Uruguay 3-0 Brésil (Mondial U17), l’analyse tactique

L’Uruguay pratique t-il le meilleur football du moment en Amérique du Sud ? Après la sélection A, demi-finaliste du Mondial 2010, c’est au tour des moins de 17 ans de briller en se hissant en finale du Mondial U17. Comme un symbole, pour l’atteindre, ils ont écrasé le Brésil, consacré il y a quelques semaines meilleure nation du continent sud-américain dans cette catégorie d’âge.

Compositions :

Pour ce match, Emerson Avila doit composer avec l’absence de son meilleur joueur du tournoi, Adryan. Auteur d’un festival au tour précédent face au Japon, le numéro 10 auriverde a aussi écopé d’un carton qui l’a privé de cette demi-finale : Charles (1) – Wallace (2), Matheus (4), Marquinhos (3), Emerson (6) – Maisael (5), Guilherme (7), Marlon Bica (8) – Lucas Piazon (11), Leo (20), Ademilson (9).

Côté uruguayen, Fabian Coito continue de se passer de son buteur-vedette, Mascia. Pour remplacer Varela, suspendu pour avoir reçu un carton en quart de finale, il fait appel à Ratti qui s’installe aux côtés de Pais devant la défense : Cubero (1) – Furia (20), Velasquez (2), Silva (3), Rodriguez (17) – Ratti (5), Pais (7) – Charamoni (16), Alvarez (8), Moreira (6) – Aguirre (11).

La rigueur tactique uruguayenne :

Le premier acte de ce match a été le révélateur de toute la science et la rigueur tactique de la Celeste. Appliquant les mêmes fondamentaux (agressivité, présence dans les duels) que les A lors du dernier Mondial, les Uruguayens ont dominé leurs adversaires. Zone après zone, leur 4-2-3-1/4-4-2 a pris le dessus sur le 4-3-3/4-1-4-1 brésilien.

Dans le camp brésilien.
Dans la longue interview qu’il a accordé au dernier So Foot, Raymond Domenech avait eu ses mots très justes : « Quand on a joué le Brésil, on savait que ce qu’il fallait éviter, c’était de se faire prendre le ballon dans notre camp, au moment où on essayait de ressortir. » Ce constat vaut aussi pour la version U17 de la Seleçao. L’Uruguay s’est donc attaché à éviter cette zone du terrain pour toucher rapidement ses attaquants. Ainsi, les défenseurs ont le plus souvent balancé de longs ballons vers leurs quatre offensifs. Très présents à la retombée du ballon, ces derniers mettent la défense adverse sous pression, obligeant la sentinelle brésilien (Maisael, 5) à décrocher pour venir aider ses partenaires en apportant le surnombre sur le plan numérique (cinq contre quatre). De fait, c’est tout le bloc brésilien qui recule : les milieux sont obligés de redescendre pour aider à la remontée du ballon. Et l’Uruguay peut mettre en place son quadrillage défensif assez haut : les deux attaquants axiaux bloquent la profondeur pour les défenseurs, les ailiers s’occupent des latéraux et les milieux peuvent mettre la pression sur leurs homologues brésiliens en les empêchant de se retourner.

Milieu de terrain.
Bloqué dans l’axe (cf. paragraphe précédent), le Brésil conserve la maîtrise du milieu de terrain grâce aux décrochages de ses deux joueurs de couloir / meneur de jeu (Lucas Piazon, 11 et Leo, 20). En redescendant à hauteur de leurs milieux de terrain, ils forment une ligne de quatre qui assure au Brésil la possession de balle (60/40 pendant une bonne partie de la rencontre, 55/45 au coup de sifflet final). Toutefois, la circulation du ballon est surtout assurée sur la largeur : les latéraux uruguayens suivent les décrochages des deux offensifs pour les empêcher de se retourner et de prendre de la vitesse. Bloqués, Piazon et Leo recherchent Ademilson en point d’appui au coeur de la défense uruguayenne. En infériorité numérique, leurs combinaisons n’aboutissent quasiment jamais et le Brésil est pris dans l’axe.

Camp uruguayen.
Si l’Uruguay bloque bien l’axe, il doit logiquement laisser des espaces sur les extérieurs. C’est effectivement le cas et le Brésil a absolument besoin de l’apport offensif de ses deux latéraux pour créer des décalages. Piazon et Leo rentrent à l’intérieur pour ouvrir les couloirs que prennent ensuite Wallace à droite et Emerson à gauche. Néanmoins, les deux ailieurs uruguayens font le travail de repli nécessaire pour limiter l’influence des deux latéraux. La double couverture est parfaitement appliquée et les dédoublements côté brésilien se font très rares. A l’arrivée, le Brésil ne se montre dangereux que sur coups de pied arrêtés, sur des frappes de l’extérieur de la surface ou sur une action individuelle (Ademilson). Au nombre d’occasions, le Brésil est devant. Mais niveau efficacité et dangerosité, c’est l’Uruguay qui mène à la mi-temps, d’un but et avec deux grosses occasions supplémentaires.

Deuxième acte :

Battu tactiquement sur les 45 premières minutes, Emerson Avila ne perd pas de temps pour changer son dispositif. Maisael (5) est remplacé par Nathan (19), ce qui fait reculer Lucas Piazon d’un cran. Côté uruguayen, Charamoni (16) est remplacé poste pour poste par San Martin (19).

Piazon replacé.
Placé plus bas sur le terrain, Piazon endosse le rôle du meneur de jeu brésilien. Le surnombre dans l’axe (trois contre deux) lui offre plus de liberté et lui permet de se retrouver beaucoup plus facilement dans le sens du jeu. A sa gauche, le duo Leo (puis Hernani) – Emerson lui offre des solutions pour combiner et créer des décalages. A l’opposée, Nathan rentre dans l’axe pour jouer le rôle du deuxième attaquant avec Ademilson. Dans l’entrejeu, Guilherme (puis Wellington) et Marlon Bica se projettent de plus en plus vers l’avant au fil des minutes. En réaction, le milieu de terrain de l’Uruguay recule pour former un bloc de six qui rappelle énormément celui utilisé par les A lors de la dernière Coupe du Monde. S’il ne sort plus au pressing, l’Uruguay s’attache à couper les transmissions dans les 30 derniers mètres. Et il y arrive fort bien. 

Quatre contre quatre.
Plus les minutes passent et plus le milieu du Brésil se désagrège, les milieux de terrain se portant vers l’avant pour offrir des solutions de passe à Piazon. Résultat, si un contre démarre, les attaquants uruguayens n’ont souvent qu’à remporter un duel pour se retrouver en situation très favorable (supériorité numérique), lancés vers le but adverse. Au coeur de la deuxième mi-temps, Alvarez cède son poste d’attaquant de soutien à Mendez. Quatre minutes après son entrée, le joueur du Nacional gagne un duel face à un adversaire direct et décale San Martin qui offre le 2-0.  Dans les arrêts de jeu, il se retrouve à la conclusion d’un contre d’école pour clôturer la marque.

Conclusion :

Un match maîtrisé de bout en bout sur le plan tactique par la Celeste. Le Brésil n’a tout simplement jamais trouvé la solution face à une organisation uruguayenne qui n’a tout simplement pas commis la moindre erreur : éviter de se mettre en danger et être impitoyable dans ses 30 derniers mètres, l’Uruguay n’a fait qu’appliquer la recette gagnante face à n’importe quelle sélection brésilienne des années 2000. Une démonstration, ni plus ni moins.

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