Uruguay 0-2 Mexique (Mondial U17), l’analyse tactique

Pour la deuxième fois en six ans (après la génération Giovani Dos Santos / Vela en 2005), le Mexique a été sacré champion du monde des moins de dix-sept ans. En finale, les Mexicains de Raul Gutierrez ont dominé un Uruguay limité après sa victoire éclatante face au Brésil en demi-finale (voir : Uruguay 3-0 Brésil, l’analyse tactique).

Les compositions :

Côté mexicain, Raul Gutierrez peut compter sur l’ensemble de son effectif ainsi que sur un public acquis à sa cause. Héros de la demi-finale, Gomez et son bandage à la tête (voir : Gomez dégommé) restent sur le banc. Le droitier est remplacé par Tostado : Sanchez (1) – Flores (2), Briseño (4), Guzman (3), Caballero (5) – Escamilla (6), Espericueta (7), Gonzales (10), Tostado (18) – Fierro (9), Bueno (11).

De son côté, Fabian Coito récupère Varela dans l’entrejeu, qui était suspendu face au Brésil. Ratti fait les frais de ce retour et prend place sur le banc. Auteur d’une entrée remarquée lors du match précédent, Mendez est titulaire en soutien de Aguirre : Cubero (1) – Furia (20), Velasquez (2), Silva (3), Rodriguez (17) – Varela (15), Pais (7) – Alvarez (8), Mendez (10), Maxi Moreira (6) – Aguirre (11).

Le Mexique s’adapte :

En demi-finale, l’Uruguay avait réussi à poser de gros problèmes au Brésil en envoyant de longs ballons sur sa défense. Les quatre joueurs à vocation offensive de la Celeste mettaient la pression sur les défenseurs brésiliens, obligeant ainsi la sentinelle (Maisael, 5) à décrocher pour préserver la supériorité numérique dans les 30 mètres brésiliens. A plusieurs reprises, les Uruguayens ont tenté d’appliquer la même recette face au Mexique. Sans succès.

Trios.
Le secret de la solidité mexicaine face à la pression adverse : la formation de trios dans l’axe, constamment opposés aux duo attaquant-soutien uruguayen. Ainsi, selon la zone visée par le long ballon adverse, ce sont trois Mexicains qui sont à la retombée face à Aguirre-Mendez (puis San Martin-Mendez après le K.O. du premier). Côté droit, Briseño (4) se retrouve entre Flores (2) et Guzman (3). A gauche, c’est parfois Escamilla (6) qui redescend entre Guzman et Briseño pour jouer le libéro. Selon l’Uruguayen visé, celui-ci évolue devant ses partenaires (si c’est l’attaquant de soutien, il va au marquage de celui-ci) ou derrière (si la pointe est visée, il évolue en couverture). Lorsque Escamilla doit redescendre, Gonzales (10) décroche pour tenir le milieu de terrain avec Espericueta (7). Sur les côtés, Caballero (5) se charge du marquage de Alvarez (8) et évolue plus haut que le reste de la défense lors du premier acte. A droite, c’est Tostado (18) qui s’occupe du cas de Maxi Moreira (6).

Côtés.
Outre le fait de négocier sereinement les longs ballons de la Celeste, ce système défensif permet aussi au Mexique de se retrouver constamment en surnombre côté opposé pour ressortir les ballons. Ainsi, lorsque le ballon est envoyé vers la droite de sa défense, Caballero et Espericueta se retrouvent à deux contre un côté gauche pour remonter le ballon. Même topo à l’opposée, où Flores et Tostado (puis Gomez) sont face à Maxi Moreira. Pour combler cette infériorité numérique et pouvoir mettre le Mexique sous pression, les deux latéraux uruguayens (Furia, 20 et Rodriguez, 17) doivent évoluer plus haut ou les milieux (Varela, 15 et/ou Pais, 7) doivent s’excentrer pour compenser. Dès lors, des espaces s’ouvrent dans les couloirs pour les appels croisés en profondeur de Fierro (9) ou Bueno (11). Et Gonzales (10) trouve les espaces nécessaires dans l’axe pour se mettre dans le sens du jeu et aller fixer le premier rideau défensif uruguayen. Le talent des trois hommes, particulièrement du premier, fait ensuite la différence et permet au Mexique de porter le danger sur les buts de Cubero. L’ouverture du score de Briseño et la sortie du blessure de Aguirre font définitivement basculer le premier acte en faveur du Mexique, malgré quelques tentatives individuelles de Mendez ou Alvarez (qui touche le poteau).

L’Uruguay s’adapte :

Sentant son équipe incapable de rivaliser collectivement avec le Mexique, Fabian Coito remanie son onze de départ pendant le repos. Les intentions mis à part, l’Uruguay revient sur la pelouse avec un autre système de jeu. Un système qui va tenter de répondre aux trios défensifs qui dominent les attaques uruguayennes jusqu’ici.

Nouveau trio.
Au retour des vestiaires, l’Uruguay passe donc du 4-2-3-1 à un 4-1-4-1/4-3-3 très offensif. Les trois de devant évoluent sur la même ligne et dans les intervalles entre les quatre défenseurs mexicains. Ces derniers sont du coup forcés de resserrer les espaces entre eux. Les latéraux resserrant dans l’axe (Caballero évolue désormais sur la même ligne que ces trois partenaires), les Uruguayens trouvent des brèches sur les extérieurs dans lesquelles vont s’engouffrer les deux milieux axiaux de soutien : Pais à droite et Mendez ou Moreira puis Canobra sur le flanc gauche. Sans être beaucoup plus créatif dans l’entrejeu, où ils sont en infériorité numérique, les Uruguayens conservent le jeu direct vers la ligne d’attaque qui tente d’écarter ensuite sur ces milieux de terrain venus sur les extérieurs.

Conséquence et coaching.
S’il finit par tenir le choc défensivement malgré quelques frayeurs (poteau de San Martin, Mendez trop court sur un ballon en profondeur), le Mexique connaît beaucoup plus de difficultés face à ce schéma de jeu. Les sorties de balle sont particulièrement moins aisées. Espericueta et Tostado sont moins efficaces sans le soutien de leurs latéraux. Le second cèdera d’ailleurs sa place à Gomez (8), le héros de la demi-finale, peu après l’heure de jeu. Plus attentiste, le Mexique attendra finalement les dernières minutes de la partie pour porter l’estocade. L’Uruguay tente le tout pour le tout, envoyant ses « grands » à l’avant pour récupérer de longs centres en profondeur. Sur un ballon ressorti rapidement, Gonzales et Casillas, entré en jeu quelques minutes plus tôt, place un contre parfait face au seul défenseur uruguayen resté dans son camp. Le remplaçant conclut, l’Azteca explose.

Conclusion :

En ouvrant le score, le Mexique a fait le plus dur en première mi-temps. L’Uruguay n’a du coup jamais pu retrouver la configuration avec laquelle il avait dominé défensivement le Brésil avant de le contrer en fin de demi-finale. A l’arrivée, il s’est même retrouvé dans la position contraire : forcé de se lâcher offensivement et de se découvrir pour finalement encaissé le but du break. Meilleur tactiquement en première mi-temps, meilleur dans l’utilisation du ballon, solide défensivement et doté du brin de réussite qui fait les champions, le Mexique sort logiquement de cette finale vainqueur.

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