Annoncée au grés de mes articles sur Lucho, Gourcuff ou Ben Arfa pour le plus récent, j’espère que vous avez bien digéré la mort du numéro 10 à l’ancienne. Pas besoin de m’étendre sur le sujet du coup, je vais au plus simple : les animateurs et autres créateurs, autrefois derrière deux attaquants, ont reculé d’un cran pour échapper au pressing de défenses adverses de plus en plus resserrées. Désormais, ils se retrouvent en position de 10 lorsque le mouvement se crée autour d’eux que l’action est lancée. Et ce mouvement, ce sont justement les nouveaux 10 inscrits sur les tableaux noirs qui le créent ! e-foot en a relevé quelques profils…
Lucho Gonzales à Marseille, Steven Gerrard à Liverpool, Xavi à Barcelone : voilà trois meneurs de jeu qui auraient sans doute évolué un cran plus haut il y a une dizaine (ou quinzaine) d’années. Je l’ai déjà évoqué mais j’ai envie d’insister dessus avant d’entrer dans le vif du sujet. Aujourd’hui, ces trois hommes connaissent leurs meilleures années au poste de relayeur : ils aident à la remontée des ballons et suivent l’action en prenant les espaces dans l’axe pour terminer l’action par le bon geste en position de numéro 10 à l’ancienne ! Ce jeu en mouvement, ils ne seraient pas en mesure de le produire sans une autre facette du jeu offensif de ces dernières années : le besoin constant qu’ont aujourd’hui les équipes à étirer un maximum les défenses adverses pour ouvrir des intervalles dans l’axe. C’est notamment passé par l’arrivée en masse d’ailiers dans le football moderne… et les nouvelles utilisations du poste derrière le ou les attaquants.
On va démarrer par la plus paradoxale : celle qui y place un meneur de jeu. Vous allez me dire : « ben ils existent encore les numéros 10 à l’ancienne, qu’est-ce qu’il nous raconte ce pitre ? » Et bien évidemment, je vous répondrai non. Parce que cette solution est extrêmement limitée. Prenons l’exemple français : Yoann Gourcuff à Bordeaux. Il a explosé à ce poste derrière deux attaquants car il était à un niveau bien au-dessus de celui du pensionnaire moyen de Ligue 1. Notez qu’à son apogée, il s’était plus signalé par sa capacité à être décisif que sa capacité à créer du jeu et des situations dangereuses pour ses partenaires. Il faut aussi relever qu’il avait derrière lui un milieu (Fernando en l’occurence) capable d’animer le jeu bordelais et de donner la première impulsion. Les vrais savent que le Brésilien a eu une grande part de responsabilité dans les 11 victoires consécutives qui ont mené les Bordelais au titre la saison passée.
Indispensable pour s’en sortir à ce poste, le meneur reconverti 10 doit être dans une condition physique et morale optimale pour s’en sortir à ce poste. Il suffit de voir Gourcuff décrocher de plus en plus régulièrement aujourd’hui pour se rendre compte que son poste n’est décidément pas celui que l’on croit. Je me rappelle des débuts de Lucho à l’OM, Deschamps l’avait mis derrière Brandao et Niang. Cela n’avait pas fonctionné pour deux raisons : l’Argentin était hors de forme et personne ne réussissait à lui remonter des ballons proprement. Autres exemples de meneur reconverti en « 10 décisif », les Anglais Lampard et Gerrard. Là aussi, on relèvera pour le cas du Red que son équipe ne s’en sort pas forcément lorsque le duo Leiva-Mascherano doit prendre la relance à son compte pour s’en sortir… A Chelsea, la donne est différente tant les relayeurs de qualité sont nombreux (on peut au passage noter la présence de Deco, dernier 10 à l’ancienne selon moi lorsqu’il n’est pas apprenti-kiné à l’infirmerie).
Le caractère « joueur décisif » est aussi déterminant dans la deuxième catégorie de 10 moderne : le fameux « impact player », celui qui énerve pendant une journée et met à genoux tout le monde le week-end suivant. Si je ne devais choisir qu’une seule capacité pour le différencier des meneurs reconvertis, ce serait sa qualité d’improvisation : là où le milieu misera plus sur son intelligence sans ballon (déplacement etc…), l’impact player mise sur son instinct balle au pied. C’est le dribbleur, l’accélérateur qui vous fait gagner LE duel qui va ensuite créer le décalage. Mis à part pour celles emmenées par des théoriciens du ballon rond, toutes les équipes ont besoin d’un bon joueur avec ce profil. Pour les Bordelais qui me lisent, c’est d’ailleurs ce profil qui manque cruellement aux Girondins en ce moment. Allez, pour la forme on donne des noms mais vous les avez déjà : c’est Messi, Cristiano Ronaldo, Ben Arfa, Ribéry lorsqu’il est dans l’axe et plein d’autres encore. Complétez la liste tiens !
Troisième catégorie, comme la première, elle joue sur la reconversion : l’attaquant de pointe qui décroche. Généralement associé à une pointe qui va peser sur la défense centrale ou chercher la profondeur, il décroche pour offrir un relais à la remontée du ballon et aux attaques placées de son équipe. Pour faire simple, son partenaire court après le jeu long ; lui propose des solutions courtes. De fait, il est une sorte de meneur de jeu dos au but et sa capacité à résister au pressing venant peut lui permettre de temporiser ou au contraire d’accélérer le jeu. Souvent suivi de près, il sert surtout dans les transmissions latérales, pour accélérer la création d’un décalage de l’autre côté du terrain. Les plus forts, qui réussissent à se retourner et se défaire de leurs vis-à-vis sont des casses-têtes pour les entraîneurs. En Ligue 1, Lisandro peut le faire ; Cavenaghi se contente lui de sa vista pour survivre (péniblement en ce moment). A noter que ce profil ne s’accorde guère avec la présence d’un autre joueur dans cette zone (4-4-2 only).
Voilà un premier petit tour non exhaustif des profils qui ont remplacé le si classe numéro 10 meneur. « Milieu décisif », « impact player » ou « attaquant reconverti », qui qu’il soit, il a besoin d’un meneur de jeu pour faire le taf derrière lui, que ce soit pour relancer ou créer ensuite du mouvement dans sa zone. C’est le lot des meilleures équipes du moment : le meneur de jeu lance l’action de derrière et se transforme en dix une fois le mouvement lancé ; mouvement au sein duquel le 10 du tableau noir joue sur ses qualités pour faire la différence. On avait le duo Gourcuff-Fernando à Bordeaux la saison passée ; Rooney-Fletcher à l’époque où Berbatov était associé à l’international anglais. On a bien sur Messi-Xavi avec le Barça avec un bel exemple encore samedi dernier à Bernabeu. D’ailleurs du côté du Real, qui pour former ce duo ? C’est un très bonne question sur laquelle je vais vous laisser méditer…




Twitter: flotoniutti
Alors, à tous après Watson.
@barbu : En effet, je parle du numéro 10 en tant que positionnement, pas en tant que rôle sur le terrain. Le titre veut dire : le n°10 à l’ancienne est mort, vive les nouveaux profils qui l’ont remplacé à ce poste derrière un ou deux attaquants. Et je décris/survole trois de ces profils en fait :)
Ensuite, concernant Gerrard, tu me dis qu’il est moins meneur quand il joue plus haut ; c’est exactement ce que je dis dans le premier profil que je décris. Le « meneur de base » avancé parce qu’il a une capacité à être très décisif.
@Gerald : ta dernière phrase sur le meneur qui n’est pas un dribbleur. Ce n’est pas ce que je veux dire, bien sur qu’il doit être capable d’éliminer un mec. Mais ce n’est pas son premier rôle. HBA et Ribéry sont des dribbleurs plus que des meneurs. Xavi et Lucho, c’est l’inverse par exemple…
@Cyril : je suis complètement d’accord avec toi quand tu mets Pjanic dans les meneurs à l’ancienne.
Pour finir, avec vos coms, j’ai l’impression de ne pas avoir été assez clair dans l’article. Je pars du 10 à l’ancienne, le meneur derrière le ou les attaquants, qui a disparu ou presque et je regarde quels sont les profils qui l’ont remplacé derrière le ou les attaquants. Le milieu décisif donc, le dribbleur « impact-player » et l’attaquant reconverti.Reply – Quote
[...] Au passage, avec ses courses vers l’intérieur du terrain, il se retrouve en position de numéro 10 derrière Wayne Rooney. Et qui dit 10 classe, dit 10 à l’ancienne, bien évidemment. Bref, [...]Reply – Quote
Pour avoir coaché quelques saisons, et avoir utilisé un 4-1-4-1, c’est à dire avec deux « 10″, devant le récupérateur, je me permet d’amener la réflexion suivante: ce nouveau rôle ne permet t’il pas plutot d’avoir des techniciens au « deuxiéme » ballon, permettant au seul récupérateur d’assumer à 100 % son objectif au niveau du rond central, cela permet de surcroit d’avoir des éléments deja en mouvement sur la récup de balle.Du coup, les créateurs de jeux ne se distinguent plus par des changements de rythmes (peut être encore sur les cotés), mais sur la puissance qu’ils aménent balle au pied (Fabregas par exemple)Reply – Quote
Je pense que en France il n’y a pas assez de joueurs à ce profils. La pénurie de joueur de ce profil est du à la formation dite « à la francaise »… Cepandant certains joueurs subsistent: Pedretti, Gourcuff, Cabaye, Bodmer , Nasri… capables de prendre le jeu à leur comptes. Les milieux de terrains formés en France sont plus des athlètes que des milieux techniques je pense que l’on doit s’inspirer sur nos voisins européens comme Iniesta en Espagne, Lampard en Angleterre ou Schweni en Allemagne.Reply – Quote