Udinese 0-0 Juventus : une bataille du milieu

La période des fêtes a retardé la sortie de cette analyse, mais l’opposition entre l’Udinese et la Juventus mercredi dernier a, malgré l’absence de buts, offert une bataille très intéressante dans l’entrejeu. D’un côté, l’Udinese a proposé sa partition habituelle ; de l’autre, la Juventus s’est une nouvelle fois adaptée au moment de faire face à l’autre système à trois défenseurs en vogue en Italie, après avoir pris un point à Naples fin novembre.

Les compositions :

Pour ce match, Francesco Guidolin doit composer avec l’absence de Benatia en défense, remplacé par Ferronetti. Devant, Abdi est préféré à Floro Flores pour évoluer en soutien de Di Natale. Au milieu, c’est du grand classique : Handanovic (1) – Ferronetti (32), Danilo (5), Domizzi (11) – Basta (8), Isla (3), Pinzi (66), Asamoah (20), Armero (27) – Abdi (23), Di Natale (10).

Côté turinois, et par rapport à la sortie du côté de Naples analysée sur ce site, Antonio Conte récupère Marchisio dans l’entrejeu. L’Italien est associé à Pirlo et Vidal devant une défense à trois. Estigarribia et Lichsteiner ferment eux les côtés : Buffon (1) – Barzagli (15), Bonucci (19), Chiellini (3) – Lichtsteiner (26), Vidal (22), Pirlo (21), Marchisio (8), Estigarribia (28) – Pepe (7), Matri (32).

Ne pas laisser une situation de contre :

S’il s’agit d’une équipe capable de manier le ballon, l’Udinese n’est jamais aussi dangereuse que lorsqu’elle évolue en contre-attaque. Dans ces situations, son animation est des plus simples. Tout part d’une relance rapide, généralement de la part d’un bloc composé de six joueurs (3+3 mais plus souvent 4+2, Basta complétant la défense côté droit). Cible de cette première relance, l’un des deux attaquants offrant des appuis en décrochant (Abdi ou Di Natale). Dans le même temps, deux flèches (Isla et Armero en général) sortent du bloc défensif pour aller occuper les espaces laissés par les latéraux adverses sur les ailes.

Pour contrer ce quatuor extrêmement dangereux, la Juve a fait deux choix très importants sur le plan tactique. Le premier fut celui de mettre respectivement Lichtsteiner et Estigarribia à la fermeture des couloirs droit et gauche. Et les deux hommes se sont montrés quasiment irréprochables dans l’exercice de repli. Un exercice aussi facilité par l’influence très limitée sur le jeu de Di Natale et Abdi. Le premier s’est retrouvé à un contre trois face à la défense turinoise ; et le second, le plus souvent à un contre deux face aux deux milieux turinois restant en couverture/soutien lors des phases de possession dans le camp de l’Udinese.

L’Udinese doit se livrer :

Après son travail bien spécifique pour empêcher les contres de l’Udinese, la Juve peut se replier calmement dans sa moitié de terrain et organiser sa phase défensive. Huit joueurs participent directement à celle-ci. Dans l’axe, la Juve oppose deux lignes de trois joueurs à son adversaire (en rouge ci-dessus). Les trois défenseurs centraux se retrouvent dans la zone de Di Natale et Abdi tandis que Vidal, Pirlo et Marchisio s’opposent à Asamoah, Pinzi et Isla. Sur les côtés là encore, Estigarribia et Lichtsteiner ferment les portes à Basta et Armero.

En densifiant l’axe, la Juve enlève les possibilités d’appui entre ses lignes de la part des attaquants adverses (Di Natale et Abdi). Dès lors, sans point de fixation devant eux, ce sont les milieux de terrain qui sont forcés de prendre des risques en allant provoquer leurs adversaires directs et en combinant avec les joueurs de couloir (en blanc). Ainsi, Asamoah percute très souvent face à Vidal pour pénétrer sur l’aile gauche. Parfois, le duo milieu axial-ailier a le soutien d’un attaquant, s’excentrant pour venir créer le surnombre… Mais si cela crée le décalage, cela a aussi le don de dépeupler la surface turinoise de joueurs capables d’être à la réception des centres.

Au final, l’Udinese reste très inoffensive, exceptée sur de rares tentatives individuelles. Le plus souvent, la Juve réussit à fermer la porte avant que le décalage ne soit crée. Dès lors, elle se retrouve dans une situation avantageuse, avec un adversaire habituellement soutien (le milieu axial qui a tenté de faire la différence) déjà éliminé. C’est là qu’intervient Pepe, le premier attaquant de la Juve, dont le rôle est de se déplacer dans les espaces laissés libres par les milieux adverses partis aux avants-postes (en rose). Ainsi, on le retrouve souvent jouer les premiers relais et les accélérateurs dans le dos de Asamoah pour mener les contres turinois.

Eliminer le milieu adverse :

Deuxième point important de la Juventus lors de cette rencontre, son travail au milieu de terrain pour éliminer le pressing adverse et surtout créer des situations de trois contre trois dans le camp de l’Udinese. Encore une fois, tout se joue dans l’axe. Armero/Lichtsteiner et Estigarribia/Basta continuant à se neutraliser dans les couloirs, l’Udinese presse avec cinq joueurs : Di Natale, Abdi, Asamoah, Pinzi et Isla sont ainsi présents pour empêcher le milieu turinois de faire circuler tranquillement le ballon dans l’entrejeu (en rouge).

Si sa supériorité numérique (6 contre 5) permet à la Juve de ne pas être gênée dans ses sorties de balle, elle ne reste que très peu dangereuse puisque Pepe et Matri restaient en infériorité numérique à l’avant, face aux trois défenseurs de l’Udinese. Il fallait donc que les Turinois trouvent un moyen de créer au moins une situation de trois contre trois face à ces derniers. Et ils vont justement y parvenir grâce à des changements de ligne des stoppeurs excentrés (Chiellini à gauche et Barzagli à droite).

Par changement de ligne, il faut ici comprendre les montées de Chiellini et Barzagli à hauteur de la ligne des milieux de terrain. Rarement suivi par les attaquants adverses (Abdi ou Di Natale), ils s’ouvrent ainsi des angles de passe face au milieu à trois adverse, focalisé lui sur les trois milieux turinois (Vidal, Pirlo, Marchisio). Potentiellement, la Juve se retrouvait avec une ligne de cinq face à une ligne de trois. Dans les faits, un milieu turinois (Vidal ou Marchisio) profite de ce surnombre pour passer derrière le premier rideau adverse pour offrir une solution supplémentaire. Dès lors, la Juve se retrouve avec une ligne de quatre joueurs face à une ligne de trois de l’Udinese… Et trois solutions derrière celle-ci face aux trois défenseurs adverses.

Conclusion :

Mais au bout du compte, d’un côté comme de l’autre, les attaquants n’ont jamais eu l’occasion de prendre le dessus sur leurs adversaires. L’Udinese a manqué de présence dans la surface, même après l’entrée de Floro Flores plus présent. Côté turinois, Pepe et Matri n’ont pas été très inspirés et ont été aussi dominés par les défenseurs de l’Udinese que l’était Di Natale et Abdi de l’autre côté du terrain. Au final, une belle bataille tactique, avec une Juve sans doute plus forte dans ce domaine grâce à sa capacité à varier le jeu mais souffrant d’un manque de talent à la finition pour prendre les trois points.

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2 réponses

  1. zedgil dit :

    Eblouissant… Merci bien !

  2. Anand dit :

    très clair mci

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