Suisse 0-2 Espagne, l’analyse tactique

En battant la République Tchèque en demi-finale (voir Suisse 1-0 République Tchèque, l’analyse tactique), la Suisse a atteint pour la première fois de son histoire la finale de l’Euro Espoirs. La dernière marche à franchir a malheureusement été trop haute pour les Helvètes qui n’ont jamais paru avoir les armes pour inquiéter l’Espagne. Favorite au début de la compétition, la Roja a semblé la terminer sans forcer après avoir connu des moments compliqués (Angleterre – voir l’analyse tactique – au premier tour, puis Biélorussie en demi-finale).

Les compositions :

Malgré l’adversaire, Pierluigi Tami décide de ne rien changer à son organisation. Suspendu lors de la demi-finale, Xhaka fait son retour dans le onze de départ suisse à la place de Hochstrasser : Sommer (1) – Koch (2), Klose (15), Rossini (5), Berardi (23) – Lustenberger (6), Xhaka (14) – Shaqiri (10), Frei (9), Emeghara (7) – Mehmedi (11).

Comme Tami, Luis Milla peut compter sur son onze-titulaire pour débuter cette finale. De De Gea dans les buts jusqu’à Adrian devant, tous les meilleurs du tournoi sont là… Et Muniain toujours à la place de Jeffren : De Gea (1) – Montoya (12), Botia (20), Dominguez (3), Didac (17) – Javi Martinez (4), Thiago (19), Ander (18) – Mata (10), Muniain (22) – Adrian (7).

Première mi-temps, l’Espagne prend la main :

Blocs bien en place obligent, la partie démarre par un long round d’observation qui permet de distribuer les rôles. A l’inverse du 4-3-3 entrevu au tour précédent, la Suisse présente un véritable 4-2-3-1, Xhaka s’installant aux côtés de Lustenberger pour faire face au duo Ander – Thiago. L’Espagne conserve elle son schéma de jeu habituel et les mouvements qui vont avec, notamment Mata qui quitte toujours son côté droit.

Le projet suisse.
Bien en place derrière grâce à son 4 (défenseurs) + 2 (milieux défensifs), la Nati tente de chercher le plus rapidement possible ses quatre offensifs. Comme face à la République Tchèque, ceux-ci resserrent souvent les lignes entre eux pour pouvoir se trouver plus facilement. Néanmoins, la plupart des relances se faisant rapidement, l’Espagne récupère rapidement la plupart des ballons et s’assure la possession de balle. En phase défensive, les Suisses restent prudent : le 4+2 ne sort que très peu, seuls les quatre offensifs tentent de presser l’Espagne jusqu’à ce qu’elle franchisse le rond central. Frei aide Mehmedi face au trio Javi Martinez – Botia – Dominguez ; ils sont parfois soutenus par Shaqiri et Emeghara… Ce qui crée des espaces dans l’entrejeu pour les montées des latéraux espagnols.

L’Espagne cherche l’axe.
Maîtres du ballon, les Espagnols ont en plus la faculté de se sortir facilement du pressing adverse. D’entrée de jeu, Javi Martinez annonce la couleur en effaçant Frei dans le rond central ; un appui plus loin et il crée une brèche plein axe qui n’aboutira finalement pas. Plus posé, le jeu espagnol démarre la plupart du temps par des combinaisons sur les ailes. Ailiers, milieux et latéraux échangent dans un seul but : attirer le bloc suisse pour créer une brèche dans l’axe (en noir, entre Xhaka et Lustenberger) où pourra s’engouffrer Mata ou Ander. Le joueur ciblé atteint, il cherchera ensuite la solution en profondeur dans la surface suisse ou évoluera comme en point d’appui, remettant en retrait pour un milieu de terrain venu à sa hauteur et se retrouvant par la suite face au jeu à 30 mètres des buts de Sommer.

Le but où Ander ne fait que passer.
A cinq minutes du repos, l’Espagne ouvre le score sur une action de jeu aux antipodes de celles qu’elle a tenté de construire jusqu’ici. Il s’agit d’une attaque rapide après un ballon récupéré au milieu de terrain. Rapidement servi côté droit, Mata renverse le jeu pour servir Didac qui arrive lancé dans son couloir gauche dans le camp suisse. Dans l’axe, Adrian navigue entre les deux défenseurs centraux. Mais surtout, Ander arrive lancé entre Lustenberger et Xhaka. Aucun des deux milieux défensifs ne suit cet adversaire direct qui arrive au bon endroit au bon moment pour reprendre le centre de son latéral. Après avoir passé 40 minutes à essayer de trouver quelqu’un dans une zone bien particulière, la Roja ouvre le score grâce à un buteur qui la traverse pour faire un appel. Effet de surprise pour les milieux suisses ? Voir le but ici.

Deuxième mi-temps, la Suisse tente :

S’il ne fait pas de changement à la reprise, Pierluigi Tami n’attend pas l’heure de jeu pour changer son dispositif. Très remuant côté droit sitôt qu’il a un un-contre-un à jouer, Shaqiri passe plein axe et se retrouve derrière un duo Mehmedi – Gavranovic (qui a remplacé Frei). Derrière, Xhaka glisse sur un côté, Abrashi (remplaçant de Emeghara) de l’autre et Lustenberger évolue seul devant la défense.

Latéraux libérés.
Déjà capables d’apporter leur soutien à la circulation de balle de leur formation en première mi-temps, les latéraux espagnols sont les grands gagnants de ce changement tactique côté suisse. Si Didac ne s’aventure pas trop côté gauche (Muniain occupant déjà pleinement le côté), Montoya se régale de l’absence d’adversaire direct dans l’entrejeu. Le latéral droit du Barça multiplie les déboulés et les tentatives face à un Berardi dépassé (et averti) car manquant de soutien. Une fois le décalage crée sur le côté, l’Espagne peut revenir dans l’axe et (enfin) rentrer dans les trente derniers mètres suisses. Mais malgré une domination de plus en plus grande au fil des minutes, comme face à l’Angleterre, elle ne parvient pas à mettre un second but pour se mettre à l’abri. La faute notamment à un manque de coordination dans le dernier geste.

Baroud d’honneur et coup de grâce.
Moins de dix minutes après son double changement, Tami revoit ses plans et fait entrer Kasami à la place de Xhaka pour redensifier son milieu de terrain. La Suisse n’est pas plus dangereuse et perd définitivement la possession du ballon mais stabilise de nouveau sa défense. Les minutes passent, l’Espagne ne parvient pas à retrouver la faille et Shaqiri pose toujours autant de problèmes à ses adversaires. Dans le dernier quart d’heure, deux fautes sur lui entraînent des coups-francs dangereux pour la défense espagnole, à tel point que l’on se prend à imaginer un scénario semblable à celui d’Espagne-Angleterre. Finalement, le coup de génie (ou de fourbe) de Thiago à dix minutes de la fin annihile les derniers espoirs helvètes. Luis Milla fait tourner et l’Espagne décroche son troisième titre de champion d’Europe.

Conclusion :

Une victoire des plus logiques de la Roja tant elle a su rapidement prendre le dessus au milieu de terrain. Ses offensifs attirés dans l’axe, la Nati a laissé les couloirs pour permettre aux Espagnols de créer des situations de surnombre et tenir le ballon. Même si les buts sont arrivés sur des actions que l’on qualifiera d’inédites sur ce match, l’Espagne ne pouvait tout simplement pas perdre tant les Suisses ont été discrets offensivement, malgré Shaqiri.

1 réponse

  1. Guess dit :

    N’empêche le deuxième but… C’est la classe, espoir ou pas espoir.

    Football, Football, I Love Football… ::!

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