FC Barcelone 5-4 FC Séville, l’analyse tactique

Une folie. La saison européenne ne pouvait pas mieux débuter. Au terme d’une rencontre exceptionnelle, le FC Barcelone est allé arracher le 4e trophée de son année 2015 en venant à bout d’une équipe de Séville qui a eu le droit d’y croire jusqu’au bout. Revenus à 4-4 après avoir été menés 4-1, les Andalous ont craqué à cinq minutes de la séance de tirs au but.

Les équipes : 

Pour ce premier match officiel de la saison, le Barça doit faire sans Neymar. Pedro étant sur le point de quitter le club, Luis Enrique décide de le laisser sur le banc et de faire confiance à Rafinha. Bien que cela ne soit pas son poste de formation, le frère de Thiago débute bien sur l’aile gauche, complétant le trio d’attaque avec Messi et Suarez.

Côté sévillan, Unai Emery doit faire avec beaucoup plus de forfaits. Son arrière-garde est particulièrement touchée, ce qui l’oblige à faire redescendre Krychowiak aux côtés de Rami en défense centrale. Devant, Gameiro est préféré à la recrue Immobile, présent sur le banc de touche.

Le plan des Sévillans

Evidemment, inutile de tenter de contester la possession à ce Barça. Le FC Séville débute la rencontre en laissant Piqué et Mascherano sans pression. En premier rideau, Gameiro se déplace afin de couper la relation entre Piqué-Mascherano et Busquets. Le milieu de terrain du Barça est aussi suivi par Iborra, en position avancée par rapport à Banega et Krohn-Delhi.

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L’organisation de base de Séville avec deux joueurs sur le trio défensif, des ailiers chargés de déclencher le pressing, deux milieux axiaux qui coulissent afin de fermer l’intérieur, des latéraux qui doivent serrer le marquage et, enfin, des défenseurs chargés d’assurer la couverture.

L’objectif des Andalous est de forcer le Barça à passer par les côtés pour pouvoir franchir la ligne médiane. C’est lorsque Alves et Mathieu sont servis que l’équipe déclenche son pressing grâce aux démarrages de Vitolo et Reyes, ainsi qu’au marquage serré de Trémoulinas et Coke sur Messi et Rafinha. Dans l’axe, Banega et Krohn-Delhi coulissent pour fermer l’intérieur et – si besoin – couvrir dans le dos de leurs latéraux.

Sur leur première incursion dans le camp blaugrana, les Rouge et Blanc obtiennent un bon coup-franc que Banega transforme magistralement (1-0, 3e). De quoi faire partir le match sur d’excellentes bases… Le problème, c’est que le Barça réagit aussi rapidement en appuyant sur la faiblesse du FC Séville lors de cette première mi-temps : la « légèreté » de la paire Banega/Krohn-Delhi dans l’entrejeu.

Un axe trop faible face à Messi

Dès les premières minutes, les deux milieux de terrain ont des difficultés pour contenir les mouvements de Messi vers le coeur du jeu. Plus gênant, à partir du moment où le Barça parvient à déjouer le pressing-côté (changement d’aile rapide, accélération d’un joueur, fixation dans l’axe par un relais supplémentaire…), Séville se retrouve en difficulté en phase défensive et ce malgré un bloc très bas (11 joueurs derrière le ballon).

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Séville à 11 derrière, une constante dès que le pressing est impossible dans les couloirs.

En cause, Banega et Krohn-Delhi qui sont souvent battus plein axe par des ballons demandés par Messi ou Suarez dans leur dos. Si le repli (nécessaire) d’Iborra apporte une plus-value dans les duels, il libère aussi Busquets dans la moitié de terrain andalouse. Le milieu de terrain joue ainsi plus de ballons dans le camp adverse que dans sa moitié de terrain au cours de la première mi-temps. Barcelone fait tourner dans les 30 mètres adverses, Séville « tacle » dans le vide et Messi sanctionne très vite par deux coups-francs directs (7e, 16e, 2-1).

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Banega et Krohn-Delhi se font surprendre par les mouvements de Suarez ou Messi, qui demandent le ballon dans l’intervalle qui les sépare.

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Même le repli d’Iborra ne suffit pas pour empêcher ces ballons très dangereux pour la défense centrale.

Séville : tout sur Iborra

Largement dominé au cours de cette première mi-temps, le FC Séville essaie tout de même de repartir court depuis son gardien de but. La relance s’organise autour de Rami, Krychowiak, Banega et Krohn-Delhi. Comme d’habitude, Suarez fait les efforts aux avants-postes et amène le Barça dans sa foulée pour presser les défenseurs et milieux sévillans… qui ont néanmoins une solution devant en la personne d’Iborra, souvent sollicité dans les airs.

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Séville essaie d’aspirer le Barça en repartant court… Une manoeuvre à haut risque, qui l’oblige à se faire quelques frayeurs en première mi-temps.

Soutien de Gameiro, le rôle du joueur d’1m90 est clair : peser dans les airs et dévier les ballons pour ses attaquants (Vitolo, Reyes, Gameiro). Pour preuve, à la mi-temps, il est le joueur qui a été le plus sollicité dans les airs (3 duels aériens et 6 passes de la tête sur les 13 qu’il a effectuées). Si quelques ballons gagnés permettent ensuite d’ouvrir sur les latéraux, ter Stegen passe une soirée plutôt tranquille, aidé par le bon repli de la majorité de ses troupes.

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Attirer le Barça dans sa moitié de terrain, c’est aussi donner plus de chances à ses attaquants en cas de duel remporté par Iborra.

Comme si les choses n’étaient pas assez compliquées pour les Andalous, Barcelone ajoute un 3e but au sortir d’une contre-attaque : alors qu’ils défendent un coup de pied arrêté, les Blaugranas s’en sortent et Piqué lance Suarez qui file au duel avec Beto. Le Portugais s’interpose mais l’attaquant récupère et se rattrape en donnant une passe décisive pour Rafinha (3-1, 44e).

Deuxième mi-temps : l’erreur de Trémoulinas 

Après la pause, le match repart sensiblement sur les mêmes bases, si ce n’est que le FC Séville recherche beaucoup moins le jeu de tête d’Iborra. Au lieu d’être proches de leur avant-centre, comme durant le premier acte, Reyes et Iborra décrochent plus afin de permettre de remonter les ballons au sol. Mais le Barça maintient aussi son pressing dans la moitié de terrain andalouse.

Et ce qui a failli arriver en première mi-temps se produit finalement dans la seconde. Trémoulinas voit l’une de ses passes dans l’axe pour Banega interceptée par Busquets. La défense sévillane n’a pas le temps de se repositionner et le milieu du Barça donne une balle de but que Suarez s’empresse de transformer (4-1, 52e). Match terminé ?

L'interception de Busquets sur le 4e but du Barça. La défense sévillane étant écartée, elle ne peut rien pour rattraper Suarez dans l'axe.

L’interception de Busquets sur le 4e but du Barça. La défense sévillane étant écartée, elle ne peut rien pour rattraper Suarez dans l’axe.

Le Barça a-t-il géré trop tôt ? 

Les spectateurs peuvent le croire tant les minutes qui suivent voient le Barça asseoir sa possession dans le camp sévillan (74% de possession). Pourtant, c’est bien Séville qui relance le match sur un contre parfaitement mené par Vitolo côté droit. Rakitic est battu sur la sortie de balle, Busquets ne parvient pas à refermer le couloir et le centre de l’Espagnol et repris au second poteau par un Reyes complètement seul -Mathieu joue l’interception mais est trop court – (4-2, 57e).

Le match entre alors dans un faux-rythme, causé notamment par la baisse de régime du Barça dans la moitié de terrain adverse (Rafinha et Rakitic auront des balles de 5-2 à la 58e et 60e minute, plus rien ensuite). Suarez ne sort plus autant mettre la pression sur les défenseurs adverses et les Andalous trouvent enfin le temps de construire leurs actions. Les ballons remontent jusque dans les 30 derniers mètres et Séville parvient en plus à mettre la pression sur la relance catalane (Gameiro et Iborra vont désormais chercher beaucoup plus haut).

Le quatuor offensif sort bien plus haut afin d'aller chercher la relance de Piqué et Mascherano.

Le quatuor offensif sort bien plus haut afin d’aller chercher la relance de Piqué et Mascherano.

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De son côté, le Barça ne presse plus autant et recule très vite alors que Séville enchaîne ses premières passes.

Unai Emery fleure le bon coup et fait entrer Konoplyanka à la place de Reyes (68e). L’Ukrainien se place sur l’aile gauche (Vitolo passe à droite) et va poser des problèmes à Rakitic et Alves. Son habitude de repiquer à l’intérieur, combinée aux montées de Trémoulinas qui embarquent un adversaire, lui offre des situations de un-contre-un (souvent contre Rakitic). C’est grâce à ce côté fort, soutenu par Banega sur l’action, que Séville amène l’action jusqu’au penalty du 4-3, transformé par Gameiro (72e).

Luis Enrique recule, Séville avance : 

Ce but relance évidemment complètement le match. Pour la première fois de la rencontre, Séville prend même possession du ballon pendant plusieurs minutes (entre le 4-3 et le 4-4). Alors que Suarez ne peut plus rien déclencher (défensivement) aux avants-postes, Luis Enrique préfère procéder à un remplacement défensif en faisant sortir Rafinha pour faire entrer Bartra. Mascherano laisse sa place en défense et passe dans l’entrejeu (78e).

Alors qu’Iniesta est déjà sorti et que Messi a disparu de la circulation depuis plusieurs minutes (deux joueurs capables de déjouer un pressing haut en éliminant un adversaire), ce changement – Mascherano au milieu avec Busquets – apparaît comme une invitation au FC Séville à s’installer dans la moitié de terrain du Barça. Et pour ne pas arranger les choses, Bartra craque tout seul quelques minutes plus tard face à Immobile, qui offre le 4-4 à Konoplyanka (81e).

Séville, aussi renforcé défensivement : 

Revenus à égalité, le FC Séville profite aussi des changements effectués par son entraîneur pour régler ses principaux problèmes défensifs. L’entrée en jeu de Mariano – en même temps que Immobile -provoque plusieurs mouvements dans l’arrière-garde andalouse : l’ancien Bordelais prend le flanc droit, ce qui replace Coke dans l’axe et permet à Krychowiak de retrouver son poste au milieu de terrain.

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Le retour de Krychowiak dans l’entrejeu a apporté la solidité qui manquait au FC Séville face aux attaques placées du Barça.

Immédiatement, le FC Séville gagne en solidité grâce au retour du Polonais dans l’entrejeu. Les longues phases de possession du Barça, qui faisaient tant de mal en première mi-temps, sont désormais beaucoup mieux contrôlées. Le 4-1-4-1 (Krychowiak en soutien de Banega et Krohn-Delhi) fait certes reculer Séville sur le terrain (abandon du pressing haut) mais le Barça ne parvient pas à trouver de solutions dans le dernier tiers ou à accélérer dans le dernier tiers (Messi passe de 6 dribbles réussis/8 tentés en première mi-temps à 2/5 sur les 40 dernières minutes).

Le dernier mot pour Pedro : 

A ce moment du match, les Catalans sont aussi complètement déséquilibrés offensivement par les changements de Luis Enrique. Sergi Roberto se retrouve à dépanner sur l’aile gauche. Alors que Séville se contente d’attendre en fin de match et en début de prolongation, le coach catalan abat sa dernière carte en faisant entrer Pedro à la place de Mascherano (93e). Ce troisième changement permet au Barça de retrouver sons système de jeu habituel.

Débute alors une véritable attaque-défense entre des Catalans qui tentent des approches au sol et des Sévillans qui s’accrochent défensivement et tentent de procéder en contre. Peu d’occasions à signaler durant cet affrontement – Séville défend bien mais peine à attaquer – jusqu’à la 115e minute, lorsque Messi obtient un bon coup-franc à l’entrée de la surface de Beto. Pas de transformation directe cette fois ; l’Argentin a une deuxième chance ; le gardien dévie et Pedro est plus rapide que tout le monde pour pousser la balle au fond des filets (5-4, 115e).

Les cinq dernières minutes des prolongations voient les Sévillans tout tenter pour revenir. Par deux fois, ils parviennent à créer le danger sur coups de pied arrêtés, par Coke puis Rami… mais les défenseurs centraux ne trouvent pas le cadre. Pour pas grand chose à chaque fois.

Conclusion : 

5ème Supercoupe d’Europe pour le Barça, peut-être la plus belle sur le plan du spectacle et du suspense. Il n’y avait pas de match en première mi-temps tant la supériorité catalane était manifeste. Le FC Séville a clairement profité d’une baisse de régime (physique ? déconcentration ?) de leurs adversaires à 4-1 pour revenir dans le match. Mention spéciale à Unai Emery, dont le coaching a permis aux Andalous d’appuyer sur les faiblesses défensives du Barça (côté gauche), tout en retrouvant l’assise défensive qu’ils n’avaient pas en première mi-temps (Krychowiak au milieu). Pour un 20e match sans victoire face aux Blaugranas, le natif de Fontarrabie s’est magnifiquement défendu.

 

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