Arsenal 1-2 Chelsea, l’analyse tactique

Après être allé chercher un bon point sur la pelouse de Manchester City, Arsenal recevait Chelsea pour confirmer son retour parmi les rôles principaux de la Premier League. Malgré une entame de match à leur avantage, les Gunners sont retombés dans leurs travers habituels, encaissant deux buts sur des coups de pied arrêtés mal négociés. Dans l’autre camp, Chelsea n’a pas brillé mais a affiché un visage plus solide que lors de ses précédentes sorties.

Arsenal au pressing :

Devant son public, Arsenal a débuté la rencontre de la meilleure des manières en prenant rapidement l’ascendant dans l’entrejeu. Pour ce faire, les Gunners se sont lancés dans un pressing qui a mis à contribution toute l’équipe et ciblé les latéraux et les milieu de terrain adverses. Cazorla et Gervinho étaient en première ligne, s’opposant à la paire David Luiz/Terry, parfois soutenue par Mikel. Bloquant ainsi l’axe, les deux attaquants d’Arsenal forçaient leurs adversaires à passer dans les couloirs pour progresser vers les buts de Mannone. C’est là que le pressing se déclenchait : Ramsey (face à Cole) et Podolski (face à Ivanovic) sortaient en direction sur adversaires directs. Latéraux et milieux de terrain suivaient le mouvement : Jenkinson face à Hazard, Gibbs face à Mata et Diaby ou Arteta face à Ramires. Derrière, Koscielny et Vermaelen suivaient aussi les décrochages de Oscar ou Torres afin d’empêcher la création d’un surnombre en faveur des Blues dans la zone de Diaby et Arteta.

Le pressing d’Arsenal : dans les couloirs et complété par attaquants et milieux de terrain qui viennent au marquage des solutions courtes.

Sans solution dans l’entrejeu, les Blues étaient contraints de jouer long en direction de Torres, dominé dans les airs par Koscielny ou Vermaelen. La possession et le terrain à leur avantage, les Gunners ont approché les buts de Cech. Dominé, Chelsea se repliait sur deux lignes de quatre dans ses 30 mètres, laissant Torres et un soutien (Oscar ou Hazard) devant. Afin d’éviter le un contre un dans la zone de Diaby et Cazorla (Arteta restant en retrait), Mikel et Ramires recevaient les soutiens de Hazard et Mata, plus concernés par l’intérieur du jeu que par la fermeture des couloirs. A droite, Jenkinson en a profité pour remonter de nombreux ballons en première mi-temps. Une fois dans le camp adverse, l’action se poursuivait dans le couloir ou revenir dans l’axe  via Cazorla, Arteta ou Diaby pour ensuite être renversée sur l’aile opposée. Premier constat : les Gunners manquaient de profondeur en attaque. Enfermé dans des rôles axiaux, Gervinho et Cazorla n’ont que trop peu pesé sur le jeu. Seul Diaby a semblé capable de se sortir de l’axe densifié des Blues. Sa sortie prématurée a été un coup très dur pour les ambitions des locaux, orphelins de son impact physique et technique dans l’entrejeu.

Chelsea revient :

Comme c’est souvent le cas, l’adversaire a profité de cette domination stérile pour sortir la tête de l’eau. Pour les Blues, le renouveau est venu à partir du moment où les trois soutiens de Torres ont quitté leurs zones habituelles (Hazard à gauche, Mata à droite, Oscar dans l’axe). Hazard évoluait ainsi sur toute la largeur du terrain, se rendant disponibles pour les deuxièmes passes vers l’avant. Mata et Oscar travaillaient eux légèrement plus bas, offrant des solutions aux premiers passeurs des Blues. L’Espagnol s’est rendu disponible dans les couloirs, tandis que Oscar redescendait parfois à hauteur de Ramires, devant le trio formé par Mikel, Terry et David Luiz. Néanmoins, Arsenal a conservé l’avantage dans l’axe, repoussant les attaques adverses dans les couloirs.

Ces dernières se développaient grâce à la présence de deux créateurs dans un petit périmètre. L’un (Mata, Oscar) décrochait pour demander le ballon au relanceur, le second venait offrir un relais en une touche de balle tandis qu’un troisième homme venu de l’axe (Oscar, Ramires, Torres) tentait de prendre l’espace dans le dos du latéral d’Arsenal sorti au pressing. Passé l’ouverture du score de Torres, les Blues ont surtout cherché à conserver le ballon et à limiter les prises de risque (et donc les courses vers l’avant). A plusieurs reprises, ils ont ainsi préféré assurer la possession du ballon en revenant en arrière jusqu’à leurs défenseurs centraux lorsqu’aucune solution ne s’offrait à eux pour progresser dans le camp d’Arsenal.

A l’entrée du dernier quart d’heure de la première mi-temps, Chelsea a semblé prendre la main sur la partie. Toutefois, Mannone n’était pas plus inquiété que Cech en début de partie. Et comme pour Arsenal, la formation a fini fini par payer son comportement inoffensif en encaissant le but de l’égalisation, sur une nouvelle montée de Jenkinson côté droit et une prise de profondeur de Chamberlain suite à un relais d’Arteta dans l’axe. Les minutes qui ont suivi ce but ont vu Arsenal reprendre l’ascendant et accélérer le rythme de la partie. Des deux côtés, les Gunners semblaient en mesure de se créer des situations de centre. Dans la surface néanmoins, ils devaient faire avec les petits gabarits de Cazorla ou Gervinho, au détriment de Giroud toujours sur le banc de touche.

