Suède 2-0 France, l’analyse tactique

Un dur retour sur Terre. Voilà comment résumer ce qu’ont vécu les Français hier soir, à l’occasion de leur troisième et dernier match de poule face à la Suède. Les Bleus n’avaient besoin que d’un point pour se qualifier sans avoir à réfléchir. Finalement, il a fallu qu’ils remercient les Anglais pour leur victoire face à l’Ukraine. La faute à un non-match face à des Suédois qui quittent la compétition la tête haute et avec des bases très intéressantes pour les mois et les années à venir.

Les compositions :

Suède : Isaksson (1) – Granqvist (4), Mellberg (3), J.Olsson (13), M.Olsson (5) – Larsson (7), Svensson (8), Kallström (9), Bajrami (19) – Ibrahimovic (10), Toivonen (20).
France : Lloris (1) – Debuchy (2), Rami (4), Mexès (5), Clichy (22) – Diarra (18), M’Vila (17) – Ben Arfa (20), Nasri (11), Ribéry (7) – Benzema (10).

La Suède en place  :

La couleur avait été annoncée dans l’article présentant la sélection dirigée de Erik Hamren. Déjà éliminée, la Suède pouvait profiter de ce troisième et dernier match de poule pour faire quelques tests. Et c’est ce qui s’est justement passé puisque le sélectionneur a fait le choix de lancer Bajrami sur une aile gauche qui s’est cherchée un titulaire durant tout le tournoi (Toivonen face à l’Angleterre, Elm face à l’Ukraine). Elmander forfait, Toivonen s’est retrouvé à la pointe de l’attaque suédoise, devant Ibrahimovic. Excepté ces deux changements, Hamren a reconduit la même équipe qui avait affronté et inquiété l’Angleterre vendredi dernier.

Pour affronter les Bleus, les Suédois n’ont donc rien changé à leurs habitudes en matière d’organisation : 4-4-2, modulable en 4-2-3-1 et en 4-4-1-1 en phase défensive. Ne cherchant pas à lutter pour la possession du ballon, ils ont avant tout cherché à quadriller du mieux possible leur moitié de terrain. Laissant Ibrahimovic et Toivonen perturber la circulation française aux alentours de la ligne médiane (entre Diarra et M’Vila), ils se sont repliés sur deux lignes de quatre à hauteur de leurs 30 mètres. Ce sont ces huit joueurs qui ont ensuite travaillé en fonction de la circulation de balle française, se retrouvant parfois aidés par Ibrahimovic lorsque les Français étaient contraints de trainer aux alentours du rond central.

Dans la première moitié du camp suédois, Larsson et Bajrami -les deux milieux excentrés- ont eu des rôles déterminants pour répondre aux pénétrations dans l’axe de Ribéry ou Ben Arfa. Afin de protéger l’axe, les deux hommes ont en effet suivi les courses -avec ou sans ballon- des deux Français afin d’empêcher toute possibilité de surnombre dans la zone de la paire Kallström-Svensson, qui devait déjà composer avec les décrochages de Benzema et la position naturelle de Nasri. Par ces mouvements, les Suédois travaillaient dans un seul objectif : ne pas laisser une seule position intéressante au coeur de jeu pour les attaquants français, que ce soit pour une passe ou pour un tir. Sur les ailes, les latéraux suédois complétaient ces déplacements en couvrant les couloirs face aux montées des latéraux.

Empêchant les Bleus de développer leur jeu dans l’axe, les Suédois ont aussi su contenir les possibilités de décalage sur les ailes. Lorsque les Bleus approchaient de la zone de vérité, il revenait aux deux milieux excentrés de repartir dans le couloir pour couvrir les possibles débordements de Debuchy et Clichy. Les Français insistant beaucoup dans l’axe mais ne trouvant pas de profondeur, ces derniers n’ont quasiment jamais été servis lancés, ce qui a dans la plupart des cas permis aux deux excentrés suédois de revenir sur eux avant qu’ils ne se retrouvent dans une position idéale de centre.

L’image ci-dessus illustre le positionnement des Suédois avant que les Français ne trouvent leurs principaux animateurs. Clichy est en possession du ballon mais aucune solution intéressante ne se présente à lui. Le travail de Ibrahimovic est bien visible, ce dernier venant à hauteur de Diarra pour gêner un possible changement de jeu via plusieurs relais. A gauche de Clichy, Ribéry est coincé entre Larsson et Granqvist. De l’autre côté, Ben Arfa a quitté son couloir, échangeant sa position avec Benzema, mais est suivi par Bajrami. Au coeur du jeu, Kallström suit le déplacement latéral de Nasri et Svensson sort pour justement tenter de couper la passe vers le milieu de Manchester City au cas où elle soit tentée. Au final, Clichy n’a qu’une seule véritable solution pour avancer : changer le jeu vers Debuchy, complètement seul à droite. Mais le temps que la transversale arrive à destination, la Suède aura le temps de réagir et de se replacer en conséquence.

La Suède joue au football  :

Bilan de cette organisation défensive, les milieux suédois ont récupéré plus d’une vingtaine de ballons dans la première partie de leur moitié de terrain (25-30 mètres de leurs buts), protégeant parfaitement leurs défenseurs centraux notamment. Mais la formation de Erik Hamren ne s’est pas contenté de défendre et a su développer un jeu offensif intéressant pour contrer les Français. Larsson et Bajrami étant parfois forcés de se recentrer pour défendre, ils ont pu servir d’appuis à leurs deux milieux axiaux afin que ces derniers puissent se dégager du pressing français (normalement exercé par Nasri et un second joueur venu de la ligne M’Vila-Diarra). Plus en vue que Bajrami, Larsson a combiné à plusieurs reprises avec Svensson notamment.

Autre possibilité pour la paire Kallström-Svensson, libérer le ballon derrière ou sur les côtés vers les défenseurs : les Bleus ne terminant par leurs mouvements offensifs, ces derniers sont en place et disponibles pour nettoyer les ballons qui viennent d’être récupérés devant eux avant de repartir calmement vers l’avant. Et comme les attaquants français ne poussaient pas le pressing jusqu’à cette première ligne, les Suédois ont pu éviter aisément de reperdre des ballons qu’ils venaient tout juste de récupérer dans l’entrejeu, forcément encore fourni en joueurs.

En difficulté face à la solidité suédoise dans sa moitié de terrain, les Français se sont heurtés à un deuxième gros problème au niveau de la ligne médiane en la personne de Ibrahimovic. Qu’il se retrouve face à Diarra ou M’Vila, l’attaquant du Milan AC a été un véritable poison pour les milieux français. Suivi à la trace, ses décrochages ont à la fois offert un relais à ses milieux de terrain (Kallström et Svensson en particulier) et libéré des espaces. Rarement devancé ou dépossédé du ballon, il a souvent remisé pour ses milieux, leur permettant de se lancer dans le camp français avant d’écarter le jeu sur les ailes, vers la paire Bajrami-Olsson à gauche ou Larsson à droite. Sa complémentarité avec Toivonen a été un gros problème pour les Bleus, ce dernier brouillant parfois les pistes en décrochant à sa place, entraînant des défenseurs français là aussi pris de vitesse et poussés à la faute au milieu de terrain.

Avec tous ces ingrédients, la Suède a pris la mesure de la France dans l’entrejeu, lui laissant la possession mais lui empêchant toute possibilité d’asphyxie dans cette zone, comme elle avait pu le faire face à l’Angleterre ou l’Ukraine. Au retour des vestiaires, Hamren a vu juste en faisant entrer en jeu Wilhelmsson à la place de Bajrami. Très rapidement, l’ancien joueur de Nantes a posé des problèmes à la défense française en réalisant les appels en profondeur qui manquait jusqu’ici au jeu des Suédois pour véritablement exploser à partir des positions de passes gagnées dans l’entrejeu.

Le match vu des Bleus :

Visiblement « pas motivés » pour ce match, les Français ont subi les évènements malgré quelques éclairs. Comme évoqué précédemment, les attaquants n’ont pas abattu le même travail sans ballon que dans leurs précédentes sorties, laissant la défense suédoise sortir assez aisément de ses 30 mètres. Dans l’entrejeu, le pressing a été autant annihilé par le travail de la paire Ibrahimovic-Toivonen que par les montées à contre-temps de M’Vila, loin d’être dans le rythme hier soir. Une fois de plus, Diarra a été l’un des joueurs les plus convaincants de la soirée mais a disparu avec les autres en deuxième mi-temps, dominé par la puissance et l’aisance de Ibrahimovic.

Offensivement, les Bleus sont aussi retombés dans leurs travers et ont connu des difficultés assez semblables à celles que peut connaître l’Espagne depuis le début du tournoi. Benzema, Nasri, Ribéry, Ben Arfa : les membres du quatuor offensif étaient tous attirés par le ballon et le coeur du jeu, oubliant de donner de la profondeur aux offensives françaises comme avait pu le faire Ménez face à l’Ukraine. Le Parisien est d’ores et déjà un candidat sérieux pour un poste de titulaire lors de la rencontre à venir, qui nécessitera sans doute ces qualités. Dernier élément d’importance, l’absence d’un milieu de terrain capable lui aussi de compléter les mouvements du quatuor offensif en apportant cette fameuse profondeur. Cabaye l’avait fait contre l’Ukraine avec le succès que l’on sait. Ni Diarra ni M’Vila n’ont pu le faire hier soir ; ce n’est de toute façon par dans leur registre.

Malgré cette défaite, qui ternira surtout le bilan général de l’équipe, il est difficile de tirer des plans concernant le quart de finale à venir des Bleus face à l’Espagne. L’attitude des joueurs ne sera pas la même et le statut d’outsider diminuera forcément les attentes autour du match. Néanmoins, cette défaite face à la Suède marque un brutal coup d’arrêt dans une équipe qui semblait en progression sur le plan de la cohérence tactique depuis début juin. Les plus optimistes retiendront sans doute que les deux révélations du mois sur ce plan n’étaient pas de la partie ce soir. Espérons juste qu’elles soient du quart de finale samedi prochain.

Vous aimerez aussi...

5 réponses

  1. carnetfoot dit :

    Sentant le coup Blanc avait décidé de muscler son milieu avec Diarra et M’villa mais ceux ci ont été constamment dépassés…..
    Benzema devrait se coller un peu plus aux attaquants plutôt que de passer tout son temps à décrocher…

  2. Une nonchalance énorme sur ce match, on n’a rien fait de bon jusqu’à présent c’est réellement triste !

  3. Shinji dit :

    Bonjour,

    Quel est le logiciel utilisé pour le 2e screen? C’est génial comme outil d’analyse!

  4. The teacha dit :

    @francois: t’es un peu sec pour dire que la france n’a rien fait de bon jusqu’a présent. Les 2 matchs avant la suède n’étaient pas des matchs de légende mais ils ont été convaincants dans l’animation offensive et les intentions de jeu qui n’ont pas toujours été récompensées.
    C’est fou comme on aime critiquer en France! en match amical, on a battu le brésil, l’allemagne, l’angleterre, on est invaincus depuis 23 matchs et on cherche encore la ptite bête comme si on était encore à la recherche de la génération 98-2000. Reveillez vous les gars.
    Moi j’trouve qu’elle progresse à son rythme, ne soyons pas trop pressés, on est pas encore taillés sauf surprise pour gagner l’euro, donc acceptons que nous ne sommes pas les plus forts et voyez les motifs de satisfaction pour l’avenir plutot que de tirer sur l’équipe des qu’il y a une contre perf’ !

  5. HUNG NGUYEN dit :

    Je suis tout a fait d’accord avec vous THE TEACHA…L ‘EDF version 2012 est presque farfait…Allez les Bleus ,il faut regarder deux matches perdus pour voir les fautes pour experience dans l ‘avenir.j’etais fan de EDF depuis 1982…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *