Rennes 0-2 Bordeaux, l’analyse tactique

Après une fin d’année 2012 poussive, les Girondins sont repartis du bon pied en 2013 en allant l’emporter à Rennes, quatrième avant cette 20ème journée. Dominés dans l’entrejeu en première mi-temps, les hommes de Francis Gillot se sont repris à la faveur d’une réorganisation tactique salvatrice dès le retour des vestiaires. Incapables de réagir, les Bretons ont été condamnés à subir la nouvelle formule girondine. Décryptage d’une victoire tactique.

Pressing rennais :

Au coup d’envoi, ce sont deux organisations habituelles qui se font face : les Rennais sont en 4-2-3-1 et les Bordelais en 5-3-2. Les milieux de terrain sont calqués l’un sur l’autre : Sertic et Plasil face à M’vila et Makoun et Nguemo face à Féret. Devant, Maurice-Belay et Gouffran se retrouvent pris entre les milieux défensifs rennais et la paire Apam/Kana-Biyik. Mais le point le plus important du début de partie reste le comportement de Danzé (milieu droit) et Alessandrini (milieu gauche), lorsque Bordeaux doit ressortir de sa moitié de terrain. Au lieu de fermer les couloirs face aux latéraux bordelais, les deux hommes évoluent plus haut et sortent au pressing sur Henrique (stoppeur droit) et Sané (stoppeur gauche), laissant Trémoulinas et Mariano à leurs propres latéraux. Ils complètent ainsi le travail de Erding (sur Planus) et Féret (sur Nguemo) pour bloquer toute possibilité pour les Girondins de poser le jeu en repartant au sol. Car derrière, M’vila et Makoun suivent Plasil et Sertic lorsque ces derniers décrochent.

Le pressing rennais et les marquages pour gêner la relance bordelaise.

Conséquence de ce pressing rennais, Bordeaux est obligé d’allonger pour trouver ses attaquants dans le camp rennais. Evidemment, ces derniers se retrouvent pris entre deux feux (la défense et les milieux défensifs), d’autant plus que les latéraux rennais (Mavinga et Théophile-Catherine) se replient à hauteur de leur défense dès que Bordeaux joue long. Physiquement, Rennes se montre présent en début de partie, même si Bordeaux réussit deux ou trois mouvements intéressants. En cas de ballon gagné, les Bordelais n’ont qu’à chercher leurs latéraux, seuls joueurs alors laissés libres par l’organisation défensive rennaise, pour trouver des espaces sur les extérieurs et approcher la surface de réparation. Le bon repli défensif de Danzé et Alessandrini oblige toutefois les Bordelais à enchaîner très vite une fois l’espace trouvé dans le camp rennais. Pour cela, les latéraux peuvent compter sur les appels de Gouffran, Maurice-Belay ou Plasil en profondeur sur les extérieurs.

Domination rennaise :

Mais malgré quelques opportunités, les Girondins passent la majeure partie de la première mi-temps à subir les assauts adverses. Incapables de poser le jeu, ils rendent beaucoup de ballons et ne sont pas efficaces au moment d’aller le récupérer. En cause, le schéma à trois défenseurs qui se rapproche -encore une fois- plus d’un 5-3-2 que d’un 3-5-2. Les latéraux (Trémoulinas et Mariano) ne sortent pas de la ligne défensive et laissent à leurs trois milieux de terrain le soin de fermer les couloirs face aux montées de Mavinga et Théophile-Catherine. Or si le triangle du milieu bordelais coulisse sur la largeur pour éviter à leurs latéraux de se retrouver en infériorité numérique (face à Danzé/Théophile-Catherine et Alessandrini/Mavinga), Plasil et Sertic sont contraints de lâcher le marquage de leurs adversaires directs, M’vila et Makoun. Positionnés dans le camp bordelais, les deux Rennais peuvent alors orienter le jeu à loisir, d’un couloir à l’autre, et faire courir leurs adversaires directs.

Le milieu bordelais (en blanc) est attiré sur son côté droit : Plasil vient fermer face à Mavinga, devant Mariano au contact d'Alessandrini. Le Tchèque n'est pas sur son adversaire direct, M'vila (en noir), mais son absence est compensée par le repli de Gouffran. En revanche, Sertic est trop loin de Makoun. Le côté opposé est complètement ouvert pour les Rennais et Sertic devra s'y rendre pour protéger à son tour son latéral.

A tour de rôle, Gouffran et Maurice-Belay essaient bien d’empêcher les transmissions entre les deux hommes, et de ralentir les renversements de jeu. Mais sans pression, M’vila est capable d’éviter le relais de Makoun et d’assurer seul cette tâche. En clair : Rennes remonte le ballon sur une aile, progresse et peut créer le décalage en cas d’apport de Féret pour finir sur un centre… Sinon, l’équipe ressort du couloir via M’vila/Makoun, qui évitent les attaquants bordelais, et envoient le jeu de l’autre côté pour une nouvelle attaque. Cette animation offre aux Bretons une grande maîtrise des débats et la possibilité de multiplier les temps de jeu en attendant que le bloc défensif bordelais ne finisse par craquer dans l’axe. Mais ce dernier se montre intraitable et s’appuie sur son surnombre dans la surface de réparation (Féret et Erding contre trois ou quatre Bordelais, Trémoulinas et Mariano pour fermer au second poteau) pour tenir le choc. Au bout des 45 minutes, Rennes domine largement mais n’a aucune véritable occasion à son actif.

Bordeaux revient transformé :

Côté bordelais, si le premier acte a été décevant, il n’a donc pas eu de conséquences au tableau d’affichage. Au lieu de repartir sur les mêmes bases, qui auraient peut-être permis aux Girondins de viser le 0-0, ces derniers reviennent avec un nouveau système de jeu. Fini le schéma à trois centraux, place au 4-2-3-1. Nguemo sort, remplacé par Saivet qui s’installe sur le flanc droit, devant Mariano. Dans l’axe, Sané monte d’un cran, laissant Planus-Henrique en défense centrale, pour évoluer aux côtés de Sertic. Plasil évolue lui aussi plus haut et se retrouve en soutien de Gouffran alors que Maurice-Belay passe dans le couloir gauche devant Trémoulinas. Sur la lancée de sa première mi-temps, Rennes revient dans la même organisation. Mais tous les avantages tactiques des Bretons vont disparaître suite aux modifications opérées côté bordelais.

Défensivement d’abord, Théophile-Catherine et Mavinga ont désormais des adversaires directs lorsqu’ils décident de ressortir les ballons de leur moitié de terrain (Saivet et Maurice-Belay puis Ben Khalfallah). Rennes ne peut donc plus remonter par les couloirs pour pénétrer dans les 40 mètres bordelais. Toute la routine de la première mi-temps (relance par le couloir, fixation du milieu bordelais, sortie via M’vila-Makoun, renversement côté opposée) n’est plus, d’autant plus qu’avec un premier rideau de quatre joueurs (Ben Khalfallah, Sané, Sertic, Saivet), Bordeaux couvre mieux la largeur et les renversements. Les côtés fermés à double tour par l’adversaire, Rennes doit trouver d’autres solutions pour entrer dans le camp adverse. Sauf que l’équipe se heurte à un autre problème : la nouvelle forme du milieu à trois bordelais et la position avancée de Plasil. Le Tchèque se retrouve naturellement dans la zone de M’vila-Makoun et, avec le soutien de Sané et Sertic, peut les repousser dans leur camp.

Le premier rideau défensif bordelais (en blanc) est positionné beaucoup plus haut qu'en première mi-temps. Saivet et Maurice-Belay ferment face aux latéraux (en rouge). Sertic et Sané avancent ensemble lorsque Féret décroche, et Plasil évolue dans la zone de Makoun-M'vila (en jaune).

Rennes sans réponse :

Ce n’est donc pas un hasard si l’erreur technique de M’vila intervient dans sa moitié de terrain alors qu’il avait passé la majeure partie du premier acte dans le camp bordelais. Récupérant l’offrande, Ben Khalfallah a un boulevard pour ajuster sa passe en profondeur pour Gouffran : Théophile-Catherine est battu dès la prise de balle, la suite se joue à la vitesse entre l’attaquant girondin, Apam et Costil. Au-delà de ce contre parfait, Bordeaux ressort beaucoup plus facilement de sa moitié de terrain. Le quatre contre quatre du début de partie n’est plus maintenant que les latéraux bordelais sont revenus à hauteur de leurs défenseurs centraux. Avec six joueurs (4 défenseurs, 2 milieux défensifs), Bordeaux peut désormais poser le jeu dans son camp et profiter des espaces offerts par le Stade Rennais dans le dos de ses latéraux, qui sont désormais concernés par le marquage de Saivet et Ben Khafallah. Gouffran et Plasil trouvent des espaces sur les extérieurs et sont bien accompagnés par Saivet, auteur d’un très joli second but sur une ouverture du gauche de Mariano.

En l’espace de 20 minutes, Bordeaux a complètement fait oublier le premier acte et tient le match. Incapable de se réinstaller dans le camp girondin, la faute à des adversaires plus entreprenants, Rennes est condamné à chercher rapidement ses attaquants (Erding, Féret, Alessandrini) qui ne prennent toutefois pas le dessus sur leurs adversaires directs. Depuis son banc de touche, Frédéric Antonetti apparaît lui aussi sans réponse sur le plan tactique : ces trois changements sont poste pour poste (Pajot pour Makoun, Diallo pour Féret, Sané pour Erding). Pajot tente bien de prendre les espaces depuis sa position de milieu de terrain, mais ses dépassements de fonction sont couverts par le bon repli de Plasil qui redescend aider Sertic et Sané lorsque cela est nécessaire. Le dernier quart d’heure n’est qu’anecdotique : Bordeaux est sûr de son fait. Rennes est sans solution et perd sa quatrième place.

Vous aimerez aussi...

4 réponses

  1. Sss dit :

    Belle analyse.

  2. vincent dit :

    Analyse complète et rigoureuse, comme toujours…

  3. Fernando Sucre dit :

    Intéressant.

    Il serait peut-être utile d’adjoindre des statistiques (nombre de passes par duo en première puis seconde période, temps de possession de balle, circuit préférentiel, que sais-je encore) pour étayer et confirmer (ou infirmer?) ces observations.

  4. the teacha dit :

    trés bonne analyse comme souvent. Francis Gillot est un trés bon tacticien, on l’oublie souvent ça

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *