Borussia Dortmund 3-0 Marseille, l’analyse tactique

Il n’y a pas eu de miracle. Sans surprise, le Borussia Dortmund a pris sa revanche sur l’Olympique de Marseille, deux ans après avoir été battu dans son stade dans un match spectaculaire (2-3). Sans avoir besoin de briller, les Borussen ont puni les Marseillais en jouant sur leurs armes du moment : une pression constante et un jeu de transition infernal.

Au coup d’envoi, la formation de Jurgen Klopp s’avance pourtant avec quelques incertitudes en défense et dans l’entrejeu : Piszczek et Gundogan ne sont toujours pas revenus de blessure, tandis que Schmelzer les a rejoint à l’infirmerie. Expulsé face à Naples il y a deux semaines, Weidenfeller est lui remplacé par Langerak dans les cages (Langerak – Grosskreutz, Subotic, Hummels, Durm – Bender, Sahin – Aubameyang, Mkhitaryan, Reus – Lewandowski). Côté marseillais, Elie Baup relance son onze-type, avec Khalifa en pointe pour pallier l’absence de Gignac (Mandanda – Fanni, Nkoulou, Mendes, Mendy – Romao, Imbula – Payet, Valbuena, Ayew – Khalifa).

Pression allemande :

Comme face à Naples (lire : Naples 2-1 Borussia Dortmund, l’analyse tactique), Dortmund démarre la rencontre en tentant d’imposer une grosse pression sur les milieux marseillais. Le bloc allemand se met en place au niveau des milieux marseillais, Imbula et Romao, et vise à la fois à mettre une pression sur le porteur du ballon tout en étant présent sur toutes les solutions courtes qui se présentent à lui. Mkhitaryan apparaît comme le plus actif en début de partie, très présent dans la zone d’Imbula, et parfaitement secondé par Bender, qui jaillit du milieu de terrain pour suivre les mouvements de Valbuena ou Ayew. Dès la première minute, ce dernier perd d’ailleurs un ballon dangereux aboutissant au premier tir de la partie (non-cadré par Reus).

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Ici, c’est Reus qui s’est dirigé vers Imbula pour l’empêcher de jouer, laissant Mkhitaryan en couverture sur Romao en tant qu’ailier gauche. Bender quitte lui sa position au milieu de terrain pour mettre la pression sur Ayew. Sahin reste en couverture.

La pression du Borussia Dortmund est telle qu’il est très dangereux de porter le ballon dans l’entrejeu pour les Marseillais. La moindre perte de balle entraîne une attaque rapide des Allemands, qui comptent sur la proximité entre leurs quatre attaquants pour rapidement enchaîner dans les trente derniers mètres. En début de partie, Dortmund insiste sur l’aile droite grâce aux débordements de Grosskreutz pour soutenir Aubameyang, qui revient dans l’axe dès que possible.

Au-delà de la capacité du Borussia à déclencher son pressing au milieu de terrain, c’est sa présence sur les ballons renvoyés par la défense marseillaise qui est la plus impressionnante en début de partie. Dès que Dortmund arrive au niveau de la surface phocéenne, l’OM se retrouve en grande difficulté pour exploiter les ballons repoussés par sa défense. Bender accompagne les attaques et se retrouve très proche des milieux marseillais, et donc capable de soutenir le pressing de ses attaquants (avec Mkhitaryan face à Romao et Imbula). En couverture, les Allemands s’autorisent même les deux-contre-deux, profitant de l’avantage physique de Hummels et Subotic sur Valbuena et Khalifa pour récupérer les ballons « à l’impact. »

9 des 11 joueurs du Borussia sont présents dans le camp marseillais sur cette relance. Bender est à hauteur de Mkhitaryan, couvert par Sahin. Valbuena et Khalifa sont obligés de décrocher ensemble pour défaire la pression de Subotic.

9 des 11 joueurs du Borussia sont présents dans le camp marseillais sur cette relance. Bender est à hauteur de Mkhitaryan, couvert par Sahin. Valbuena et Khalifa sont obligés de décrocher ensemble pour se défaire de la pression de Subotic. Alors que ce dernier lâche le marquage et va se replacer, Grosskreutz s’apprête à se diriger vers le porteur de balle.

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Quelques secondes plus tard, Subotic a retrouvé Hummels en couverture alors que le reste de l’équipe est en place face à la relance :  toutes les solutions courtes de l’OM sont coupées et aucune longue n’existe (Khalifa et Valbuena à hauteur de Sahin et Grosskreutz). Le Borussia parvient ainsi à enfermer l’OM sur une toute petite partie du terrain. Seule solution : le changement de jeu, encore faut-il se défaire de la pression autour du porteur de balle pour pouvoir le réaliser.

Un contrôle, une passe : 

Dominés sur les longs ballons, bloqués au milieu de terrain, les Marseillais ont besoin de quelques minutes afin de trouver la solution pour se défaire de la pression adverse. Au San Paolo, le Borussia Dortmund était tombé sur une formation du Napoli dotée de joueurs capables de faire la différence en un-contre-un dans les couloirs (Zuniga, Insigne, Callejon, Maggio). L’OM manquant à la fois d’un point de fixation devant et de duos techniques sur les ailes, la solution pouvait ne passer que par l’axe et par une plus grande disponibilité des milieux de terrain.

L’action se terminant sur la chute de Khalifa (7e) dans la surface allemande illustre parfaitement ce qui aurait pu gêner le pressing du Borussia Dortmund, à savoir ne jamais chercher à porter le ballon dans l’axe, et surtout être toujours en mouvement pour offrir des solutions une fois le premier adversaire dépassé. Sur cette phase de jeu, qui démarre par un échange entre Romao et Imbula, c’est Payet qui vient perturber l’équilibre défensif du Borussia par son déplacement dans le coeur du jeu.

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Dos au but, Imbula se retrouve à subir la pression de Mkhitaryan. Lewandowski rend la passe vers Lucas Mendes dangereuse.

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Le jeune Marseillais trouve finalement Romao. Au lieu de rester en position, il passe dans le dos de Mkhitaryan afin d’offrir une solution à son partenaire, à son tour mis sous pression par Bender, toujours prêt à jaillir sur les passes latérales de l’adversaire.

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Imbula est libre de s’avancer avec le ballon jusqu’à la ligne médiane où il se retrouve face à Sahin. Là, c’est Payet qui lui offre une solution à hauteur en rentrant à l’intérieur depuis son aile droite. En couverture côté allemand, Hummels hésite à sortir.

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Cette hésitation ouvre l’espace pour l’appel de Khalifa. Sans adversaire pour le gêner, Payet a le temps d’ajuster sa passe en profondeur pour lancer son attaquant. En trois passes, les Marseillais ont éliminé l’ensemble des milieux adverses. En y regardant de plus près, ils se retrouvent même à cinq contre quatre face à une défense en train de reculer… De quoi avoir des regrets ?

Echaudé par cette première alerte dans sa surface, le Borussia semble ralentir le tempo au cours des minutes qui suivent. L’OM a enfin le temps de se créer des phases de possession de balle au milieu de terrain. A la relance, Romao décroche parfois à hauteur de ses défenseurs centraux afin de quitter la « zone-press » allemande. Imbula en fait de même en s’excentrant légèrement côté gauche, laissant de la place dans l’axe pour les mouvements de Payet ou Valbuena, enfin en mesure de participer à du jeu court et de faire jouer sa vivacité pour servir ses partenaires.

Malheureusement pour l’OM, le manque de solutions est ensuite criant dans les 25 derniers mètres. Alors que Dortmund ne semble pas particulièrement à l’aise en phase défensive, les Marseillais ne se créent aucune situation dans le jeu. Les Borussen bloquent l’axe et les rares décalages faits sur les côtés, grâce aux montées de Mendy ou Fanni, n’aboutissent à rien, faute de centres dangereux. C’est finalement suite à un coup de pied arrêté offensif que les Phocéens sont punis, Dortmund remontant le terrain à toute vitesse pour finir à six contre trois dans la surface marseillaise (19e). Quelques minutes plus tard, le Borussia se crée une deuxième situation similaire à partir d’un nouveau coup de pied arrêté marseillais.

Visible dès l'entrée du Borussia dans le camp marseillais, le six contre trois se retrouve aussi dans la surface phocéenne, alors que quatre olympiens ne sont encore qu'à l'entrée de celle-ci.

Visible dès l’entrée du Borussia dans le camp marseillais, le six contre trois se retrouve aussi dans la surface phocéenne, alors que quatre olympiens ne sont encore qu’à l’entrée de celle-ci.

Dortmund pourtant sans génie :

Très dangereux sur le jeu de transition, que ce soit depuis son camp ou à partir de ballons récupérés côté marseillais, le Borussia Dortmund n’apparaît toutefois pas dans son meilleur jour sur attaque placée. Pourtant, les hommes de Jurgen Klopp sont parvenus au cours des 90 minutes à renvoyer le jeu dans le camp marseillais. Organisant leur relance en 3-1, avec un milieu décroché entre les défenseurs centraux (Sahin la plupart du temps, Bender restant entre les deux premières lignes marseillaise) de manière à pouvoir distribuer le jeu sur toute la largeur du terrain, les Borussen se sont appuyés sur un Lewandowski dans un bon soir pour renvoyer constamment le jeu dans les 30 derniers mètres adverses.

