Ukraine 0-2 France, l’analyse tactique

Six ans que le public attendait ça, trois phases finales que la France n’avait plus gagné un match. C’est chose faite depuis hier soir et la victoire des Bleus aux dépens de l’Ukraine. S’appuyant sur une belle animation des couloirs, les Français ont maîtrisé la partie, tant sur le plan technique que tactique à la fois technique et tactique. Mais paradoxalement, c’est dans la période la plus compliquée qu’ils sont parvenus à ouvrir le score, en contrant une équipe ukrainienne qui a fauté dans la zone de vérité.

Les compositions :

Ukraine : Pyatov (12) – Gusev (9), Mikhalik (17), Khacheridi (3), Selin (2) – Tymoschuk (4), Nazarenko (18) – Yarmolenko (11), Konoplyanka (19), Voronin (10), Shevchenko (7)
France : Lloris (1) – Debuchy (2), Rami (4), Mexès (5), Clichy (22) – Diarra (18), Cabaye (6) – Nasri (11), Ménez (14), Ribéry (7) – Benzema (10).

Victoire sur les ailes :

Avant que l’orage ne vienne interrompre la rencontre, l’Ukraine était rentrée dans son match avec de l’ambition dans ses phases défensives. Les joueurs de Oleg Blokhine avaient en effet décidé d’évoluer très haut dans leur camp, en opposant aux Français un bloc regroupé sur une vingtaine de mètres, de la défense à 30 mètres des buts de Pyatov aux deux attaquants juste devant la ligne médiane. L’objectif d’une telle organisation était assez facile à deviner : empêcher l’équipe de France de monopoliser le ballon et de s’installer dans le camp ukrainien comme elle avait pu le faire face à l’Angleterre. Un choix tactique certainement dû au fait que l’Ukraine n’apparait pas comme une équipe capable de tenir comme l’Angleterre lorsqu’elle est acculée autour de sa surface de réparation.

En évoluant de cette manière, les Ukrainiens ont pu notamment contenir les deux milieux de terrain français chargés de la création (Nasri et Cabaye). Tymoschuk et Nazarenko se retrouvaient en effet naturellement dans les zones de prédilection des deux Français et pouvaient les empêcher de jouer vers l’avant. Juste devant eux, Shevchenko et Voronin s’opposaient au trio défensif des Bleus, chargé de la première relance. A cette organisation défensive, les Français ont d’abord répondu par une grosse présence dans les couloirs. Sur chacune des attaques, deux Bleus se positionnaient naturellement très haut dans les deux couloirs afin d’étirer le bloc ukrainien sur la largeur. L’entente entre ailiers et latéraux a été très importante : lorsque Ribéry ou Ménez rentraient dans l’axe afin de se rendre disponible pour remonter le ballon, Debuchy et Clichy n’hésitaient pas à prendre leurs places devant pour conserver une menace sur l’aile.

Sur l’image ci-dessus par exemple, Ribéry est rentré dans l’axe pour proposer une solution de relance avant de suivre l’action (en bleu) ; Clichy a donc pris l’espace (en rouge) et se retrouve sur la même ligne que Ménez et Benzema (en haut de l’image). La complémentarité des duos (Ribéry-Clichy et Ménez-Debuchy) sur les ailes a été un très bon point sur ce match, les deux assurant une occupation constante des ailes en phase offensive et permettant ainsi à Ménez ou Ribéry de pénétrer dans l’axe pour tenter de créer le surnombre avec Cabaye et Nasri face à la paire Nazarenko-Tymoschuk. Derrière, la couverture était du coup assurée par le trio défensif français (Mexès, Diarra et Rami), Diarra jouant une fois de plus un rôle primordial dans la couverture des espaces laissés dans le dos des latéraux français. A plusieurs reprises, il est venu ralentir ou même couper la route à Yarmolenko ou Konoplyanka qui remontaient le terrain balle au pied dans le dos des latéraux français.

Au-delà de la couverture assurée par Diarra, Rami et Mexès, c’est toute l’équipe de France qui a très bien travaillé défensivement. Cela avait été signalé dans un billet précédent, l’Ukraine avait fait de la doublette Gusev-Yarmolenko l’une de ses armes les plus importantes en matière d’attaques placées et pour tenir le ballon. Or, face à Ribéry et Clichy, le duel a tourné court. Le Mancunien a rapidement pris le dessus sur son adversaire et Ribéry a beaucoup couru pour limiter l’influence de Gusev. Sans ce duo, le seul capable de poser le jeu dans le camp adverse, l’Ukraine a dû allonger le jeu vers ses attaquants (Yarmolenko, Voronin, Shevchenko et Konoplyanka) qui ont du coup subi la supériorité physique de la défense française, faute de soutien rapide.

Gestion dans l’axe et compensation de Benzema :

Il faut toutefois souligner que l’Ukraine a su bien réagir face aux mouvements français partant des ailes. Comme le montre l’image ci-dessus, dès qu’un troisième joueur pénétrait dans l’axe pour ajouter une solution à la paire Cabaye-Nasri, Voronin décrochait de sa position de deuxième attaquant pour travailler à hauteur de ses milieux de terrain (en jaune). Un déplacement qui a permis aux Ukrainiens de conserver au moins deux joueurs sur les côtés pour tenter de contenir les attaques françaises. Avec plus ou moins de réussite, puisque le côté Yarmolenko-Gusev a souffert face à la vitesse du duo Ribéry-Clichy. Petit à petit, les Bleus ont ainsi pris l’ascendant dans l’entrejeu, tant grâce aux mouvements des joueurs de couloir qu’aux décrochages de ses axiaux. S’ils étaient suivis de près par Nazarenko et Tymoschuk dans le camp ukrainien, Cabaye et Nasri avaient plus de libertés dès lors qu’ils décrochaient à hauteur du trio défensif. Nasri était celui qui gagnait le plus d’espaces, Tymoschuk restant bien devant la défense.

Les Français ont alors pu profiter de leur supériorité technique et numérique dans l’entrejeu pour lancer leurs mouvements. L’activité du duo Ribéry-Clichy faisait pencher le jeu sur la gauche, les deux hommes étant ensuite bien soutenus par Nasri qui est souvent venu combiner avec eux. De sa position d’avant-centre, Benzema s’excentrait aussi sur les ailes de manière à proposer un appui supplémentaire au niveau de la défense adverse, fixant le latéral et permettant de libérer de l’espace dans l’axe. A l’inverse du match face à l’Angleterre, ses déplacements étaient compensés par l’ailier à l’opposée de l’action : quand Benzema allait à gauche, Ménez coulissait dans l’axe ; quand il allait à droite, c’est Ribéry se déplaçait. Par ses appels, le Parisien a apporté de la profondeur au jeu des Bleus, beaucoup plus que face à l’Angleterre où Ribéry, Nasri et Benzema travaillaient à la tenue du ballon sans qu’un quatrième homme ne puisse en profiter en prenant l’espace (Malouda ?).

Le second but des Bleus est d’ailleurs intervenu sur une action de ce type (voir ci-dessus), Cabaye prenant la pointe laissée libre par un Benzema qui s’est retrouvé à la passe. Le Madrilène a d’ailleurs clairement fait la différence sur cette action puisqu’aucun décalage n’est visible dans la défense ukrainienne sur l’image. Tous les joueurs sont en place : Tymoschuk est sur Nasri dans l’axe et Nazarenko récupère le marquage de Ménez qui a quitté la ligne de touche, zone reprise par Debuchy couvert lui par Konoplyanka. Une fois servi, Benzema a fait la différence sur sa prise de balle pour éliminer Khacheridi venu à sa rencontre et ajuster ensuite son service pour Cabaye. Une petit cafouillage de Gusev aidant, le Lillois a pu doubler la mise et assurer une fin de match facile aux Français.

Du K.O dans l’air :

Pourtant, le début de la deuxième mi-temps n’avait clairement pas été de tout repos pour les Bleus. Blokhine avait décidé de rectifier quelques petites choses sur les phases d’attaque rapide des siens, concentrant ces derniers sur les ailes. Entré en jeu à la place de Voronin, Devic s’est montré beaucoup plus mobile que l’ancien attaquant de Liverpool et a cherché à soutenir les remontées de balle de ses partenaires sur les ailes, afin de créer une situation où Diarra se retrouverait seul à la couverture d’un couloir avec deux joueurs dans sa zone. Shevchenko s’est aussi mis à demander des ballons sur les ailes, avant de chercher à revenir à l’intérieur pour frapper (cf. sa frappe magistrale qui a frôlé la barre de Lloris) ou chercher un partenaire mieux placé.

Avant que les Bleus n’ouvrent le score, les Ukrainiens étaient dangereusement ressortis par trois fois de leur moitié de terrain en une poignée de minutes : par Shevchenko alerté dans les pieds, puis par Konoplyanka sur l’aile gauche soutenu dans son duel avec Diarra par le déplacement de Devic dans sa zone. Sur cette dernière action, les Ukrainiens ont pu ressortir devant la défense française grâce aux incursions de Nazarenko et Tymoschuk qui a eu le dernier mot mais n’a pas fait le bon choix, en décidant de tenter sa chance dans une position compliquée. C’est sur une troisième phase de jeu, cette fois amorcée côté droit, que les Ukrainiens se sont finalement faits prendre en contre grâce à la présence de Cabaye, bien aligné avec Diarra, et auteur de l’interception à l’origine du but. Derrière, sa relance a mis Ribéry sur orbite, en éliminant les Ukrainiens capables de ralentir la remontée de balle du Bavarois (Gusev, Yarmolenko, Nazarenko et Tymoschuk).

Sur cette phase de jeu d’ailleurs, le mauvais choix de Gusev (auteur de la perte de balle) est assez symbolique de la rencontre des Ukrainiens. Peu habitués à avoir le ballon dans le camp français, ils en ont oublié de le conserver lorsque cela semblait nécessaire, se précipitant pour tenter de trouver la faille alors que d’autres choix (moins risqués) se présentaient à eux. Sur l’action ci-dessus, Tymoschuk et Nazarenko étaient notamment disponibles plein axe afin de permettre de renverser le jeu sur l’aile gauche avant que Nasri et Ménez (à droite sur l’image) n’aient le temps de se replier. Suite à ce premier but, les Français ont clairement pris l’ascendant et ont déroulé leur jeu, faisant rapidement le break pour achever des adversaires qui semblaient de toute façon ne plus vraiment y croire.

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2 réponses

  1. Bonjour.

    Bravo la France ! Ca fait plaisir de voir enfin un match gagné !
    :-)

    Et pensée à Thierry Roland.

    Cordialement.

    Guillaume du site infofoot.info

  2. alex dit :

    Par moments j’ai cru voir comme air de toque dans le jeu français.

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