Tottenham 0-0 Milan AC, l’analyse tactique

Comme la saison dernière, le Milan AC dit adieu à la Ligue des Champions dès le stade des huitièmes de finale. Après Manchester United, c’est Tottenham qui est venu à bout des Rossoneri après avoir très bien défendu pendant 90 minutes. Les hommes d’Allegri regretteront sans doute le match aller et leur première mi-temps catastrophique : pour ceux qui ont besoin d’un rappel, l’analyse est à retrouver ici. A White Hart Lane, ils ont tout tenté, ont même dominé mais ont trop souvent manqué de justesse dans les 30 derniers mètres adverses.

Les compositions :

Pourquoi changer une équipe qui a gagné à San Siro ? Redknapp conserve son 4-4-1-1 mais doit se résoudre à préserver Bale. Pienaar reste donc sur le côté gauche alors que Modric s’installe aux côtés de Sandro dans l’axe : Gomes – Corluka, Gallas, Dawson, Assou-Ekotto – Lennon, Sandro, Modric, Pienaar – Van der Vaart – Crouch.

Côté Milanais, Allegri ne refait pas la même erreur qu’à l’aller où il s’était entêté dans l’axe avec Seedorf en 10 derrière Ibrahimovic et Robinho. Les trois hommes sont sur le terrain mais le premier est bien au milieu, les deux autres formant une ligne de trois attaquants avec Pato : Abbiati – Abate, Nesta, Thiago Silva, Jankulovski – Flamini, Seedorf, Boateng – Pato, Robinho, Ibrahimovic.

Round d’observation :

Les deux formations rentrent doucement dans leur match. Intimidation oblige (devant le public), les Spurs n’hésitent pas à aller mettre la pression sur les Milanais dans leur propre camp : Lennon, Pienaar, Van der Vaart et Crouch obligent même leurs adversaires à envoyer quelques longs ballons vers Ibrahimovic, faute de mieux. Dans l’axe, les deux derniers s’appliquent à éviter les relances vers l’avant pour repousser le Milan et l’y enfermer ensuite. Offensivement, les Spurs mettent alors en place une animation dangereuse pour la défense milanaise.

Dans l’axe, Seedorf est occupé par les déplacements de Van der Vaart. Dès lors, le Néerlandais se retrouve parfois très loin de ses milieux de terrain (Boateng et Flamini) qui ont du coup une énorme zone de terrain à couvrir en solitaire. Si le Ghanéen est plutôt tranquille, son milieu axial (Sandro) restant en couverture dans la majorité des cas, Flamini a beaucoup de travail sur son côté droit.

Et pour cause, le Français doit faire face à la doublette Pienaar-Modric. Le second repique à l’intérieur tandis que le premier n’hésite pas à se projeter vers l’avant. Pour ne rien arranger, Assou-Ekotto apporte lui aussi son soutien aux combinaisons en venant occuper le couloir. Et comme il n’est pas suivi, Tottenham se retrouve très souvent dans des situations de trois-contre-un, ou contre-deux dans cette zone.

Le plus souvent, ils se serviront de cette situation favorable pour envoyer des centres vers Crouch ou pour renverser le jeu côté droit. A Lennon ensuite de faire la différence face au duo Boateng-Jankulovski avant de tenter d’alerter Crouch dans la surface. De temps en temps, l’Anglais est aussi soutenu par Corluka qui lui permet de ressortir le ballon lorsqu’il ne peut plus progresser.

Milan à la Catalane :

Malgré ces mouvements intéressants dans le camp adverse, Tottenham recule petit à petit. Robinho et Pato abattent le minimum de travail défensif pour gêner l’apport des latéraux adverses. Plus important, Seedorf lâche le marquage strict de Van der Vaart et se rapproche de ses milieux de terrain. Résultat, il peut mieux les couvrir et leur permet de se montrer plus agressifs face à leurs adversaires. Le trio milanais prend du volume et réussit à enchaîner les relances. Le Milan s’installe dans le camp adverse et fait penser au Barça qui a éliminé Arsenal (voir l’analyse) mardi dans son occupation du terrain et les déplacements de ses joueurs.

En effet, à l’instar de Daniel Alves et Adriano, Jankulovski et Abate montent pour fixer les ailiers adverses dans les couloirs et étirer la première ligne défensive de Tottenham. Comme Pedro, Villa ou Messi hier, Pato et Robinho s’engouffrent alors dans les brèches qui se créent et décrochent à hauteur de leurs deux milieux de terrain pour faire circuler le ballon.

Pour éviter l’infériorité numérique dans l’axe (3 ou 4 contre Modric et Sandro), Van der Vaart se doit de reculer et ne colle plus désormais à Seedorf qui peut dès lors orienter le jeu à sa guise, sans aucune pression, depuis le rond central. Le Néerlandais alerte à plusieurs reprises Abate ou Jankulovski sur les ailes mais rien n’aboutit. Et pour cause, avec Robinho et Pato entre les lignes, Ibrahimovic est bien seul dans la surface adverse.

Autre problème, Flamini et Boateng n’ont évidemment rien de commun à Xavi et Iniesta. Le premier ne tente quasiment rien offensivement. Le second est plus entreprenant mais sa zone d’influence se limite au couloir gauche où il vient souvent soutenir Jankulovski. Du coup, les décalages viennent de Seedorf. Mais aussi talentueux soit-il, ce dernier opère une dizaine de mètres plus bas que les deux références en la matière (Xavi et Iniesta, pour ceux qui ont du mal à suivre). Un peu trop loin pour inquiéter la défense des Spurs qui a le temps de réagir.

La suite :

La deuxième mi-temps se résume à une lente agonie des espoirs milanais. Les Spurs la débutent bien et se crée leur plus grosse occasion : une tête manquée de Crouch après l’un des rares lancements de jeu de Sandro, exceptionnel en phase défensive hier soir. Pienaar se distingue de nouveau depuis son couloir gauche en faisant reculer Flamini sur certaines phases. Van der Vaart évolue lui devant Seedorf pour aider à la remontée des ballons. A droite, Lennon se dégage quelques un-contre-un qui aboutisse sur des corners.

Bref, rien de transcendant. Et côté milanais, ce n’est pas forcément mieux. Seules les percées de Boateng sur le côté gauche du terrain semble pouvoir gêner le bloc défensif des Spurs. Plus généralement, le Milan veut aller plus vite qu’en première mi-temps. Les décalages se font de Nesta ou de Thiago Silva vers les latéraux qui envoient des centres  ou tentent de décaler Robinho et Pato qui plongent dans le dos des défenseurs adverses. Sans succès, malgré quelques frayeurs pour Gomes.

Arrive alors l’heure des changements. Bale entre en jeu mais se retrouve face à une prise à deux Flamini-Abate. Pienaar puis Modric supplée le Néerlandais dans son rôle retrouvé de harceleur au milieu de terrain. Allegri ne change rien à sa disposition : Antonini remplace Jankulovski et Merkel en fait de même avec Boateng. Le jeune Allemand sera à l’origine des dernières actions dangereuses de la partie dont le tir de Pato au ras du poteau. Sans autre solution, l’entraîneur milanais joue son va-tout avec l’entrée de Strasser pour Flamini… A trois minutes de la fin du temps règlementaire. Trop tard.

Conclusion :

Tottenham n’a pas plus montré qu’Arsenal au Nou Camp, mais Tottenham est qualifié pour les quarts de finale. Malgré quelques moments chauds (un ou deux par mi-temps), les Spurs se qualifient logiquement pour les quarts de finale face à des Milanais qui ont cruellement manqué de talent dans l’entrejeu pour espérer franchir ce tour. La présence d’un Merkel d’entrée aurait pu être un meilleur calcul quand on voit ce qu’il a pu faire en un quart d’heure… Beaucoup plus que Flamini en 90 minutes. L’année prochaine peut-être.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *