Trois cas de défense à trois

Nancy au Parc des Princes, Naples face à Manchester City et le Barça face au Milan AC : les systèmes à trois défenseurs ont fait la semaine de football qui vient de s’écouler en matière de tactique. Qu’ils soient hyper-défensifs, intenses ou maîtres du ballon et du tempo, ils ont tous les trois eu un point commun : la victoire au bout des 90 minutes. Épiphénomène ou véritable retour à la mode, difficile de le savoir. Néanmoins, il est très intéressant de se pencher sur le décryptage de ces trois organisations : semblables sur le papier mais tellement différentes sur les pelouses.

Nancy : pour mieux défendre et relancer

Dimanche dernier, les Lorrains ont donc réalisé la sensation du week-end en allant s’imposer au Parc des Princes grâce à un (superbe) but de Jean Calvé. Pour y parvenir, Jean Fernandez avait reconduit le schéma qui réussit à l’ASNL depuis quelques semaines : le 5-4-1, convertible en 3-4-3 lorsque ses joueurs récupèrent le ballon.

Par rapport aux deux autres qui seront décryptées ci-après, l’organisation lorraine se distingue par son caractère très défensif. Lorsque Nancy n’avait pas le ballon, c’est tout le bloc qui se repliait bas dans son camp sans véritablement chercher à presser ou gêner la relance parisienne. Ainsi, Moukandjo restait seul en pointe alors que Calvé et Lemaître redescendaient pour s’aligner avec leurs trois défenseurs centraux (André Luiz, Loties et Sami). Dès lors, et en y ajoutant les deux milieux défensifs (Sané et Diakité), c’était sept défenseurs qui s’opposaient dans leurs 30 derniers mètres au quatuor offensif parisien.

Et, numériquement parlant, les montées des latéraux parisiens dans les couloirs ne permettaient pas de créer le surnombre dans les 30 derniers mètres (sept contre six en faveur de Nancy). En outre, ce surnombre des Nancéiens, notamment dans l’axe, leur permettaient de relancer facilement, évitant de subir le pressing adverse jusqu’à ce que le PSG se retrouve obligé de tout donner en fin de partie.

Par ailleurs, qui dit montées des latéraux entraîne aussi espaces dans leurs dos. Et à l’instar de ce que l’on avait vu dans l’article sur le 4-4-2 anti PSG, les Lorrains ont profité à plein de ces espaces grâce à Bakar (à gauche) et Karaboué (à droite). Leur rôle était ici de tenir le ballon en attendant les soutiens de Calvé et Lemaître dans les couloirs ainsi que des milieux axiaux (Diakité en tête) pour poursuivre le mouvement.

Naples : le système le plus abouti

Mardi soir, les Napolitains ont réalisé 90 minutes pleines de maîtrise et de cohésion sur le plan tactique. Spécialiste du schéma à trois défenseurs, Walter Mazzarri a fait de Naples la véritable référence dans ce domaine dans le football européen actuel. Principale force : un bloc-équipe exceptionnel et une capacité d’adaptation étonnante.

Ainsi, face à Manchester City, il a fait débuter son onze de manière très prudente. Exceptés les attaquants (Lavezzi en particulier) qui tentaient de presser par à-coups les relanceurs adverses, le bloc napolitain évoluait assez bas dans son camp. Maggio et Dossena (les deux joueurs de couloir) revenaient ainsi à hauteur de leurs défenseurs sur les phases de possession adverses. Mis en difficulté par les projections de Touré ou Milner et les incursions de Silva dans l’axe qui créaient le surnombre face à Inler et Gargano (les deux milieux axiaux), le coach italien a revu sa copie au bout de dix minutes de jeu.

Plus personne ne cherchait à sortir presser dans le camp adverse : les trois attaquants (Hamsik, Cavani, Lavezzi) revenaient dans leurs 40 mètres pour épauler leurs milieux de terrain à la récupération. Sitôt les ballons gagnés, la différence se faisait en faveur des Napolitains grâce à trois facteurs : les qualités individuelles de Lavezzi ou Hamsik pour éliminer leurs adversaires, les distances resserrées entre les joueurs, facilitant les combinaisons, et la rapidité des soutiens venus de l’arrière, Dossena et Maggio jaillissant souvent sur les extérieurs (rarement bloqués dès le milieu de terrain) pour offrir des relais permettant de lancer le jeu dans le camp adverse.

