Rapport : l’OM d’Elie Baup

Cinq matchs, cinq victoires et un départ historique. Qui aurait pu croire à un tel début de saison pour l’Olympique de Marseille après l’été qu’il vient de passer ? Evident protagoniste de ce renouveau express, Elie Baup a su mettre en place un projet de jeu très simple et qui a reçu l’adhésion de l’ensemble du groupe. Focus sur les grandes lignes de cet OM 2012/2013, entre classicisme, simplicité et enthousiasme.

L’effectif :

Sur le plan de l’organisation tactique, les joueurs n’ont pas été dépaysés. Elie Baup en avait fait son schéma de jeu type au fil de ses saisons passées à Saint-Etienne et Toulouse, c’est donc sans surprise qu’il a conservé le 4-2-3-1 dans lequel évoluait l’OM avant son arrivée. A l’instar du PSG et de son 4-3-3, l’effectif est taillé pour et le coach marseillais peut compter sur des remplaçants de bon niveau à la plupart des postes-clés. Dans l’entrejeu, Cheyrou, Kaboré, Barton et la révélation Abdullah sont quatre pour deux places. Devant, Valbuena, Amalfitano, les frères Ayew et Raspentino peuvent prétendre à l’une des trois places en soutien de l’attaquant qui sera, au choix, Gignac ou Rémy. La polyvalence de ces derniers, capables de dépanner sur les côtés, pourra aussi être mise à profit dans certaines occasions. Bref, malgré un mercato difficile, l’OM semble pourvu en quantité, au milieu comme en attaque. Seul bémol, des questions peuvent encore se poser quant à la profondeur du banc en défense où des jeunes seront certainement appelés à se montrer au cours de la saison.

Côté onze-type, des cadres se sont déjà dégagés durant le premier mois de compétition. Derrière, Mandanda et Nkoulou sont évidemment des intouchables et des meneurs, tout comme Valbuena en soutien de l’attaquant. Autour d’eux, certains se sont montrés sous un bon jour, comme Kaboré dans l’entrejeu et à droite de la défense ou Gignac en pointe. D’autres ont connu des fortunes diverses en ce début de saison mais apparaissent comme des titulaires évidents (Morel, Fanni, Cheyrou, A. Ayew). Enfin, d’autres ont profité de certaines absences pour se faire une place dans la rotation : c’est le cas de J. Ayew en attaque et de Abdallah ou Abdullah en défense. Ces deux derniers ont profité de l’absence de Diawara, entraînant les repositionnements de Fanni et Kaboré pour avoir leurs chances. Bref, en attendant les retours du Sénégalais et de Rémy, le onze titulaire de l’OM semble aujourd’hui être celui-ci : Mandanda – Abdallah (Kaboré), Fanni, Nkoulou, Morel – Kaboré (Abdullah), Cheyrou – J.Ayew (Amalfitano), Valbuena, A.Ayew – Gignac.

Les milieux défensifs, garants de l’équilibre :

Jeudi à Istanbul, l’OM a vécu une première dans sa saison : ce fut en effet la première fois que le club encaissait deux buts en 90 minutes. Malgré le retour au premier plan de Gignac et la bonne forme de Valbuena, le début de saison de l’OM se caractérise surtout par sa grande solidité défensive, preuve en est son statut de meilleure défense du championnat avec un seul but encaissé, face au Stade Rennais. Pourtant, la formation d’Elie Baup est loin d’être défensive dans son approche. Là encore, l’appui des chiffres est utile : avec 79 tirs en cinq matchs, l’OM est l’équipe qui frappe le plus au but dans le championnat. Ces deux constats chiffres permettent de souligner le premier point-clé de l’OM cette saison : son équilibre. Et de zoomer sur les deux principaux garants de celui-ci : les deux milieux axiaux (au choix : Kaboré, Cheyrou, Abdullah et bientôt Barton).

Quelqu’ils soient, ces derniers ne quittent que très rarement leur zone de jeu habituelle, protégeant coûte que coûte l’axe et le rond central. Ainsi lorsque l’OM presse, ce sont les trois milieux de terrain offensifs en soutien de la pointe qui font les efforts dans le camp adverse. Les deux milieux de terrain se contentent eux de marquer leurs adversaires directs s’ils existent et de suivre la circulation de balle depuis le rond central, avant de se replier si l’adversaire vient à progresser sur le terrain. Lorsqu’il est mis sur le reculoir, l’OM se replie sur deux lignes de quatre, l’ensemble recevant parfois le soutien de Valbuena qui ne rechigne jamais à l’effort dans sa moitié de terrain pour gratter des ballons. Dans les couloirs, les ailiers bloquent les montées des latéraux adverses et la défense se replie dans ses 16 mètres si nécessaire. Bref, du grand classique.

L’utilisation des couloirs :

L’OM retrouve ensuite ses deux milieux de terrain à la récupération du ballon et la relance. Avec leurs défenseurs centraux (Nkoulou et Fanni), ils forment le quatuor à la base des premières passes marseillaises. Mais à l’inverse d’autres équipes, ils ne sont qu’à la fondation du jeu. Une fois le ballon libéré, ils ne participent plus à la progression dans le camp adverse. Leurs rôles se résument à ceux de couvertures, formant deux lignes : la première au niveau du rond central pour stopper les relais capables de lancer des contre-attaques, la seconde pour couvrir la profondeur et sa moitié de terrain. Ce souci de limiter les prises de risques se retrouve aussi dans leurs jeux de passes respectifs, les quatre hommes se limitant la plupart du temps à orienter le jeu latéralement ou dans les couloirs plutôt que de chercher un appui plein axe entre les lignes adverses.

On arrive là au point crucial de l’organisation olympienne : offensivement, tout passe par les ailes. Les latéraux sont libérés par le rôle conservateur des milieux de terrain axiaux et participent à l’élaboration des offensives avec les milieux excentrés positionnés devant eux. A ces duos s’ajoutent le joueur-clé du début de saison : Mathieu Valbuena. Le n°28 marseillais joue de sa mobilité pour venir proposer des appuis et des relais à ses partenaires, libérant rapidement le ballon afin de profiter du surnombre qu’il peut apporter pour leur permettre ensuite d’exploiter les intervalles. Le plus souvent, deux joueurs du trio sont à la combinaison à l’origine de l’action, le troisième prenant la profondeur.

Face à Nancy dimanche dernier par exemple. Quand Valbuena venait combiner avec Kaboré, Jordan Ayew prenait la profondeur sur l’aile droite ; côté gauche, Ayew pouvait lui rentrer à l’intérieur pendant que Morel dédoublait sur l’aile. A l’opposée de l’action, deux joueurs sont présents dans la surface de réparation pour reprendre les centres qui pourraient aboutir de ces jeux en triangle : l’attaquant de pointe et le milieu excentré opposé à l’action. Sur l’ouverture du score marseillaise à Nancy, Gignac et Jordan Ayew étaient ainsi dans la surface pour reprendre le centre d’André Ayew. Le résumé du match illustre d’ailleurs assez bien cette propension de l’OM à utiliser les ailes et à beaucoup centrer. Là encore, les stats permettent d’illustrer les observations : l’OM est l’équipe qui centre le plus cette saison (28 centres en moyenne).

Droit au but :

Evidemment, des variations peuvent exister dans l’animation. Parfois, un joueur ou deux joueurs peuvent suffire pour faire la différence sur l’aile, via un duel gagné ou un centre inattendu. Dans ce cas, l’OM gagne en présence dans la surface. Dans d’autres cas, d’autres joueurs peuvent participer à l’action : Gignac se retrouve ainsi parfois excentré côté gauche ; son absence dans la surface est alors compensée par A.Ayew ou Valbuena. Mais au bout du compte, le système reste le même : l’OM mise un maximum sur sa capacité à prendre le dessus sur les ailes. L’activité de Valbuena est primordiale, puisque la capacité de ce dernier à créer le surnombre et le décalage permettant ensuite aux mouvements de se développer et surtout de se terminer.

Car c’est aussi ça la force de Marseille cette saison : la formation d’Elie Baup pousse ses actions jusque dans les 30 derniers mètres et force ainsi l’adversaire à se replier et repartir de très bas. Une situation qui lui permet à la fois de limiter les risques de contre-attaques et de mettre en place son pressing lorsqu’il doit ressortir. Une situation qui explique aussi que l’OM, malgré sa domination dans la plupart de ses sorties, ne recherche pas la possession de balle. Une fois le ballon dans le camp adverse, l’équipe est fidèle à sa devise : « Droit au But ». Rarement un mouvement qui sera développé d’un côté se terminera de l’autre via des relais dans l’entrejeu. Nouveau chiffre en guise d’illustration : excepté Valbuena, présent à gauche comme à droite, les joueurs à vocation offensive ne touchent pas plus d’une trentaine de ballons par match.

Les questions :

Au-delà de la confiance insufflée au groupe par l’excellente dynamique actuelle, des questions vont se poser dans les prochaines semaines concernant l’avenir de ce système de jeu. La plus importante concerne Valbuena. Aujourd’hui, le milieu est dans une forme étincelante qui lui permet de se rendre presque toujours disponible à la construction des actions. Combien de temps sera t-il capable de tenir à un tel niveau ? Et surtout, comment Elie Baup pourra le remplacer ou le préserver lorsque ce sera nécessaire ? Moins percutant que J.Ayew pour jouer sur l’aile, Amalfitano semble être une doublure intéressante au vu de ses qualités techniques. Les deux hommes ont aussi montré qu’ils pouvaient être associés et se partager les tâches, voire échanger de registres. A Fenerbahce jeudi, Valbuena a souvent été à la finition des mouvements offensifs (10 centres). A voir donc.

Autre question importante, l’intégration de Rémy à ce nouvel OM. Jusqu’ici, le meilleur buteur du club la saison dernière s’est contenté de bouts de match, mais il devrait faire son retour en tant que titulaire assez rapidement. Où le faire jouer ? Surtout après le retour en forme d’André-Pierre Gignac. La sortie de l’OM à Nancy dimanche dernier a certainement donné quelques idées à Elie Baup. Positionné à droite, J.Ayew a été lancé à plusieurs reprises en profondeur, par Kaboré ou Valbuena, allant aux duels avant de finir ses actions par des centres. Soit un registre dans lequel Rémy pourrait tout à fait se retrouver, lui qui connaît ce poste. Un rôle qui ne l’empêcherait pas non plus d’être présent à la finition, que ce soit en partant de loin et dans la profondeur ou en allant dans la surface pour être à la retombée d’actions développées côté gauche. Ca lui a bien réussi en équipe de France après tout…

Enfin, dernière question, quelle est la capacité de l’OM à faire face à un pressing haut ? Depuis le début de la saison, les Phocéens ont dans la majorité des cas dû trouver des solutions face à des équipes regroupées dans leur camp et laisser leur quatre relanceurs tranquilles. Seul Montpellier, le temps d’un gros quart d’heure en début de partie lors de la deuxième journée, avait mis en place un important pressing dans la moitié de terrain marseillaise. Durant cette période, l’OM avait énormément souffert, résistant tant bien que mal avant de finalement revenir et prendre le dessus en même temps que son adversaire baissait de pied. Un club comme Lille, réputé pour son agressivité et son endurance dans l’entrejeu serait aujourd’hui un très bon test pour cet OM. Dans un registre différent, le PSG le sera aussi le 7 octobre prochain. A défaut d’attaquants très actifs au pressing, les Parisiens vont opposer une première ligne très fournie en nombre (4-3-3, donc trois joueurs) avec laquelle les relanceurs marseillais devront composer au moment de rechercher les intervalles.

Conclusion :

Avec quatre joueurs uniquement dédiés aux tâches de relance et de couverture, le 4-2-3-1 permet à l’équipe de conserver un bon équilibre défensif. Dans les couloirs, les latéraux montent à tour de rôle, selon le développement de l’action. Ce sont donc cinq joueurs qui restent la plupart du temps derrière. Devant, le jeu s’articule autour de Valbuena et sa capacité à se rendre disponible et accélérer le jeu par ses remises dans les intervalles pour ses partenaires. Il revient ensuite aux attaquants non-concernés par la construction d’être présents à la finition. Bref, du football simple, rapide à mettre en place et qui permet à l’OM de faire le plein en ce début de saison. Mais pour viser haut, il faudra certainement que l’ensemble se peaufine grâce à l’intégration de nouveaux éléments (Rémy ? Barton ? etc…).

Chiffres et illustrations : WhoScored.com et Squawka.com.

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5 réponses

  1. Erick dit :

    L’equipe ressemble à la Corée du sud oú tu avais fais un resumé pour la coupe du monde

  2. TitiHenry dit :

    Parfait, rien à en redire, bien que je n’aie pas pu voir les derniers matchs de Marseille. Je vois que tu fais la « Une » de Eurosport dans la section « foot ». Le petit oiseau fait son nid, bravo s’est mérité, tu représentes vraiment l’élite de l’analyse footballistique en France. J’espère que au-delà de l’analyse individuel énormément commenter en France, par des soi-disant expert. On mettra plus au premier plan l’analyse tactique, une base du foot très sous-expliquer en France, bien que cela demande une bonne analyse et vision du foot, qui n’est pas donné à tout le monde.

  3. alex dit :

    je viens de decouvrir et de lire votre analyse du jeu de l’OM impulsé par Elie BAUP, je la trouve très pertinente et détaillée
    ça sort des critiques rapides baclées
    bravo,
    bien à vous
    alex

  4. Merci à vous deux, ça fait toujours plaisir.
    @Erick, possible je ne me souviens pas de tout :)

  5. Salut votre sujet est parfait c’est du beau boulot; je vous admire.

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