Valence 2-2 Barcelone, l’analyse tactique

La saison dernière, Unaï Emery et son Valence étaient déjà passés tout près de remporter une bataille face au Barça. A l’époque, ils leur avaient manqué du sang-froid pour finir leurs actions ; logiquement, Messi les avait punis dès lors qu’ils avaient relâché le pressing. Cette fois, ils ont marqué. Mais Messi était toujours là pour ramener le Barça en deuxième mi-temps.

Les compositions :

Mata parti en Angleterre, Valence a récupéré le grand espoir du football espagnol, Canales, qui prend place en soutien de Soldado. Il est encadré par Mathieu et Pablo Hernandez. Derrière, le duo Banega-Albelda doit tenir l’entrejeu : Guaita (13) – Miguel (23), Rami (4), Ruiz (18), Alba (17) – Albela (6), Banega (10) – Pablo (19), Canales (16), Mathieu (22) – Soldado (9).

Du côté du Barça, Pep Guardiola reconduit le 3-4-3 qui a fait exploser Villarreal (5-0) et Osasuna (8-0) samedi dernier. Présents lors de la première journée, Iniesta et Sanchez ne sont pas là et sont remplacés par Keita et Daniel Alves : Valdes (1) – Mascherano (14), Puyol (5), Abidal (22) – Busquets (16), Xavi (6), Keita (15), Fabregas (4) – Alves (2), Messi (10), Pedro (17).

Valence fait exploser le 3-4-3 :

A l’instar de la saison dernière, Valence prend le dessus sur le Barça en début de partie. Grâce à deux facteurs : un pressing tout terrain et surtout dans le camp adverse et une exploitation à 100% des points faibles de l’organisation catalane.

Pressing et organisation défensive. Dès la première possession du Barça, le ton est donné. Valence ne veut pas prendre le risque d’attendre son adversaire comme avait pu le faire Villarreal lors de la première journée. Sur le premier ballon en retrait catalan, c’est tout le bloc valencien qui suit pour permettre aux offensifs de mettre la pression. Mathieu et Pablo Hernandez s’occupent des deux défenseurs excentrés (Mascherano et Abidal) ; Soldado et Canales pressent et couvrent dans l’axe pour limiter les possibilités de jeu vers l’avant pour Busquets. Derrière, Banega suit les déplacements de Xavi à la trace. Sur les côtés, Jordi Alba et Miguel se chargent de Alves et Pedro.

Face à Villarreal, le trio Iniesta-Fabregas-Messi avait fait très mal à la défense adverse grâce à la position naturellement haute du premier cité. Ici, le Malien, censé le remplacer, doit jouer bas pour aider ses partenaires. Face à lui, Albelda lui laisse logiquement du champ, préférant couper les lignes de passes vers Messi ou Fabregas plutôt que de se livrer au pressing. L’Espagnol va en revanche mettre la pression sur Fabregas ou Messi dès lors que ceux-ci tentent de décrocher devant sa zone. Dans le cas contraire, il permet à la défense valencienne de tenir le duo d’attaque du Barça en respect à trois contre deux (et avec des ballons qui ont du mal à arriver).


Illustration du pressing valencien du début de partie : Trois joueurs sur les trois défenseurs (Abidal hors-champ),  Canales et Banega sur Busquets et Xavi.

Domination du flanc gauche. En plus de bien défendre, Valence réussit à se montrer dangereux grâce à une grosse domination dans son couloir gauche. A la base de celle-ci, le surnombre causé par le système du Barça qui ne met normalement aucun adversaire direct face à Mathieu (puisque absence de latéral). Derrière lui, deux duels-clés se jouent et tournent à l’avantage de Valence : Jordi Alba domine Daniel Alves, très peu à l’aise au poste d’ailier, et Banega en fait de même face à un Xavi en manque de solutions tant la densité dans l’entrejeu est en faveur de Valence.


Valence dans l’entrejeu : une ligne arrière qui reste étirée mais des joueurs à vocation offensive qui enferment le Barça sur un côté. Le meilleur exemple est celui de Pablo Hernandez (jaune), ailier droit qui se retrouve plein axe pour bloquer la sortie de balle côté opposé. Xavi (rouge) est bloqué par Banega (blanc), ce dernier étant complété par Mathieu (noir).

Résultat des courses, Valence récupère beaucoup de ballons dans cette zone, mais y passe aussi énormément pour attaquer. A chaque ballon récupéré, la formation tente rapidement d’exploser grâce à l’apport de Jordi Alba. Ce dernier n’a pas peur de monter (lâchant un Daniel Alves qui ne défend pas ou trop peu) : résultat, il crée un surnombre dans cette zone ce qui empêche le Barça d’y mettre en place son pressing habituel. Banega se retrouve à jouer les distributeurs pour les déplacements de Jordi Alba et Mathieu. Le Français devient rapidement sa cible privilégié : ses appels en profondeur lui permettent de déposer Mascherano et ce ne sont pas deux mais trois solutions qui s’offrent à lui dans ou devant la surface avec Canales, Soldado et Pablo Hernandez (voir schéma).

Le plan B du Barça :

Malmené dans le jeu, pour preuve une possession inhabituelle à 55/45 en sa faveur, le Barça change ses plans au retour des vestiaires. Daniel Alves retrouve son poste habituel de latéral et fait désormais face aux montées de Jérémy Mathieu. Bridé en première mi-temps par l’absence de latéral derrière lui, Xavi peut désormais sortir au pressing jusque dans le camp adverse. Et c’est tout le bloc qui remonte dans la foulée de son capitaine. Devant lui, Pedro est repassé sur le flanc droit ; Messi travaille lui en relais en s’excentrant sur ce côté comme il avait pu le faire en sélection lors de la Copa America (cf. l’Argentine de Batista).

En cinq minutes, les entrées en jeu de Adriano et Villa (57e) puis de Thiago (62e) changent la donne. Alors qu’on l’attend côté gauche, Adriano se retrouve en position d’ailier inversé dans le couloir droit. Il récupère ainsi le travail de relais qui occupait Messi jusqu’ici. Villa remplace lui Pedro et joue dans le même registre mais sur l’aile gauche. Excepté l’ex-Valencien qui reste devant, ce sont désormais cinq joueurs qui travaillent dans ou vers l’entrejeu (Adriano, Xavi, Busquets, Fabregas, Messi). Un nombre qui prend enfin possession du ballon et qui met le bloc adverse sur le reculoir.


Les Catalans reprennent possession du ballon et du terrain : en jaune, le quinté cité au-dessus ; en rouge, Villa ; en bleu, les défenseurs.

Satisfait par la reprise de contrôle de ces joueurs, avec pour meilleure preuve un Soldado privé de soutien devant alors que Canales restait encore assez proche quelques minutes plus tôt, Guardiola repasse à un schéma à trois défenseurs avec l’entrée de Thiago à la place de Puyol. Malgré l’entrée de Jonas (69e) et Piatti (73e) pour apporter du sang neuf dans son quatuor offensif, Valence n’a plus la force d’imposer le même pressing qu’en début de partie. Le Barça est alors libre de réciter sa partition en 3-4-3 : Villa et Adriano sur les côtés, Xavi et Busquets pour les soutiens et le triangle Thiago-Messi-Fabregas au coeur du jeu.


Seulement cinq journées et déjà un grand classique : Messi et Fabregas sur une ligne ; le numéro trois (ici,Thiago) en pointe. Celui-ci décroche et embarque la défense. Dans le même temps, Fabregas fait l’appel et peut terminer tranquillement.

Analysé hier, le Bordeaux-Lille était qualifié de match action-réaction. Ce Valence-Barcelone en est un autre à ceci près que, mis à part les balles de break manquées avant la mi-temps, les Valenciens n’ont pas grand chose à regretter. Et après tout, ils font la bonne opération puisqu’ils maintiennent leurs adversaires du soir à distance ! Des adversaires qui, s’ils se sont certainement rassurés durant la dernière demi-heure, ont encore beaucoup de travail pour assimiler les rouages défensifs de leur nouveau schéma de jeu.

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