Valence 0-0 Villarreal, l’analyse qui prive le sous-marin jaune de munitions

Parce que cela faisait maintenant quelque temps que je souhaitais m’y mettre, voilà une première analyse de match qui n’inclue pas de clubs français et/ou de grands clubs européens : Valence-Villarreal, ou un vrai derby entre deux villes distantes d’une soixantaine de kilomètres. Ca s’est passé ce mardi soir à l’occasion des huitièmes de finale aller de la Coupe du Roi et, s’il n’y a pas eu de but, le contenu de la rencontre était assez intéressant pour mériter une analyse. Notamment le système de jeu valencien, basé sur une défense à trois et qui a confisqué le ballon pendant une bonne partie de la rencontre.

Les formations :

– Unai Emery n’en est pas à son premier coup d’essai cette saison en matière de défense à trois. En effet, il s’y est déjà essayé une fois : c’était il y a un peu plus d’un mois maintenant et face à… Villarreal pour un match nul (1-1) au final. La ligne de trois est formée par Stankevicius, Dealbert et l’ancien Lillois Ricardo Costa. Sur les côtés, on retrouve le Portugais Miguel à droite et notre Jérémy Mathieu national à gauche. Dans l’entrejeu, Costa est laissé au repos au profit d’un duo Albelda-Maduro. Devant, Aduriz est préféré à Soldado en pointe et est encadré par Mata et Pablo Hernandez.

– Côté Villarreal, Juan Carlos Garrido ne change pas ses plans et reconduit son 4-4-2 habituel. Les deux attaquants, Nilmar et Rossi, sont encadrés par Cani et Santi Cazorla. Le milieu de terrain est lui tenu par le duo Bruno-Borja Valero. Dans les buts, Sanchez Martinez prend la place de Diego Lopez en Coupe. L’habituelle doublure de l’international espagnol est protégée par un quatuor composé, de gauche à droite par : Capdevila, Musacchio, Gonzalo et Angel.

Le projet valencien :

On a évoqué le sujet à plusieurs reprises : la défense à trois, si elle veut avoir certaines ambitions dans le domaine offensif, doit être à la base d’un bloc capable de faire face assez haut sur le terrain. Rappelez-vous l’Uruguay face à l’équipe de France, les deux latéraux s’étaient surtout attachés à défendre alors que le troisième défenseur densifiait l’axe. Dans le cas de ce Valence-Villarreal, les locaux recevaient leur voisin dans l’espoir de

faire une première différence avant le match retour. Attaquer était donc logique. Et à moins d’avoir des latéraux monstrueux capables de multiplier les allers-retours dans leurs couloirs, cela nécessitait un bloc capable de rester haut pour contenir Villarreal dans sa moitié de terrain.

Pour comprendre comment Valence a pu mettre en place un pressing efficace face à l’une des meilleures équipes d’Espagne lorsqu’il s’agit d’envoyer du jeu au milieu de terrain, il faut d’abord se pencher sur l’image ci-dessus, qui nous met dans une situation où Valence a le ballon et où, par conséquent, les latéraux apportent les solutions dans les couloirs. Dans le camp valencien, on se retrouve avec un 3 contre 2 en faveur des défenseurs face à Nilmar et Rossi. Mathieu et/ou Miguel se livrent sur les côtés (flèche blanche) et sont généralement suivis par Cani et Cazorla (flèche jaune).

Dans le rond central, Albelda et Maduro suivent l’action de loin le plus souvent, afin de se laisser la possibilité de combler les espaces laissés par les montées des latéraux, en collaboration avec leur trois défenseurs. Il se peut, par exemple, que le stoppeur gauche aille couvrir le latéral alors que le milieu se charge du marquage de l’attaquant. Devant, le trio Mata-Aduriz-Hernandez a les qualités techniques pour gêner le bloc défensif adverse(4 défenseurs +2 milieux) et ainsi créer des brèches malgré l’infériorité numérique dans cette zone.

Deuxième phase : 

L’action est terminée, le ballon est pour Villarreal qui cherche à relancer. Le pressing de Valence se met alors en place. Première solution pour les relanceurs jaunes : la verticalité pour tenter de toucher directement les attaquants, Nilmar et Rossi. Problème, on a vu que les deux hommes étaient en infériorité numérique. Difficile de combiner ou de trouver un décalage. De plus, le soutien tarde à arriver vu l’obligation de repli défensif des ailiers pour défendre sur Miguel et Mathieu. Ajoutez à ça le marquage très serré des défenseurs valenciens et vous obtenez des situations favorables à une récupération de balle rapide en faveur de Valence.

Deuxième solution, la remontée par les couloirs avec le fameux triangle « ailier-milieu-latéral ». Mais les Valenciens résistent bien : les attaquants font leur part du boulot (Mata et Aduriz à gauche sur le schéma), le latéral aussi et l’un des deux milieux défensifs opère en couverture. Reste une dernière solution, renverser le jeu en passant par les deux milieux axiaux ou en cherchant directement une transversale sur l’ailier opposé. Pour couper court à la première solution, Valence prend le risque de recentrer l’autre latéral (Miguel sur le schéma) pour empêcher les changements de côté. Ou au moins les ralentir.

D’autre part, la pression et l’agressivité mise par les Valenciens pressent grandement les relanceurs adverses qui manquent souvent de temps pour ajuster les passes les plus difficiles, celles pour sauter une ligne dans la verticalité ou un joueur quand il s’agit de renverser le jeu. Résultat final, Valence fait beaucoup plus de fautes que son adversaire… Mais Valence maîtrise le ballon comme en témoigne la stat à la mi-temps : 63% de possession de balle pour les hommes d’Emery.

Extra : La réponse de Villarreal :

Garrido va faire deux réponses différentes à ce schéma de jeu. Première réaction au retour des vestiaires : le champion d’Europe 2008 Marcos Senna fait son entrée dans l’entrejeu à la place Cani, l’ailier gauche au coup d’envoi de la rencontre. Le lecture de ce changement n’est pas très compliqué : Garrido ajoute un joueur supplémentaire dans l’entrejeu pour faciliter la circulation de balle, aérer le jeu et essayer de prendre à défaut le pressing adverse.

Deuxième réponse, qui a intervenir après la sortie de Senna sur blessure. Nous sommes alors à la 70ème minute de jeu, le gros travail de pressing des Valenciens pourrait leur rendre la fin de match difficile alors Garrido décide de prendre un risque. Senna sort au profit d’Altidore qui s’installe devant aux côtés de Nilmar tandis que Rossi s’installe sur la droite mais conserve un profil très offensif. L’Américain va gagner quelques duels intéressants pas assez pour permettre au sous-marin jaune de faire la différence.

Conclusion :

0-0 au final donc, tout se jouera dans deux semaines au Madrigal de Villarreal. La blessure de Mathieu en cours de deuxième période a peut-être été un mal pour un bien puisqu’elle a permis à Emery de changer son latéral sur ce qui était le côté fort de Villareal (Cazorla puis Rossi). Le Français a d’ailleurs rendu une copie très intéressante dans ce registre très offensif. Reste à savoir si Emery conservera son schéma lors du match retour. En tout cas, il a eu raison de se montrer satisfait de la performance de ses hommes après la rencontre : comme il l’a dit, il ne manquait qu’un but.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *