Rubin Kazan 1-1 Lyon, l’analyse tactique

L’obstacle Kazan est donc passé pour les Lyonnais. Mais malgré une confortable victoire à l’aller, les Lyonnais se sont faits peur en Russie. Menés au score dans le dernier quart d’heure, ils ont dû redensifier leur milieu de terrain pour se rassurer avant qu’une tête providentielle de Koné ne les envoie définitivement en Ligue des Champions. Analyse.

Les compositions :

Alors que les observateurs attendaient un 4-4-2 plus offensif, Kurban Berdyev reconduit son schéma de jeu habituel, basé sur une défense à trois. Absent après avoir réussi une belle prestation à Gerland, Kuzmin est remplacé par Nemov sur le flanc droit : Ryzhikov (1) -Kverkvelia (67), Shoronov (76), Kaleshin (19) – Nemov (9), Natcho (66), Noboa (16), Kislyak (15) – Gokdeniz (61), Lebedenko (11), Dyadyun (25).

Côté lyonnais, Rémi Garde reconduit exactement l’équipe qui a dominé la formation russe au match aller. Koné et Lovren forment toujours la défense centrale ; Lisandro et Gomis sont toujours devant, et sont toujours soutenus par Bastos et Briand : Lloris (1) – Réveillère (13), Koné (4), Lovren (5), Cissokho (20) – Gonalons (21), Kallström (6), Bastos (11), Briand (19) – Lisandro (9), Gomis (18).

Le choix (dangereux) des Lyonnais :

A l’aller, les joueurs de Rémi Garde avaient souffert dans les couloirs en raison des montées des latéraux russes pour soutenir leurs ailiers. Bénéficiant de deux buts d’avance, le jeune entraîneur décide donc de blinder ces deux zones du terrain : lorsque l’OL défend, Bastos et Briand se replient très bas pour fermer les couloirs aux côtés de Cissokho et Réveillère.

Replié très bas dans sa moitié de terrain, le bloc lyonnais laisse en pointe le duo Lisandro-Gomis, chargé de couper les solutions en profondeur au duo Natcho-Noboa. Mais Kazan n’est pas gêné par ce travail de placement et d’opposition des attaquants lyonnais. Au contraire, le duo de l’entrejeu se coupe en deux. Noboa joue entre les deux premières lignes tandis que Natcho travaille à la relance avec ses trois défenseurs. Ces derniers s’étirent et occupent toute la largeur du terrain. A quatre contre deux, le Rubin n’est pas inquiété lorsqu’il tient le ballon et peut le faire tourner à loisir en attendant la première passe.

Relance favorite des joueurs de Kazan (le très intéressant Natcho en tête) : le jeu long pour atteindre les couloirs où les paires ailier-latéral s’affrontent de chaque côté (Bastos-Cissokho vs Nemov-Gokdeniz et Briand-Réveillère vs Kislyak-Lebedenko). Mais l’anticipation des ailiers lyonnais dans le repli ouvre aussi des boulevards sur les ailes. Côté gauche, Kaleshin (19) multiplie les incursions dans le camp lyonnais pour créer le surnombre ou venir en soutien et permettre la maîtrise du ballon. En deuxième mi-temps, il évolue dans le même registre mais en démarrant depuis le flanc droit de la défense russe.

Heureusement pour l’OL, ses joueurs répondent présents dans les duels. Et le surnombre dans l’axe lui permet de garder la maîtrise dans ses 30 derniers mètres en première mi-temps, le Rubin sollicitant Dyadyun en appui sur une large majorité de ses approches. Gokdeniz et Lebedenko tentent d’apporter plus de variétés par des courses entre les lignes (et dans le dos de Kallström-Gonalons) mais leurs adversaires directs les suivent à la trace et ferment les intervalles. Bref, lorsque la mi-temps est sifflée, l’OL défend bien… Mais ne se montre quasiment pas dangereux à l’inverse d’un match aller où il avait eu la maîtrise technique de la rencontre.

De l’importance de Lisandro :

Repoussé très bas dans sa moitié de terrain, l’OL connaît des soucis dans l’utilisation du ballon. Les ailiers ont des courses de 50 mètres à faire pour atteindre leurs zones de prédilection ; dans l’axe, le duo Natcho-Noboa travaille sur la paire Kallström-Gonalons afin de couper la relation vers les attaquants, que ce soit Lisandro en appui ou Gomis dans la profondeur.

Pour répondre à ce marquage des milieux adverses, les Lyonnais s’en sortent avec les décrochages de Lisandro combinées aux montées des latéraux (et à la participation des ailiers). Cet ensemble de joueurs offre aux Lyonnais un surnombre assez conséquent au coeur du jeu, propice aux longues phases de conservation de balle, idéale pour souffler et diminuer l’intensité de la partie. En deuxième mi-temps, le Rubin, décidé à prendre des risques, évolue plus haut. Les défenseurs n’hésitent plus à sortir du dernier rideau défensif pour jaillir devant les attaquants lyonnais et remettre la pression dans le camp des Gones.

Si cela offre une énorme opportunité à Gomis, sur un ballon gagné par Lisandro en réponse à un premier pressing adverse, ce renvoi constant du jeu dans son propre camp fatigue l’OL. Les Lyonnais ont de plus en plus de mal à conserver le ballon  et le Rubin met toutes ses forces dans la bataille. Kaleshin venu de l’arrière (côté droit) et Noboa sur la largeur (avec un penchant pour le côté gauche) forment de nouvelles doublettes sur les ailes pour les Russes, permettant aux deux ailiers de rentrer dans l’axe pour peser dans la surface et être à la réception de nombreux centres en profondeur.

Après avoir mené un rude combat face à Koné et Lovren, Dyadyun cède sa place à Martins dont le jeu en pivot pour Natcho fait craquer la défense lyonnaise. Lloris est poussé à multiplier les arrêts de grande classe. Alors que le Rubin se jette à corps perdus à l’attaque, les Lyonnais sortent enfin sur les relanceurs : Lisandro, Bastos et Gomis sortent jusque dans les 30 derniers mètres adverses pour gêner le renvoi du jeu dans leur camp. Quelques minutes plus tard, l’entrée de Pjanic ajoute un cinquième milieu de terrain : cette nouvelle ligne joue plus haut que la précédente et les fameux centres en profondeur sont désormais stoppés à l’origine.

Conclusion :

Malgré son départ de Lyon, Claude Puel n’en finit pas d’être critiqué pour ses choix de l’époque. Si son Lyon n’aurait peut-être pas passé trois buts à Kazan à l’aller, il n’aurait certainement pas tremblé ce soir. Car s’il avait quelque chose à mettre à son actif sur la scène européenne, c’était bien son pressing tout terrain qui étouffait la plupart des seconds couteaux du continent. Ce soir, en voulant fermer les couloirs, l’OL a évolué trop bas et en a oublié de pratiquer le football qui lui avait permis de dominer le Rubin à l’aller. Mais la qualification est là, et c’est bien ce qui sera retenu.

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