U20 : les Bleus illustrés

Désormais qualifiée pour les demi-finales de la Coupe du Monde, l’équipe de France des moins de 20 ans aura rendez-vous avec l’histoire en milieu de semaine : aucune génération n’a en effet atteint la finale d’un tel Mondial. Retour illustré sur les transformations qui ont permis aux Français de monter en puissance après une phase de poules décevante.

Le système :

Après des débuts difficiles en 4-1-4-1/4-3-3, le sélectionneur a fait le choix d’inverser son milieu de terrain pour aborder le tableau final de ce Mondial U20. Au lieu d’être devant la défense et derrière le duo composé de Paul Pogba et Geoffrey Kondogbia, Jordan Veretout s’est retrouvé au poste de n°10, en soutien de Yaya Sanogo. Autour de ces trois hommes, rien n’a changé. Dimitri Foulquier, Kurt Zouma, Samuel Umtiti (remplacé par Naby Sarr face à la Turquie) et Lucas Digne composent la défense. Sur les ailes, Florian Thauvin et Jean-Christophe Bahebeck encadrent Veretout et Sanogo. L’ensemble forme donc un 4-2-3-1 construit autour de l’axe Pogba-Kondogbia.

La récupération :

La présence de Veretout aux avants-postes permet d’abord aux Bleus de mieux contrôler les sorties de balle adverses. Le milieu nantais se positionne en soutien de Sanogo et se charge de surveiller les joueurs placés devant la défense adverse. Sur les côtés, Thauvin et Bahebeck s’opposent évidemment aux latéraux. En cas de besoin, Kondogbia laisse Pogba seul devant la défense et se joint au quatuor d’attaque, notamment en cas de décrochage d’un adversaire depuis sa zone.

Les quatre attaquants français suivent la circulation de balle entre les défenseurs adverses. Couvrant la largeur du terrain, Kondogbia suit aussi le ballon et sort au pressing si l’un des milieux axiaux se retrouve sans Français dans sa zone.

Les attaquants français sont en place : Sanogo dans le couloir, Thauvin en pointe entre les deux centraux adverses (cas exceptionnel où les deux hommes ont permuté). Dans l’axe, Veretout est parfaitement placé entre les deux milieux turcs. Il facilite ainsi la sortie au pressing de Kondogbia.

Capable de mieux quadriller le camp adverse grâce à la présence de Veretout et, si besoin, de Kondogbia, les Français forcent leurs adversaires à jouer long à destination des attaquants. A la retombée de ces relances, les Bleuets ont généralement l’ascendant dans les airs, que ce soit grâce à la paire Pogba-Kondogbia ou la charnière Zouma-Sarr en couverture. Tout le bloc français se replace autour de ce quatuor afin d’être présent sur les seconds ballons.

Le double pivot Pogba-Kondogbia :

Une fois le ballon récupéré, les Bleuets se déploient à nouveau sur le terrain. A la relance, tout est encore une fois construit autour de la paire Pogba-Kondogbia. Si l’adversaire fait le choix d’attendre dans son camp, les Français vont très rapidement occuper le camp adverse : les deux milieux de terrain s’installent devant la défense centrale. Chargés de de lancer les mouvements offensifs et de rester en couverture, ils permettent à Digne et à Foulquier d’occuper les ailes.

En quart de finale, l’Ouzbékistan a décidé d’attendre la France très bas dans sa moitié de terrain. La relance française était très simple, tout comme le déploiement de l’équipe en phase offensive. Pogba et Kondogbia restent en position au niveau du rond central. Foulquier et Digne occupent les ailes, ce qui permet à Thauvin et Bahebeck de se rapprocher de Veretout dans l’axe.

L’occupation des couloirs par les latéraux permet à Thauvin et Bahebeck de se recentrer pour peser sur le milieu adverse (en se positionnant dans les intervalles entre les milieux axiaux et les milieux excentrés). Face à la Turquie, Thauvin a beaucoup pesé, apportant dans le coeur du jeu la mobilité qui manquait à Veretout, loin d’être un habitué de son poste avancé. Le Nantais devenait toutefois un relais supplémentaire à ceux offerts par Sanogo, jusqu’alors seul en pointe et donc plus facile à isoler par les défenseurs adverses.

Relais axiaux et menaces extérieures :

Avec le positionnement de Veretout et les mouvements de Thauvin ou Bahebeck, les milieux adverses se retrouvent avec une multitude de menaces à prendre en compte pour protéger le coeur du jeu et leur défense centrale. Pour peu que les Français parviennent à combiner pour pénétrer dans les 25 derniers mètres, c’est tout le terrain qui peut s’ouvrir à Pogba ou Kondogbia. Si les attaquants ne font pas les efforts défensifs, ces derniers peuvent rapidement se retrouver en position idéale, à une trentaine de mètres des buts adverses.

La simple présence de Veretout libère Pogba : positionné entre les lignes turques, le Nantais fait reculer le milieu adverse, qui se doit d’éviter à sa défense centrale de se retrouver en deux-contre-deux (face à Sanogo-Veretout). Lorsque les Français parviennent à sortir le ballon des couloirs (ici, grâce à Digne et Bahebeck), Pogba peut bénéficier de beaucoup d’espaces pour se lancer vers les buts adverses. A l’inverse, lorsque Sanogo était seul en pointe, les milieux adverses le laissaient à leurs défenseurs centraux ; ils pouvaient dès lors évoluer plus haut dans leur moitié de terrain pour pouvoir bloquer les montées de Pogba ou Kondogbia.

Les Français viennent de sortir le ballon du couloir droit (via Thauvin et Foulquier). Pogba récupère le ballon dans l’axe et profite du repli défaillant d’un attaquant de la présence de Veretout qui fixe un adversaire pour pouvoir ajuster sa transversale à destination de Lucas Digne, en avance sur son vis-à-vis.

Evoqués un peu plus haut, les deux latéraux français sont les grands bénéficiaires des mouvements du quatuor offensif. En décrochant au milieu de terrain et en tournant autour de Veretout, Bahebeck et Thauvin poussent les lignes adverses à se concentrer sur l’axe afin de limiter les espaces pour les combinaisons françaises. Couplé aux espaces concédés à Pogba et Kondogbia, ce comportement défensif offre de nombreuses opportunités à Digne et Foulquier sur les ailes.

Lorsque les milieux excentrés adverses se rapprochent de leurs axiaux, ces derniers -qui ne quittent pas leurs couloirs- se retrouvent sans adversaire direct et avec assez d’espaces pour se lancer et offrir des solutions en profondeur. Selon la position des latéraux adverses, ils peuvent au choix filer dans leur dos (s’ils sont sortis sur les décrochages de Bahebeck ou Thauvin) ou utiliser à leur avantage le fait d’arriver lancé pour les prendre de vitesse. Si la défense est en place, ils deviennent un simple relais supplémentaire sur l’aile. Depuis le milieu de terrain, Pogba est leur principale rampe de lancement grâce à la qualité de son jeu long.

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Ici, Kondogbia est en possession du ballon et doit faire face à la pression d’un attaquant turc.

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Bahebeck décroche au milieu de terrain, attirant à lui son adversaire direct. Le Parisien laisse finalement passer le ballon pour Digne qui va déposer son vis-à-vis et filer le long de la ligne de touche.

Il est à noter que cette relation peut être utilisée sur n’importe quelle phase de jeu, tant sur attaque placée (exemple : lorsque le ballon ressort sur Pogba après avoir circulé dans les 30 derniers mètres, voir captures précédentes) que sur jeu en transition (voir ci-dessus avec la passe de Kondogbia). Sur les huit buts inscrits par les Français depuis le changement tactique, quatre ont été inscrits dans le jeu. Sur ces derniers, trois ont démarré de cette relation entre Pogba et ses latéraux (deux ouvertures pour Digne, une pour Foulquier). Face à l’Ouzbékistan, le premier but français vient d’une ouverture de Pogba pour Digne (qui trouve ensuite Bahebeck dans la surface). Face à la Turquie, le milieu de la Juve a lancé Digne puis Foulquier dans la profondeur pour les 2ème et 4ème buts.

Le pressing, seule arme adverse ?

En huitième et en quart de finale, la Turquie et l’Ouzbékistan ont fait le choix d’attendre la France dans leur camp. Dans les deux cas, les joueurs de Pierre Mankowski en ont largement profité pour s’installer dans le camp adverse et déployer leur animation offensive. Le talent et la justesse technique aidant, les occasions et les buts ont rapidement suivi, d’autant plus que les défenses adverses étaient très fragiles.

Sur ces deux matchs, les Français n’ont été gênés que quelques minutes face à la Turquie, lorsque leurs adversaires tentaient justement de mettre la pression sur le quatuor Zouma-Sarr-Pogba-Kondogbia. Si ce dernier ne parvient pas à ressortir les ballons, le reste du bloc ne peut pas se déployer dans le camp adverse, notamment les latéraux qui doivent rester à hauteur pour offrir des solutions afin de se défaire de la pression.

A noter : le positionnement de Kondogbia lorsque l’équipe de France se retrouve enfermée sur un côté. Au lieu de rester à côté de Pogba, il s’avance de manière à se positionner derrière les adversaires au pressing. Il offre ainsi une solution supplémentaire entre les lignes, s’intercalant entre Pogba et Veretout dans l’axe, Foulquier et Thauvin dans le couloir.

En cas de pressing, les Français ont plusieurs solutions : les décrochages de Thauvin ou Veretout, voire Bahebeck, offrent des appuis supplémentaires qui peuvent permettre à Pogba et Kondogbia de se dégager du pressing adverse. Pour peu que les attaquants français soient suivis de près, le jeu peut ensuite très vite partir sur l’aile grâce à la vitesse des latéraux (voir les captures précédentes, avec Kondogbia, Bahebeck et Digne).

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Deuxième possibilité : l’adversaire attend la France au milieu de terrain pour mettre la pression sur Pogba et Kondogbia. Thauvin et Veretout décrochent. Ici, c’est le Nantais qui se déplace pour se rendre disponible.

Le milieu gauche turc quitte sa zone pour aller au duel avec Pogba. Thauvin  se rend disponible, attirant à lui l’un des deux milieux en couverture des quatre attaquants. Côté droit, Foulquier se retrouve sans adversaire et peut devenir une solution, soit latéralement (remise de Thauvin), soit dans la profondeur.

A défaut de trouver des solutions courtes, les Bleuets peuvent aussi s’appuyer sur Yaya Sanogo. L’ex-Auxerrois et futur Gunner est le référent en attaque lorsque les Bleus jouent long et sautent leurs milieux de terrain. Là encore, la présence de Veretout au poste de n°10 lui offre soit un soutien direct, soit plus d’espaces lorsqu’il revient dans l’entrejeu pour conserver le ballon. Positionné côté droit en début de partie, Thauvin repique encore dans l’axe pour tourner autour de son avant-centre.

Veretout et Thauvin tournent autour de Sanogo et sont disponibles pour combiner ou mettre la pression sur les seconds ballons.

Et maintenant ?

Avec le Ghana, l’Irak et l’Uruguay pour derniers rivaux, la France se retrouve dans la peau du grand favori à la victoire finale. Il serait même anormal que ce ne soit pas elle qui soulève le trophée le week-end prochain. En demi-finale, les Français devront toutefois se méfier de Ghanéens qu’ils ont certes déjà battu mais semblent capables de tout au vu de leur quart face au Chili.

Plus forts individuellement, plus armés physiquement pour résister aux Français et défensivement, les Black Stars formeront une opposition autrement plus forte que la Turquie et l’Ouzbékistan. Sauront-ils bloquer Pogba et Kondogbia et couper la relation avec les latéraux ? De ces clés défensives dépendront certainement leurs chances de créer la surprise. Côté bleu, la défense devra répondre présente après deux matchs faciles où elle n’a pas eu à s’employer.

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2 réponses

  1. Allez! Il faut y croire à cette Coupe du Monde! C’est déjà un exploit d’en arriver là et on peut faire encore mieux!

  2. le football mondial est en pleine restructuration, donc ça passe forcément par là pour tous…

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