Inter Milan 2-1 Juventus : l’analyse tactique

Dimanche, l’Inter Milan a mis fin à une série de 7 matchs sans victoire en Serie A contre la Juventus. Trois jours seulement après s’être faits surprendre en Ligue Europa, les Nerazzurri ont répondu de la meilleure des manières en faisant tomber le quadruple champion d’Italie en titre.

Les compos : 

Respectivement qualifiés pour la Ligue des Champions et la Ligue Europa, la Juve et l’Inter ont évidemment fait tourner par rapport aux matchs disputés en semaine (Juventus 0-0 FC Séville – Inter 0-2 Hapoel Beer Sheva).

Après avoir fait tourner jeudi, Frank de Boer a procédé à 6 changements afin de retrouver une équipe-type pour ce Derby d’Italia (titularisations d’Icardi, Banega et Joao Mario notamment). Côté Juve, Max Allegri a lui continué son turnover en faisant cinq changements (Evra, Daniel Alves, Lemina, Barzagli, Higuain out par rapport au match face à Séville).

Inter Milan vs Juventus Turin - Football tactics and formations

Le pressing de l’Inter, à l’origine des difficultés de la Juve : 

En conférence de presse après le match, Massimiliano Allegri n’y est pas allé par quatre chemins pour résumer la partie à laquelle il venait d’assister : « techniquement parlant, Inter-Juve est l’un des pires match de ces 30 dernières années. » C’est vrai qu’avec seulement 79% de passes réussies pour l’Inter et 82% pour la Juve, les deux formations ont été assez loin de leurs standards.

Mais pour réellement juger de la qualité de la rencontre, il faut aussi se pencher sur un autre facteur : son intensité. A haute intensité, il est plus difficile de briller sur le plan technique. Or l’Inter a mis d’intensité dans son match, et ce dès les premières minutes de jeu. Objectif évident : empêcher la Juve de poser son jeu en repartant de derrière.

Cela s’est d’abord vu lorsque les Bianconeri devaient repartir depuis Buffon. A chaque fois, les Intéristes étaient présents dans les 30 mètres pour priver le portier de ses solutions courtes habituelles. Et à chaque fois qu’un milieu décrochait pour en offrir une supplémentaire, il était accompagné par un adversaire.

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Lorsque la Juve repartait de Buffon, les joueurs de l’Inter allaient bloquer toutes les solutions courtes proposées au portier de la Juve.

La Juve a du coup souvent été contrainte d’allonger le jeu en ciblant Mandzukic devant. S’il a mieux débuté la partie que la paire Miranda-Murillo, cette dernière a pris le dessus assez rapidement (aux alentours du quart d’heure de jeu).

Lorsque la Juve récupérait le ballon plus haut sur le terrain, le bloc médian de l’Inter avait aussi du répondant. Dans l’entrejeu, Icardi se positionnait entre Pjanic et Bonucci, ressortant sur le défenseur central lorsque la Juve devait repasser par. Dans son dos, Joao Mario, Banega et Medel se retrouvaient au marquage des solutions dans l’entrejeu (Khedira, Asamoah, Dybala).

Eder et Candreva fermaient eux les half-spaces face à Benatia et Chiellini. Ils avaient aussi pour mission de sortir aussi au pressing sur ces derniers lorsque le jeu le permettait. Les passes entre les défenseurs de la Juve servaient d’éléments-déclencheurs.

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Face à Benatia, Eder protège le half-space alors que Santon et Joao Mario sont sur deux adversaires (Lichtsteiner et Pjanic).

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Benatia utilise le relais d’Asamoah pour jouer sur Chiellini à l’opposée… mais le défenseur de la Juve se retrouve sous la pression de Candreva et est contraint de rendre le ballon.

La Juve a dû s’en remettre aux couloirs : 

Face à cette pression intériste sur son axe (de Bonucci à Dybala), la Juve a développé la plupart de ses actions offensives sur les côtés, que cela vienne d’un relâchement côté intériste (Icardi qui laisse filer Pjanic), d’un mouvement collectif (18e) ou d’un éclair individuel (Dybala, 33e).

Si elle est intervenue contre le cours du jeu (66e), l’ouverture du score de Lichtsteiner a concrétisé la supériorité du côté gauche de la Juve sur le flanc droit de l’Inter. Sur cette action, D’Ambrosio a été abandonné par Candreva, devenant dès lors une victime facile pour Alex Sandro. Déjà auteur d’une passe qui aurait pu être décisive pour Khedira en première mi-temps (33e), le latéral brésilien a failli en délivrer une autre en fin de match pour Higuain (80e).

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Mis à part cette activité côté gauche, les Turinois ont eu beaucoup de mal à se créer des positions de tir. Touché dès la 1ère minute suite à un contact avec Murillo, Dybala a été trop intermittent pour vraiment peser sur le jeu. Le bon travail de l’attaque de l’Inter sur la relance de la Juve a aussi forcé les relayeurs turinois à toucher la plupart de leurs ballons dos au jeu ou arrêté, devenant dès lors des éléments faciles à contenir pour les Milanais.

L’Inter avec la balle : Banega, déjà au centre de tout 

Bien défendre face à la Juve était un début, mais l’Inter avait aussi besoin de créer du jeu face à l’une des meilleures défenses d’Europe (si ce n’est pas la meilleure…). En début de partie, les joueurs de Frank de Boer ont abusé du jeu long (par d’Ambrosio notamment).

Il a fallu attendre quelques minutes pour voir les Nerazzurri enfin poser le jeu au milieu de terrain en s’appuyant notamment sur les déplacements d’Ever Banega. N°10 sur le papier, comme à Séville avec Unai Emery, l’Argentin a pris les choses en mains en décrochant pour offrir des solutions à Murillo, Miranda et Medel et ensuite mener le jeu dans le camp adverse.

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Ever Banega, le nouvel électron libre du milieu de l’Inter Milan.

Face à des Turinois en place dans leurs 40 mètres derrière le duo Dybala-Mandzukic, Banega a surtout recherché son partenaire du milieu Joao Mario (17 passes échangées). La mobilité du Portugais a d’ailleurs posé des problèmes au trio Pjanic-Khedira-Asamoah, qui a parfois manqué de cohésion et laissé des espaces. Eder aurait même pu en profiter en première mi-temps en tentant sa chance de l’entrée de la surface (23e).

La construction de l’Inter a toutefois manqué de profondeur pendant de longues minutes. Si la progression était possible jusqu’à l’entrée des 30 mètres adverses, il était plus difficile de finir les actions, la faute à un certain manque de profondeur (peu d’appels) et à des côtés qui ont manqué de percussion face à un bloc bien regroupé (Candreva invisible sur son aile droite, apport limité de Santon à gauche).

Le facteur Icardi : 

Un homme a toutefois fait beaucoup de mal à la défense de la Juve : Mauro Icardi. Peu en vue sur les séquences d’attaque placée de son équipe, l’attaquant argentin a pesé de tout son poids sur la BBC turinoise lorsque l’Inter le lançait depuis sa position défensive. Souvent en un-contre-un et même parfois seul contre deux adversaires, Icardi a su se créer des occasions de but tout seul et remonter le bloc intériste.

Il a ainsi touché le poteau de Buffon sur une première ouverture de Banega (34e), tenté une frappe contrée par Bonucci quelques minutes plus tard (40e), pris le dessus sur ce dernier en deuxième mi-temps (59e) avant de marquer (68e) et de faire marquer Perisic (78e) dans la dernière partie du match. Bref, une nouvelle prestation XXL pour un joueur qui a pris l’habitude de briller contre les Bianconeri.

Deuxième mi-temps : 

Juste avant la mi-temps, l’Inter avait baissé de pied au niveau du pressing et de l’activité défensive. Cela avait permis à la Juve de remonter son bloc et de s’installer dans la moitié de terrain adverse sans toutefois trouver la faille. Si l’on s’en tient aux big chances obtenues, la Juve aurait même dû mener au score à la pause (Khedira, 33e).

Le repos a fait du bien aux Intéristes qui sont repartis plus forts et n’ont pas laissé leurs adversaires respirer. La charnière Miranda-Murillo, secondée par Medel, a clairement pris l’ascendant sur les attaquants turinois (Dybala, Mandzukic). La Juve a eu du mal à sortir de son camp pendant plusieurs minutes ; certains de ses joueurs ont même commencé à faire des erreurs inhabituelles, offrant des munitions à l’Inter en contre-attaque (Khedira pris par Medel, 55e – Chiellini, 63e).

A défaut de mener, l’Inter semblait clairement prendre l’ascendant… donnant à l’ouverture du score de Lichtsteiner des allures de KO en faveur des visiteurs (66e). C’était sans compter sur Icardi, auteur de l’égalisation sur un corner dans la minute qui a suivi (67e).

Frank de Boer a alors fait le choix d’apporter de la fraîcheur devant avec l’entrée de Perisic (69e). Bien lui en a pris puisque le Croate s’est retrouvé à la réception de l’offrande d’Icardi. A l’origine de l’action, une grosse erreur d’Asamoah qui a rendu le ballon à l’Inter près de sa propre surface de réparation (2-1, 78e). Perisic qui, au passage, sera peut-être un atout intéressant à terme pour apporter de la profondeur et de la vitesse aux Intéristes aux abords de la zone de vérité…

En face, Higuain aurait aussi pu être l’homme providentiel : son entrée a fait du bien à la Juve, qui s’est appuyé sur lui plus d’une fois pour sortir la balle de son camp. Il aurait pu marquer (80e), mais ses partenaires n’ont pas su lui offrir d’autres opportunités en fin de partie malgré quelques situations intéressantes (gâchées par des gestes manqués).

Conclusion : 

Une première victoire de prestige pour l’Inter de Frank de Boer. Après leur gros raté en Ligue Europa, les Nerazzurri se sont rattrapés en se trouvant peut-être leur match-référence. Bien en place, solidaires dans les efforts (pressing et repli), ils sont allés au bout d’eux-mêmes pour aller chercher ce succès. Les crampes de Medel et Santon, sortis en fin de match, en témoignent.

Dans le jeu, les arrivées de deux gestionnaires comme Banega et Joao Mario devraient aussi grandement améliorer la qualité de l’équipe sur attaque placée. Le schéma ci-dessous montre d’ailleurs leur importance dans la construction de ce nouvel Inter.

Côté Juve, l’équipe a semblé manquer de fraîcheur après l’heure de jeu. Touché d’entrée de jeu par Murillo, Dybala a disparu durant le second acte, pris entre Medel et la charnière Murillo-Miranda. Les Turinois regretteront sans doute cette énorme occasion manquée par Khedira à la demi-heure de jeu.

Sur le même sujet, vous pouvez aussi le dernier podcast Vu du Banc à partir de 8min36s.

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1 réponse

  1. favro laurent dit :

    Bonjour….encore merci pour la qualité de vos commentaires…..je n’ai pas vu INTER/Juve……mais à vous lire je vois des similitudes entre l’INTER de cette année et Leicester de l’an dernier. MEDEL-Drinkwater// BANEGA-Kanté // EDER ou PERISIC- Mahrez et ICARDI- Vardy. Avec plus de qualité technique pour l’INTER ce qui suppose une plus grande capacité à tenir le ballon .

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