Valence 2-0 Lille, l’analyse tactique

Dominé par le BATE Borisov lors de la première journée, Lille devait ramener des points de ce déplacement à Mestalla. Après tout, Valence semblait en difficulté avant ce match, ballotté plus qu’à son habitude en Liga. Pourtant, malgré un bloc bien en place, les Nordistes n’ont pas pu faire illusion sur les 90 minutes de jeu. Car en Ligue des Champions, le manque de talent(s) et les faillites individuelles ne pardonnent jamais.

L’opposition tactique :

Mavuba absent, la première question de la soirée concernait la réorganisation du milieu de terrain lillois : allait-on assister à un changement de système ou à un remplacement poste pour poste ? Martin lui aussi forfait, Rudi Garcia n’a pas eu d’autres solutions que de faire du poste pour poste, en positionnant Pedretti devant la défense. Gueye en a profité pour rester dans le onze de départ aux côtés de Balmont. Devant et derrière, l’entraîneur du LOSC avait décidé de faire dans le classique (Debuchy, Basa, Chedjou, Béria derrière ; Mendes, Payet, Roux devant). Dans l’autre camp, Mauricio Pellegrino a fait la même chose en prenant en compte quelques forfaits en défense, dont ceux de Mathieu et Rami. Au coup d’envoi, Valence conservait son 4-2-3-1 habituel avec notamment la paire Costa-Gago dans l’entrejeu et le duo Jonas-Soldado dans l’axe en attaque.

4-3-3 d’un côté, 4-2-3-1 de l’autre… Conséquence, les deux milieux étaient calqués l’un sur l’autre : Pedretti face à Jonas, Gueye face à Gago et Balmont face à Costa. Le LOSC a débuté la rencontre avec l’objectif de rester bien en place dans sa moitié de terrain et d’exploser en contre-attaque. Comme lors des dernières sorties de l’équipe, le 4-1-4-1 était parfaitement visible en phase défensive (voir ci-dessous), avec une premier rideau de quatre joueurs (Mendes, Gueye, Balmont, Payet) qui coulissait sur la largeur du terrain afin de fermer la profondeur aux joueurs de transition valenciens (Barragan, Gago, Costa, Cissokho). Valence n’a évidemment pas manqué de réagir à cette première opposition en changeant son schéma de relance.

Au lieu de rester sur la même ligne que Costa, Gago s’est mis à décrocher à hauteur de ses défenseurs centraux afin de former une première ligne de trois joueurs (Barça-like comme on dit). Non-suivi par un adversaire dans ses décrochages, l’Argentin pouvait faire parler sa qualité de passes et sa capacité à traverser le premier rideau nordiste. C’est de cette manière qu’il s’est retrouvé à l’origine de la première occasion de la partie (une ouverture en profondeur pour Feghouli qui a manqué le cadre). Le premier rideau lillois étant resserré, les latéraux valenciens trouvaient aussi des espaces dans les couloirs pour servir leurs ailiers. A plusieurs reprises, Barragan a ainsi tenté d’alerter Feghouli côté droit, mais ce dernier était ensuite bien contenu par Béria.

Passées ces quelques minutes difficiles, le LOSC a à son tour réagi à l’animation valencienne. Gueye et Balmont ont commencé à sortir sur Costa et Gago quelque soient leurs positions dans l’entrejeu.  Sur les côtés, Mendes et Payet étaient eux aussi plus attentifs aux mouvements des latéraux valenciens et bloquaient désormais mieux la profondeur. Le seul véritable problème concernait la gestion de Jonas entre les lignes lilloises. Ces milieux de terrain désormais suivis de près, le Brésilien a multiplié les décrochages à leur hauteur pour offrir une solution de relance supplémentaire à ses défenseurs. Pedretti restant devant la défense, Jonas a bénéficié d’une grande liberté pendant plusieurs minutes. Valence était alors en supériorité numérique dans l’entrejeu et des décalages pouvaient alors se créer. Entre les lignes lilloises, Feghouli rentrait dans l’axe pour occuper la zone laissée vacante par son coéquipier de l’attaque.

Cette compensation a crée un léger déséquilibre dans l’animation valencienne, ce qui a permis aux Lillois de compenser au milieu de terrain. Au coeur de la première mi-temps, Pedretti s’est mis à suivre les déplacements de Jonas, empêchant ainsi ce dernier de créer le surnombre au milieu. Derrière, la défense lilloise se montrait efficace pour limiter l’impact de Feghouli, Soldado et Guardado. A l’approche de la demi-heure de jeu, Lille semblait avoir régler ses problèmes défensifs…

Le LOSC en place dans l’axe : Balmont et Pedretti suivent respectivement les décrochages de Gago et Jonas qui va récupérer le ballon. Dans l’axe, Gueye est au marquage de Tino Costa. A noter le déplacement de Feghouli, qui rentre dans l’axe pour occuper la zone laissée libre par Pedretti et Jonas.

L’heure des occasions :

Mais les difficultés pour ressortir les ballons perduraient : depuis le début de la partie, Valence imprimait un énorme pressing sur le porteur de balle. Excepté les deux défenseurs centraux, chargés d’éteindre Nolan Roux, tous les joueurs défendaient en avançant jusque dans le camp lillois pour récupérer rapidement les ballons ou forcer une relance longue. Car dès qu’un Nordiste était contraint à sauter un relais pour jouer vers l’avant, celui à la réception (Roux, Mendes…) subissait durement l’impact physique adverse, entraînant coups de pied arrêtés… Mais surtout ballons perdus. Si les Lillois réussissaient à se sortir de leurs 30 mètres, les choses se compliquaient surtout aux abords du rond central : les cinq joueurs chargés de remonter les ballons (Gueye, Balmont, Payet, Mendes, Roux) manquaient de solutions alors que Valence se repliait parfaitement. Rapidement mis en situation d’infériorité numérique, le porteur de balle et ses solutions subissaient alors la pression adverse et, généralement, finissaient par rendre le ballon.

Toutefois, les Lillois sont parvenus à se créer deux occasions franches sur des attaques rapides (par Payet et Balmont). Généralement, tout partait d’un duel remporté au sommet de la phase de relance (déviation de Roux, prise de balle de Mendes face à la défense centrale valencienne). En projection, Payet et Balmont ont tous les deux pu profiter d’un repli défaillant des latéraux valenciens (Cissokho). Les Nordistes ont loupé le coche sur ces deux occasions puisqu’ils ont encaissé l’ouverture du score de Jonas quelques minutes plus tard. Cette action a d’ailleurs pris en défaut tout l’axe lillois : Gueye et Pedretti battus sur la première passe vers Jonas, puis à nouveau Pedretti, spectateur avec Chedjou et Basa de la combinaison entre Soldado et le Brésilien.

L’origine du but valencien : car le trois contre deux perdu par le trio défensif n’est pas la seule clé sur cette action. Au départ, il y a aussi la création de cette situation, qui résulte d’une passe dans l’intervalle de Gago. L’Argentin profite du premier rideau affaibli des Lillois (Mendes encore devant), éliminant Gueye sur un contrôle et les milieux sur une transmission. Sur la passe, Pedretti est déjà battu : trop loin de la trajectoire pour intercepter et surtout trop loin de Jonas qui peut immédiatement se mettre dans le sens du jeu. Dans le même temps, Soldado rentre dans l’axe pour approcher de la zone de Chedjou et ainsi empêcher le Camerounais de sortir sur son coéquipier…

La deuxième mi-temps :

Menant au score, Valence est revenu des vestiaires avec des ambitions moindres au pressing. Les premières minutes ont même vu les locaux abandonner le ballon aux Lillois qui ont pu retrouver leurs schémas habituels (latéraux hauts, milieux de terrain au départ des actions dans l’entrejeu etc…). Mais à aucun moment, les hommes de Rudi Garcia n’ont semblé pouvoir prendre à défaut la défense valencienne, à l’exception de rares tentatives individuelles (Payet et ses frappes de loin, Mendes côté gauche…). Toujours aussi efficace dans son repli défensif, Valence a conservé son avantage et géré ses attaques, ressortant soit par les côtés (Cissokho, Guardado à gauche), soit en cherchant rapidement la profondeur avec Feghouli, Soldado ou Jonas.