Comme d’habitude, les trois attaquants de soutien évoluaient autour du Polonais afin d’être présents sur ses remises ou les seconds ballons. En fonction des mouvements de chacun, l’attaque pouvait se développer ensuite dans les couloirs grâce aux appels des latéraux : Grosskreutz, particulièrement offensif sur son aile droite, complétait les mouvements d’Aubameyang. Reus et Mkhitaryan travaillaient principalement entre les lignes, parfois accompagnés par les incursions de Bender plein axe.

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La relance de Dortmund : Hummels et Subotic s’écartent de manière à laisser la place à Sahin dans l’axe. A deux contre trois, les attaquants phocéens ne se livrent pas et laissent leurs adversaires renvoyer le ballon dans leur camp.

L’incapacité des Marseillais à empêcher les sorties de balle du Borussia les contraint à repasser par la case « pression » de leurs adversaires sur chaque ballon récupéré. A partir du moment où Lewandowski et les attaquants du Borussia se trouvent dans les 30 derniers mètres, c’est tout le bloc de l’OM qui est contraint de revenir défendre… et donc de subir une nouvelle fois la pression dans sa moitié de terrain. Une répétition forcément épuisante, d’autant plus que le jeu long rendait obligatoirement le ballon au Borussia (faute de point d’appui capable de tenir face à Hummels et Subotic devant).

Après la pause, Elie Baup tente de remédier à ce problème en ajoutant un peu plus de présence physique en pointe avec A.Ayew, replaçant Khalifa sur l’aile gauche. Une idée tuée dans l’oeuf par le rapide second but du vice-champion d’Europe, qui a définitivement mis fin aux espoirs de résultat marseillais. La suite du match est anecdotique, avec des Phocéens qui tentent de passer par les côtés et des Allemands qui utilisent les espaces dans le dos de Mendy et Fanni pour faire parler la qualité de leur jeu de transition.

Conclusion : 

Si le score peut faire mal, il reflète bien le fossé qui sépare le vice-champion de France des finalistes de la dernière Ligue des Champions. Complètement inoffensif, l’OM a en plus offert à son adversaire des opportunités trop belles pour s’appuyer sur son principal point fort. Dégageant toujours la même impression de puissance à la récupération et de vitesse en contre-attaque, le Borussia Dortmund n’a toutefois pas réglé son problème de créativité : le jour où le jeu long vers Lewandowski ne fonctionne pas, comme face à Naples il y a deux semaines, les joueurs de Jurgen Klopp risquent de manquer de munitions. Sur ce point, l’absence de Gundogan pèse très lourd, et l’incertitude quant à son retour permet de conserver un certain suspense pour la qualification dans ce groupe F alors qu’une double confrontation face à un Arsenal en grande forme se prépare…

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5 réponses

  1. LSD dit :

    Très bonne analyse. Merci.

  2. Alfred dit :

    Quel régale… Lors de tes premiers articles je disais que la forme était indigeste (beaucoup trop de conjonctions, on avait du mal à comprendre à qui tu faisais référence) là ça se lit d’une traite. Un vrai bonheur. Merci

  3. Pagaille dit :

    Merci d’avoir confirmé ce que j’ai pensé de ce match et de Dortmund…

    J’ai trouvé personnellement le Borussia hier vraiment mauvais dans leur équilibre défensif. Avec beaucoup de déchet technique hier qui n’est certes pas habituel avec eux, mais je trouve cette équipe allemande défensivement pas du tout rassurante et ça ne date pas que d’hier. Et le pire c’est que cette équipe de l’OM a été incapable de leur poser le moindre problème.
    La solution pour l’OM selon moi aurait été pour Payet et Ayew de coller à la ligne de touche et d’insister vraiment sur les débordements. Ayew a essayé par moments mais n’a absolument pas le profil requis pour ce travail mais Payet c’est encore pire, ayant systématiquement repiqué alors que lui peut le faire.
    Je reste persuadé que à 100% que L’OM de Deschamps aurait encore pu embrouiller le Dortmund d’hier soir !!!

    Globalement, ce match remet « l’église au milieu du village » en ce qui concerne le réel niveau du Foot Français. En mettant Paris et Monaco complètement à part, tout le monde est d’accord pour dire que l’OM a la meilleure équipe « française ». C’est absolument dramatique et effrayant ce qu’est devenu le niveau global des clubs français (Monaco et Paris à part). Je ne serais absolument pas étonné cette saison que le champion soit tout proche des 100 points…

  4. TitiHenry dit :

    Superbe analyse, j’attends (je l’espère) celle du Bayern avec impatiemment.

  5. TitiHenry dit :

    * impatience.

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