Second acte :

Les premières minutes de la seconde période ont aussi été à l’avantage des locaux. Peu efficace dans l’axe en début de partie, Cazorla s’est rendu disponible dans les couloirs où il offrait un relais supplémentaire à la relation habituelle entre ailiers et latéraux. L’une de ses fausses pistes côté gauche a été à l’origine d’une occasion de Podolski, qui a crée le danger par un appel vers l’intérieur du terrain. Replacé dans l’axe à la sortie de Diaby, Ramsey a aussi tenté d’apporter le surnombre sur le flanc droit sans grand succès, la faute à un déchet technique trop important. Rapidement, Chelsea a néanmoins trouvé la parade en positionnant son milieu de terrain plus haut par rapport à la première mi-temps. A la fin de ce dernier, Oscar et Torres redescendaient devant les deux lignes de quatre pour défendre sur Arteta et Ramsey, censés orienter le jeu d’Arsenal et assurer la conservation du ballon dans le camp adverse.

Le pressing de Chelsea : sur l’axe d’Arsenal et délimité par les deux milieux excentrés.

Au lieu de remettre ses attaquants au travail, ce sont les milieux de terrain qui ont rempli cette tâche en jouant plus haut.  Adversaires directs, Mikel et Ramires se sont ainsi installés dans le rond central, ciblant le duo Arteta-Ramsey pour l’empêcher d’orienter le jeu à sa guise. Soutenue par Mata et Hazard qui complétaient ce pressing,  la première ligne londonienne a pris le dessus dans une zone-clé du terrain. Gibbs et Jenkinson étaient toujours libres dans les couloirs, mais ils n’avaient désormais plus de solutions pour ressortir les ballons, et se retrouvaient donc condamnés à centrer ou à jouer dans la profondeur vers leurs attaquants. Bilan, la deuxième mi-temps a surtout tourné autour des duels dans la moitié de terrain de Chelsea et les Blues ont pu faire parler leur puissance physique. Là encore dans ces conditions, l’absence de Diaby a été largement préjudiciable. Replacé dans l’axe lorsque Walcott est entré en jeu, Oxlade-Chamberlain a été le seul joueur capable de briser la première ligne adverse balle au pied, entraînant le seul mouvement dangereux des Gunners passé l’heure de jeu.

Plus gênant pour Arsenal, les ballons gagnés par les milieux adverses. A la récupération, les Blues cherchaient à se projeter le plus rapidement possible vers l’avant, utilisant leur quatuor offensif et Ramires. Loin d’être un hasard, c’est sur un ballon gagné suite à une mauvaise transmission entre les milieux d’Arsenal que les hommes de Di Matteo ont obtenu le coup-franc entraînant le but contre son camp de Koscielny. Le score à nouveau en leur faveur, les hommes de Di Matteo n’ont pas fait l’erreur de trop reculer comme en première mi-temps. Le milieu est resté en place et à une hauteur suffisante pour ralentir le jeu d’Arsenal, et le quatuor offensif a fait peser une menace constante sur la défense Koscielny-Vermaelen.

Conclusion :

Un match aussi limité dans son intérêt que surprenant dans son déroulement. Le premier acte a quand même vu les deux équipes marquer alors qu’elles étaient en plein temps faible par rapport à la physionomie de la partie. Au bout des 90 minutes, la victoire de Chelsea n’est pas forcément surprenante, les Blues ayant clairement pris l’ascendant en deuxième mi-temps en étouffant les circuits habituels de leurs adversaires. S’il est difficile de passer outre le fait qu’ils ont surtout su profiter des cadeaux de leurs adversaires, il faut leur reconnaître un léger mieux dans le travail défensif et le pressing. Néanmoins, malgré la victoire, ce match n’a pas été le test prévu au vu des erreurs d’Arsenal.

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3 réponses

  1. Nimbus dit :

    Merci pour cette analyse instructive !
    Je me demande si le jeu offensif des blues n’a pas aussi été orienté par la recherche de coups-francs étant donné la notoire faiblesses de la défense des gunners sur ces phases arrêtées??

  2. the teacha dit :

    Chelsea a quand même gagné ce match à «  »l’italienne » . On parle souvent de leur changement de style de jeu mais Di Matteo leur inculque une grosse culture tactique aussi. Ce n’est pas trop dans les habitudes de Hazard, Oscar ou Mata de mettre autant de rythme dans le pressing défensif, samedi dernier, ils ont cassé les premières relances d’arsenal et les gunners n’ont jamais pu remettre leur jeu en place. Et puis, beaucoup d’efficacité en marquant 2 fois sur coup de pied arrêté. Je pense que Chelsea peut être trés fort cette saison dans toutes les compétitions sauf la super coupe d’europe ;)

  1. 2 octobre 2012

    […] En attendant, vous pouvez toujours lire l’analyse (totalement objective) de Florent des Chroniques tactiques […]

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