Rétro 2012 : les cinq fils tactiques de l’année

Cette année, 142 articles ont été publiés, des simples analyses de matchs aux focus sur différents joueurs ou équipes. Evidemment, certains sujets sont revenus plus régulièrement que d’autres. A l’heure de regarder dans le rétro, voilà les cinq thèmes principaux qui ont accompagné les Chroniques Tactiques en 2012.

1 – L’avènement du 3-5-2

S’il fallait ne retenir qu’une chose de cette année 2012, ce serait le retour progressif de la défense à trois. En France, les Girondins de Bordeaux (lire : le 3-5-2 des Girondins contre Valenciennes) et l’AS Nancy-Lorraine ont porté ce changement pendant plusieurs mois, avant que des adversaires du PSG ne s’en emparent récemment. Toutefois, le système de jeu traîne toujours avec lui une réputation défensive dans l’hexagone. Pour la comprendre, il suffit de se pencher sur la façon dont les équipes françaises terminent leurs actions dans cette organisation. Souvent, le souci de l’équilibre et de la couverture défensive prend le pas sur l’envie d’attaquer. Un exemple typique : en cas d’attaque côté gauche, le latéral droit restera en couverture au lieu de suivre le mouvement pour offrir une solution supplémentaire dans la surface adverse, au second poteau. Au final, le 3-5-2 français se rapproche plus d’un 5-3-2 : capable d’être redoutable en contre, il est rarement à son avantage quand il s’agit d’évoluer face à un bloc regroupé.

On est loin, très loin du schéma de jeu avec lequel la Juve est allé chercher le Scudetto en mai dernier (lire : Juventus 3-0 AS Rome, l’analyse tactique). Pour reprendre le même exemple, Lichtsteiner -latéral droit donc- a l’habitude d’être présent à la finition des centres venus de la gauche. Il faut dire que le Suisse peut se le permettre : les Bianconeri assurent le coup avec une superbe arrière-garde, capable même de suppléer Pirlo dans son travail de relance (lire : La Juve et l’intégration de Pirlo). Capable de défendre aussi bien que d’attaquer, à l’image de ses relayeurs Marchisio et Vidal, la Juve a enchaîné 49 matchs sans défaite avant de tomber le 6 novembre dernier face à l’Inter Milan, organisé en 3-4-1-2 pour se calquer sur l’organisation turinoise (lire : Juventus 1-3 Inter Milan, l’analyse tactique). Entre temps, la formation d’Antonio Conte a eu le temps d’inspirer Cesare Prandelli, qui s’est appuyé en grande partie sur son arrière-garde pendant l’Euro 2012 (lire : Espagne 1-1 Italie, l’analyse tactique). Depuis, elle s’est relevée, a pris le large en Serie A malgré un revers contre l’autre club de Milan et a surtout assommé le champion d’Europe en titre (lire : Juventus 3-0 Chelsea, l’analyse tactique). En attendant de se frotter au Top 5 européen, la Juventus sera attendue au Celtic Park au mois de février, pour un huitième de finale de Ligue des Champions.

2 – Le PSG d’Ancelotti

Ou la mise à l’épreuve d’un entraîneur italien sur un banc de touche français. Arrivé dans la capitale fin décembre 2011 en remplacement d’Antoine Kombouaré, Carlo Ancelotti a vu son travail épié et analysé tout au long de l’année. Dès son arrivée, il avait décidé de poser sa patte sur le système de jeu parisien : le 4-2-3-1 a fait place au 4-3-3 avec un milieu à trois typique des habitudes de la Serie A (lire : La première sortie du PSG d’Ancelotti). Profitant à l’époque de l’absence de Pastore, le coach italien était ensuite revenu au système de jeu de l’ère précédente au retour de ce dernier (lire : PSG : le sapin reste de saison), avant de finalement revenir à son premier choix. A l’époque, un mal transparaissait de toutes les sorties du club de la capitale : son incapacité à maîtriser le jeu et à le maintenir dans le camp adverse. Malgré 39 points pris sur la phase retour, Paris a laissé filer le titre de champion de France à Montpellier, auteur d’une deuxième partie de saison au-delà de toutes les attentes (45 points pris).

Pendant l’été, les dirigeants qataris ont remis la main à la poche pour considérablement renforcer le groupe. Thiago Silva, Verratti, Lavezzi et Ibrahimovic ont débarqué, soit quatre joueurs taillés pour le système de jeu préféré du Mister (lire : PSG : ce que nous dit le recrutement). Le mois d’août a été laborieux, mais Paris semblait avoir lancé sa saison une fois l’axe Thiago Silva-Verratti-Ibrahimovic constitué, soit le meneur de défense, le regista et le n°9 (lire : Lille 1-2 PSG, l’analyse tactique). Invaincu pendant tout le mois de septembre, les Parisiens ont subi un gros coup d’arrêt à Porto en Ligue des Champions : dominés dans tous les compartiments du jeu, ils n’ont craqué qu’en fin de partie mais ont pu comprendre que le chemin était encore long pour rivaliser avec les meilleures équipes d’Europe (lire : FC Porto 1-0 PSG, l’analyse tactique). L’équipe a alors recommencé à douter : après des débuts magnifiques, Verratti a plongé et a entraîné le milieu parisien avec lui. Sans patron, qu’il soit technique ou mental, dans cette zone, Paris est retombé dans ses travers et a laissé filer de précieux points en Ligue 1.

Bousculé dans la presse depuis son arrivée, Carlo Ancelotti a finalement eu le dernier mot -en attendant la prochaine défaillance- lors du retour du FC Porto au Parc des Princes. En abandonnant son système préférentiel pour un 4-4-2, il a surpris son adversaire (lire : PSG 2-1 FC Porto, l’analyse tactique). Mais au delà de ce changement, le coach italien a pu compter sur le retour de Thiago Motta, trop souvent absent depuis le début de saison. Avec lui, Paris récupérait enfin un joueur capable de dicter le tempo dans l’entrejeu, que ce soit sur phase défensive ou offensive (lire : Le 4-4-2 parisien et la L1). Autour de lui, Pastore et Lavezzi en ont profité pour monter en régime tandis que Ménez a gagné en volume de jeu en étant replacé dans l’axe. Bilan de ce renouveau, Paris a conservé son titre de champion d’automne (lire : PSG 1-0 Lyon, l’analyse tactique). A suivre en 2013 : le retour de Verratti dans le onze parisien : pour un retour au 4-3-3 ?

3 – De Blanc à Deschamps

Six ans que la France attendait ça. Depuis 2006, elle n’avait plus eu de véritable occasion de vibrer avec son équipe nationale. Tout est finalement revenu, lors d’un simple match nul. C’était en Espagne à la mi-octobre, chez les champions du monde et double champions d’Europe en titre (lire : Les trois clés du triomphe espagnol). Après une première mi-temps difficile, les Bleus ont tenu tête à leurs adversaires pendant une grosse demi-heure, pour finalement revenir au score en toute fin de partie (lire : Espagne 1-1 France, l’analyse tactique). A la base de cette performance : le pragmatisme de Didier Deschamps, qui a senti le coup possible à l’heure de jeu. Dominatrice depuis le coup d’envoi, l’Espagne n’avait inscrit qu’un petit but et commençait à fatiguer de son pressing et de ses déplacements permanents. Entré en jeu, Valbuena a inversé la dynamique du match, en jouant de sa mobilité pour briser l’emprise espagnole dans l’entrejeu. Moins dominatrice, obligé de se replier et de ressortir les ballons de sa moitié de terrain, la Roja a continué de plonger physiquement avant de finalement concéder l’égalisation. Un mois plus tard, la France confirmait dans ce système par une prestation intéressante en Italie (lire : Italie 1-2 France, l’analyse tactique).

Le premier semestre des Bleus avait été moins brillant. Malgré une longue série d’invincibilité et une qualification « facile » pour l’Euro 2012, les Bleus de Laurent Blanc n’ont en vérité jamais convaincu. Les succès en amical, face au Brésil, l’Angleterre (2011), ou l’Allemagne (lire : Allemagne 1-2 France, l’analyse tactique) ne garantissant pas une réussite dans une compétition majeure, seul l’Euro pouvait permettre de juger du travail du sélectionneur. Malheureusement, au moment du quart de finale fatidique, rien ne laissait envisager autre chose qu’une élimination face à une équipe d’Espagne intrinsèquement meilleure (lire : Espagne 2-0 France, l’analyse tactique). La victoire face à l’Ukraine lors de la deuxième journée a trompé l’oeil de beaucoup, celle-ci s’étant construite lors d’un quart d’heure à quitte ou double qui avait finalement tourné en faveur des Français (lire : Ukraine 0-2 France, l’analyse tactique).

4 – La chute du FC Barcelone

Malgré les 91 buts inscrits par Lionel Messi sur l’année civile, le Barça n’a remporté qu’un seul trophée en 2012 : la Coupe du Roi (lire : Barcelone 3-0 Athletic Bilbao, l’analyse tactique). En cause, un essoufflement fatal lors de la deuxième quinzaine d’avril, qui s’est achevé sur le départ de Pep Guardiola (lire : Guardiola, fin de course). Sur ces deux semaines de compétition, Barcelone a laissé filer la Liga et la Ligue des Champions en s’inclinant face aux deux futurs vainqueurs : le Real Madrid et Chelsea. En championnat, après onze rencontres sans victoire, José Mourinho est en effet venu à bout de son némésis : beaucoup moins agressif que dans les Clasicos précédents, son Real Madrid a su contrôler un Barça constamment aspiré par l’intérieur du terrain au moment de construire (lire : FC Barcelone 1-2 Real Madrid, l’analyse tactique). Au lieu de jouer les relais entre le bloc-équipe et l’attaque, Özil est notamment redescendu travailler défensivement pour aider ses deux milieux défensifs. Cette stratégie a permis au Real Madrid d’opposer au Barça un milieu de terrain très dense et capable de fermer tous les intervalles dans l’axe.

Mais Mourinho n’a pas inventé grand chose sur coup, puisque l’Espanyol Barcelone avait aussi accroché le Barça grâce à un système défensif à trois dans l’entrejeu (lire : Clasico : une ode à la patience). C’était au tout début de l’année 2012 : le Barça se déplaçait chez son voisin avec son 3-4-3. Avec Forlin, Verdu, Romaric et le soutien des attaquants excentrés (Bifouma et Weiss), la formation de Mauricio Pochettino avait réussi à tenir tête à l’armada blaugrana (lire : Espanyol 1-1 Barcelone, l’analyse tactique). Un match de Liga a priori anodin, mais dont le souvenir a été ravivé en avril lors des succès madrilène et londonien face à la formation de Guardiola (lire : FC Barcelone 2-2 Chelsea, l’analyse tactique). Malgré sa moisson de trophées, ce dernier s’en est donc allé -provisoirement- sur deux échecs. La suite, on la connaît : Tito Vilanova a pris la suite, tiré les leçons de l’expérience du 3-4-3 et est revenu au système de jeu sur lequel Barcelone a construit ses succès (lire : Barça : premier mois sans Guardiola). Pour le meilleur pour le moment.

5 – Les équipes du moment

A défaut de suivi continu, il fallait bien accorder une petite place dans cette rétro pour les coups de coeur de l’année. Sur le premier semestre 2012, c’est vers l’Espagne qu’il fallait se tourner avec les parcours de l’Athletic Bilbao et de l’Atletico Madrid en Ligue Europa. Sans forcément rechercher la possession, les deux formations ont excellé dans l’art offensif : face à Manchester United pour les Bilbainos (lire : Manchester United 2-3 Athletic Bilbao, l’analyse tactique et Athletic Bilbao 2-1 Manchester United, l’analyse tactique) et dans les derniers tours de Ligue Europa pour l’Atletico (lire : Atletico Madrid 3-0 Athletic Bilbao, l’analyse tactique et Atletico Madrid 4-2 Valence, l’analyse tactique). Depuis, Basques et Madrilènes ont connu des trajectoires opposées. Bilbao est retombé dans l’anonymat de la Liga -ou presque- tandis que les Colchoneros de Diego Simeone poursuivent leur progression dans la foulée du meilleur avant-centre du moment : Radamel Falcao. La seconde moitié de l’année 2012 a elle été animée par le Borussia Dortmund, enfin à maturité sur la scène européenne (lire : Borussia Dortmund 2-1 Real Madrid, l’analyse tactique), et le Shakhtar Donetsk, qui fait bonne impression même dans la défaite (lire : Chelsea 3-2 Shakhtar Donetsk, l’analyse tactique). Pour peu que les deux formations continuent sur leur lancée, leur confrontation en Ligue des Champions au printemps prochain pourrait être l’un des matchs les plus intéressants de l’année 2013.


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2 réponses

  1. the teacha dit :

    A titre perso, je retiens surtout le magnifique 3-5-2 de la Juve!! ils ont été incroyable cette saison, c’est spectaculaire et il n’y a aucune défaillance tactique, le terrain est quadrillé, chacun peut apporter offensivement même les défenseurs centraux à l’image de Chiellini qui se permet de monter sans ballon ( contre l’Atalanta dernièrement ) et puis au delà des qualités de Pirlo, c’est avant tout le choix des 2 autres milieux axiaux qui complètent parfaitement son jeu sur le plan défensif. J’ai vraiment envie de les voir aller loin en LDC pour voir leur veritable potentiel sur le continent europeen

  2. Erick dit :

    Oui à voir dans la durée car si l’un des milieux de terrain est absent, c’est plutôt juste sur le banc(Ndlr inter).

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