Uruguay 1-0 France, l’analyse tactique

Après quatre matchs sans but, l’affiche entre l’Uruguay et la France a enfin choisi son vainqueur. Sans grande surprise, c’est le collectif le plus fort qui a triomphé hier soir au Centenario de Montevideo. Car si Luis Suarez a bien changé le cours de la rencontre, la défaite française ne peut pas être résumée à sa seule performance.

L’adversaire :

Comme au mois d’août à l’occasion de la première de Didier Deschamps en tant que sélectionneur, l’Uruguay s’est présenté en 3-5-2 (Muslera – Coates, Lugano, Caceres – Maxi Pereira, Gargano, Arevalo Rios, Lodeiro, Alvaro Pereira – Forlan, Cavani). Sans surprise, l’équipe de France s’avançait elle en 4-2-3-1 ; une habitude depuis plusieurs mois maintenant (Mandanda – Sagna, Koscielny, Mangala, Trémoulinas – Capoue, Matuidi – Payet, Valbuena, Gourcuff – Giroud). La grande interrogation concernait la titularisation de Gourcuff sur le flanc gauche : allait-il trouver sa place comme il avait pu le faire avec l’OL en fin de saison ? La pression infligée par la Celeste dans le premier quart d’heure a rapidement permis de répondre à cette question : non.

Les tenants de la Copa America n’ont en effet pas perdu de temps pour poser leur patte sur le match. Cavani et Forlan étaient en première ligne du pressing, s’opposant à la relance de Koscielny et Mangala. Juste derrière eux, Lodeiro et Gargano évoluaient à hauteur de Capoue et Matuidi, laissant Arevalo Rios devant la défense. Les deux hommes coulissaient sur la largeur afin d’aller aussi s’opposer aux relances de Trémoulinas et Sagna dans les couloirs. Les quatre joueurs de transition étant ainsi bloqués, les Bleus n’avaient d’autre choix que d’allonger vers Giroud… Mais à cinq contre quatre derrière et un certain avantage dans les airs, la défense uruguayenne maîtrisait sans grande difficulté l’attaque française. D’où un grand nombre de ballons facilement récupérés.

uruguay-pressing

L’Uruguay au pressing : Forlan et Cavani coupent la transition entre les défenseurs et les milieux français. En deuxième rideau, Lodeiro et Gargano couvrent toute la largeur du terrain afin d’aller mettre la pression sur les latéraux français qui peuvent récupérer les relances courtes de leurs partenaires.

Et la relance était toute aussi facile puisque les Français n’avaient pas le temps de se déployer dans le camp adverse. Avec Arevalo Rios pour les soutenir, les défenseurs étaient à quatre contre deux face au duo Giroud-Valbuena. Si besoin, Gargano décrochait pour offrir une solution supplémentaire à ses partenaires. Dans l’entrejeu, Lodeiro et Forlan, décroché de sa position d’attaquant, occupaient les zones de Capoue et Matuidi afin de relayer les relances vers les ailes. Alvaro et Maxi Pereira étaient à la réception de ces transmissions : utilisant l’espace entre les ailiers et les latéraux français, ils cherchaient ensuite à revenir dans l’axe en se servant des courses de Cavani, Forlan, Gargano ou Lodeiro pour attaquer la défense française. Mais Koscielny, Mangala et le bon repli de Capoue et Matuidi ont permis aux Bleus de ne pas prendre l’eau derrière.

uruguay-relance

La relance uruguayenne : trois défenseurs en couverture, assistés par Arevalo Rios et Gargano. En relais court dans l’axe, Forlan et Lodeiro offrent des solutions à hauteur de Capoue et Matuidi. Sur les ailes, Maxi Pereira et Alvaro Pereira se rendent disponibles entre les joueurs de couloir adverses.

Au sortir du premier quart d’heure :

Subissant le scénario de la rencontre, les Français ont tout de même plusieurs solutions pour répondre à la disposition tactique adverse. Complètement isolé du reste de l’équipe, Valbuena s’est d’abord signalé en décrochant au milieu de terrain pour créer le surnombre à hauteur de Capoue et Matuidi. Lâchant Arevalo Rios, il permettait ainsi aux Bleus de défaire le pressing uruguayen ; il s’est même retrouvé à l’origine de l’un des rares mouvements « placés » des Français en lançant Matuidi vers le but de Muslera (21e). Avant cela, il avait forcé le gardien de la Celeste à se détendre sur une contre-attaque (12e). Payet a aussi tiré son épingle du jeu en faisant parler sa vitesse dans cet exercice. Que ce soit en partant d’un coup de pied arrêté dégagé par sa défense ou sur un ballon récupéré assez haut par ses milieux de terrain, le Lillois a su mettre les défenseurs adverses en difficulté lorsqu’il se retrouvait lancé (31e, 33e, 39e).

Mais dans les faits, l’Uruguay était dans l’action, et la France réagissait. Ainsi, c’est parce que la Celeste a reculé au quart d’heure de jeu que les Français ont pu entrer dans leur match. Lodeiro et Gargano ont en effet relâché la pression sur la transition française (Trémoulinas, Matuidi, Capoue, Sagna). Cavani et Forlan se retrouvaient à hauteur des deux milieux bleus, tandis que Maxi et Alvaro Pereira bloquaient désormais leurs homologues. Valbuena a immédiatement été plus facile à trouver, tout comme Payet et Gourcuff qui n’ont pas hésité à repiquer dans l’axe pour offrir des solutions supplémentaires dans le coeur du jeu. Maîtrisant la balle (possession renversée à 67/33 à la 40e minute), les Bleus ont bien terminé la mi-temps grâce à un pressing plus efficace. Capoue et Matuidi ont bien aidé à la fermeture des côtés, empêchant les Uruguayens de retrouver des relais dans l’axe pour attaquer la défense française. En difficulté pour sortir de sa moitié de terrain, la Celeste n’a toutefois pas cédé dans la zone de vérité.

uruguay-cinq

L’Uruguay dans sa moitié de terrain : Maxi et Alvaro Pereira couvrent face aux montées des latéraux adverses. Dans le coeur du jeu, les trois milieux de terrain coulissent en fonction des mouvements français. Ici, Valbuena forcé de décrocher se retrouve face à Gargano.

Le plus Suarez :

A la pause, la principale question était de savoir si l’Uruguay allait ou non pouvoir mettre la même pression qu’en début de partie. Les changements opérés par Oscar Tabarez dès la reprise et la premières minutes de jeu ont permis d’y répondre. Défensivement, la Celeste a repris le match comme il l’avait achevé. Mais offensivement, le coaching du sélectionneur a pris tout son sens. Tous poste pour poste, les remplacements effectués (Scotti pour Lugano, Eguren pour Arevalo Rios, Ramirez pour Lodeiro, Suarez pour Forlan) ont permis à l’Uruguay de répondre aux problèmes posés par la récupération de balle française en fin de première mi-temps.  Avec Scotti et Eguren, la relance uruguayenne a d’abord gagné en qualité technique.

Les premières passes traversaient plus facilement le premier rideau français pour trouver Suarez ou Cavani dos au but. Ces derniers remettaient ensuite les ballons à Ramirez, dont la vivacité a fait mal à la paire Capoue-Matuidi, ou sur les ailes vers Alvaro ou Maxi Pereira. Beaucoup plus mobile que Forlan, et surtout capable de prendre la profondeur, Suarez offrait en plus une menace permanente pour les défenseurs français qui « osaient » sortir de l’alignement. Si Sagna et Trémoulinas allaient au pressing sur Alvaro et Maxi Pereira comme en première mi-temps, Suarez prenait l’espace dans leur dos et créait ainsi le décalage dans la défense française. En laissant planer constamment cette menace, l’attaquant des Reds a facilité les sorties de balle de ses partenaires ; l’Uruguay a mieux contrôlé le ballon dans le camp français, utilisant au mieux la largeur du terrain ; le seul but de cette partie est d’ailleurs venu d’un changement de jeu vers Maxi Pereira, qui a ensuite trouvé Suarez entre Trémoulinas et Mangala (1-0, 50e).

uruguay-largeur

L’apport de Suarez sur la relance : en décrochant, l’attaquant de Liverpool attire l’attention des axiaux français (Koscielny, Mangala, Capoue, Matuidi), ce qui libère Gargano et Eguren au milieu de terrain. Ces derniers sont ensuite libres d’orienter -rapidement- le jeu vers Alvaro et Maxi Pereira sur les ailes.

L’Uruguay contrôle :

Après ce but, la Celeste a conservé son système de jeu et laissé le ballon à une équipe de France qui n’a jamais changé d’option tactique. Tous les changements de Didier Deschamps se sont faits poste pour poste, mais sans aucun valeur ajoutée par rapport aux problèmes posés par l’adversaire : Lacazette et Gomis pour Gourcuff et Giroud (58e), Guilavogui et Grenier pour Capoue et Valbuena (67e) et enfin Cabaye pour Matuidi (76e). Dans les faits, le jeu des Bleus est en majorité passé par le côté gauche grâce aux montées de Trémoulinas et aux déplacements de Valbuena puis Grenier dans cette zone, afin de combiner avec Payet (passé définitivement à gauche à la sortie de Gourcuff).  Malheureusement pour les Bleus, ce trio a été bien contrôlé par Gargano et Maxi Pereira, qui ont protégé leur défenseur central (Coates). L’activité de Ramirez et Suarez, toujours prompts à presser les milieux adverses, a aussi permis à l’Uruguay de ralentir la circulation de balle au départ des actions.

Le dernier changement de Oscar Tabarez (Rodriguez à la place de Alvaro Pereira, 71e) a encore un peu plus renforcé l’assise défensive de la Celeste. Du 3-5-2, celle-ci est passée en 4-3-1-2. Sur le flanc droit de la défense, Maxi Pereira a arrêté de monter et s’est contenté de participer aux lancements de jeu en direction de Suarez ou Abel Hernandez (entré en jeu à la place de Cavani, 65e) aux avants-postes. Ces derniers recevaient ensuite les soutiens de Ramirez ou de Cristian Rodriguez côté gauche, qui utilisait parfois lui-même les appuis offerts par le joueur de Southampton.

Conclusion :   

Même s’ils se sont crées les plus belles occasions de la première mi-temps, les Bleus n’ont jamais réellement maîtrisé les débats. Que ce soit en pressant dans le premier quart d’heure ou en reculant par la suite, c’est bien l’Uruguay qui a mené la danse sur le plan tactique. En-dessous collectivement, les Français ne pouvaient pas espérer grand chose de ce match, à moins d’un « détail » en leur faveur (coup de pied arrêté, exploit individuel, ballon « offert » par l’adversaire). En décidant de ne rien changer à son système de jeu, Didier Deschamps ne leur a pas non plus facilité la tâche. De quoi être pessimiste en vue de dimanche ? Pas si sûr, le Brésil étant toujours à la recherche d’automatismes à l’inverse d’une Celeste qui se connaît depuis longtemps.

Vous aimerez aussi...

4 réponses

  1. salemioche dit :

    excellente analyse, comme toujours :) (mais je n’avais jamais pris le temps de le dire), n’étant pas joueur, j’apprécie particulièrement les photos qui mettent en évidence le positionnement. beaucoup plus malin que bidule n’etait pas en forme, ou machin a rater trop d’occasion… merci.

  2. bcolo dit :

    J’ajouterai à cette très bonne analyse le gros déchet technique des Bleus, notamment dans les passes courtes, mais aussi dans quelques ouvertures qui n’ont trouvé personne. Dommage, car en jouant plus vite, à une touche de balle et en permutant devant, il y avait la place de faire mieux, en témoigne la grosse occasion de Payet et Gourcuff gâchée par une passe mal dosée et un contrôle trop long.

  3. Rap dit :

    Sa montre que les bleus on encore beaucoup de travail pour la coupe du monde

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *