Uruguay 3-0 Paraguay, l’analyse tactique

L’apothéose ! L’Uruguay a décroché hier soir sa 15ème Copa America, doublant ainsi l’Argentine dont le compteur reste bloqué à 14. Mise sur les bons rails par un Suarez intenable, la Celeste a largement dominé un Paraguay, fatigué et diminué par plusieurs absences en attaque. Analyse d’une rencontre assez intense qui a fait la part belle à l’engagement des deux côtés.

Les compositions :

Aucune surprise à signaler dans le onze de départ de Oscar Tabarez. Diego Perez fait son retour dans l’entrejeu et le duo Caceres/Alvaro Pereira est reconduit à gauche, offrant à l’Uruguay la flexibilité entre 3-5-2 et 4-4-2 : Muslera (1) – M.Pereira (16), Lugano (2), Coates (4), Caceres (22) – A.Rios (17), D.Perez (15), Gonzales (20), A.Pereira (11) – Forlan (10), Suarez (9).

Côté paraguayen, le onze choisi par Gerardo Martino surprend. Alcaraz ne fait pas son retour dans l’axe de la défense, le sélectionneur préférant conserver le duo Da Silva-Veron. Devant, Zeballos est associé à Tevez : Villar (1) – Piris (3), Da Silva (14), Veron (2), Marecos (4) – Caceres (15), Ortigoza (20), Riveros (16), Vera (13) – Valdez (18), Zeballos (7).

L’Uruguay, maître de l’axe :

D’entrée de jeu, la Celeste pose sa patte sur la rencontre. Très mobile sur le front de l’attaque, Suarez travaille sur les deux ailes en demandant les ballons entre le latéral et le stoppeur adverse. De cette manière, il fixe la ligne de défense paraguayenne et, son talent balle au pied aidant, l’enfonce pour la faire reculer dans son propre camp.

Une fois le Paraguay repoussé dans son propre camp par cet énorme travail de l’attaquant de Liverpool, l’Uruguay met son jeu en place. Avec le ballon, la formation d’Oscar Tabarez passe en priorité par le flanc droit grâce aux montées de Maxi Pereira. Comme face au Pérou, le latéral du Benfica forme un duo très complémentaire avec Alvaro Gonzales. Souvent excentré côté droit, Suarez combine avec eux pour former un triangle dont les arêtes permutent à loisir : l’un reste en soutien et organise le jeu (souvent Gonzales), l’autre apporte une présence dans le couloir (Suarez à plusieurs reprises), le troisième rentre dans l’axe (dans ce cas, Maxi Pereira). L’ensemble oblige le Paraguay à densifier cette zone de jeu : très important dans l’animation offensive de l’équipe (voir par ailleurs), Riveros est repoussé très loin de ses attaquants par les montées de Maxi Pereira.

Lorsqu’il n’a pas le ballon, l’Uruguay met une grosse pression sur la relance adverse jusqu’à ce que celle-ci sorte de ses 30 mètres. Suarez et Forlan travaillent sur les deux défenseurs centraux. Derrière, les quatre milieux de terrain mettent à tour de rôle la pression sur le duo Caceres-Ortigoza. Gonzales et Alvaro Pereira se recentrent et Diego Perez et Arevalo Rios se relaient : quand l’un monte au pressing, l’autre reste en couverture et vice-versa. Derrière, la polyvalence de Caceres permet à l’Uruguay de couvrir l’ensemble avec trois défenseurs centraux de formation (Caceres, Lugano, Coates) capables de dominer les deux Paraguayens restant en pointe (Zeballos et Valdez). Ce travail de pressing est notamment à l’origine du second but uruguayen, Arevalo Rios anticipant magnifiquement pour jaillir dans les pieds d’un Ortigoza dos au but et décaler immédiatement Forlan (42e). Une fois le Paraguay dans le sens du jeu, l’équipe se replie dans ses 40 mètres, laissant Suarez seul en pointe et Forlan en premier relais pour l’atteindre le plus rapidement possible.

Le Paraguay excentré :

Ce gros travail des Uruguayens sur l’axe Caceres-Ortigoza coûte très cher au Paraguay. Outre le fait d’amener un but, il coupe la relation entre Ortigoza, censé organiser le jeu guarani et ses attaquants. Le joueur de San Lorenzo passe d’ailleurs une première mi-temps très difficile au niveau de ses transmissions, multipliant les mauvaises passes à destination de Valdez notamment.

Bloqué dans l’axe, l’Albirroja se retrouve dans l’obligation de passer par les côtés pour ressortir proprement de sa moitié de terrain. La plupart du temps, le travail est accompli côté droit grâce au duo Piris-Vera qui est apparu comme le plus intéressant côté paraguayen. Pendant que ces deux-là remontent le ballon, à l’opposé, Riveros monte d’une ligne pour aller soutenir Valdez et Zeballos en attaque. A l’inverse, lorsque la formation remonte le terrain en passant par son couloir gauche (Marecos ne se livrant que très peu en attaque, cela passe la plupart du temps par des dézonages de Valdez ou Zeballos qui viennent offrir un appui), c’est Vera qui, depuis son aile droite, effectue une diagonale pour monter d’un cran et rentrer dans l’axe en soutien de ses attaquants. De ce côté-là, cette course est plusieurs fois complétée par les appels de Piris dans le couloir droit.

Malheureusement pour les Paraguayens, le repli uruguayen est très rigoureux et limite les possibilités de décalage. Le problème est d’autant plus important que ni Caceres ni Ortigoza n’ont pas les qualités de percussion et de vitesse nécessaires pour tenter d’apporter un surnombre sur l’aile : on ne les verra jamais combiner avec Vera-Piris ou Riveros-Marecos. Souvent, ce travail reviendra aux deux attaquants, Valdez ou Zeballos. Mais leurs dézonages sur les côtés ne fera que déplacer le problème, le Paraguay manquant alors de solutions pour sortir du couloir (soit en soutien pour conserver le ballon, soit dans la surface pour terminer l’action). Dès lors, l’Uruguay n’a plus qu’à ajouter un troisième homme au duo censé fermer le couloir pour récupérer le ballon ; Diego Perez fermera ainsi à plusieurs reprises la porte à une relance sur le côté tenu par Gonzales et Maxi Pereira. A l’arrivée, les seuls ballons dangereux pour la défense de la Celeste partiront de loin : des ouvertures de Vera en profondeur pour ses trois partenaires (Valdez, Zeballos et donc Riveros) dans le dos de celle-ci.

Coaching :

Menés 2-0 alors qu’ils reviennent sur la pelouse du Monumental après la pause, les Paraguayens doivent réviser leurs plans. Si Martino ne change rien à son schéma de jeu, les deux latéraux sont plus entreprenants. L’Uruguay ayant dans le même temps relâché son pressing (histoire d’éviter une expulsion qui pourrait le mettre en difficulté), le Paraguay se montre plus à son avantage, Ortigoza délivrant notamment plusieurs ballons intéressants (Valdez, 56e et Piris, 63e). Ces montées des latéraux, Tabarez va y répondre en remplaçant un milieu (Alvaro Pereira) par un attaquant (Cavani). Gonzales glisse à gauche pour s’occuper de Piris alors que Cavani s’installe à droite pour fermer le couloir face à Marecos.

Deux minutes plus tard, Martino dégaine à son tour avec un double changement : Estigarribia et Hernan Perez remplacent Vera et Caceres. Ce coaching fait passer le Paraguay en 4-4-2 mais surtout, il enlève un joueur qui travaillait jusqu’ici à la relance avec les deux défenseurs centraux (Caceres avec Veron et Da Silva). Les deux latéraux sont du coup obligés de redescendre pour prendre part à l’effort de relance ; Estigarribia et Perez récupérant les clés de l’animation offensive, leurs duels devenant décisifs pour espérer pouvoir approcher les buts de Muslera. Mais les Uruguayens resteront intraitables dans l’exercice. Le dernier quart d’heure sera du domaine de l’anecdotique, Barrios sortant sept minutes après avoir remplacé Zeballos et Forlan étant à la conclusion d’un contre magnifique pour parachever le succès de la Celeste.

En résumé :

Une nouvelle victoire tactique pour Oscar Tabarez. Le sélection uruguayen a réalisé un véritable sans-faute sur la phase finale de ce tournoi (quart, demi et finale). Cette fois, le talent de Suarez pour faire reculer le bloc adverse et le pressing mis en place sur son axe pour le bloquer dans son propre camp ont fait mouche. Condamné à passer par les ailes, le Paraguay s’est ensuite heurté à la rigueur défensive habituelle d’une Celeste qui a encore de beaux jours devant elle.

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