Valence 0-1 Barcelone, l’analyse tactique

Tactiquement, les matchs du Barça sont toujours très intéressants. Maintenant que l’on connaît quasiment par coeur le fonctionnement de la machine de Guardiola, se pencher sur l’organisation préparée par l’entraîneur adverse pour la contrer est toujours un succès. Surtout quand l’entraîneur en question passe tout près de l’exploit comme Unaï Emery hier soir : avec un soupçon d’efficacité devant, le Valencien tenait la recette pour battre les Blaugranas. Sauf que Guardiola avait aussi innové de son côté.

Les compositions :

Côté Valence, la grande surprise résidait dans l’absence d’un véritable numéro 9. C’est Mata qui a endossé le rôle de pointe devant Joaquin. Mathieu était lui milieu gauche devant Jordi Alba : Guaita – Stankevicius, R. Costa, Dealbert, Alba – Banega, T. Costa – Pablo, Joaquin, Mathieu – Mata.

A Barcelone, Guardiola a décidé de se passer de Pedro pour ce match. Mascherano le remplace pour faire le nombre et s’installe devant la défense. Le Barça se retrouve avec trois stoppeurs : Pinto – Piqué, Busquets, Abidal – Mascherano – Alves, Xavi, Iniesta, Adriano – Messi, Villa.

Pourquoi ce changement ?

Avant de rentrer dans le match, essayons de savoir pourquoi Guardiola a choisi cette formation qu’il a déjà testé à plusieurs reprises. Un mouvement offensif de Valence en tout début de match apporte un début de réponse. Posé sur un schéma, cela devait ressembler à ça.

Le Barça est en phase offensive, ses milieux et latéraux (ici Daniel Alves) sont en position avancée mais le duo Costa-Banega gagne un ballon pendant la préparation de l’attaque catalane. Devant, ça part très vite. Mata lâche la zone couverte par les deux stoppeurs et file sur l’aile gauche dans l’espace laissé vacant par la montée du latéral adverse (flèche grise). Costa le sert et poursuit son mouvement.

Mata trouve lui un appui sur Mathieu qui propose une solution à l’intérieur. Bien servi, le Français se retrouve alors avec un trois contre trois plein axe à négocier avec deux partenaires qui ont pris l’espace : Costa, qui se retrouve dans la zone de Piqué, et Joaquin le soutien, qui se retrouve lui dans la zone d’Abidal. Les couloirs ne sont pas couverts ce qui ouvre d’autres espaces aux deux attaquants. Reste à Mathieu à libérer sa balle avant que Mascherano ne vienne fermer la porte et voilà le Barça dans une situation bien compliquée à négocier si l’adversaire joue l’action dans le bon tempo.

L’ajout d’un troisième stoppeur permet à Guardiola de gérer au mieux la couverture du latéral et donc d’anticiper sur un possible dézonage de l’attaquant de pointe.

Première mi-temps :

En passant de trois à deux attaquants, le Barça perd la capacité d’avoir un point de fixation du latéral adverse permettant les décalages de ses propres latéraux. Ce constat est surtout valable pour Daniel Alves qui est très bien pris par le duo Mathieu/Jordi Alba. Le Français serre le Brésilien de près lorsque celui-ci touche le ballon au milieu de terrain. De son côté, le jeune Espagnol surveille les déplacements d’Alves lorsque celui-ci peut être alerté en fin de mouvement, décalé sur une passe ou une transversale de Xavi par exemple.

Alba va même prendre le risque d’anticiper sur certaines passes. En cas de réussite, et il y en aura quelques-uns, il se retrouve alors lancé avec le ballon et avec Mathieu pouvant jouer les relais devant lui. Le Barça remerciera à plusieurs reprises sa défense à trois, faisant souvent de Piqué un latéral de fortune pour faire face à ce genre de contre-attaque.

Côté droit, c’est un peu plus difficile pour les Valenciens. Iniesta joue plus haut et n’hésite pas à traîner dans la zone de Stankevicius pour travailler avec Adriano. Le Brésilien se retrouvera en bonne position pour centrer ou frapper à plusieurs reprises mais il manquera le cadre à chaque fois. A noter que c’est lui qui vient fermer le couloir gauche lorsque le Barça doit se replier. Dans l’axe, l’étau valencien fonctionne plutôt bien : Banega et Costa se font très rarement éliminés, même lorsque Messi décroche (ils reviennent) et les ailiers n’hésitent pas à se recentrer pour gêner la circulation de balle catalane.

A l’arrivée, le Barça ne se montrera dangereux que sur des balles de but offertes par des mauvaises relances de la défense adverse. Dealbert et Costa (ou Stankevicius) se retrouveront ainsi à devoir négocier des deux contre deux plus que compliqués face à Villa et surtout Messi qui aurait pu plier le match s’il n’avait pas décidé de se nourrir de la feuille de match une fois de plus (voir la vidéo de son triple fail).

Deuxième mi-temps :

Bien en place derrière, et surtout ne subissant pas au milieu de terrain, il ne manque à Valence que la capacité à porter plus souvent le danger sur les buts de Pinto. Emery le sait et fait rentrer Soldado dès la reprise, à la place de Joaquin. Mata reprend son poste habituel derrière l’ancien Madrilène.

Le début de la deuxième mi-temps est entièrement à l’avantage des locaux qui se mettent à profiter de la faiblesse naturelle du 3-5-2 : la défense des couloirs, dans le dos des latéraux. Les Valenciens préparent ainsi plusieurs mouvements visant à attirer l’un des stoppeurs dans le couloir pour le couvrir et ainsi créer une brèche dans l’axe pour qu’un coéquipier y prenne la profondeur. Ce schéma est rendu possible par la présence de Soldado devant, un client beaucoup plus sérieux pour les défenseurs du Barça que ne l’était Mata précédemment.

Justement, Mata se retrouve plus à l’origine des mouvements. On le voit ainsi dézoner pour aller combiner côté gauche, apporter le surnombre et attirer Piqué en couverture. Ceci fait, il n’est alors pas rare de voir les Valenciens chercher à renverser le jeu, grâce au jeu long de Mata ou de Banega/Costa, jamais très loin. Ainsi, ils forcent le Barça à coulisser de l’autre côté et il suffit d’un duel gagné et d’une remise rapide dans l’axe pour que le danger soit sur les buts de Pinto (Soldado, 52e). Malheureusement pour le spectacle, Valence n’est pas payé pour cette belle démonstration.

Retour à la normale :

A l’heure de jeu, Guardiola fait rentrer Pedro à la place de Mascherano et le Barça retrouve son équipe-type et le 4-3-3 qui va avec. Même s’ils ont reculé sur le papier, Alves et Adriano ne sont plus seuls dans leurs couloirs respectifs. Valence n’abdique pas et continue de se créer des situations dangereuses, profitant même d’erreurs de relance côté Barcelonais (Abidal). Mais le but ne vient pas.

Et comme souvent dans ce cas, la punition a fini par arriver : un lancement de jeu côté gauche, un point de fixation qui laisse filer à Adriano qui arrive lancé dans la surface ; crochet sur l’adversaire directe, prise d’informations, Costa a oublié de fermer l’intervalle que Messi vient de prendre ; le Brésilien glisse la passe décisive et l’Argentin la met à fond. Les dix dernières minutes seront partagées entre regrets côté Valence et routine côté Barcelone.

Conclusion :

Le Barça a beaucoup souffert… Peut-être à cause des choix tactiques de Guardiola mais surtout à cause de l’excellente prestation de Valence qui a su parfaitement gérer les principaux atouts du système Barça (latéraux + Xavi et Iniesta). Et puis si Guardiola a fait certains choix, c’était peut-être aussi pour s’éviter d’autres peines (cf. premier paragraphe). Bref, Valence a réalisé une prestation qui pourrait faire office de référence pour certains clubs qui devront affronter le Barça dans les prochaines semaines. Ajoutez-y l’efficacité et un peu plus de sang-froid pour relancer et vous obtiendrez certainement la bonne formule…

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *