Atletico Madrid 2-2 Real Madrid (Partie 2/2) : les bonnes réponses d’Ancelotti

Malmenés pendant le premier acte, les Madrilènes ont réussi à ramener un point du Vicente Calderon grâce aux bons choix effectués par Carlo Ancelotti à la pause et en deuxième mi-temps. En ajustant le rôle de Modric et en changeant ses latéraux, le coach italien a su répondre aux problèmes posés par la formation de Diego Simeone. Au bout du compte, le Real Madrid a fait la meilleure opération, sortant de ce déplacement compliqué en étant toujours en tête de la Liga.

Rappel : Atletico Madrid 2-2 Real Madrid (Partie 1/2) : le plan de jeu de Simeone.

Menés 2-1 à la pause, les Merengues étaient dos au mur. A ce moment précis, l’Atletico a repris la place de leader à la faveur d’une meilleure différence de buts particulière. Sur le terrain, seul Angel Di Maria semblait capable de se défaire du pressing adverse parmi les joueurs à vocation offensive. Modric, Bale, Ronaldo et Benzema étaient eux enfermés par des Colchoneros hyper-agressifs et gagnants dans les duels. Bref, le Real Madrid pouvait remercier son attaquant français pour avoir ouvert la marque sur sa première occasion de la mi-temps. Un but qui paraissait déjà très loin, mais qui maintenait l’équipe dans le match.

La renaissance de Modric : 

Avant de penser à la zone de vérité, le premier chantier pour Carlo Ancelotti était de défaire l’emprise de l’Atletico Madrid sur son milieu de terrain. Pour cela, il devait redonner les clés du jeu à Modric, limité à seulement 18 passes (14 réussies) sur les 45 premières minutes de jeu. Pour cela, le coach s’est appuyé sur ce qui était le côté fort du Real durant le premier acte : le flanc gauche. A l’aise dans la position excentrée où il se retrouvait en raison du pressing adverse, Di Maria parvenait à ressortir les ballons du couloir à défaut de construire vers les buts de Courtois avec Coentrao et Ronaldo. En première mi-temps, cela avait permis au Real Madrid de renverser le jeu et attaquer l’Atletico côté ouvert et ainsi faire reculer son bloc-équipe.

Après la pause, Carlo Ancelotti a demandé à Luka Modric de ne plus rester sur son côté droit, et de rentrer dans l’axe pour se rendre disponible lorsque les ballons ressortait du côté gauche. Le Croate s’est ainsi retrouvé dans le rond central, zone normalement gardée par Raul Garcia, concentré sur le cas de Xabi Alonso. Il offrait ainsi une deuxième solution courte à Di Maria dans cette zone, ce qui posait d’énormes problèmes à l’Atletico. Car avec Diego Costa au marquage de Sergio Ramos et des milieux de terrain alignés afin de couvrir le pressing de Koke dans la zone de Di Maria, personne ne pouvait récupérer le marquage de Modric.

dimaria-modric

Malgré le pressing de Koke, Di Maria parvient à sortir la balle du couloir. En montant d’un cran, Xabi Alonso fait reculer Raul Garcia, ce qui ouvre un intervalle pour servir Modric dans l’axe. Gabi et Mario Suarez étant concernés par la fermeture de leur couloir au départ de l’action, ils ne peuvent être au contact du milieu madrilène. Depuis le rond central, Modric peut désormais orienter le jeu, et servir plus facilement ses attaquants. Ronaldo se rend d’ailleurs disponible à sa droite, dans la zone d’Arda.

Les passes de Luka Modric en 1ère (à gauche) et 2ème mi-temps (à droite).

Les passes de Luka Modric en 1ère (à gauche) et 2ème mi-temps (à droite). A défaut de peser dans le dernier tiers du terrain, le Croate a fluidifié la circulation de balle latérale, et notamment permis à Bale de toucher beaucoup plus de ballons côté droit.

Ce n’était pas la première fois qu’une équipe en 4-3-3 parvenait à se défaire d’un pressing en changeant les mouvements de ses milieux de terrain. En début de saison, le PSG avait réussi à prendre à défaut l’OM de la même façon, et ce malgré une infériorité numérique. De la même façon jeu s’excentrait côté gauche vers Matuidi et ressortait ensuite dans l’axe sur Rabiot, qui s’intercalait entre ses attaquants (Ibrahimovic) et Verratti (lire : Marseille 1-2 PSG, l’analyse tactique). Cette fois donc, le Real entraînait le bloc adverse côté Di Maria pour ressortir sur Modric. Ce dernier se retrouvait dans le rôle de Xabi Alonso, dont le jeu sans ballon mettait Raul Garcia hors de position par rapport au Croate.

Grâce à cet ajustement dans l’entrejeu, le Real Madrid a enfin réussi à prendre possession du rond central. Dès que Modric était libéré dans cette zone, les Colcheneros ne pouvaient plus déclencher leur pressing. De fait, ils ont joué plus bas, gagnant moins de ballons dans l’entrejeu et ayant donc moins de munitions pour attaquer. Exceptés quelques ballons arrachés en début de mi-temps, ils ont subi pendant la majeure partie de la deuxième mi-temps. Après avoir manqué une balle de break (de match ?) peu avant l’heure de jeu, Diego Costa s’est rapidement retrouvé très seul sur le front de l’attaque, devenant facile à contrôler pour Pepe et Sergio Ramos.

Le coaching parfait : 

Après avoir relancé son meneur de jeu, Carlo Ancelotti s’est attaqué à l’une des « faiblesses » du plan de jeu de Simeone. Ce dernier avait pour rappel volontairement choisi de ne pas presser les latéraux du Real (Coentrao et Arbeloa) afin que ses ailiers (Koke et Arda) se concentrent sur les déplacements des milieux de terrain (Di Maria et Modric). En réponse Ancelotti a logiquement choisi de faire entrer son latéral le plus « créatif » en la personne de Marcelo côté gauche (58e). Le Brésilien est en effet l’un des rares latéraux actuels capables de réussir des passes « difficiles » (ou les « passes Ligue des Champions ») capables de briser une ou deux lignes.

Avec Marcelo et Di Maria dans la même zone, l’Atletico (et Koke qui était en première ligne dans ce couloir) était forcé de diminuer la pression, sous peine d’encaisser des décalages. Le Real Madrid a ainsi lancé plusieurs combinaisons côté gauche, touchant enfin ses attaquants et notamment Benzema. A l’opposée, Bale a lui aussi été plus visible en étant à la réception des changements de jeu relayés par Modric dans le rond central. Sortant de la zone de Filipe Luis afin d’éviter son pressing, le Gallois touchait la plupart de ses ballons à l’intérieur du terrain. Ancelotti a donc fait entrer un second latéral, capable de l’accompagner en dédoublant sur l’aile : Dani Carvajal (70e).

Di Maria et Xabi Alonso ont attiré Koke et Raul Garcia sur le flanc gauche du Real.

Di Maria et Xabi Alonso ont attiré Koke et Raul Garcia sur le flanc gauche du Real. La sortie au pressing du premier a forcé le reste du milieu de l’Atletico à coulisser, Arda se repliant à hauteur de Gabi et Mario Suarez pour fermer l’axe. Modric se retrouve seul dans le rond central et a tout le loisir de distribuer le jeu. Il peut avancer et attaquer l’axe, ou – moins risqué – écarter vers le côté ouvert où un attaquant décroche afin de se rendre disponible.

Ronaldo récupère le ballon.  Enfermé par trois joueurs en première mi-temps, ils ne sont plus que deux face à lui.

Ronaldo récupère le ballon. Bloqué par trois joueurs en première mi-temps (voir « les triangles de fermeture » : Atletico Madrid 2-2 Real Madrid (Partie 1/2) : le plan de jeu de Simeone), ils ne sont plus que deux face à lui : Arda, milieu gauche, et Filipe Luis, latéral. Deux conséquences à cela : son latéral a plus d’espaces (Arbeloa sera bientôt remplacé par Carvajal) et, surtout, un milieu de terrain peut se rendre disponible en soutien, dans la zone qui était couverte par l’ailier au cours de la première mi-temps. Là encore, c’est Luka Modric qui en a profité pour toucher le ballon dans le camp adverse.

Désormais installés dans le camp de l’Atletico, les hommes de Carlo Ancelotti ont su monopoliser le ballon et limiter les sorties de balle adverses grâce à leur bloc, positionné très haut. Malgré quelques opportunités, les Colcheneros n’ont fait que reculer, se repliant en défense en espérant tenir le choc. Finalement, il s’en est fallu d’un rien, un ballon mal contrôlé par Mario Suarez dans sa surface, pour que Carvajal puisse adresser le ballon de l’égalisation à Ronaldo après une énième combinaison sur l’aile droite. Au point de penalty, le Portugais ne s’est pas fait prier pour remettre les deux équipes à égalité (81e).

Très longues pour les locaux, les dix dernières minutes ont finalement vu les deux équipes se neutraliser. Le Real a bien tenté de pousser, mais l’Atletico n’a plus fait d’erreur aux abords de sa surface de réparation. S’il a toujours trois points de retard sur le Real, ce dernier est désormais certain d’avoir l’avantage sur son rival en cas d’égalité de points à l’issue de la saison.

Au final, les deux équipes ont pu trouver des motifs de satisfaction après ce match : le Real est toujours en tête de la Liga, l’Atletico reste dans la course et a sorti une performance de très haute tenue, qui le pose en sérieux outsider, tant pour le championnat que pour la Ligue des Champions. Son système de jeu est en effet apparu comme une machine à faire déjouer les équipes en 4-3-3/4-1-4-1. Avec son efficacité pour attaquer les ailes et sa capacité à éteindre les créateurs adverses, il pourrait faire un rival plus qu’intéressant pour le Bayern Munich, le Barça et le PSG.

Vous aimerez aussi...

11 réponses

  1. Duc Anh dit :

    Bonjour,

    D’abord, merci pour votre article très interessant.

    J’ai une question : D’après vous, que devrait l’Atlético faire pour contrer la tactique en deuxième mi-temps d’Ancelotti? Par exemple, comment marquer Modric?

  2. gvani dit :

    À moitié d accord pcq Alves alba alaba lahm ça donnera pas la même chose pour les arrières latéraux et thiago gotze et iniesta ne seront pas dépaysés si ils sont amenés à jouer dans le couloir

  3. gvani dit :

    Raul garcia aurait pu rester avec modric au lieu de suivre xabi en faite plus s occuper de la zone que.du joueur

  4. Dieu - Bosque dit :

    Une double analyse très intéressante, qui met bien en valeur comme dit plus haut la capacité tactique de l’équipe de Simeone à faire déjouer les équipes évoluant en 4-3-3.

    Qui montre ensuite la capacité de réaction tactique du Real Madrid qui à mes yeux a beaucoup plus d’alternative et de solution à faire déjouer les équipes de contre que la saison dernière, un Madrid qui ne serait surement pas revenu dans le match à mon avis.

    Seule « bémol », ta conclusion me donne l’impression que tu ne place pas le Real Madrid au même niveau que le Barca ou le PSG, c’est juste une impression ?

  5. Carlitos__94 dit :

    Pour completer Gvani, ne serait-ce pas les limites de la tactique en general de Simeone qui associe souvent Marquage individuel et Zone?

  6. Daha dit :

    « Menés 2-1 à la pause, les Merengues étaient dos au mur. A ce moment précis, l’Atletico a repris la place de leader à la faveur d’une meilleure différence de buts particulière ». Merci pour l’article mais essaie de revoir tes informations meme avec une defaite le Real serait toujours leader avec une difference de but

  7. Tarik Kabbadj dit :

    Merci de revoir TES informations car en cas d’égalité ce sont les confrontations direct qui priment, pas la différence de but mon cher.

  8. Sami dit :

    Bonjour,

    Merci pour ton article, comme toujours très intéressant.
    Je m’interroge quand même sur les conséquences au niveau physique du style de jeu de l’Atlético… La fatigue joueurs de l’Atlético n’a t-elle pas contribué à la reprise en main du match par le Real en seconde période ? Et, au delà de ce match, l’exigence physique qu’implique la philosophie de jeu prônée par Simeone ne risque t-elle pas d’être à double tranchant durant toute la seconde partie de saison ? Il me semble que le manque de confiance de Simeone en son banc (un seul remplacement contre le Real, très faible turnover depuis août) est peut-être l’un de de ses rares défauts, mais qui pourrait lui coûter cher…

  9. Et bien, ça en fait des commentaires. Voilà qui fait plaisir. Alors pour répondre à vos questions.

    @Duc Anh – Pour bloquer Modric, la solution aurait été peut-être d’accepter plus rapidement la domination du Real en faisant reculer Diego Costa à hauteur de Raul Garcia : en gros, lui demander de lâcher Ramos et Pepe quand le Real jouait dans les couloirs pour rester dans l’axe et aider son milieu offensif. Néanmoins, cela aurait tout de même fait reculer le bloc de l’Atletico, ce qui aurait peut-être amené aux mêmes résultats : un bloc plus bas et un Real plus dominateur. Mais en faisant cela, l’Atletico n’aurait peut-être pas eu les balles de 3-1 obtenues en début de 2ème.

    @gvani – Vrai que Alaba-Lahm, c’est plus créatif que Coentrao-Arbeloa. Néanmoins, l’activité de l’Atletico est telle que j’aimerais les voir face à ce qui se fait de meilleur. De mon point de vue, c’est une équipe qui peut être le Dortmund de la saison dernière.

    Sur le suivi de Modric : le problème de Raul Garcia qui reste dans sa zone, c’est qu’il lâche Xabi Alonso, qui était beaucoup plus mobile en deuxième mi-temps et n’hésitait pas à prendre les intervalles sur les côtés pour offrir des solutions à Di Maria (voir les captures). Pas forcément son registre, mais c’était un risque pour l’Atletico que de le laisser se balader comme ça je pense.

    @Dieu – Bosque – Je ne recite pas le Real simplement parce que je viens d’écrire sur eux. Mais je reprends volontiers deux matchs de plus comme ça ! Après, pour parler Ligue des Champions, sur les huitièmes de finale que j’ai vu, je mets le Bayern au-dessus de tout le monde. Le PSG et le Real Madrid sont derrières, le Barça doit suivre ensuite (même si je ne l’ai pas vu contre City et qu’il n’a pas l’air au mieux en ce moment).

    @Carlitos__94 – Quand on défend, tout est question de choix, surtout contre les meilleures équipes. « Pick your poison » comme aiment dire les basketteurs. On laisse forcément des points faibles quelque part, l’idée c’est de les mettre aux mêmes endroits que ceux des adversaires.

    @Sami – La fatigue physique a pu jouer. C’est vrai que l’Atletico n’a pas de banc et que ça s’est senti. Cholo doit compter sur les ressources mentales de son groupe pour tenir le choc des 90 minutes. Je pense que c’est d’ailleurs ce qu’ils ont payé pendant quelques semaines récemment, à échapper des points un peu partout. Après, ils l’ont peut-être payé parce qu’ils se sont renforcés physiquement pour bien finir la saison. La perf’ contre le Real me laisse penser qu’il s’agit du deuxième cas. Mais je suis loin d’être expert en terme de préparation physique.

  10. Duc Anh dit :

    @Florent Toniutti – Merci beaucoup. Je trouve que le Réal est mieux tactiquement sous l’ère d’Ancelotti.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *