U19 : France 0-1 Serbie, l’analyse tactique

Quelques semaines après les U20 de Paul Pogba, c’était au tour de la génération Rabiot d’avoir la possibilité d’inscrire son nom dans l’histoire. Après avoir fait « le plus dur » en sortant l’Espagne en demi-finale, les U19 de Francis Smerecki retrouvaient la Serbie, qu’ils avaient affronté au cours de la phase de poules, en finale de l’Euro. Malheureusement pour eux, l’issue n’a pas été la même que pour les néo-champions du monde.

Quelques mots sur les U19 :

Avant leur coup d’éclat face à l’Espagne, les Français avaient vécu une phase de poules en demi-teinte. Accrochés par la Géorgie (0-0) pour leur entrée en lice dans le tournoi, ils avaient su réagir en battant la Turquie (2-1) avant d’assurer leur qualification en faisant match nul face à la Serbie (1-1). A l’instar de Pierre Mankowski à l’échelon supérieur, Francis Smerecki s’est appuyé sur le même milieu de terrain tout au long du tournoi, associant Rabiot (PSG), Hunou (Rennes) et Azouni (Marseille). Les trois hommes étaient évidemment au rendez-vous de la finale (Beunardeau – Ikoko, Conte, Laporte, Moreira – Azouni, Hunou, Rabiot – Martial, Jean, Benzia).

Sur le terrain, Hunou et Azouni formaient la doublette positionnée devant la défense alors que Rabiot évoluait une ligne plus haut afin d’épauler Benzia. Sans le ballon, les Français formaient donc un 4-4-2 qui se repliait au niveau de la ligne médiane. Jean et Martial revenaient défendre afin d’aider Moreira et Ikoko dans les couloirs. Quadrillant correctement leur moitié de terrain, les Bleuets déployaient leur bloc dès la récupération. Les quatre défenseurs occupaient la largeur et les centraux s’écartaient légèrement afin de laisser de l’espace à Azouni dans le coeur du jeu. Légèrement excentrés à gauche et à droite, Rabiot et Hunou faisaient office de « pistons », censés offrir des solutions pour favoriser les sorties de balle. Jean et Martial restaient majoritairement dans les couloirs, laissant à Benzia la tâche de peser sur la défense centrale adverse.

Le plan de jeu serbe :

Face aux Français, les Serbes se sont présentés en 4-2-3-1 (Rajkovic – Golubovic, Veljkovic, Filipovic, Antic – Milinkovic, Maksimovic – Djurdjevic, Pavlovski, Lukovic – Mitrovic). A l’instar de Rabiot et Benzia, Mitrovic et Pavlovski formaient une première ligne face à la relance française. Laissant des espaces à Laporte et Conte, les deux hommes ont focalisé leur travail défensif sur Azouni afin d’en limiter l’influence. En deuxième rideau, les milieux de terrain surveillaient les déplacements de Hunou et Rabiot. Selon leurs positions, les deux Français étaient soit chassés par les axiaux (Milinkovic, Maksimovic), soit par les excentrés. Sur son côté gauche, Lukovic récupérait ainsi parfois le marquage de Hunou, laissant Ikoko libre dans le couloir. Dans tous les cas, les Serbes mettaient la pression sur les milieux français, de la même manière que les milieux des Grasshoppers face à Lyon mardi soir (lire : Lyon 1-0 Grasshoppers Zurich, l’analyse tactique).

Les trois milieux axiaux serbes sont au contact de leurs vis-à-vis français.

Les trois milieux axiaux serbes sont au contact de leurs vis-à-vis français. A noter qu’ils acceptent de laisser leur défense centrale dépourvue de protection : c’est aux deux stoppeurs de prendre le dessus sur Benzia si ce dernier est servi par ses défenseurs.

Incapable de trouver les relais de Rabiot, Hunou ou Azouni dans l’entrejeu, les défenseurs étaient obligés de rechercher eux-mêmes leurs attaquants. Que ce soit Laporte dans l’axe ou les deux latéraux, les premiers ballons d’attaque ont tous visé la même personne : Benzia, qui offraient des solutions par ses décrochages au milieu de terrain. Serré de près par les défenseurs centraux, l’attaquant lyonnais avait toutefois fort à faire pour être le premier sur le balle et le libérer dans de bonnes conditions. Si Rabiot et Hunou étaient difficiles à trouver dans le coeur du jeu (toujours bloqué par les Serbes), il a cherché à plusieurs reprises Jean dans la profondeur. Depuis son aile gauche, le Troyen prenait son vis-à-vis de vitesse pour plonger dans l’axe, dans le dos du défenseur central sorti au marquage de Benzia. Les Bleuets se sont crées leur première occasion de la partie grâce à ce circuit (14e, tir trop croisé de Jean).

Le vrai problème, c’est qu’ils n’en avaient pas d’autre pour mettre à mal la défense serbe. Avec les trois milieux de terrain bloqués, Benzia était le seul joueur capable de créer quelque chose à partir de la relance des défenseurs français. Sur les côtés, Jean était dominé à l’impact par ses vis-à-vis. Martial a tenté de décrocher pour se rendre disponible et partir de plus loin mais la majorité de ses tentatives l’ont vu se heurter au bloc défensif adverse. Très vite, les Français sont apparus impuissants et ultra-dépendants du rendement de Benzia à la pointe de l’attaque : si le Lyonnais réussissait à remporter ces duels, alors l’action pouvait se poursuivre ; dans le cas contraire, les Serbes étaient capables de contenir sans grande difficulté l’offensive française en attendant de remettre le pied sur le ballon.

Un manque d’agressivité :

Une fois en possession de celui-ci, les adversaires des Français ne se souciaient pas de la construction. Aussi libres de jouer que Conte et Laporte, les défenseurs envoyaient de longs ballons dans le camp français, à destination de Mitrovic ou Djurdjevic. L’objectif : éviter de perdre le ballon dans l’entrejeu et de risquer de se faire contrer. A la retombée de ces relances, les Serbes essayaient d’enchaîner autour de leurs deux joueurs-cibles : Pavlovski et Lukovic étaient là pour offrir des solutions courtes tandis que les latéraux les relayaient parfois sur les ailes lorsque l’action devait se poursuivre.

Les Français étaient beaucoup trop passifs face à la relance adverse. Ici, Hunou

Les Français étaient beaucoup trop passifs face à la relance adverse. Ici, Hunou a beau sortir au pressing, il n’est accompagné par aucun partenaire. A défaut d’avancer, le porteur de balle a trois solutions derrière lui pour le soutenir. A noter aussi la position de Jean sur le flanc gauche : attiré par son latéral, il évolue très bas et ne peut accompagner le travail défensif de ses partenaires au cas où les relanceurs serbes décident de s’excentrer pour se défaire de la pression axiale.

Au-delà de l’envie d’approcher les buts de Beunardeau, l’objectif était clairement de renvoyer le jeu dans les 30 derniers mètres français. Ainsi, les Bleuets étaient forcés de revenir défendre ensemble et, le temps de se déployer offensivement, les Serbes avaient le temps de se repositionner pour bloquer Azouni, Rabiot et Hunou. Pour y remédier, il aurait fallu que les Bleuets jouent plus haut afin d’empêcher les longs ballons de relance. Pour preuve, les rares ballons récupérés dans l’entrejeu ont permis de servir très rapidement les attaquants. Qui dit ballon gagné dans l’entrejeu, dit aussi bloc déjà déployé dans le camp adverse… Azouni a ainsi distribué quelques ballons intéressants à ses latéraux (Ikoko en tête) sur des seconds ballons ou des relances serbes forcées rapidement récupérées par les Français.

Beaucoup trop passifs, les joueurs de Francis Smerecki ont finalement été punis à l’approche de l’heure de jeu. Sur un énième long ballon, les Serbes ont envoyé le jeu sur Djurdjevic excentré côté droit. Présent sur la relance française, son latéral (Golubovic) a récupéré le cuir pour l’offrir à Pavlovski, auteur du centre sur lequel Conte a été trop court. Au second poteau, Mitrovic a pu contrôler le ballon avant de le glisser à Lukovic pour la finition (57e). Une action qui symbolise parfaitement le projet de jeu serbe avec un long ballon dans une zone difficile pour la relance, un bon pressing et un enchaînement entre trois des quatre offensifs après la récupération.

Sitôt le but encaissé, les Français ont bien tenté d’accélérer en mettant plus de pression dans le camp adverse. Benzia a notamment montré la voie en gagnant un ballon dans les pieds d’un milieu défensif avant de voir sa frappe repoussée par Rajkovic (64e). Plus haut et donc plus fort, les Français se sont crées des situations intéressantes côté droit grâce aux montées d’Ikoko et aux duels disputés par Jean puis Nangis (66e). Après quelques alertes, le coach Drulovic a réagi en renforçant ce côté avec l’entrée de Meleg, au profil plus défensif que Lukovic. Les Français ont eu beau pousser, il était trop tard : les Serbes n’allaient plus lâcher le petit avantage acquis et leur solidarité (toujours un joueur pour venir aider un partenaire) leur a permis de résister à des attaquants beaucoup trop dribbleurs pour pouvoir les mettre en difficulté (après avoir éliminé un joueur, les Français ne libéraient pas le ballon assez vite, ce qui permettait à un autre de revenir sur eux).

Conclusion :

A l’issue de la rencontre, Francis Smerecki a parfaitement résumé la prestation de ses joueurs : «Pour espérer gagner une finale, il faut la jouer. A mes joueurs, je leur ai dit : si on avait été plus généreux, plus batailleurs en début de match, çela aurait pu être différent. (…) J’ai pensé qu’on avait des jambes de plomb, mais une fois qu’on a encaissé ce but, on a joué avec une envie qui n’était pas manifeste avant, mais avec trop d’imprécisions.» Favoris, les Bleuets n’ont tout simplement pas assumé leur statut en ne cherchant pas à étouffer leurs adversaires. En face, les Serbes ont fait avec leurs moyens : sans réel point faible et solidaires derrière, ils ont pu compter sur des attaquants au diapason sur le plan de l’engagement pour réussir à mettre en danger la défense française. Avec une belle récompense au bout.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *