Saint-Etienne 1-0 Valenciennes, l’analyse tactique

Les deux bonnes surprises du premier tiers de championnat se retrouvaient vendredi soir à Geoffroy-Guichard. Malgré son statut de meilleure attaque, Valenciennes n’a rien pu faire face à des Stéphanois très agressifs, qui ne les ont jamais laissé développer leur jeu. Portés vers l’avant, les Verts ont fini par trouver la faille au cours d’un second acte paradoxalement moins enlevé que le premier.

L’opposition :

Aucune surprise n’était à signaler au coup d’envoi. Saint-Etienne se présentait dans son 4-3-3 habituel. Devant une défense composée de Clerc, Sall, Perrin et Ghoulam, Clément faisait office de sentinelle en soutien de Lemoine et Cohade. Les deux milieux de terrain étaient chargés d’alimenter un trio offensif complémentaire : Gradel pour dynamiser les couloirs, Brandao en pur attaquant de pointe pour peser sur la défense adverse et enfin Aubameyang, navigant entre les deux registres pour apporter sa vitesse sur les ailes ou dans la profondeur. Gradel et Aubameyang étant naturellement attirés par l’intérieur du terrain, il revenait logiquement aux latéraux de prendre leurs couloirs en phase offensive.

Côté valenciennois, Daniel Sanchez a aussi proposé son organisation de jeu type en 4-2-3-1 sur le papier avec Kadir en soutien de Le Tallec seul en pointe. Danic et Dossevi étaient chargés d’animer les côtés. Saez et Sanchez se partageaient la récupération devant la charnière Gil/Isimat-Mirin. Ces derniers étaient encadrés par Néry (à droite) et Bong (à gauche). A l’instar de nombreuses autres rencontres précédemment analysées, ce Saint-Etienne/Valenciennes proposait un affrontement entre deux formations tactiquement calquées l’une sur l’autre. Comme d’habitude dans ces cas-là, l’opposition dans l’entrejeu a décidé de la physionomie de la rencontre. Et cette bataille a très rapidement tourné en faveur de Saint-Etienne.

Saint-Etienne : décrocher, avancer, presser

Dans les premières minutes pourtant, Valenciennes a tenté de s’imposer dans le camp stéphanois. Kadir et Le Tallec cherchaient à gêner les premières passes stéphanoises entre Sall, Perrin et Clément et le reste du bloc-équipe suivait le mouvement. Les ailiers de VA s’opposaient aux latéraux de Saint-Etienne et Saez sortait du bloc-équipe sur Lemoine lorsque ce dernier décrochait pour aider ses relanceurs. Il suffisait néanmoins que Saint-Etienne étire sa première ligne sur toute la largeur pour gêner les tentatives de pressing valenciennoises (en vert). Dans ces conditions, Perrin prenait le flanc gauche, Sall le flanc droit, Clément décrochait entre les deux et les latéraux pouvaient évoluer un cran plus haut, attirant à eux les ailiers adverses et déstabilisant de fait la première ligne nordiste.

En partant de plus bas, les trois premiers Verts permettaient à leurs milieux de terrain de se défaire du marquage de leurs adversaires directs (Sanchez et Saez). Ces derniers ne sortaient jamais plus haut que leurs attaquants, Kadir et Le Tallec, qui ne prenaient pas non plus le relais pour défendre sur Lemoine ou Cohade. Dès lors, les deux relayeurs stéphanois ont eu le champ libre pour se mettre dans le sens du jeu. Lemoine est ainsi régulièrement redescendu chercher les ballons. Sa conduite de balle lui permettait de passer la ligne Kadir-Le Tallec. Dans son couloir, Ghoulam suivait la montée de son partenaire, attirant avec lui Danic. Saez se retrouvait dès lors seul face à l’ancien Rennais. A plusieurs reprises, le Valenciennois s’est retrouvé à contre-temps dans ses sorties, permettant à Lemoine d’orienter le jeu dans le camp valenciennois.

A sa décharge, Saez devait aussi composer avec les déplacements de Gradel et Aubameyang, qui n’hésitaient jamais à venir proposer des solutions à l’intérieur pour se rapprocher de Brandao et créer des situations dangereuses pour sa défense centrale. Lemoine remontant les ballons, Cohade s’est aussi ajouté à ses attaquants en se rapprochant de l’attaquant brésilien. Par ce positionnement très haut, il faisait aussi reculer Sanchez qui du coup n’était plus disponible pour coulisser et compenser les sorties de Saez sur Lemoine côté gauche. Bilan, le flanc droit de Valenciennes a énormément souffert : le circuit préférentiel voyait Lemoine remonter les ballons et trouver un appui au coeur du bloc valenciennois, derrière Saez, entre Néry et Isimat-Mirin. Ce dernier se chargeait ensuite d’ouvrir sur l’aile en une touche pour les débordements de Ghoulam qui partait à chaque fois dans le dos de Danic.

Le côté droit avait aussi son animation. Si Clerc réservait ses montées, Cohade pouvait  dézoner si ce n’était pas Gradel ou Aubameyang qui se retrouvaient eux-mêmes en position de centrer. En évitant l’impact de la paire Saez-Sanchez dans l’axe, Saint-Etienne a perdu très peu de ballons et a donc pu s’installer dans la moitié de terrain valenciennoise pour y imposer un pressing sans temps mort. Cohade et Lemoine ont imposé une pression énorme sur leurs adversaires directs afin de couper les possibilités de transmission verticale, au sol vers Kadir et Le Tallec. Sur les côtés, les latéraux étaient eux aussi positionnés de manière à gêner les sorties de balle de Danic ou Dossevi. De la même manière, Gradel, Aubameyang et Brandao ne rechignaient pas non plus à harceler la première relance valenciennoise.

Valenciennes résiste :

A cause de ce pressing constant de l’adversaire dans leurs propres 40 mètres, les Valenciennois ont dû se résoudre à allonger pour chercher les déviations de Le Tallec, en espérant qu’elles retombent dans les pieds de ses partenaires, Kadir en tête. En début de partie, l’attaquant a pris beaucoup de ballons dans les airs avant de logiquement baisser de pied. Avant la pause, Valenciennes a eu le temps de développer quelques mouvements intéressants en contre-attaque. En s’appuyant sur les déplacements de Le Tallec et Kadir, les Nordistes s’étaient trouvés des points d’appui dans les couloirs, capables de remettre le ballon à leurs ailiers qui remontaient le terrain sans ballon à défaut de pouvoir le faire avec. Saint-Etienne se repliant une fois VA à l’approche de la ligne médiane, le jeu s’en allait alors côté opposé où ailier et latéral tentaient d’enfoncer le milieu et la défense stéphanoise (occasion Dossevi-Bong, 18e). En solitaire, Dossevi est aussi passé tout près de faire la différence côté gauche (26e).

Au retour des vestiaires, les Nordistes sont revenus avec une première ligne réorganisée pour contrer les décrochages des milieux de terrain adverses. Afin de conserver Saez et Sanchez devant la défense, c’était au tour des deux milieux excentrés (Danic et Dossevi) de sortir sur le porteur de balle adverse afin de l’empêcher de lancer les mouvements (en rouge). Un choix qui a payé puisque le jeu stéphanois est devenu moins fluide. Très en vue en première mi-temps, Ghoulam est beaucoup moins monté après la pause. En revanche, Saint-Etienne n’a pas manqué de trouver la solution en faisant ressortir le ballon par ses latéraux, pour répondre à l’axe désormais verrouillé par la première ligne de quatre valenciennoise.

Clerc et Ghoulam sont devenus les relais des défenseurs pour lancer Aubameyang et Gradel (puis Hamouma) dans des un-contre-un sur les ailes, face aux latéraux adverses. Le jeu des Verts s’est fait plus direct, misant désormais sur la capacité de ces excentrés à remporter leurs duels. La sortie de Gradel au profit de Hamouma (63e) est allée dans ce sens : l’ancien Caennais a pu apporter sa fraîcheur dans une zone du terrain où l’organisation stéphanoise en avait justement besoin. Sa très bonne entente avec Cohade, toujours enclin à prendre le couloir droit, a fait le reste, les deux hommes se complétant parfaitement dans leurs déplacements comme sur le but victorieux (73e). A la base de celui-ci, Hamouma avait lui-même récupéré le ballon, Saint-Etienne n’ayant jamais baissé de pied à la récupération du ballon. En face, Valenciennes ne se créait plus de situation de contre en raison d’une couverture plus dense côté verts (Ghoulam et Clerc moins en vue offensivement).

Conclusion :

Au final un match largement maîtrisé et une victoire logique pour Saint-Etienne, malgré un manque de réalisme qui aurait pu lui coûter cher en première mi-temps. Le pressing de tous les instants des Verts a complètement étouffé le milieu valenciennois et ce ne sont pas les entrées de Pujol, Camara et Mater qui ont pu renversé cette tendance. Leader provisoire de la L1, Saint-Etienne s’affirme encore un peu plus comme un candidat à l’Europe. Les gros matchs à venir en décembre, face à Lyon et Bordeaux, feront office de vrais crash-tests pour le collectif de Galtier qui devra certainement se montrer plus efficace devant le but adverse qu’hier soir.

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