Rapport : le 3-5-2 des Girondins face à Valenciennes

En attendant la qualification de Ludovic Obraniak, les Girondins ont repris le championnat samedi soir, face à Valenciennes, avec leur première recrue de l’hiver, Mariano. Et pour ne pas dépayser brutalement l’ex-joueur de Fluminense, Francis Gillot a décidé de tester un schéma de jeu inédit depuis bien longtemps à Bordeaux, voire même en Ligue 1 : le 3-5-2.

La composition :

Grosse surprise donc, pour les spectateurs de Chaban-Delmas une heure avant la rencontre. Francis Gillot décide d’aligner trois stoppeurs dès le coup d’envoi : de gauche à droite, Ciani, Planus et Henrique. Logiquement, les couloirs reviennent à deux spécialistes : Mariano à droite et Trémoulinas à gauche. En plus de la défense, les deux hommes encadrent un entrejeu composé de Nguemo, Plasil et Sertic. Jussiê et Maurice-Belay évoluent eux en attaque.

Face à cette organisation, Valenciennes fait front avec son traditionnel 4-3-3. La défense est composée de gauche à droite par Traoré, Gil, Isimat-Mirin et Mater. Sanchez évolue comme d’habitude, devant la défense, et est encadré par Saez et Cohade. Kadir se retrouve sur l’aile gauche, Ducourtioux sur l’aile droite et Aboubakar à la pointe de l’attaque nordiste.

D’une aile à l’autre :

Malgré l’ouverture du score rapide, Bordeaux débute la rencontre en limitant les prises de risque. Pour preuve, les deux latéraux ne montent que très rarement en même temps, préférant y aller l’un après l’autre pour porter le surnombre dans le camp adverse. L’animation bordelaise est alors des plus simples : la relance choisit un côté, soit en servant directement le latéral, soit en passant par les milieux de terrain. Une fois dans le camp adverse, c’est un quatuor qui se forme autour du ballon (un porteur et trois solutions) pour fixer et attirer le bloc adverse sur un côté.

Parmi les quatre joueurs, on trouve les deux attaquants (Jussiê et Maurice-Belay) qui offrent des appuis devant la défense adverse et menacent parfois de prendre la profondeur au cas où le latéral adverse viendrait à sortir au pressing sur un de leurs partenaires, le plus souvent le latéral participant à l’action. Ce trio est soutenu par un milieu relayeur, chargé de mener l’action et choisissant de jouer la profondeur ou de ressortir le ballon vers les deux joueurs restés en retrait. Parmi ces derniers, Nguemo offre un relais court dans une position décrochée de la zone où le jeu se déroule ; le second relayeur évolue lui sur la même ligne que ses coéquipiers mais assez loin de l’action. Si le ballon l’atteint, il est censé créer le décalage en alertant le latéral monté de l’autre côté du terrain.

Exemple appliqué de l’animation expliquée dans le paragraphe précédent. Ici, tout part de la gauche avec Trémoulinas, Jussiê, Plasil, Maurice-Belay qui échangent entre les lignes valenciennoises (en blanc). A tout moment la défense peut aussi être prise à défaut par l’appel en profondeur d’un attaquant (en bleu). Logiquement, le milieu à trois des Valenciennois coulisse vers cette zone. Nguemo offre alors une solution de repli et peut lancer le renversement de jeu côté droit (en jaune) directement sur le latéral parti dans l’espace ou grâce à un relais de l’autre milieu de terrain (ici Sertic).

Après un premier quart d’heure parfaitement maîtrisé et deux buts à la clé, les Girondins laissent petit à petit Valenciennes revenir dans la partie. Plus agressifs, les joueurs de Daniel Sanchez n’hésitent notamment plus à sortir sur Nguemo sur les ballons ressortis par des Bordelais en pleine construction. Le Camerounais perd ainsi plusieurs ballons dangereux… Qui permettent alors de constater l’utilité de conserver quatre joueurs en couverture : l’égalité numérique est au moins préservé sur les ballons de contre offerts à l’adversaire.

Bordeaux, sans le ballon :

Ouverture du score rapide oblige, Bordeaux ne presse pas à tout-va. Excepté Maurice-Belay et Jussiê dans les trente derniers mètres adverses, c’est en général toute l’équipe qui se replie avant d’enclencher une quelconque pression au milieu de terrain. Toutefois, il faut signaler que sur les relances longues des défenseurs bordelais, directement à destination des attaquants, relayeurs et latéraux se rapprochent de ces derniers pour former une ligne de quatre chargée de chasser les seconds ballons.

Plus généralement donc, Jussiê et Maurice-Belay travaillent dans l’axe pour couper la relation entre défenseurs centraux et milieux de terrain. Comme souvent dans ces cas-là, les latéraux adverses héritent du travail de relance. Les Bordelais s’organisent alors en fonction du côté d’où part l’attaque. Le latéral opposé à l’action s’aligne avec les trois défenseurs centraux pour fermer le couloir à l’ailier adverse. En guise de sécurité, deux milieux de terrain forment une ligne de récupérateurs pour protéger cette défense à quatre. En plus des deux attaquants censés perturber le jeu jusqu’aux alentours du rond central, il reste deux joueurs libres : le latéral et le milieu de terrain les plus proches du porteur. Couverts par deux lignes (de quatre et deux joueurs), ils jouent l’anticipation, l’interception et sont là pour agresser le porteur et ses solutions les plus proches… Avant de mener les contres en sollicitant leurs deux attaquants.

Exemple appliquée avec une relance valenciennoise sur son côté droit. On distingue bien les deux lignes bordelaises (de quatre et deux joueurs) opérant les couvertures, Mariano venant fermer devant Kadir. Le ballon étant de son côté, Trémoulinas évolue plus haut, Ciani couvre la profondeur derrière lui au cas où Ducourtioux serait servi le long de la ligne de touche. Trémoulinas se retrouve devant son adversaire direct, tout comme Sertic devant Cohade, pour tenter d’intercepter le ballon. Devant, Maurice-Belay et Jussiê essaient eux de se placer de manière à fermer toute possibilité de changement de jeu vers l’autre aile. Comme souvent, le but est d’enfermer l’adversaire sur un côté.

Là encore, les Valenciennois vont trouver une solution au problème posé par la défense bordelaise en utilisant la largeur du terrain. En début de partie, les ailiers à l’opposé de l’action (Kadir et Ducourtioux) avaient pour rôle de coller à la ligne de touche. En fin de première mi-temps, ce sont les deux milieux excentrés qui s’acquittent de cette tâche, les ailiers évoluant plus à l’intérieur du terrain. Conséquence, le latéral bordelais opposé à l’action doit sortir sur le milieu de terrain et laisser de l’espace dans son dos pour l’ailier adverse, qui se retrouve directement au duel avec un stoppeur.

Deuxième mi-temps :

Au retour des vestiaires, les Girondins perdent complètement la maîtrise de la rencontre pour plusieurs raisons. Devant, le travail de la paire d’attaquants (Jussiê est remplacé par Bellion) sur la relance adverse est beaucoup moins efficace. Il en résulte une circulation de balle plus facile dans l’axe pour les Valenciennois et des changements de jeu beaucoup plus rapides et nombreux. Dès lors, Bordeaux recule et se retrouve à défendre sur deux lignes (de cinq et trois joueurs) dans ses 30 mètres.

Valenciennes abusant, à juste titre, de la largeur, les milieux bordelais courent beaucoup et n’ont plus forcément les ressources pour aller soutenir les attaquants sur les ballons de relance ; les latéraux non plus, puisqu’ils doivent partir de plus loin qu’en première mi-temps. Moins forts physiquement que leurs adversaires directs, les attaquants esseulés perdent la majorité des duels qu’ils ont à disputer et les ballons reviennent rapidement dans le camp bordelais. Pour ne rien arranger, les défenseurs ont aussi du mal à répondre au défi physique imposé par les Valenciennois. Il a une nouvelle fois fallu un énorme Carrasso pour permettre aux Girondins de prendre les trois points.

Conclusion et perspectives :

Comme annoncé dans l’introduction, cette organisation en 3-5-2 des Girondins était exceptionnelle à l’occasion des débuts de Mariano. Même si Francis Gillot l’a confirmé après la rencontre, la seule venue de Obraniak n’allait de toute façon pas dans le sens de l’installation d’un tel système à moyen terme. Néanmoins, l’intégration du Lillois n’empêcherait pas le maintien de certaines des phases de jeu observées samedi soir. En cas de 4-3-3 par exemple.

Dernier schéma explicatif donc, en cas de 4-3-3 avec Obraniak à droite, qui remplace ici numériquement Ciani. Rappel, lorsque Bordeaux prépare l’action, c’est avec quatre joueurs en couverture, deux soutiens et quatre joueurs autour du ballon. Ici, le jeu partirait de la gauche avec Trémoulinas aidé par les trois joueurs offensifs, celui à l’opposé de l’action revenant au coeur du jeu. Les deux relayeurs restent alors en retrait pour ressortir le ballon et renverser le jeu si nécessaire, le second latéral prenant dans ce cas le couloir. Nguemo reste lui en couverture avec les deux défenseurs centraux.

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. Cette publication est de très grande qualité ! Ca fait vraiment plaisir de trouver des choses pareils. Bravo ! Continuez comme ça.

  1. 1 août 2012

    […] Et pour mes amis français : Bordeaux – Valencienne […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *