Roumanie 0-0 France, l’analyse tactique

Enfin, on va essayer pour l’analyse tactique. Après une sortie peu convaincante en Albanie, les Bleus se sont enlisés sur la pelouse du tout nouveau National Arena roumain. Pour simplifier à l’extrême, il a suffit que les locaux empêchent les milieux français de jouer pour annihiler le seul plan de leurs adversaires. Heureusement pour les Bleus, Lloris a su éviter les malentendus.

Les compositions :

Côté roumain, Victor Piturca a dû faire face au forfait de dernière minute de Sapunaru. Le latéral de Porto a été remplacé par Luchin sur le flanc droit de la défense. Devant, Marica évolue en pointe : Tatarusanu (12) – Luchin (17), Chiriches (4), Goian (15), Rat (3) – Bourceanu (5), Cocis (18) – Nicolita (16), Lazar (8), Tanase (10) – Marica (9).

De son côté, Laurent Blanc procède à cinq changements par rapport au onze qui a débuté en Roumanie. Rami revient de suspension et Sagna de blessure. Diarra, Malouda et Nasri sortent au profit de Cabaye, Valbuena et Martin : Lloris (1) – Sagna (2), Rami (4), Abidal (22) – M’Vila (17), Cabaye (6) – Valbuena (8), Martin (12), Ribéry (7) – Benzema (10).

Les joueurs changent…

… Mais pas le système de jeu. Malgré les entrées de Cabaye et Martin dans le onze de départ, Laurent Blanc a fait le choix de conserver le 4-2-3-1 qu’il utilise habituellement. Le Sochalien évolue en pointe du triangle alors que Cabaye reprend le poste laissé vacant par Diarra aux côtés de M’Vila. Valbuena occupe lui le poste restant sur l’aile droite. Du grand classique et aucune surprise pour les Roumains.

Au système de jeu français, les hommes de Piturca y opposent un milieu agressif dont le début de match rappelle celui des Albanais vendredi dernier. Premier acte : empêcher les relances rapides des Français vers leurs attaquants pour permettre aux milieux de se replier. C’est ainsi que le quatuor offensif roumain abat un gros travail de harcèlement en début de partie, et dans les 30 derniers mètres français pour couper la relation entre Cabaye-M’Vila et leurs attaquants. Ceci fait, les deux milieux de terrain doivent passer par les côtés pour réussir à avancer.

Exemple ci-dessus. Le ballon se situe dans la zone signalée par un cercle bleu et circule donc entre Evra (3), Abidal (22) et Cabaye (6). Côté Roumain, Marica (9) tourne autour d’Abidal pour perturber la circulation de balle et Nicolita (16) défend devant Evra pour bloquer la profondeur. Derrière lui, Luchin (17) est au marquage de Ribéry. Mais revenons dans la zone. Au duo Marica-Nicolita s’ajoute un troisième homme (ici, Lazar-8) qui vient fermer la profondeur à Cabaye. Là encore, derrière lui, la solution française entre les lignes est suivie de près (ici, Martin-12 pris par Bourceanu-5).

Sauf combinaison rapide ou duel remporté balle au pied (difficile sur la pelouse d’hier soir…), les Français n’ont pas beaucoup de solution : à moins que Ribéry ou Martin ne décrochent dans la zone pour créer le surnombre et permettre d’accélérer sur du jeu en une touche (encore une fois difficile au vu des conditions de jeu), les Bleus doivent renverser le jeu. C’est ainsi qu’à plusieurs reprises, le ballon est ressorti de Cabaye vers M’Vila pour tenter de filer côté opposé. Dans ce cas, le second milieu roumain sort sur le Rennais pour l’empêcher de jouer vers l’avant, repousser le ballon sur le côté et repartir avec le même schéma défensif.

M’Vila a néanmoins réussi à donner quelques ballons dans la course dans ses conditions, notamment à Sagna prenant de vitesse son adversaire direct sur l’aile. Mais le plus souvent, lui et Cabaye ont tiré leur épingle du jeu en sautant un relais pour alerter immédiatement le latéral, lancé dans le couloir (en jaune). Pour cela, les Bleus ont eu besoin de deux facteurs : le décrochage d’un offensif pour permettre au milieu chargé du renversement de se libérer du marquage et le repiquage dans l’axe de l’ailier à l’opposé de l’action (ici Valbuena), pour entraîner le latéral roumain avec lui et ouvrir le couloir à son latéral.

Décalés à plusieurs reprises, Sagna et Evra auront beaucoup de mal à envoyer des ballons dangereux dans la surface adverse ; la faute évidemment à une qualité de centre plus que moyenne mais aussi à un manque de présence dans la surface adverse et notamment dans le domaine aérien où les Bleus n’avaient de toute façon pas les armes pour lutter.

Pas de plan B :

Au fil des minutes, les Roumains se sont permis de calmer l’intensité mise dans les duels dans l’entrejeu pour se replier tranquillement dans leur moitié de terrain. Le schéma défensif est ainsi resté le même mais a fini une dizaine de mètres plus bas en fin de première mi-temps. Un repli permettant aux joueurs de couloir de former un double rideau face aux dribbleurs adverses (Ribéry se retrouve ainsi avec Nicolita puis Luchin face à lui). Une période propice pour les tentatives de Martin ou Cabaye par-dessus la défense… Mais avec un bloc adverse très bas, les ballons en profondeur n’ont eu quasiment aucune efficacité.

L’état de la pelouse empirant, la deuxième mi-temps n’a pu montrer qu’une chose : que les Bleus n’avaient pas de plan B. Toujours aussi peu inspirés face à l’organisation défensive adverse, ils ne se montreront menaçants que sur des ballons gagnés dans le camp adverse, profitant d’une mauvaise relance ou d’un mauvais dribble dû à la pelouse. Malheureusement pour eux, aucune de ces balles d’attaque rapide ne finit sa course dans les filets de Tatarusanu. Au bout des 90 minutes, ce sont même les Roumains qui se sont crées les meilleures occasions, sur coups de pied arrêtés puis sur des centres en fin de rencontre.

Conclusion :

Un spectacle à oublier à n’en pas douter. En ne perdant pas, les Bleus ramènent au moins quelque chose de ce déplacement qui laissait présager du pire au bout de quelques minutes et quelques réflexes de Lloris. Dans l’ensemble, et malgré les conditions difficiles, le trio Cabaye-M’Vila-Martin a montré quelques phases intéressantes : les deux premiers pour leurs changements de jeu et leur capacité à sauter un relais sur les circulations latérales ; le second pour son jeu épuré (une-deux touches maxi) qui a paru à l’opposé de ce que Nasri avait pu faire face à l’Albanie.

Entré en jeu en fin de partie, l’ancien Marseillais et Londonien a d’ailleurs été un symbole de l’absence de plan B du côté du staff français qui n’a été en mesure de ne faire que du poste pour poste (et rôle pour rôle) là où d’autres registres aurait pu être utile sur une pelouse aussi difficile. « Bafa qui ? »

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1 réponse

  1. Fabrice dit :

    Quel courage d’avoir analysé cette purge ! Mes respects du jour… Il t’a fallu combien de thermos pour réussir à ne pas sombrer devant ta lucarne ?

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