Premier zoom : le Barça de Luis Enrique

Samedi dernier, le FC Barcelone disputait son deuxième match de préparation sur la pelouse de l’OGC Nice, qui terminait la sienne. Une rencontre qui a permis de découvrir les premiers ajustements réalisés par Luis Enrique, et qui permettent de tirer quelques plans sur le futur « projet de jeu » de son Barça.

La composition : 

Pour ce second match amical, les Catalans étaient toujours privés des « Mondialistes » ayant participé à la dernière semaine de la Coupe du Monde. Pas d’Argentins ni de Brésiliens donc. Suspendu de football jusqu’à fin septembre, Suarez manquait aussi à l’appel. Malgré ces absences, au coup d’envoi, c’est une équipe intéressante qui débute puisque nombreux sont les titulaires potentiels alignés en défense et au milieu de terrain. 

Excepté Montoya dans le couloir droit et Sergi Roberto dans l’entrejeu, Ter Stegen dans les buts, Jordi Alba côté gauche, Piqué et Mathieu dans l’axe, Busquets devant la défense et Iniesta dans son rôle habituel de relayeur gauche sont bien présents. Devant, Rafinha se retrouve dans un rôle « à la Messi » dans l’axe, encadré par Pedro et le jeune Adama.

Avec le ballon : le retour au « 3-4-3 »

Face à des Niçois organisés en 4-1-4-1, les Catalans ont évidemment mis le pied sur le ballon dès le coup d’envoi. Un contexte qui a permis de constater que Luis Enrique a décidé de revenir aux origines du Barça victorieux à partir de 2008 avec la position « toujours » reculée de Busquets lorsque l’équipe doit repartir depuis sa moitié de terrain.

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Avec le ballon, le 4-3-3 se transforme en 3-4-3. Busquets décroche entre Piqué et Mathieu ; les deux autres milieux de terrain évoluent eux dans le camp adverse.

Ces dernières saisons, la relance du Barça avait en effet évolué, alternant entre cette fameuse première ligne de trois joueurs (Busquets qui redescend entre ses défenseurs centraux) et un travail à quatre joueurs, disposés sur deux lignes (les défenseurs centraux sur la première, Busquets et Xavi sur la seconde).

Une évolution peut-être forcée par le « déclin physique » de Xavi, moins enclin à multiplier les courses dans le camp adverse. Ce recul du capitaine catalan laissait toutefois la place pour les décrochages de Messi au milieu de terrain. L’Argentin devenait alors « côté droit » l’équivalent d’Iniesta « côté gauche ». Il s’éloignait toutefois du but adverse sans que son absence devant ne soit compensé par un partenaire (sauf en de rares occasions).

Le Barça est donc revenu à ses premières habitudes de l’ère Guardiola avec ce positionnement décroché du premier milieu de terrain. Face à Nice, que ce soit en première (Iniesta-Sergi Roberto) comme en deuxième mi-temps (Xavi-Rakitic), les relayeurs ont évolué dans le camp adverse, offrant des solutions dans les zones justement couvertes la saison dernière par Iniesta et Messi.

Les attaquants : 

Positionné dans l’axe de l’attaque barcelonaise, Rafinha – dont le rôle sur le papier s’apparentait à celui de Messi – n’avait du coup pas à revenir dans l’entrejeu. Il a ainsi beaucoup plus participé au jeu dans le dernier tiers du terrain, se rendant disponible lorsque les ballons ressortaient des couloirs.

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Utilisé dans le rôle de Messi, Rafinha a touché la majorité de ses ballons alors que le Barça était installé dans le camp adverse, face à un adversaire alors déjà en phase défensive.

Ses rares décrochages au milieu de terrain ont néanmoins permis de constater que les automatismes existaient déjà avec ses partenaires de l’attaque. Dès qu’il descendait d’un cran, Pedro et Adama se recentraient afin de peser sur la défense adverse, jouant sur leur vitesse pour demander le ballon dans la profondeur. Au milieu, les décrochages du frère de Thiago entraînaient aussi le resserrement du milieu niçois, libérant alors des espaces dans les couloirs.

Le Barça est encore loin d’être entré dans le vif du sujet de sa préparation, mais ces déplacements conjoints des trois attaquants peuvent aussi être imaginés avec les trois titulaires que sont Messi, Neymar et Suarez. Inutile de préciser la répartition des rôles : Neymar à la place de Pedro, Messi pour Rafinha et Suarez pour Adama, même si l’Uruguayen aimait aussi redescendre participer au jeu quand il était à Liverpool.

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Le schéma-type des déplacements coordonnés côté catalan, alors que Busquets est en possession du ballon : Rafinha décroche, Pedro et Adama rentrent à l’intérieur et attirent les latéraux adverses, Jordi Alba et Montoya montent dans les couloirs.

Les couloirs réutilisés :

Car c’est surtout par les côtés que les Catalans sont entrés dans le camp adverse. Nice répondant présent dans l’axe (Busquets-Cvitanich / Sergi Roberto-Hult / Iniesta-Eysseric avec Mendy en couverture), les hommes de Luis Enrique s’en sont remis à Piqué et Mathieu pour effectuer les premières passes dans le camp adverse.

Les deux défenseurs centraux ont alterné entre montées balle au pied et jeu au sol pour trouver les triangles sur les ailes – formés par Iniesta, Alba et Pedro (à gauche) et Sergi Roberto, Montoya et Adama (à droite) – et jeu direct, parfois dans la profondeur vers Pedro ou Adama mais surtout côté opposé pour trouver les latéraux qui permettaient ensuite de poser le jeu dans le camp adverse (de Piqué à Jordi Alba – de Mathieu à Montoya).

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Sur cette phase de jeu, Piqué va s’appuyer sur son jeu long pour trouver Jordi Alba sur l’aile gauche. Dans le même temps sur cette transversale, Pedro va rentrer à l’intérieur du terrain afin d’attirer le latéral droit, et de créer plus d’espaces pour son partenaire.

Encore peu en jambes par rapport à des Niçois en fin de préparation, les Barcelonais ont eu du mal à porter le danger vers les buts d’Ospina, malgré quelques fulgurances de leurs attaquants (Pedro, Adama en première mi-temps, Halilovic et Deulofeu durant la seconde). De retour à un poste plus avancé, Xavi s’est aussi distingué offensivement après la pause. Au-delà de son but, il a reçu les louanges de son coach à l’issue de la rencontre : « Xavi est à son meilleur niveau. Je suis très heureux qu’il soit avec nous. Il est très motivé et bien physiquement. »

Sans le ballon : un pressing réorganisé ? 

Mais au-delà de ce retour aux sources avec le ballon, c’est surtout dans son approche défensive que le Barça a étonné samedi dernier. La première mi-temps a en effet vu une réorganisation du pressing dans le camp adverse. Lors des dernières saisons, les Catalans opéraient à la manière d’un 4-1-4-1 sans le ballon : les ailiers étaient chargés de bloquer les couloirs, tandis que Xavi et Iniesta – les titulaires dans l’axe – bloquaient la transition. Seul en pointe, Messi ne pressait pas, accompagnant seulement ses ailiers lorsque ces derniers sortaient sur la relance adverse.

Face à Nice, Luis Enrique a présenté une équipe à l’approche différente en première mi-temps. A la manière du Mexique lors de la dernière Coupe du Monde (pour prendre un exemple récent), la fermeture des couloirs revenait aux milieux de terrain. Lorsque la relance niçoise écartait vers ses latéraux (Amavi et Puel), Sergi Roberto et Iniesta étaient chargés de sortir au pressing.

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Le positionnement du Barça face à la relance adverse, lorsque le ballon est dans l’axe. L’avant-centre (Rafinha) est épaulé par ses ailiers (Pedro-Adama) afin de bloquer la transition vers les milieux de terrain.

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Le positionnement du Barça lorsque l’adversaire écarte le jeu pour sortir de sa moitié de terrain : les milieux coulissent pour aller bloquer les latéraux, les attaquants restent dans l’axe.

Evidemment, dans la foulée des sorties de Iniesta ou Sergi Roberto, c’est l’ensemble du bloc « défense-milieu » du Barça qui coulissait sur la largeur. Derrière le relayeur chargé de bloquer le couloir, Busquets se retrouvait face à la première solution qui se présentait dans l’axe. Il était suivi de près par le second relayeur, qui suivait le mouvement à l’opposée de l’action.

Cette solution a permis aux attaquants du Barça de conserver un rôle défensif dans l’axe lorsque l’équipe était à la récupération. Pedro et Adama était dès lors en mesure de déclencher le pressing sur les passes en retrait partant des latéraux niçois, bloqués par Iniesta ou Sergi Roberto. Rafinha conservait lui son rôle dans l’axe, héritant du marquage de Mendy, positionné devant la défense niçoise.

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Les milieux du Barça bloquent l’avancée niçoise par le couloir droit. Puel s’apprête à donner la balle en retrait vers Genevois. Exceptionnellement côté gauche sur cette action, Rafinha anticipe et sort sur le défenseur azuréen.

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Les Catalans ont complètement verrouillé le couloir sur cette phase de jeu. Venant du côté opposé, Hult se déplace pour offrir une solution mais son décrochage est suivi par Sergi Roberto.

Là encore, il est possible d’imaginer la même animation défensive avec les futurs titulaires de l’attaque du Barça. Le rôle d’attaquant axial n’est qu’un simple rôle de « positionnement », idéal pour le Messi des dernières saisons, alors que les deux excentrés devront multiplier les courses. Leurs tâches seront en effet à la fois de presser sur les passes en retrait (cf. captures précédentes), mais aussi de combler les brèches au milieu de terrain lorsque le jeu le demandera. Avec Neymar et Suarez, Messi pourra compter sur deux joueurs qui ne rechignent pas à ce genre d’efforts défensifs.

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Dans le couloir gauche, Iniesta tente de bloquer la combinaison entre Pied et Puel. Dans l’axe, Busquets et Sergi Roberto sont à deux-contre-deux face à Hult et Eysseric. Rafinha occupe lui la zone de Mendy. Sur cette phase de jeu, le retour de Pedro va permettre au Barça de remettre la pression sur le porteur de balle.

Au coeur de ce système de jeu, Busquets avait évidemment un rôle très important pour que l’équipe conserve son équilibre défensif. Avec Iniesta et Sergi Roberto qui travaillaient sur la largeur, c’était lui qui devait suivre les décrochages des milieux adverses dans leur moitié de terrain. Un déplacement qui entraînait logiquement la montée de la défense du Barça.

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Alors que Mendy, Bodmer et Genevois sont bloqués par les attaquants catalans, Hult décroche pour offrir une 4e solution. Busquets le suit et l’empêche de se retourner. Iniesta et Sergi Roberto restent en position. En couverture, Mathieu sort pour bloquer Eysseric, parti occuper la zone laissée par Busquets.

Ce système défensif n’a toutefois duré qu’une seule mi-temps. Après la pause, les changements opérés par Luis Enrique ont remis le Barça dans sa configuration de la saison dernière : les ailiers (Halilovic et Deulofeu) bloquaient les couloirs, et il revenait aux les milieux axiaux (Xavi et Rakitic) de verrouiller bloquer la transition adverse dans l’axe derrière leur attaquant. Remplaçant de Busquets, Samper restait lui devant sa défense.

Face à Naples :

Opposés à Naples ce mercredi soir, les Catalans ont travaillé dans la continuité lorsqu’ils étaient en possession du ballon. Busquets est redescendu entre ses défenseurs, Piqué et Bartra, afin de couvrir leurs sorties balle au pied pour effectuer les premières passes. Le bloc italien étant positionné un peu plus haut, les relayeurs (Iniesta et Rakitic) ont dû travailler un peu plus bas que d’habitude, mais l’issue de la circulation était la même et visait à faire reculer le Napoli en passant par les côtés.

En revanche, sans le ballon, les Barcelonais ont débuté la rencontre dans leur système classique. Pedro et Munir bloquaient les couloirs, et la paire Iniesta-Rakitic s’occupait de l’axe. Un choix tactique peut-être motivé par la présence d’un adversaire direct (Hamsik) dans la zone de Busquets, limitant de fait ce dernier dans ses possibilités de déplacements défensifs. Les Catalans ont toutefois su répondre présent au pressing grâce au regain d’activité de Rafinha aux avants-postes, qui se chargeait de sortir sur les passes en retrait adverses.

Au final, si dans son animation offensive, le Barça semble revenir à ses origines de 2008, Luis Enrique a l’air d’avoir entamé un nouveau processus sur le plan défensif. Sans changer de système, les différents tests effectués face à Nice et Naples pourraient être des réponses à différentes situations qui se présenteront dans la saison (Présence ou non de Messi dans l’axe côté Barça ? Quelle adversité dans la zone de Busquets côté adversaire ?).

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6 réponses

  1. jAX dit :

    Je n’ai pas vu le match contre Nice mais contre Naples je trouve que l’équipe aurait pu en faire plus dans les couloirs. Les latéraux n’étaient utilisés que comme des solutions pour arriver à libérer/trouver les relayeurs ou Rafinha. Très peu de triangulations dans les couloirs. Lorsque les latéraux montent ils se sont arrêtés au niveau des relayeurs pour servir de relais et renvoyer les ballons dans l’axe, or avec le pressing de Naples ça n’a servi à rien et l’équipe a souvent été coincé à hauteur du milieu de terrain. Au retour des vestiaires c’était bien mieux, Alba l’a fait une ou deux fois et Grimaldo l’a tenté à chaque fois. Le central en possession du ballon, l’ailier décroche, attire des joueurs et libère le couloir au latéral (qui prend plus le couloir). Un point à perfectionner.

    J’ai hâte de voir ce que ça va donner avec Neymar, Messi et Suarez parce que dans le jeu d’aujourd’hui, les attaquants n’ont que très très peu le ballon dans les pieds et doivent faire des fulgurances ou jouer les derniers ballons à chaque possession. Autant pour Neymar et Suarez ça peut le faire autant ça changera totalement pour Messi. Je crois qu’il y aura des adaptations mais j’ai hâte de voir.

    Très bonne analyse.

  2. Samlali hamza dit :

    Bon test match vu que nice a joue en 4141, un systeme defensif qui a mis à mal le barca l annee dernière où elle subissait le pressing adverse, avec une ligne de 4 au milieu qui bloquait le jeu court du barca en construction. Bon debut, le barca n a pas subis le pressing de cette ligne de 4 au milieu de terrain.Un systeme defensif qui bloque bien la relance adverse , sauf qu’une relance des niçois , sur un appel en profondeur dans le couloir derrière des arrières très avancés , a occasionné des actions dangereuses surtout du côté de mathieu qui a du mal à couvrir ces appels. Enfin et à la fin des deux matchs, je me suis posé une question. Est ce que le barca jouera un vrai 352 ou restera sur ce système alternant un 433 et 352.

  3. korso dit :

    Vous pensez, sérieusement que ce type a un projet de jeu avec des idées bien élabores? Luis Enrique a été un joueur très moyen et un entraîneur très quelconque.Il n’a rien à voire avec le Barça, même pas l’équipe B; vous remarquerez d’ailleurs qu’il a plus de contact avec l’équipe B qu’avec celle pour qui il a été recruté. La saison n’a pas encore démarré, mais je suis prêt à parier qu’elle sera la pire pour les Barcelonais. Dommage c’est une grande équipe que Luis Enrique va réduire à néant.
    Supporteurs de Barça faite l’autruche, le décompte 2014-2015 sera très sévère.

  4. Samlali hamza dit :

    Ça me rappelle les déclarations en 2008 après la défaite de numancia.

  5. korso dit :

    Le problème n’est pas dans la défaite, mais surtout dans la manière de jouer. Je suis sur que Luis Enrique est très en dessous des attentes des supporteurs du Barça. Il n’a pas l’envergure. Rendez Vous le 24 Mai, peut être bien avant.

  6. B2O dit :

    @korso – 0 but encaissé, ça se voit Enrique est en-dessous.

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