Juventus 1-0 Naples : l’analyse tactique

Samedi, la Serie A a offert un choc au sommet de son championnat entre la Juventus et le Napoli. Avec deux points d’avance sur leurs adversaires, les Napolitains se déplaçaient à Turin en tant que leader. Ils en sont repartis dans la peau du dauphin : réaliste et supérieure sur le plan tactique, notamment en deuxième mi-temps, la Juventus s’est imposée sur le plus petit des scores grâce à un but de Zaza en toute fin de match. Un succès qui lui permet de s’installer en tête de la Serie A pour la première fois de la saison… pour y rester définitivement ?

Les compositions :

Habitué à jongler entre les systèmes de jeu, Max Allegri a choisi le 4-4-2 pour ce choc face à la meilleure attaque de Serie A (53 buts marqués par Naples depuis le début de la saison). Au milieu de terrain, Paul Pogba se retrouve en position d’excentré gauche, derrière le duo Dybala-Morata. Dans l’autre camp, Maurizio Sarri présente son 4-3-3 habituel avec le trio formé par Callejon, Higuain et Insigne aux avants-postes.

Juventus vs Naples - Football tactics and formations

Naples presse, Dybala efface 

La première minute de la rencontre est l’occasion d’assister à un premier pressing du Napoli. Bien décidés à aller chercher la Juve, notamment pour empêcher Bonucci ou Marchisio de relancer à leur guise, les joueurs de Sarri se déploient dans le camp adverse et mettent la pression jusque dans la surface de réparation de Buffon.

Dans l’entrejeu, le trio formé par Allan, Hamsik et Jorginho profitent de son avantage numérique sur la paire Khedira-Marchisio pour accompagner le pressing de Higuain. C’est Allan qui sort le plus souvent du milieu afin d’épauler le buteur argentin face à Bonucci et Barzagli. Sur les côtés, Insigne et Callejon vont aussi chercher les latéraux turinois lorsqu’ils sont servis.

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L’articulation du pressing de Naples avec Higuain qui est rejoint par Allan en première ligne et des ailiers à hauteur des latéraux dans les couloirs.

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Lorsque la Juve écarte, Jorginho accompagne le mouvement et sort afin d’occuper l’espace (entre Pogba et Marchisio). Solution pour la Juve : passer par-dessus le Brésilien pour trouver Dybala dans l’espace libre.

Lorsqu’il est déployé dans le camp de la Juve, le danger pour le Napoli se nomme donc Paulo Dybala. Sur ces séquences, l’Argentin redescend très bas afin de se rendre disponible et faciliter les sorties de balle. Alors que Morata reste aux avants-postes avec Albiol et Koulibaly, il offre des solutions dans le dos des milieux adverses sortis au pressing.

Il permet ainsi à la Juve de déjouer le pressing haut de Naples. Bénéficiant d’assez de champ pour se retourner, sa résistance au contact et sa conduite de balle permettent ensuite à la Juve de déclencher des attaques rapides qui mettent l’équipe adverse sur le reculoir. Dybala est notamment à l’origine de l’action se terminant sur le premier tir de la rencontre côté turinois (Cuadrado, 14e). Il s’agit d’ailleurs de l’un des rares tirs de ce match réalisés dans le jeu et depuis l’intérieur de la surface de réparation adverse.

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Dybala redescend offrir une solution et profite de l’espace qui lui est laissé pour se retourner et accélérer avec le ballon.

Au-delà de ces phases de pressing haut loin d’être concluantes, les Napolitains tentent d’enfermer la Juve sur les côtés. Derrière Higuain, Allan et Hamsik sont là pour orienter la relance turinoise vers les couloirs, où Naples laisse de l’espace aux latéraux adverses : le jeu va ainsi pencher à droite du côté de Lichtsteiner.

Tout le bloc de Sarri coulisse pour enfermer la Juve dans cette zone : les latéraux serrent le marquage, les ailiers participent à l’effort défensif et ressortent au pressing, tandis que les milieux resserrent côté ballon afin de réduire les espaces. Une manière de défendre qui peut rappeler certaines habitudes tactiques du SCO d’Angers (on laisse venir l’adversaire sur le côté et on l’enferme lorsqu’il tente de trouver des solutions dans le coeur du jeu).

Plus de détails : L’analyse du système défensif du SCO d’Angers 

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Naples oriente volontairement la Juve vers les côtés.

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Toujours prêts à sortir sur les milieux adverses, Allan et Hamsik ont pour mission première d’orienter le porteur vers cette zone.

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Une fois le ballon dans le couloir, Naples met un maximum de densité (ici sur une remise en jeu).

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Ghoulam bloque la progression de Cuadrado et les milieux (Hamsik, Insigne, Allan) ressortent sur les passes en retrait pour maintenir la pression.

Cette activité défensive permet à Naples de gagner plusieurs ballons dans l’entrejeu, dont une large majorité dans le couloir gauche. A défaut de pouvoir verticaliser immédiatement pour contrer la Juve – Higuain étant en difficulté face à Barzagli et Bonucci -, la solution sur attaque rapide passe par le renversement du jeu à l’opposée.

Hysaj est ainsi à l’origine de la plus grosse occasion napolitaine du match. Lancé côté droit après un ballon récupéré à gauche, le latéral centre pour Higuain. Le service est quasi-parfait et l’Argentin croit pouvoir reprendre de la tête… mais Bonucci tend le pied et détourne la balle in extremis (35e). Quelques minutes plus tard, l’avant-centre de Naples manque de peu un nouveau service de Callejon, là encore sur une remontée de balle rapide de Naples suite à un ballon perdu par Pogba.

Dybala, toujours là : 

Si Naples concède peu d’occasions (comme son adversaire), son système est parfois en difficulté lorsque la Juve parvient à passer dans le dos de Jorginho au milieu de terrain. A l’instar de Saiss dans le système d’Angers, le Brésilien est celui qui maintient l’équilibre de l’équipe. Dès que l’adversaire parvient à sortir du couloir pour passer dans son dos, la défense est complètement à découvert.

A ce niveau, c’est encore Dybala qui s’est illustré, tant pour sa capacité à se mettre dans les bons espaces que pour servir de relais à ses partenaires. En fin de première mi-temps, il a notamment ouvert l’axe à Cuadrado suite à une belle combinaison entre les deux hommes qui a mis Jorginho hors de position.

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Toujours dans les bons coups, Dybala a fait beaucoup de mal entre les lignes du Napoli.

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Sur cette séquence, il permet à Cuadrado de sortir de la zone-press adverse en passant dans le dos de Jorginho.

Naples avec le ballon : l’axe Jorginho-Hamsik 

Rares sont les équipes de Serie A à sortir du stade de la Juventus en ayant eu plus de 55% de possession de balle (55,7% exactement). C’est pourtant bien le cas du Napoli de Sarri lors de ce match. Comme à son habitude, la Juve alterne entre des séquences de pressing haut sur les relances de Reina et un positionnement plus classique en bloc médian lorsque son adversaire parvient à sortir de ses 30 mètres.

Sur ces séquences, le duo Dybala-Morata laisse alors le champ libre à Koulibaly et Raul Albiol et se concentre sur Jorginho, plaque tournante du jeu napolitain. Derrière, la ligne de quatre encadre Allan et Hamsik. Si le jeu part vers les couloirs, Cuadrado et Pogba déclenchent le pressing.

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La Juve en position haute : Dybala et Morata sont accompagnés par Marchisio et tentent de forcer le jeu long de Reina.

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Lorsque le ballon ressort du tiers défensif adverse, la Juve retrouve sa forme habituelle en 4-4-2.

En première mi-temps, la Juventus ne parvient toutefois pas à complètement diriger la possession du Napoli où elle le souhaiterait. En se servant des relais de Allan, Hamsik ou même Higuain qui décroche dans l’entrejeu, Naples met plusieurs fois Jorginho en position idéale : face au jeu dans le rond central. La vigilance de la défense et le bon retour des milieux (Pogba) permet toutefois de couper rapidement les actions lancées par le Brésilien.

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Jorginho est trouvé dans le dos des attaquants turinois. Il joue rapidement pour Higuain qui met la balle dans la course d’Allan. Ce dernier est repris par Pogba qui stoppe l’action (faute).

L’attention portée au Brésilien permet aussi à Hamsik de trouver des espaces en décrochant côté gauche pour récupérer le ballon. Lorsqu’il a du champ dans l’entrejeu, lorsque Naples fait circuler de la droite vers la gauche, le Slovaque peut compter sur les appels d’Insigne de l’extérieur vers l’intérieur du jeu pour lui offrir des solutions.

C’est de là que viendront les quelques mouvements du Napoli sur attaque placée en première mi-temps (12e). Des situations qui se comptent sur les doigts d’une seule main car la Juve reste très efficace défensivement : Barzagli et Bonucci ne concèdent rien dans les duels et les milieux sont très réactifs pour revenir couper les trajectoires (volume de courses important pour Pogba et Cuadrado notamment).

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Lorsque Hamsik a du champ, Insigne repique à l’intérieur pour lui offrir des solutions et se rapprocher de Higuain.

