marquage. Le danger est particulièrement important sur les centres en retrait et à ras de terre. Une donnée très importante face à une équipe de Monaco qui est l’une des formations les plus dangereuses d’Europe dans ce domaine.

Des points faibles face à des points forts monégasques : 

Depuis la finale de la Coupe de la Ligue perdue 4-1 face au PSG, l’équipe de Jardim ne semble pas au meilleur de sa forme. Après plus de 50 matchs joués, la fatigue se fait sentir à tous les niveaux, de la défense à l’attaque. Mais les limites défensives de leurs adversaires donnent forcément des raisons d’y croire. Car certains des points forts de l’ASM en attaque se situent justement au niveau des points faibles de Dortmund.

Il y a d’abord les transitions offensives. Monaco excelle en contre et ses attaquants vont se retrouver face à une défense qui semble aujourd’hui moins sereine que celle de Manchester City quand il s’agit de négocier des situations d’égalité numérique. Déjà impressionnant lors du huitième de finale contre le club anglais, Kylian Mbappé devrait avoir quelques occasions de briller ce soir. Reste à savoir s’il en a encore sous la semelle…

Pour obtenir ces situations de transition, il faudra néanmoins que l’ASM parvienne à stopper la progression du Borussia Dortmund tout en déjouant le pressing à la perte (peut-être son unique point fort défensif). L’une des clés pour un bon résultat de l’ASM se situera forcément dans cette partie de la rencontre. A leur avantage là encore, le Borussia est peut-être une équipe moins patiente que City : sur la durée, l’équipe de Tuchel a plus de chances de faire des fautes avec le ballon, qui offriront des ballons à exploiter en contre-attaque.

Deuxième point, l’utilisation des espaces entre les lignes allemandes. Avec Bernardo Silva et surtout Lemar, qui repiquent à l’intérieur, mais aussi Falcao, Germain ou Mbappé, tous capables de décrocher pour proposer entre les lignes, Monaco devrait avoir plus d’une solution pour progresser et fixer Dortmund dans le coeur du jeu. Là encore, la forme physique pèsera beaucoup dans la décision : si le quatuor offensif de l’ASM retrouve sa mobilité, les choses risquent de se compliquer pour la défense allemande.

Dernière raison d’y croire pour Monaco : les centres. Après avoir trouvé des points de fixation à l’intérieur, l’ASM devrait logiquement avoir des opportunités pour finir dans les couloirs grâce aux montées des latéraux (Mendy et Touré ?). On l’a déjà évoqué un peu plus haut : l’équipe de Leonardo Jardim est l’une de celles qui centre le plus cette saison en Europe. Il s’agira de trouver les zones-clés dans la surface de réparation de Dortmund (vers le point de penalty).

Conclusion : 

Evidemment, Thomas Tuchel a très certainement mis l’accent sur tout cela depuis la défaite de samedi. Il a d’ailleurs reconnu en conférence de presse que son équipe était passé à côté de son sujet face au Bayern, et que l’objectif était de se reprendre face à Monaco. Mais même si l’on s’attend à de meilleures prestations individuelles, difficile d’envisager un miracle et une progression collective éclair pour la défense du Borussia.

D’ailleurs, à l’instar de Guardiola au tour précédent, Tuchel a bien insisté sur le fait que la qualification des siens allait surtout passer par leur capacité à marquer des buts : « nous allons montrer les espaces dans lesquels nous voulons jouer. (…) Nous allons essayer de marquer le plus de buts possibles, nous allons attaquer. » Bref, à défaut de savoir de quel côté la pièce retombera cette fois, le spectacle semble garanti !


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2 réponses

  1. 17 avril 2017

    […] aidés par un ou deux partenaires, particulièrement lorsqu’il faut empêcher le Néerlandais, en grande forme contre Dortmund, de repiquer dans […]

  2. 17 avril 2017

    […] aidés par un ou deux partenaires, particulièrement lorsqu’il faut empêcher le Néerlandais, en grande forme contre Dortmund, de repiquer dans […]

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