Forcés d’aller chercher la victoire, les Napolitains ont ensuite réalisé un début de deuxième mi-temps exceptionnel sur le plan du pressing. Prenant tous les risques, ils ont ajouté aux cinq joueurs travaillant dans l’entrejeu (Lavezzi, Cavani, Hamsik, Gargano et Inler) les deux joueurs de couloir (Dossena et Maggio) qui évoluaient désormais plus haut que les trois défenseurs axiaux, eux aussi plus agressifs. De cela a résulté l’encerclement des créateurs de City (Touré, Silva, Milner) et des contres beaucoup plus dangereux car démarrant de plus haut. Loin d’être un hasard, le second but de Cavani découle d’un ballon gagné par Aronica (stoppeur gauche) au niveau du rond central.

Barcelone : pendant les travaux, les résultats continuent

C’était la grande inconnue du début de saison du Barça : le 3-4-3 allait t-il s’avérer comme un système fiable et équilibré. Après une première sortie impressionnante face à Villarreal (5-0 et une maîtrise exceptionnelle du trio formé par Iniesta, Messi et Fabregas), les Catalans ont connu plus de problèmes face à Valence (2-2) et donc face au Milan AC (3-2) cette semaine.

Ce 3-4-3 découle d’une évolution logique dans les choix de Pep Guardiola. En 4-3-3, son Barça avait ainsi l’habitude de voir ses défenseurs centraux s’écarter pour permettre aux latéraux de monter, une sentinelle glissant alors entre les stoppeurs pour former une couverture à trois que l’on retrouve dans le schéma à trois défenseurs : face au Milan, Abidal et Puyol s’écartaient de Mascherano sitôt le ballon récupéré. Devant eux, Xavi et Busquets redescendaient pour proposer deux solutions de relance dans l’axe. Le Milan y a répondu en envoyant Boateng et Robinho dans cette zone, gênant les Catalans dans leur circuit habituel mais leur permettant tout de même de ressortir par les côtés.

Le passage immédiat à trois défenseurs derrière a permis à Guardiola d’intégrer Fabregas. En fin de saison dernière, on distinguait très clairement trois paires pour animer le jeu catalan : la première à la relance (Xavi et Busquets ou Keita), la deuxième à la percussion dans le camp adverse (Messi en décrochage de sa position de faux 9 et Iniesta) et la troisième pour occuper les couloirs (Villa et Pedro). Fabregas s’est ajouté et forme désormais avec Messi et Iniesta un trio impossible à jouer pour les défensifs axiaux adverses (milieux défensifs et défenseurs centraux) lorsqu’il est en pleine forme.

Néanmoins, ce système de jeu connaît encore quelques problèmes. En phase offensive tout d’abord, en cas d’absence de joueur pour occuper les deux couloirs (comme face à Milan mercredi où Thiago, Fabregas et Messi se sont partagés la tâche côté droit, Villa étant à gauche). Mais c’est surtout en phase défensive que le Barça connaît le plus de souci. Les ailiers évoluant naturellement très haut, ils se retrouvent très loin du stoppeur en couverture dans le couloir. Dès lors, l’adversaire peut trouver des espaces dans l’entrejeu pour s’y projeter et accélérer son jeu. Jérémy Mathieu avec Valence et Clarence Seedorf avec le Milan AC en ont notamment su très bien en profiter.

Conclusion :

Redécouverts à chaque Mondial par le biais d’une formation sud-américaine (Chili 2010), les systèmes à trois défenseurs centraux feraient donc leur retour au premier plan sur le Vieux Continent. La réussite du Napoli et de l’Udinese en Italie, où la défense à trois n’a jamais vraiment disparu, et surtout le modèle encore en construction du Barça pourraient inspirer d’autres entraîneurs dans les mois ou années à venir. En tout cas, personnellement, au vu des faiblesses du Barça évoquées un peu plus haut, je rêve d’un Naples-Barcelone au printemps prochain.

Florent Toniutti
(twitter : @flotoniutti)

Article à retrouver sur Eurosport

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