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Le jeune Italien parvient à bien se positionner dans les intervalles, faussant compagnie à Lichtsteiner, son adversaire direct.

Deuxième mi-temps : la Juve resserre son emprise derrière 

Même si elle n’a concédé que deux tirs à la pause, la Juventus Turin hausse clairement son niveau de jeu en deuxième mi-temps sur le plan défensif. Dybala et Morata, puis Zaza (entré en jeu à la 58e), resserrent leur étreinte autour de Jorginho, quitte à laisser plus d’espaces au duo Koulibaly-Albiol et surtout à Hamsik côté gauche.

Mais ce dernier ne parvient plus à trouver les appels intérieurs d’Insigne. Car la Juve est désormais positionnée un peu plus bas et est surtout bien plus compacte. Khedira se charge de cadrer Hamsik et surtout, Cuadrado ne sort plus vraiment au pressing. Le Colombien se concentre sur la fermeture du couloir face à Ghoulam, ce qui permet à Lichtsteiner de défendre plus à l’intérieur et ainsi de rester à proximité d’Insigne lorsqu’il repique dans l’axe.

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Jorginho est désormais contrôlée par Dybala et Zaza. Le jeu passe plus par Hamsik côté gauche.

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Cuadrado verrouille le couloir face à Ghoulam, Lichtsteiner suit les déplacements d’Insigne dans le coeur du jeu.

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Bilan : une Juve en place de ce côté du terrain, un Marchisio qui joue les +1 entre les lignes et une équipe de Naples obligée de passer par un côté droit bien moins créatif offensivement (Hysaj, Callejon, Allan).

La deuxième mi-temps de Naples se résume à une succession de passes allant de la gauche vers la droite sans jamais trouver la faille dans les 20 derniers mètres. S’il bénéficie de plus d’espaces, le trio formé par Hysaj-Callejon et Allan est clairement plus limité et la Juve contrôle aisément ses tentatives.

En 45 minutes, la formation de Max Allegri ne concède qu’un seul tir dans sa surface de réparation : l’oeuvre d’Insigne, auteur d’un exploit individuel face à Lichtsteiner et Cuadrado (46e). Au total, Naples ne se sera crée que 7 tirs sur l’ensemble de la rencontre et un seul dans les 16 mètres. Une performance indigente pour l’équipe qui tire en moyenne plus de 17 fois par match (record de la saison en Serie A) avec plus de 50% de tirs dans la surface de réparation (9,3 tirs : là aussi meilleure performance de la saison en Italie).

Zaza, héros de la soirée : 

Victorieuse en toute fin de match grâce à son attaquant remplaçant (88e), la Juve n’a pas forcément été plus dangereuse. Déjà gênée par le plan de jeu et l’agressivité des Napolitains, elle a aussi été plombée par la maladresse de Pogba et Morata (19 ballons perdus à eux deux). Le manque de justesse de Marchisio sur les séquences où Naples devait défendre bas a aussi été un problème, le milieu se montrant peu inspirés dans ses choix.

Au final, la Juve a bien pris les 3 points mais le 0-0 aurait aussi été un résultat logique au vu de la prestation des deux équipes. Les Turinois ont tout de même donné l’impression de beaucoup mieux maîtriser ce qu’il se passait sur le terrain. Après la partie, Maurizio Sarri l’a d’ailleurs reconnu : « Au moins, ce match peut nous aider à grandir un peu. Nous allons voir si la chance est de notre côté à l’avenir. Naples mérite des éloges pour venir à Turin en jouant sur un pied d’égalité avec une équipe beaucoup mieux armée. La Juve reste d’un autre niveau. »

Reste à savoir désormais si ce niveau lui permettra de résister à la force de frappe du Bayern Munich la semaine prochaine.

 

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1 réponse

  1. mlothar dit :

    Compte tenu de la rencontre et de la physionomie de la partie la déclaration de SARRI, concernant une Juventus d’un autre niveau, apparaît comme totalement justifié. Cependant même si la vieille dame a remporté cette partie il faut saluer le mérite Napolitain. Ces derniers sont venus au Juventus Stadium en conservant leur philosophie de jeu offensif. A ce titre il le 4-3-3, positionnement classique de Naples, semble être une stratégie de jeu perturbant énormément le jeu en possession de balles que pratique la Juve contre le reste des équipes de Serie A. Cette idée est d’autant plus vrai quant la situation au niveau de l’effectif exclue à Allegri de mettre en place une composition en 3-5-2 bien plus habituelle et maîtrisée par le champion d’ Italie en Titre (Opposition de style que j’aurai personnellement aimé voir).

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