Athletic Bilbao 4-0 Barcelone : analyse d’une déroute

Vendredi soir, à l’occasion du match aller de la supercoupe d’Espagne, le FC Barcelone a enregistré sa plus lourde défaite plus de trois saisons et la demi-finale aller perdue face au Bayern Munich de Jupp Heynckes (0-4). Un revers étonnant à première vue, mais qui est venu sanctionner le turnover massif (et nécessaire ?) effectué par Luis Enrique après la supercoupe d’Europe. Dans le camp d’en-face, l’Athletic attendait les Catalans de pied ferme et a réalisé une partie exceptionnelle, que ce soit en terme d’agressivité dans les duels et d’intensité dans le jeu.

Les compositions : 

Forcément, les 120 minutes disputées face au FC Séville ont laissé des traces en Catalogne. C’est donc un Barça largement remanié qui s’est présenté sur la pelouse de San Mamès. Par rapport à la rencontre de mardi, Luis Enrique a procédé à six changements dans son onze de départ : les rescapés se nommaient ter Stegen, Daniel Alves, Mascherano, Rafinha – qui sont tous les deux passés au milieu de terrain à la place de Busquets et Rakitic -, Messi et Suarez. Entrés en jeu face à Séville, Bartra, Sergi Roberto et Pedro débutaient aussi la partie. Vermaelen et Adriano faisaient eux leurs débuts en compétition officielle cette saison.

Du côté de Bilbao, Ernesto Valverde reconduisait son système de jeu habituel en 4-2-3-1. Il devait toutefois faire sans Iturraspe et de Muniain. L’absence du premier l’a forcé à faire redescendre Benat d’un cran afin de jouer aux côtés de San José. Arrivé de Leganes pendant l’été, Javi Eraso s’est retrouvé en soutien d’Aduriz aux avants-postes. Blessé de longue date, Muniain était lui remplacé par Sabin Merino.

La première séquence de pressing : 

Si Bilbao s’en est aussi bien sorti dans ce match, c’est avant tout grâce aux efforts accomplis pour empêcher le Barça de mettre son jeu en place. Victime n°1 de cet excellent travail défensif, Lionel Messi est passé d’un match à 92 ballons et 75 passes face au FC Séville (sur les 90 minutes du temps règlementaire) à 75 ballons touchés et 53 passes face à Bilbao. Dès le coup d’envoi, les hommes d’Ernesto Valverde ont affiché leurs intentions en allant mettre la pression sur les Catalans.

Ils ont notamment su couper la relation entre ter Stegen et ses latéraux afin de forcer l’Allemand à jouer court vers Bartra ou Vermaelen (forcément moins à l’aise que Piqué sous la pression). Alors qu’Aduriz naviguait entre les défenseurs centraux adverses, ses ailiers (Susaeta et Sabin) se positionnaient ensuite entre les latéraux barcelonais et Bartra ou Vermaelen lorsqu’ils étaient en possession du ballon. Ne restaient alors plus que des solutions courtes dans l’axe, pressées par Benat, San José ou Eraso… ou les dégagements à destination des attaquants, peu à l’aise sur les longs ballons.

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Pressé par Susaeta, Adriano doit jouer en retrait vers Vermaelen, qui se retrouve sous la pression d’Aduriz.

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Le Belge repasse par son gardien. Au lieu d’anticiper et de sortir sur Bartra, Sabin reste en position et bloque l’une des passes favorites de l’Allemand (vers Alves, par-dessus le premier rideau de pressing adverse).

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ter Stegen joue donc court vers Bartra. C’est à ce moment que Sabin avance vers lui, bloquant la ligne de passe vers Alves. En empêchant à un relais d’être sauté (passe ter Stegen-Alves), c’est tout le bloc de Bilbao qui a le temps de se mettre en place ici. Benat et San José sortent à leur tour, le premier sur Rafinha. A noter la liberté dont bénéficie Mascherano (même si San José semble prêt à anticiper), mais la pression sur Bartra le force à allonger à l’opposée.

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La couverture de Bilbao entre alors en scène avec la sortie de De Marcos au pressing sur Pedro.

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Le ballon revient plein axe sur Rafinha qui le contrôle sous la pression et finira par revenir en retrait. A noter qu’à l’instar du marquage serré de De Marcos sur Pedro, Balenziaga suit Messi de très près.

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Un autre exemple quelques minutes plus tard, ter Stegen vient de dévisser un dégagement qui était destiné à Adriano. Toujours positionné entre le latéral et le central catalan, Susaeta met la tête et met Eraso en très bonne position dans la surface. S’en suivra une série de corner pour Bilbao.

Le but de San José, intervenu quelques minutes plus tard (1-0, 13e), a été la conséquence directe de la très bonne entame de Bilbao dans la moitié de terrain du Barça. Preuve en est la distribution des ballons touchés par les Catalans jusqu’à cette ouverture du score (voir ci-dessous). Exceptée une combinaison côté gauche entre Pedro et Adriano, bien couverte par la défense centrale de Bibao (2 contre 1 vs Suarez en couverture), Barcelone a eu toutes les peines du monde à aller au-delà du rond central durant ce premier quart d’heure.

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Les ballons touchés par le Barça entre le coup d’envoi et la 13e minute (1-0, San José).

Dans l’entrejeu, pressing déclenché et marquage serré dans les couloirs : 

Bien sûr, il aurait été compliqué pour Bilbao de contenir le Barça dans son propre camp pendant 90 minutes. Les hommes de Valverde ont alterné des séquences de pressing très haut dans le camp adverse, avec des périodes où le bloc se repositionnait au milieu de terrain. Sur ces séquences, Bartra et Vermaelen étaient laissés sans pression : Aduriz et Eraso se replaçaient en première ligne et encadraient Mascherano.

En deuxième rideau, Susaeta, San José, Benat et Sabin plantaient une ligne compacte dans l’axe afin de contrôler les mouvements de Sergi Roberto et Rafinha. Comme le FC Séville mardi dernier, les Basques déclenchaient leur effort lorsque les latéraux adverses s’apprêtaient à recevoir le ballon. Le pressing de Sabin et Susaeta s’accompagnait là aussi d’un marquage serré de la part de Balenziaga et De Marcos sur les ailiers barcelonais.

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Sans relais disponible dans l’axe, Vermaelen écarte vers Adriano. Susaeta sent le coup et déclenche le pressing.

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Lorsque Messi décrochait sur son aile, il était suivi par Balenziaga et attendu par Sabin, qui lui fermait l’intérieur du jeu.

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De l’autre côté, De Marcos suivait aussi de près les mouvements de Pedro à l’intérieur. Ici, il compte sur la couverture de Susaeta dans le couloir.

Benat, San José et Eraso, pour défendre en avançant : 

Forcer l’adversaire à passer par les couloirs et y réduire les espaces grâce à l’agressivité des latéraux et des ailiers… Le FC Séville avait appliqué la même formule lorsqu’il attendait le Barça mardi dernier. Mais son plan avait été réduit à néant par la manque d’impact de son milieu de terrain (Banega/Krohn-Delhi).

L’Athletic n’a lui pas failli dans ce secteur : Benat et surtout San José (5 tacles réussis sur 6 + 3 interceptions sans commettre la moindre faute) ont réalisé deux gros matchs dans l’entrejeu. Ils ont aussi été bien aidés par Eraso, d’abord concerné par le pressing et l’isolation de Mascherano mais toujours prêt à intervenir côté ballon pour y enfermer l’adversaire.

Les efforts de Benat et Eraso ont permis aux Basques de faire reculer le Barça. Lorsque la progression est impossible par le couloir, les Catalans ont l’habitude de ressortir le ballon dans l’axe (généralement sur Iniesta à gauche et sur Messi, Alves ou Rakitic à droite) afin de lancer un nouveau temps de jeu dans la moitié de terrain adverse. C’est sur ces passes que les Bilbainos se sont montrés très réactifs.

Sur le flanc droit de son bloc, Benat ressortait dès que possible au pressing afin de mettre Sergi Roberto (remplaçant d’Iniesta) en difficulté et le forcer à reculer. Côté droit, ce travail revenait la plupart du temps à Eraso, qui venait bloquer l’intérieur devant San José. Evidemment, les passes en retrait forcées par les deux joueurs étaient accompagnées par les courses de la première ligne, qui permettaient à l’ensemble du bloc de remonter.

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Benat était toujours très proche de Sergi Roberto lorsque ce dernier proposait une solution de soutien à ses joueurs de couloir.

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De l’autre côté, Eraso venait fermer l’intérieur lorsque Susaeta repoussait Messi (ou Rafinha) vers la ligne médiane.

Domination et réalisme basques : 

A la mi-temps de la rencontre, les Basques sont rentrés aux vestiaires en ayant accompli une énorme performance : ils n’ont encaissé qu’un seul tir, signé Messi… et sur coup de pied arrêté (45e). Au retour des vestiaires, ils ont toutefois traversé une période un peu plus compliquée. Suarez s’est montré beaucoup plus mobile et leur a posé des problèmes en redescendant chercher des ballons pour déjouer leur pressing. L’Uruguayen s’est retrouvé à l’origine de deux occasions (tir de Pedro sur la barre, puis tir de Messi dévié par Iraizoz).

A ce moment-là, le Barça semblait en mesure de pouvoir revenir au score, d’autant qu’Iniesta (plus difficile à presser en un-contre-un que Sergi Roberto) faisait son entrée (50e). L’Athletic ne s’est pas pour autant démonté et a ajouté un second but dans les secondes qui ont suivi, toujours grâce à sa présence et son bon quadrillage de la moitié de terrain adverse (lire : Athletic Bilbao 4-0 FC Barcelone, le premier but d’Aduriz).

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Ce deuxième but a eu le don de donner un second souffle aux Basques, qui n’ont pas cédé un pouce de terrain dans les minutes qui ont suivi. Toujours tournés vers l’avant (relance directe dans le camp adverse + attaque du moindre espace balle au pied par les joueurs), ils ont profité des difficultés de la défense catalane pour ajouter deux autres buts dans le quart d’heure qui a suivi.

Comme son homologue du flanc droit sur le second, Adriano a ainsi été pris de court par Susaeta sur le 3e but, offert tout de même par une relance complètement manquée par Alves (63e). Le latéral droit du Barça, en grande difficulté sur ce match, a d’ailleurs parachevé sa performance en concédant le penalty du 4-0 pour une faute complètement inutile car loin du ballon sur un corner (68e).

La défaite du Barça en chiffres :

A l’issue des 90 minutes de jeu, et au-delà du score, de nombreux chiffres permettent de bien mesurer l’étendue de la défaite des Catalans. Le plus flagrant reste celui des « ballons perdus », soit dans un duel, soit sur une erreur technique. La saison dernière, le Barça avait terminé la saison avec 19.2 ballons perdus en moyenne par match de Liga (9.8 sur faute technique, 9.4 dans les duels). Vendredi soir, ce chiffre est monté à 40 (21 sur faute technique, 19 dans les duels !).

Pris dans la tornade qu’était l’entrejeu de l’Athletic hier, Rafinha et Sergi Roberto ont sombré avec 7 et 6 ballons perdus chacun. A titre de comparaison, les milieux titulaires du Barça (Rakitic et Iniesta) rendaient à eux deux moins de 3 ballons par match (1,2 et 1,6) en moyenne la saison dernière, quand Xavi (le n°3) n’en lâchait pas plus d’un (0,8). Des chiffres qui en disent long sur le chemin que les deux jeunes Catalans ont encore à accomplir pour devenir de réelles alternatives à ces postes-clés pour le Barça.

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Superposition des ballons perdus par le Barça (en bleu) et des actions défensives de Bilbao (tacles et interceptions). Sur les 40 ballons perdus par le Barça, 17 l’ont été dans la zone délimitée en orange.

Passées ces performances individuelles, qui rappellent que ce Barça-là n’était pas au sommet de sa forme, les chiffres d’occupation du terrain permettent de mettre en avant l’énorme travail accompli par les Bilbainos d’Ernesto Valverde. On l’a vu plus haut par le biais des images, ces derniers ont réussi à repousser les approches des Catalans grâce à l’activité de leurs milieux. Ils ont ainsi contraints le Barça à réaliser 24% de leurs passes dans leur tiers défensif quand, en moyenne la saison dernière, il n’y passait que 11% de son temps.

Ces passes en trop aux abords de la surface, le Barça ne réalisait pas dans les 30m de l’Athletic : seulement 18% de passes dans le dernier tiers hier, contre une moyenne de 34% la saison dernière. Les prises à deux sur Messi (Balenziaga + Sabin), la pression de Benat sur Sergi Roberto (moins à l’aise qu’Iniesta dans le un-contre-un) et le manque d’initiatives prises par les défensifs catalans pour porter le jeu sont trois facteurs qui permettent d’expliquer ces difficultés.

PPDA(+40m) : Un Barça absent dans le camp adverse

Asphyxiés par le pressing basque, les Barcelonais n’ont pas non plus su se mettre au niveau en terme d’intensité. Excepté en milieu de première mi-temps (après le 1er but de San José) et en toute fin de match – quand le score était acquis, ils ne sont pas réellement parvenus à récupérer le ballon haut dans la moitié de terrain adverse.

Ils ont même traversé plusieurs longues périodes sans réaliser la moindre action défensive dans les 60 mètres de Bilbao (de la ligne de but d’Iraizoz jusqu’au niveau du rond central dans leur propre camp). L’Athletic jouait long pour éviter toute forme de pression dans l’entrejeu et ses joueurs remportaient en plus la bataille des deuxièmes ballons (Benat et San José > Sergi Roberto et Rafinha).

Conclusion : 

Même si la saison ne fait que commencer, Luis Enrique a pu jauger sur ce match de la qualité de son banc de touche et de l’écart qui sépare désormais les titulaires des remplaçants. Le départ de Xavi a mis Sergi Roberto et Rafinha au premier plan et les deux ont explosé la pression de l’Athletic. De quoi rendre inquiétant le départ annoncé de Pedro pour Manchester United : en effet, derrière lui, difficile d’imaginer un élément capable de prendre le rôle du joker derrière le trio MSN ?

En attendant les inscriptions d’Arda Turan et Aleix Vidal sur les listes de la FIFA en janvier prochain, le Barça risque de devoir travailler en flux tendu sur cette première moitié de saison. Luis Enrique devra être beaucoup plus fin que cette semaine lorsqu’il devra faire tourner son effectif à partir du mois de septembre.

Pour Bilbao, ce succès quasi-historique face au Barça les place dans de bonnes conditions en vue du match retour. La remuntada a beau être un scénario toujours envisageable avec ce Barça-là (et surtout son XI-type), les Basques ont bien les cartes en main pour aller chercher cette Supercoupe d’Espagne. Vu l’état actuel de la défense du Barça (8 buts encaissés en 2 matchs), marquer un but au Nou Camp semble être dans leurs cordes. Et s’ils remettent la même intensité que ce vendredi, difficile de les imaginer en prendre 6.

 

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1 réponse

  1. Ines Sampaio dit :

    Hello, I would like to know if you could provide your email for me to contact you.
    Thank you very much
    Ines

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