Valence 3-6 Real Madrid, l’analyse tactique

Les supporters madrilènes et fans de football ne pouvaient pas rêver mieux. Trois jours après avoir enlevé la Coupe du Roi à Barcelone (voir l’analyse tactique), relançant le débat “Mourinho, entraîneur défensif”, le Real est allé le clore en écrasant Valence dans son stade de Mestalla (qui décidément lui réussit). Qui plus est, les Madrilènes ont réalisé leur démonstration avec une équipe-bis où le trio Benzema-Kaka-Higuain a affiché une complémentarité très intéressante en attaque. Analyse détaillée de cette correction.

Les compositions :

Huit buts marqués pour zéro encaissé sur les deux derniers matchs, Unai Emery n’a pas besoin de beaucoup réfléchir pour composer son onze de départ. Au coup d’envoi, celui-ci est identique à celui qui est allé chercher la victoire sur la pelouse d’Almeria la semaine dernière (3-0). Stankevicius et Costa sont notamment reconduits en défense centrale : Guaita – Miguel, Stankevicius, Costa, Mathieu – Topal, Maduro, Banega – Pablo, Mata, Soldado.

Comme annoncé en préambule, José Mourinho fait tourner son effectif entre deux Clasicos. Suspendu pour la demi-finale aller de Ligue des Champions, Ricardo Carvalho est le seul joueur de champ sur le terrain qui a démarré la finale de la Coupe du Roi mercredi dernier. A signaler la première apparition de Nacho Fernandez à gauche de la défense : Casillas – Albiol, Garay, Carvalho, Nacho – Diarra, Granero, Canales – Kaka – Benzema, Higuain.

Défense à sept :

A la surprise générale, le Real s’organise en 4-3-1-2, modulable en 4-3-3 selon les occasions. Malgré la participation offensive des latéraux valenciens, aucun des trois attaquants madrilènes ne fait véritablement d’effort défensif et le Real se retrouve donc à défendre à sept face aux offensives adverses. Ce sept est réparti sur deux lignes : quatre défenseurs et trois milieux de terrain.

Sans adversaire direct dans les couloirs au milieu de terrain, Valence prépare la majorité de ses actions depuis les ailes. Et comme à son habitude, son jeu nécessite la présence des latéraux à la construction. Côté droit, Miguel touche beaucoup de ballons et combine avec Pablo Hernandez ou Mata qui vient parfois dans sa zone. A gauche, Mathieu est plus esseulé mais reste à l’avant pour profiter d’un changement de jeu qui lui offrirait un un-contre-un à jouer face son adversaire du jour (Albiol) , voire carrément un décalage.

Face à cette animation offensive, le Real répond par un bloc très compact (voir la photo ci-dessus où les dix joueurs de champ tiennent quasiment sur un quart de leur moitié de terrain). A la base de celui-ci, on retrouve une ligne de quatre classique, protégée par un trio au milieu de terrain très intéressant à analyser. Sur le tableau, Diarra est au centre, encadré par Granero (à droite) et Canales (à gauche). A l’instar de tout le bloc, les trois hommes coulissent sur la largeur du terrain selon la circulation de balle adverse.

Ainsi, lorsque Valence tente un décalage à droit grâce à l’apport de son latéral (Miguel), c’est Canales qui vient défendre sur lui en doublant son propre latéral (Nacho). La donne est légèrement différente à droite puisque Mathieu n’a pas de soutien direct dans ses montées. Et justement, le Français paye cette solitude en étant régulièrement pressé par Granero. Le Real ne s’arrête pas là. Lorsque Valence arrive sur une aile, le but est de l’y enfermer en resserrant un maximum les deux lignes défensives, tant sur le plan de la largeur que de la profondeur.

Les latéraux éteints par le travail des milieux madrilènes, la solution ne peut plus venir que des joueurs d’axe. Maduro et Topal restant en retrait, il ne reste alors plus que Mata, Soldado et Banega pour essayer d’ouvrir des brèches dans la défense du Real. Le premier est mis sous l’éteignoir par Diarra dès qu’il essaie de s’aventurer dans l’axe. Le second est suivi par un défenseur central dès qu’il décroche de la ligne de défense madrilène. A l’arrivée, Banega est le seul à ne pas bénéficier d’un traitement spécifique de la défense du Real… Et il sera le seul Valencien à frapper en première mi-temps.

Attaque à trois :

Plus que cette manière très efficace de répondre à l’animation habituelle de Valence, le Real a fait très fort dans le domaine offensif. Les raisons sont autant à trouver dans le système de jeu mis en place que dans le talent intrinsèque des trois attaquants alignés lors de ce match (Kaka, Benzema et Higuain)… Ainsi que dans les habitudes de Valence en matière de défense.

Le trio offensif madrilène profite en effet à plein régime des montées des latéraux valenciens. Toujours dans l’optique de conserver un bloc très compact, Benzema, Kaka et Higuain évoluent tous les trois dans leur moitié de terrain lorsque le Real n’a pas le ballon. Si Kaka est le plus souvent encadré par les deux autres, il leur arrive aussi de permuter lorsque l’équipe est en phase défensive. Mais à la récupération, c’est toujours la même routine dans les déplacements. Peu importe le poste d’origine, l’articulation reste la même quelque soit le joueur.

Ainsi, comme l’illustre le schéma ci-dessus, lorsque la défense ressort un ballon, elle cherche immédiatement l’attaquant excentré le plus proche. Les latéraux adverses montés et donc éliminés, celui-ci se retrouve avec l’un des trois défensifs du Real sur le dos (Topal le plus souvent). Sa technique aidant dans le duel, il tente ensuite de trouver son coéquipier dans l’axe qui décidera ensuite de l’orientation du jeu. Plusieurs solutions s’offrent à lui : rendre le ballon, servir un milieu en soutien ou renverser le jeu vers le troisième attaquant.

Une fois cette deuxième liaison complétée, les trois hommes prennent la profondeur. Mais pas n’importe comment puisqu’ils utilisent toute la largeur du terrain pour opérer. Un choix logique puisque les latéraux valenciens sont montés. En clair, une fois la première ligne valencienne éliminée au milieu de terrain, les Madrilènes ont l’avantage de la vitesse et des déplacements sur le terrain. Et avec Kaka, Benzema et Higuain, la justesse technique suit. Sans oublier que dans le même temps, c’est tout le bloc du Real qui remonte ; Canales et Granero arrivent notamment en deuxième ligne pour terminer quelques actions.

L’entrée de Jonas :

A l’heure de jeu, Emery décide de faire rentrer Jonas à la place de Maduro. Si ce remplacement ne règle pas les problèmes défensifs de l’équipe, le Brésilien apporte un soutien supplémentaire aux offensives. Et il va faire une différence pouvant s’expliquer simplement sur le plan du nombre. On l’a évoqué précédemment, Banega est le seul valencien laissé libre par l’organisation madrilène. Jonas est tout simplement son pendant à gauche, remplaçant un Maduro plus défensif. Pour vous donner une idée, imaginez-le entre Maduro et Mathieu sur le schéma précédent : il n’a pas d’adversaire direct lorsque Valence construit son jeu.

Conclusion :

Ça en devient répétitif (mais pas lassant) mais une nouvelle fois, Mourinho a offert une vraie leçon tactique à son adversaire. Organisation typique en Italie, Mourinho a dépoussiérée le milieu en losange en 90 minutes et offre ainsi un match-référence pour tous les mordus des organisations à trois attaquants (losange ou 4-3-3). C’est Allegri qui va pouvoir prendre des notes (cf. Milan AC 0-1 Tottenham, l’analyse tactique)… Ainsi que les apôtres du “Mourinho = catenaccio”.

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