Le 4-4-2 parisien et la L1

Après un essai concluant face au FC Porto en Ligue des Champions, Carlo Ancelotti a passé son 4-4-2 au crash-test de la L1 face à Evian et Valenciennes. Retour sur ses deux tests plus que concluants face à des sparring-partners complètement opposés, qui ont permis de révéler les hommes forts du nouveau système de jeu parisien : Thiago Silva, Thiago Motta et Jérémy Ménez.

Test n°1 : Evian Thonon Gaillard, le bloc regroupée

Sur le papier, une formation regroupée (en 5-4-1) aurait pu poser beaucoup de problèmes aux Parisiens. Face à Porto, Javier Pastore avait profité des grands espaces disponibles dans le couloir droit, entre l’ailier et le latéral adverse, pour briller. Repositionné à droite face à Evian, l’Argentin se serait retrouvé dans une situation plus complexe si le milieu gauche adverse avait eu pour tâche première de le suivre à la trace, laissant le soin à son latéral de fermer le couloir face à Christophe Jallet. En bloquant son couloir droit de la même façon, Evian aurait ainsi conservé le surnombre derrière avec un trois contre deux en sa faveur face à Ibrahimovic et Ménez, laissant alors le soin aux deux milieux de terrain axiaux et à l’attaquant de pointe de perturber la préparation parisienne (autour de Thiago Motta et Chantôme).

Mais il n’en a rien été. Auteurs d’une première mi-temps catastrophique, les joueurs de Pascal Dupraz ont vu leur plan de jeu voler en éclats à cause des déplacements de Jérémy Ménez. Il y a quelques semaines, l’ex-Romain était l’attaquant de rupture du PSG, jouant avec le hors-jeu et apportant la profondeur au jeu parisien alors que Ibrahimovic décrochait. Avec le changement de système, les rôles se sont inversés. Ibrahimovic est resté en pointe et a laissé son partenaire de l’attaque décrocher. Les deux premiers buts parisiens ont d’ailleurs été révélateurs de ce changement, Ibrahimovic finissant le travail en buteur sur le premier avant d’être à la réception d’une ouverture de Ménez sur le second (avec Lavezzi venu de la gauche pour conclure).

Au-delà de son implication sur le second but, Jérémy Ménez a eu un rôle très important dans l’animation parisienne. En revenant à hauteur de Thiago Motta et Chantôme, il obligeait la première ligne d’Evian à se resserrer dans l’axe afin d’éviter la création d’espaces qui auraient pu lui profiter. Numériquement parlant, il transformait le deux-contre-deux entre les paires de récupérateurs en un trois-contre-deux à l’avantage du PSG. Dès lors, les milieux excentrés de Evian devaient se rapprocher de leurs axiaux et abandonner les latéraux sur les ailes. Le manque d’agressivité d’Evian dans cette zone du terrain a permis aux Parisiens de faire facilement et rapidement circuler le ballon pour atteindre les couloirs.

A l’instar d’un 4-3-3, le jeu se développait ensuite autour des duos formés par les ailiers et les latéraux. Décevants offensivement depuis le début du championnat, ces derniers se sont véritablement lâchés en évoluant très haut dans le camp adverse. Un comportement permis par la couverture assurée par Thiago Motta et Chantôme, toujours présents en soutien. Dans le sapin de Noël, Matuidi et Chantôme (les relayeurs autour de Verratti) n’hésitaient pas à prendre les intervalles, laissant le regista en couverture. Cette fois, c’est le joueur le plus axial qui prenait l’espace, en l’occurrence Ménez qui rejoignait Ibrahimovic en attaque, une fois le jeu envoyé sur les ailes. Si la paire Maxwell-Lavezzi est restée discrète, Jallet a profité de la présence de Motta en couverture pour multiplier les courses et faire les appels qui ont permis à Pastore de briller côté droit.

Test n°2 : Valenciennes, l’ambitieuse

Trois jours après son succès face à Evian Thonon Gaillard, le PSG s’est rendu à Valenciennes pour affronter une équipe d’un tout autre calibre, invaincue dans son stade depuis le début de saison. A l’inverse des Savoyards, les Nordistes avaient fait le choix de ne rien changer à leurs habitudes, s’appuyant sur un bloc haut ayant pour objectif d’aller chercher le ballon dans la moitié de terrain parisienne. Sitôt le ballon perdu, les Valenciennois optaient pour un marquage individuel : Kadir et Le Tallec face à Thiago Silva et Alex, Danic et Dossevi face à Jallet et Maxwell, Sanchez et Ducourtioux face à Thiago Motta et Matuidi, Bong et Mater face à Pastore et Lavezzi et, enfin, Angoua et Isimat-Mirin face à Ménez et Ibrahimovic. En difficulté pendant plusieurs minutes, les Parisiens ont su trouver la faille. Encore une fois, Jérémy Ménez a pesé sur l’équilibre du match.

En décrochant à hauteur de ses milieux de terrain, l’attaquant parisien a une nouvelle fois fait la différence dans l’entrejeu : suivi jusqu’à un certain point par son garde du corps (Angoua), il récupérait les ballons dans sa moitié de terrain et les remontait ensuite en utilisant les relais offerts par Matuidi, Thiago Motta, Lavezzi mais surtout Pastore, toujours côté droit. En décrochant, Ménez faisait à chaque fois sortir un défenseur adverse, ce qui ouvrait d’énormes espaces à exploiter dans la profondeur, pour Ibrahimovic ou Lavezzi notamment. Au coeur de la première mi-temps, Pastore a dézoné à son tour pour venir travailler aux côtés de Thiago Motta et Chantôme. Revenu dans une position plus avancée, Ménez retrouvait son rôle de dévoreur d’espaces, demandant à plusieurs reprises le ballon en profondeur dans le dos de Bong (qui sortait de l’alignement défensif pour rester dans la zone de Pastore).

Au-delà du récital offensif de la deuxième mi-temps, qui peut autant s’expliquer par le talent des Parisiens que par le maintien du même plan de jeu côté valenciennois, cette sortie au Stade du Hainaut a aussi permis de voir la réaction du 4-4-2 parisien face à un adversaire plus ambitieux qu’Evian devant. Bien protégé par la double rideau Thiago Motta-Matuidi, l’axe n’a jamais cédé et le danger n’est venu que par les couloirs. Kadir (à gauche) et Ducourtioux (à droite) dézonaient pour créer le surnombre sur les ailes, aboutissant à des décalages et des positions de centre intéressantes. Mais tous ont été renvoyés une défense centrale parisienne imprenable et notamment un Thiago Silva sur toutes les trajectoires. Souvent présents sur les seconds ballons, Thiago Motta et Matuidi recherchaient rapidement leurs attaquants afin d’effacer un maximum de Valenciennois dès les premières passes.

Les deux hommes ont aussi contribué à l’équilibre de l’équipe et à une bonne transition attaque-défense. Lorsque le bloc parisien évoluait haut, leur rôle était de couper les transmissions au sol à destination de Kadir (venant de l’axe valenciennois) et d’éteindre la paire Ducourtioux-Sanchez. Contraint de ressortir les ballons par les côtés, Valenciennes y était ensuite enfermé. Thiago Motta et Matuidi contenaient bien les remontées de balle, en se positionnant de manière à empêcher toute possibilité de passe courte vers l’intérieur du terrain. Les deux milieux parisiens coulissaient sur la largeur afin de priver le porteur de balle de solutions, tout en comptant sur le repli de Pastore et Lavezzi pour aller forcer la relance de ce dernier et fermer le côté opposée.

Quel visage contre l’OL ?

Avec deux victoires, huit buts marqués et aucun encaissé, difficile de nier la réussite du nouveau système de jeu parisien. Néanmoins, ni Evian ni Valenciennes n’ont semblé pouvoir réellement rivaliser : les Savoyards ont été punis pour leur manque d’ambitions et les Nordistes ont payé cher leur envie de jouer (l’opposée donc). La semaine dernière, ce sont des détails (coup de pied arrêté, faute de main) qui avaient permis aux Parisiens d’arracher la victoire face au FC Porto. Le test face à Lyon dimanche tombe à pic pour jauger du véritable potentiel du 4-4-2 parisien. Car s’il fallait n’en retenir qu’une, la formation de Rémi Garde détient pour le moment le meilleur collectif de cette première partie de saison de Ligue 1. Bien équilibré derrière, notamment grâce à la présence de Gonalons (qui héritera certainement du marquage de Ménez dimanche), et doté de véritables armes devant, l’Olympique Lyonnais défendra son statut face à un outsider qui aura à n’en pas douter les dents longues.

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10 réponses

  1. cassar dit :

    Merci pour cet article! J’adore toujours tes analyses! Une question me taraude:on dit souvent que le marquage individuel n’existe plus, et dans tes analyses généralement sur les phases défensives, on dirait que ça sous entend le contraire, qu’il y a généralement toujours un marquage individuel. Peux tu m’expliquer la raison (c’est peut être une simple idée reçue comme il y en a beaucoup dans le foot) ?

  2. Gilles YapiYapo dit :

    Merci pour ce (comme d’habitude) excellent article! Je me régale de te lire.

  3. Syion dit :

    Quel plaisir de lire une véritable analyse tactique du football ! C’est là que je vois que Carlo Ancelotti est à la hauteur de sa réputation dans ce domaine : Un grand tacticien !! Superbe article vraiment !
    @Syion

  4. Alex dit :

    Merci pour cette belle analyse tactique. Effectivement, la situation s’y prêtait à merveille avec ces deux matches aux deux tactiques adverses différentes mais au résultat similaire. Bravo !

  5. @Cassar : Ce n’est pas qu’il existe encore, mais il y a toujours une dose d’individuelle dans toutes les équipes. Ne serait-ce qu’au milieu de terrain, quand deux lignes de quatre s’opposent (transition latéraux et milieux axiaux contre ailiers et milieux axiaux par exemple).

    L’individuelle intégrale en revanche (l’exemple de Bong sur Pastore sur VA-PSG), c’est beaucoup plus rare aujourd’hui. La présence d’un gars devant la défense permet de compenser les surnombres que peuvent créer les retours à l’intérieur des ailiers. Du coup, le latéral peut lâcher le marquage et rester dans son couloir.

  6. PiMP dit :

    Merci pour l’analyse. Petit rectificatif :
    « Au coeur de la première mi-temps, Pastore a dézoné à son tour pour venir travailler aux côtés de Thiago Motta et Chantôme. » -> Chantôme n’a pas joué la première mi-temps, c’était Matuidi au côté de Pastore. Qui a aussi bien fait le job.

  7. cassar dit :

    Super merci de ta réponse, je voulais juste en avoir le coeur net! Continue tes articles qui sont de loin les plus détaillés de tous les sites, articles ou journalistes que je connaissent. Et enfin un site qui parle vraiment football et pas des à cotés comme la plupart des sites ou journaux footballistiques français!

  8. Quintiliano dit :

    Pour moi, on est quand même plus proche d’un 4-2-4 qu’un véritable 4-4-2, un peu à l’image du Bayern de 2010.

  9. Le schéma de jeu se basant sur la phase défensive, c’est un 4-4-2.

  10. madrid dit :

    je panse le jeu de [psg est un jeu cocentrer su ibra au pointe et meniz il tour sur lui n’obelier pas le role de terio motta pastori matuidi qu ont creer le jeu avec touche techenique et decaler les lateraux pour surnomber et donne la derniere passe a ibra la circulation de ballon elle est bonne malgre le monque de possission de ballon et chercher a gouche et adroit et trouve ibra

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