Laissant le troisième en retrait et en relation avec ses milieux de terrain, les deux premiers ont d’ailleurs permuté à plusieurs reprises : Feghouli profitait des déplacements de Soldado sur l’aile pour se libérer du marquage de Béria et demander des ballons dans l’intervalle entre les lignes lilloises. Finalement, comme le premier, le second but de Jonas est intervenu dans la foulée de la dernière véritable offensive lilloise de la mi-temps (et de la partie). La sortie de Mendes, remplacé par Rodelin, a fait perdre aux Lillois le second joueur qui semblait capable de faire illusion balle au pied (après Payet). Les Valenciens n’ont du coup plus eu qu’à contrôler l’ancien Stéphanois pour s’offrir une fin de match tranquille. Lille a eu beau être sérieux tactiquement, certaines faillites individuelles (Pedretti en tête) ont été de trop et ont offert la victoire à Valence qui n’a même pas eu à briller. Car techniquement, mentalement et dans l’engagement, les Espagnols étaient de toute façon une classe au-dessus de leurs adversaires du soir.

Quelle suite ?

S’il sera désormais très difficile pour les Lillois de rallier les huitièmes de finale de la Ligue des Champions, il est encore plus compliqué de tirer des conclusions sur l’avenir de la formation de Rudi Garcia. Hier soir, les joueurs ont pour la plupart répondu présents et se sont battus avec leurs armes. Le véritable problème du LOSC aujourd’hui, c’est justement que ces « armes » ne pèsent pas grand chose en C1, voire même dans le haut du tableau de la L1. Les blessures de Martin et Kalou ont retardé et retardent encore aujourd’hui leur intégration à un collectif qui manque cruellement de ce type de talents. Qui plus est, le pépin récent de Mavuba pose un nouveau problème à Garcia qui n’a certainement pas goûté à la prestation de Pedretti. Bref, la trêve internationale va sans doute tomber à point nommé pour un LOSC qui n’aura plus de temps à perdre ensuite…

A lire aussi : mes notes de Valence-Lille sur CarnetSport.

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3 réponses

  1. TitiHenry dit :

    Bonne analyse comme toujours, selon moi, on a vu une équipe de Valence maîtrisant son adversaire sur le bout des doigts sans véritablement forcer avec un double pivot qui me plait beaucoup, contre une équipe Lilloise très moyenne techniquement. A l’instar de Marseille contre VA, le pressing Valencien a encore démontré l’incapacité de nos clubs Français à réussir à se défaire techniquement d’un pressing assez haut, preuve du niveau technique de nos clubs assez moyen. J’attends avec impatience le Psg aussi un jour soumis à un tel pressing pour voir comme éventuellement ils s’en sortiront.

    Sinon la mode « du registra » semble avoir contaminer négativement Garcia. Il faudrait m’expliquer l’intérêt d’un Pedretti en 6, alors qu’il est très moyen défensivement, toujours en retard sur un Jonan décisif en courant 20min. Je peux aussi plus haut parler d’un Gueye très moyen courant dans le vide ne sachant pas se placer la majorité du temps, en plus d’être moyen techniquement, avec le mauvais choix de Landreau. Garçia est loin d’être blanc comme neige en ce moment.

  2. Yannick dit :

    Le formulaire contact semblant dysfonctionner, je le mets ici :

    Je suis le webmaster du site ALL YOU NEED IS LOSC ( http://www.aynil.fr / http://www.allyouneedislosc.fr )
    Je suis très interessé par vos analyses tactiques sur le LOSC et serait favorable à un partenariat pour diffuser vos articles sur mon site, car ils peuvent très certainement interesser mes lecteurs.
    Je ne demande rien de particulier en échange (une petite pub au mieux) car la pertinence de l’article que vous rédigez est déjà, en soi, un plus pour mon site.

    Dites moi ce que vous en pensez ;)

    Yannick

  3. the teacha dit :

    Super le détail technico tactique du 1er but! bravo, moi qui n’a pas vu le match, c’est comme si je l’avais vu ;)

    @titihenry: En France, on aime critiquer à la moindre contre perf’, Garçia à ce système en place depuis 4 ans, ce qui n’est pas rien, il y a juste les hommes qui ont changé. On ne peut pas dire hier qu’il fait partie des meilleurs techniciens francais et le descendre le jour d’après parce que son équipe fait 4 matchs moyens, non ? Ce n’est pas la 1ère fois que Pedretti joue seul en 6, d’habitude il gère bien sauf qu’avec Jonas, il avait un sacré client. Et puis à part balmont, gueye et pedretti, tu veux mettre qui dans l’axe ? Rozenhal ? Lille va avoir du mal à se qualifier mais j’ai confiance en eux pour remonter la pente en championnat

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