Valence 1-1 FC Barcelone, l’analyse tactique

Après avoir sorti le Real Madrid, tenant du titre et actuel leader du championnat d’Espagne, le FC Barcelone est tombé sur son poursuivant en championnat en demi-finale de la Coupe du Roi. Sans plusieurs de ses cadres, blessés ou laissés au repos, le Barça est allé chercher le nul à Valence et peut donc aborder sereinement le match retour à domicile. Mais tout n’a pas été facile, comme souvent à Mestalla.

Les compositions :

Pas de calcul du côté de Unai Emery : c’est l’équipe-type de Valence qui débute la rencontre. Par rapport à la formation qui a reçu le Barça au mois de septembre, Alves remplace Guaita dans les buts et Piatti/Jonas remplacent Pablo/Canales : Diego Alves (1) – Miguel (23), Rami (4), Victor Ruiz (18), Jordi Alba (17) – Albelda (6), Banega (10) – Piatti (14), Jonas (7), Mathieu (22) – Soldado (9).

Comme annoncé plus haut, Pep Guardiola a lui dû faire tourner son effectif en vue des rencontres à venir. Outre Iniesta blessé, Xavi et Daniel Alves débutent ainsi la rencontre sur le banc de touche, tout comme Valdes -une habitude en Coupe du Roi- : Pinto (13) – Puyol (2), Piqué (3), Mascherano (14), Abidal (22) – Busquets (16), Thiago (11), Fabregas (4) – Messi (10), Cuenca (23), Sanchez (9).

Valence bien en place :

C’est la première question qui se pose à la découverte de la composition barcelonaise : 3-4-3 ou 4-3-3. Lors de leur précédente confrontation, Valence avait fait voler en éclats le 3-4-3 du Barça grâce à un couloir gauche Alba-Mathieu étincelant (lire ou relire l’analyse ici). Guardiola a bien retenu la leçon et présente, contrairement à ce que les diffuseurs annonçaient, un 4-3-3 avec Puyol sur le flanc droit, encadrant avec Abidal une défense centrale composée de Piqué et Mascherano.

De son côté, Valence se présente dans un 4-2-3-1 assez traditionnel à la différence près que les quatre offensifs sont très rapprochés en phase défensive. Ils forment ainsi une première ligne qui coulisse sur la largeur du terrain, difficile à franchir pour les axiaux catalans (Piqué, Mascherano et Busquets) à la recherche de leurs relayeurs (voir ci-dessous).

Comme souvent dans ces cas-là, le travail défensif effectué par la première ligne est fait pour forcer le Barça à passer par les côtés. Le deuxième rideau (formé par les milieux de terrain Albelda et Banega) hérite logiquement du marquage et du suivi des deux relayeurs catalans (Thiago et Fabregas). Derrière, Mathieu et Miguel suivent Cuenca et Sanchez dans leurs décrochages de manière à les empêcher de se mettre dans le sens du jeu. Et Vitor Ruiz en fait de même face à Messi lorsque celui-ci décroche entre les lignes adverses. Comme Kaka la semaine dernière, c’est Jonas qui se replie et soutient ses milieux de terrain lorsque l’Argentin descend jusqu’au niveau de ses relayeurs pour trouver des espaces.

Forcé de passer par les côtés (via Puyol et Abidal), le Barça se voit ensuite bien enfermer par les Valenciens. Les latéraux (Mathieu et Miguel) se montrent très solides dans les duels face à Cuenca et Sanchez. Le repli sérieux du quatuor offensif empêchent aussi Puyol et Abidal de prendre des risques. Au coeur du jeu, Messi est repoussé par la défense valencienne et évolue le plus souvent à hauteur de ses milieux de terrain pour créer le surnombre et permettre la conservation du ballon (voir ci-dessous). Au final, le Barça maîtrise le milieu de terrain mais connaît des soucis dès qu’il s’agit de trouver la profondeur et les 30 derniers mètres. Incapable d’accélérer dans la première moitié du camp adverse, le Barça est ensuite bien bloqué par l’excellent repli valencien qui élimine les possibilités de surnombre (ci-dessous, trois contre trois dans l’axe).

Mais le pressing du Barça fait son effet :

A défaut d’être dangereux sur ses propres attaques, le Barça maîtrise la possession de balle -surnombre dans l’entrejeu mais manque de profondeur et d’appuis devant (voir ci-dessus)– et surtout domine territorialement. Or, qui dit domination territoriale entraîne forcément la possibilité d’aller chercher l’adversaire jusque dans son propre camp. Et c’est dans ce domaine-là que les Catalans vont se montrer les plus dangereux face à Valence.

Entre la phase défensive et celle de relance, les défenseurs centraux de Valence s’étirent de manière à couvrir la largeur du terrain. Les latéraux montent d’un cran, Albelda faisant le lien d’un couloir à l’autre dans l’axe. Son partenaire de l’entrejeu, Ever Banega, évolue lui une ligne plus haut de manière à faire véritablement le lien entre les relanceurs et les offensifs. La pression barcelonaise va se focaliser sur les relanceurs : Sanchez, Messi et Cuenca vont presser le porteur du ballon. Derrière eux, Thiago et Fabregas évolue à hauteur de Albelda et coupe la relation entre lui et Banega dans l’axe.

Face à ce pressing, Valence se retrouve obligé de confier la relance à Rami (stoppeur droit, naturellement décalé à droite) et Diego Alves, le gardien de but. De par leur positionnement, les sorties de balle valenciennes passent le plus souvent par le côté droit, lorsqu’elles ne terminent pas directement en touche. En début de partie, les Valenciens réussissent ainsi à trouver Piatti (via Miguel) ou Soldado (via Piatti) dans la profondeur et le dos d’Abidal. Les minutes passant, le milieu français va régler ce problème en évoluant plus haut pour être à la retombée des ballons relancés par Diego Alves et Rami. Tout se joue alors sur les duels disputés dans cette zone (Abidal-Miguel). Si le Français les remportent, le Barça a un coup à jouer en contre dans le dos du Portugais. Dans le cas contraire, Valence peut trouver des espaces dans le dos du Français en attendant que Mascherano ou Busquets aient le temps de venir fermer la porte.

Mais finalement, c’est sur sa première action amorcée côté gauche que Valence trouve la faille sur un ballon récupéré à hauteur de la ligne médiane. Jordi Alba aspire Puyol avant de libérer le ballon en profondeur pour Mathieu qui déboule et sert un caviar pour Jonas qui ouvre le score sur un trois-contre-trois dans la surface. Malheureusement pour les Valenciens, le Barça égalise quelques minutes plus tard sur un corner repris par Puyol, qui rattrape son erreur. Un corner consécutif à l’un des rares enchaînements réussis par Cuenca qui, en partant de plus loin, a réussi à se défaire de Mathieu pour donner un ballon parfait à Sanchez. Le Chilien perd son duel mais Diego Alves manque sa sortie sur le corner. 1-1 à la mi-temps.

Reprise catalane avant ajustement valencien :

Le premier quart d’heure de la deuxième mi-temps est entièrement à l’avantage du Barça. L’explication se trouve dans ses couloirs : désormais, les latéraux n’ont plus peur de franchir le premier rideau adverse pour participer directement à la construction des actions. Les ballons de relance sont libérés à Puyol et Abidal qui poussent désormais leurs montées pour les amener à hauteur des relayeurs. Une nouveauté qui oblige le premier rideau de Valence -les quatre offensifs- à s’étirer -les ailiers devant couvrir les montées des latéraux catalans- et qui ouvre donc des brèches au coeur du jeu pour le Barça.

Légende : en rouge la ressortie des ballons du Barça par les côtés et les montées des latéraux. Un trois-contre-trois se crée (en rouge et en noir). Messi s’y ajoute et vient créer le surnombre en faveur du Barça (en orange). Une fois le ballon ressorti dans l’axe, l’Argentin bénéficie des appels de ses relayeurs et des attaquants pour tenter de déstabiliser la défense adverse.

Évoluant véritablement dans la zone d’Albelda, Messi orchestre le jeu grâce aux soutiens de Thiago et Fabregas, aux déplacements sur les extérieurs de Sanchez et Cuenca qui ont eux Abidal et Puyol en soutien. Busquets, Piqué et Mascherano se chargent de couvrir. Auteur d’un gros premier quart d’heure, le Barça domine : Sanchez est décalé par Messi mais voit son but refusé pour hors-jeu. Thiago, aussi lancé par Messi, est lui fauché dans la surface par Miguel. Penalty… Mais Messi voit sa tentative stoppée par Diego Alves. Un exploit synonyme de réveil pour les Valenciens.

Au fil des changements opérés par Emery (Feghouli pour Piatti, Costa pour Albelda), ces derniers passent du 4-2-3-1 à un véritable 4-4-2 à plat. Dans le même temps, l’ensemble du bloc valencien remonte pour évoluer plus haut et retrouver certaines des conditions du début de partie (marquage serré des trois attaquants du Barça, Victor Ruiz retrouvant notamment la garde de Messi. Le 4-4-2 permet en outre de fermer les côtés aux incursions des latéraux adverses. Tout se joue alors sur les duels dans l’axe, à la réception des relances barcelonaises : Messi, Fabregas et Thiago puis Dos Santos face à Victor Ruiz, Banega et Albelda puis Costa.

Fin de partie et conclusion :

Face à des Barcelonais peut-être diminués du pressing effectué en première mi-temps, les Valenciens sortent vainqueurs de ce dernier affrontement dans l’entrejeu. Victor Ruiz sort particulièrement grandi de son duel avec Messi, même si celui-ci a offert une balle de but à Alves. Les dernières minutes de la rencontre sont assez décousus, aucune équipe ne semblant véritablement en mesure de s’imposer. Au bout du compte, Valence réussit pour la deuxième fois à mener face à Barcelone et à ne pas perdre à l’arrivée. Mieux que le Real en somme. Néanmoins, ce sont bien les Catalans qui se sont crées le plus de situations, Diego Alves devant sauver le penalty du 2-1 avant qu’une nouvelle fois, un 4-4-2 à plat viennent rééquilibrer la rencontre dans la dernière demi-heure…

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11 réponses

  1. Muheb dit :

    l’équipe du barca souffre depuis quelques semaines , perte de possession – l’arme fatal du barca – par rapport au début du championnat ( 58% ce soir )
    peut être du a l’accumulation de la fatigue et les blessures des joueurs clés
    autres explications ?

  2. The teacha dit :

    L’autre explication c’est tout simplement Valencia, je les suit depuis le debut de saison. C’est l’une des équipes les plus agréables à voir jouer en Europe. Ils pressent l’adversaire trés haut et une fois le ballon récupéré, ils savent alterner patience dans le jeu ou combinaisons ultra rapides pour se projetter vers l’avant.C’est une équipe super technique et joueuse. Leur point faible se situe surtout sur coup de pied arreté depuis le debut de saison.

  3. Personnellement, je suis extrêmement fan du travail de Emery à Valence en effet. Une superbe équipe, même si hier elle n’a pas pressé comme à l’accoutumée et n’en a été que meilleure d’ailleurs (temps faible plus court qu’à l’accoutumée contre Barcelone) et a quasiment mieux fini la rencontre que Barcelone. Le 4-4-2 à plat n’y est pas pour rien d’ailleurs. Peut-être un teaser pour un prochain article ;)

  4. Shinji dit :

    Valencia paraissait moins touché physiquement que le Barca sur la fin de match par rapport au match aller en Liga.

    Le but de Puyol est ridicule tant le marquage sur lui est élastique et le manque d’agressivité est flagrant, meme s’il est vrai que Diego Alves s’est enflammé sur sa sortie après sa parade décisive sur Alexis.

    J’ai trouvé que le Barca a montré une certaine Messi-dépendance sur ce match. Il a souvent été pris en tenaille avec Victor Ruiz face à lui, Ever accroché au maillot et Albelda sur le short ce qui l’a empeché de combiner pour entrer dans la surface et contraint de frapper de loin (3-4 frappes non cadrées ou trop molle c’est rare conaissant son % de frappes cadrées). Mais il a quand meme permis de libérer des espaces pour Alexis (qui a bouffé la feuille) et Thiago sur le pénalty.

    Petit bémol a l’arbitre quand meme… pas maitre du match. Ca devait etre le cousin espagnol de celui qui officiait au Vélodrome…

  5. aziz dit :

    Je suis évidemment très déçu de la prestation du Barça hier soir. Ils sont vraiment dans une mauvaise passe. Physiquement, ils ne tiennent plus le rythme. ça influe sur leur mental et en retour, ils font beaucoup d’erreurs techniques inhabituelles. C’est la première fois que je vois Messi perdre autant sa lucidité. Il a fait deux fois des mauvais choix à 4 contre 3, il tire un penalty avec nonchalance et sa reprise sans conviction à la dernière minute est indigne de sa réputation. Les absences de Xavi et Iniesta se sont vus. Et d’un point de vue tactique surtout ce dernier. Sans lui, il n’ y a plus de côté gauche. L’arrière droit adverse peut aller à la buvette et revenir. Si le 4-4-2 à plat de Valence a marché c’est parce que sans lui le Barça n’utilise pas toute la largeur. Les actions d’attaque se font dans une zone excentrée à droite et c’est plus facile à contrer. La rentrée de Danny Alves (certes très bon)a paradoxalement exagéré cette disymètrie. La fatigue qui prend habituellement les adversaires du Barça en couvrant la largeur n’a pas eu lieu. C’est un gros casse tête pour Guardiola. Qu’en pense-tu Florient ?

    Néanmoins, ces absences et blessures répétées au Barça ont le mérite de clarifier l’impact réel des différents joueurs. Il y a pour moi :

    – Les indispensables sans lesquels le système barça ne serait que du vent: Messi, Xavi et Iniesta, Misters « chignole », « caviar » et « ouvre boite ». Le Barça peut se priver au mieux de l’un d’entre eux jamais 2.
    – Les valeurs ajoutées: Alves, Fabregas, Villa. Un plus indéniable.
    – L’inclassable: Puyol, c’est l’âme du Barça même s’il est souvent à la rue défensivement. Une mascotte c’est une mascotte même quand elle devient biscotte
    – Les autres: modifiables et remboursables (A. Sanchez compris. Comprends pas comment il a pris la place de Villa).

  6. zedgil dit :

    En même temps, ils souffrent toujours à cette période de l’année les catalans depuis que Guardiola est aux manettes(Fin Janvier —–> 8ème aller de ligue des champions voire mi Mars même)ou du moins ils ont un coup de moins bien…
    Je sais pas comment on l’expliquer mais c’est vraiment constant chez eux. Je crois que c’est dans cette période qu’ils ont rendu leur Coupe du Roi face à Séville en 2009 même ou qu’ils sont tombés face à l’Atlético et/ou l’Espanyol en Championnat les saisons 2008-2009, 2009-2010 et 2010-2011

    Voyons voir si ils pourront garder la tête hors de l’eau comme d’habitude vu que l’écart entre eux et les autres équipes est moins grand (elles sont je crois plus aptes à profiter des « trous de performance » catalans).

  7. The teacha dit :

    @aziz: T’es un peu sec sur le barça toi. lol.
    Physiquement, les 2 clasicos ont pompé beaucoup d’energie et Valence n’a pas eu ce genre de match à gérer dernièrement sur le plan psychologique, c’est pt’etre pour ca qu’a Villareal et Valence, ils t’ont paru cramés et je dis, c’est NORMAL, c’est pas des cyborgs non plus donc faut pas avoir la critique dure sur ce plan la.
    Concernant le match d’hier où tu cries au manque de largeur du barça avec les absences d’Alves et Iniesta, c’était le cas aussi au match aller et ce jour la, le barca était au complet ( avec leurs indispensables,leurs valeurs ajoutées et leur inclassables) et ils ont pris 2. Faut savoir qu’il est trés difficile d’occuper la largeur offensivement contre Valencia tant les doublettes de chaque coté sont efficaces et dangereuses ( Matthieu-Jordi alba / Miguel – Pablo Hernandez) et encore plus à domicile! Chelsea s’est cassé les dents, le Real a gagné de justesse dans les arrets de jeu, le barça a fait nul!

    Donc j’pense perso qu’il faut plutot voir la valeur de l’adversaire plutot que de tirer sur le barca des qu’ils font une contre perf’.
    Messi, j’l’ai trouvé bon, on est tellement habitué à le voir marquer que des qu’il marque pas, c’est la fin des temps. Il a tiré son penalty comme d’habitude mais le gardien à été super, c’est tout, pourquoi débattre?
    Alexis Sanchez n’a que 23 ans, il a du temps pour améliorer sa finition devant le but donc faut éviter les comparaisons avec Villa qui est un pur buteur depuis ses débuts au sporting Gijon. Alexis S avait plutot l’habitude ces dernieres saisons d’evoluer coté droit avec Udinese et le Chili, il n’est pas un tueur de surface.
    S’il faut chercher une faiblesse coté barca depuis des années, moi je la vois côté Abidal, quand vous regardez tous les buts que prennent le barca, une fois sur 2,ca se fait du coté d’abidal parce qu’un joueur est parti dans son dos ou parce qu’il a été moyen au marquage ( Remember le but de Cristiano la semaine derniere ou la frappe d’Ozil sur la barre qui vient de ce coté aussi et je peux en citer d’autres) Je dis pas qu’Alves est meilleur defensivement mais bon je suis moins inquiet coté droit que côté gauche bizarrement.

    Sinon je trouve l’analyse tactique encore une fois trés bonne.

    a+

  8. FRMF dit :

    Superbe rencontre pour Valence en tout cas !

  9. Biggche dit :

    Personnellement je ne suis pas déçu de mon équipe le Barça. Nous devons comprendre aussi les accumulations des matchs et de blessure. Un Barça au top jouer n’importe quel type de dispositif. le Barça fini souvant par gagner. c’est bien c type d’analyse, mais il y a eu les équipes qui ont joués le 4-4-2 plat mais le résultat final? tjrs barça qui avait remporter le match. Demander à toutes les équipes d’évoluer en 4-4-2 plat contre le Barça, et pensez-vous le barça fera de nul ou perdra des matchs? Nous attendons tous la suite. Bonne analyse bien réfléchit mais notre équipe est diminuer par la fatigue heureusement que le pepteam a de la mentalité à contenir et après le match à son compte. Visca barça

  10. tyuioyt dit :

    Toutes les équipes ont des bléssées, accumulations de matchs, a lire certains barcelonais, il n’y a qu’eux qui ont ces problèmes
    Par rapport au Real par exemple, les madrilènes ont eu bien plus de bléssé mais sa se faéit moins ressentir.

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