Milan AC 0-1 Juventus Turin, l’analyse tactique

Après deux victoires en autant de journées, le « nouveau » Milan AC passait son premier vrai test de la saison samedi soir, sur sa pelouse face à la Juventus. Mais face à l’équipe triple championne d’Italie, les Rosseneri ont pu se rendre compte de l’écart qui les séparaient encore de l’excellence nationale. Toujours dans la continuité de la saison dernière, la Juve a dominé assez largement son adversaire et a fini par s’imposer grâce à une belle combinaison entre Tevez et Pogba.

Les compositions :

Malgré le changement d’entraîneur, la Juventus a en effet démarré cette nouvelle saison comme elle avait terminé la précédente. Massimiliano Allegri a fait le choix de conserver le 3-5-2 sur lequel l’équipe a construit ses succès sur la scène nationale. Quelques absents sont toutefois à signaler pour ce match : Pogba est le seul « titulaire » présent au milieu de terrain. Vidal et Pirlo sont respectivement remplacés par Pereyra, arrivé de l’Udinese cet été, et Marchisio qui se retrouve devant la défense.

Côté milanais, Filippo Inzaghi doit aussi composer avec des forfaits. En défense, Alex n’est pas là, tout comme Montolivo qui manque dans l’entrejeu. C’est Rami qui profite de l’absence de l’ancien Parisien pour débuter aux côtés de Zapata en défense centrale. En forme lors des deux premières journées, Ménez est titulaire aux avants-postes, encadré par Honda et El-Shaarawy.

Le Milan attend, la Juve agresse :

Dès les premières minutes de la partie, la Juventus a pris possession du ballon et s’installe au milieu de terrain. Défensivement, le Milan a fait le choix clair d’attendre son adversaire dans son propre camp. Positionné dans l’axe, Ménez se retrouvait dans la zone de Marchisio, alors que El-Shaarawy et Honda bloquaient les couloirs face aux montées de Lichtsteiner et Asamoah. Dans l’entrejeu, Poli et Muntari étaient face à Pogba et Pereyra. Ils laissaient De Jong et ses défenseurs contrôler les déplacements de Tevez et Llorente aux avants-postes. La Juve remontait donc les ballons en s’appuyant sur ses défenseurs, Chiellini et Bonucci en tête, Caceres étant moins à l’aise dans l’exercice.

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Le Milan laisse venir les relanceurs adverses. Marchisio peut avancer mais manque de solutions : Poli s’oppose à Pogba, Muntari suit Pereyra, De Jong, Zapata et Rami encadrent Tevez et Llorente. Sur les côtés, Lichtsteiner et Asamoah sont seuls face à deux adversaires.

 

Ce choix volontaire d’attendre la Juve a certes permis au Milan de défendre assez efficacement (voir par ailleurs), mais il l’a aussi condamné à devoir sortir du pressing adverse à chaque ballon récupéré. Sans point d’appui capable de remonter le bloc aux avants-postes, les Milanais devaient forcément passer par du jeu au sol pour sortir de leur moitié de terrain. Durant les 20 premières minutes, la formation d’Allegri a mis une pression énorme sur cette relance. A tour de rôle, Pereyra et Pogba sont sortis au pressing à hauteur de Tevez et Llorente afin de forcer les relances de Rami, Zapata ou De Jong (trois contre trois).

Ces sorties étaient notamment permises par la présence de Marchisio en couverture. A l’inverse de Pirlo, qui a besoin d’être épaulé au milieu de terrain pour récupérer le ballon, l’Italien évoluait comme une véritable sentinelle, capable d’être efficace dans les un-contre-un et le pressing, afin d’accompagner les courses de ses attaquants. Il était aussi secondé sur les côtés par les sorties d’Asamoah et Lichtsteiner (sur Abate et De Sciglio). A plusieurs reprises, il s’en est ainsi fallu de très peu pour que la Juve récupère un ballon très haut dans le camp milanais et file vers les buts d’Abbiati. Mais heureusement pour les Rossoneri, ce pressing a fini par se relâcher au bout d’une vingtaine de minutes.

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Alors que Tevez et Llorente isolent De Jong, Pereyra sort au pressing vers Zapata. Il est immédiatement suivi par Lichtsteiner et Marchisio, qui mettent à leur tour la pression sur De Sciglio et Muntari.

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Même séquence de pressing, mais côté opposé cette fois : Pogba sort très haut, suivi par Marchisio et Asamoah qui bloquent Poli et Abate.

Les décrochages de Ménez :

Seul joueur capable de soulager les milieux milanais, Jérémy Ménez est souvent redescendu dans l’entrejeu afin de tenter de créer le surnombre et de « casser » ce pressing. Peu à l’aise lorsqu’il restait au contact des défenseurs turinois, il a ainsi été à l’origine de la plupart des ballons sortis « au sol » par son équipe en début de partie. Une fois le temps fort adverse passé, le Français se retrouvait aussi au coeur de l’animation dans le camp adverse. Ses décrochages au milieu de terrain permettaient de libérer ses milieux (Muntari ou Poli), qui envoyaient ensuite le jeu sur les ailes vers El-Shaarawy, Honda ou leurs latéraux. Le Japonais s’est d’ailleurs crée la première grosse opportunité de la partie (26e) sur une séquence où les Milanais avaient réussi à conserver le ballon dans le camp turinois.

Ces phases de possession ont toutefois été rares côté milanais ; pendant la majeure partie de la rencontre, la formation de Filippo Inzaghi s’est contentée de défendre en espérant avoir une opportunité en contre-attaque. Là encore, tout se jouait sur la capacité de Ménez à prendre l’avantage sur les Turinois restés en couverture dans l’axe afin de se mettre dans le sens du jeu et d’accélérer. Il s’est crée de cette manière une situation intéressante en fin de première mi-temps, semant Marchisio mais ne parvenant pas à dépasser Bonucci (44e).

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Dans le camp adverse aussi, Ménez redescend afin de créer de l’espace pour ses milieux. Ici, c’est Muntari qui peut en profiter alors qu’il occupe Marchisio.

La Juve devait trouver la clé : 

Avec la possession de balle et la domination territoriale pour elle, la Juve n’avait plus qu’un seul objectif dans ce match : trouver la bonne formule pour prendre à défaut le bloc très resserré des Milanais. Pas attaqués, Bonucci, Chiellini ou Marchisio étaient libres de s’avancer dans le camp adverse et effectuaient la première passe. Les difficultés commençaient à l’approche des 30 derniers mètres : les Rossoneri bloquaient toutes les solutions qui s’offraient à eux et s’appuyaient sur la présence de De Jong pour conserver le surnombre dans l’entrejeu et permettre la sortie sur le porteur.

Sur les côtés, El-Shaarawy et Honda allaient seconder leurs latéraux afin de fermer les couloirs face à Lichtsteiner et Asamoah. Avec Poli et Muntari pour suivre les incursions de Pogba et Pereyra lorsque ces derniers tentaient d’offrir des solutions à leurs latéraux, les Milanais ont plutôt bien contrôlé les approches turinoises sur les ailes (seulement 9 centres concédés contre 18 pour l’Udinese et 22 pour le Chievo Vérone).

Les combinaisons les plus dangereuses pour Abbiati sont donc passées principalement par l’axe du terrain où le schéma était simple. Les défenseurs et Marchisio remontaient les ballons et recherchaient ensuite les relais de Tevez ou Llorente dos au but. Ces derniers remettaient ensuite dans les pieds de Pereyra ou Pogba qui devaient s’infiltrer dans les 20 derniers mètres. Pereyra a été le joueur le plus actif durant le premier acte, même si c’est Marchisio qui s’est montré le plus dangereux en touchant le poteau sur une frappe à mi-distance (à défaut de trouver un partenaire, le fait de ne pas être attaqué permettait cette prise d’initiative).

Mais l’homme qui détenait la clé de cette rencontre se nommait Carlos Tevez. A chaque fois qu’il redescendait chercher les ballons, il « supprimait » le surnombre du Milan AC face à Pereyra et Pogba (De Jong, Poli et Muntari). Seul bémol, la Juve perdait automatiquement un point d’appui au contact de la défense milanaise, Llorente se retrouvant alors seul devant. Mais en se substituant à Marchisio ou ses défenseurs, qui ne tentaient pas de s’infiltrer dans la zone de vérité afin de ne pas déséquilibrer l’équipe, l’Argentin apportait une course supplémentaire à surveiller pour la défense milanaise. Et c’est sur un une-deux superbe avec Pogba qu’il a pu trouver la faille et s’en aller tromper Abbiati à bout portant (71e).

Conclusion : 

Après ce but, la Juve avait fait le plus dur et les changements offensifs de Pippo Inzaghi dans le dernier quart d’heure (Torres puis Pazzini à la place de Poli et Honda) n’ont rien changé à la physionomie de la rencontre. Les Bianconeri ont conservé la maîtrise des débats et la possession de balle, s’assurant ainsi une troisième victoire en autant de journées.

 

 

 

 

 

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