AS Rome 2-0 Naples, l’analyse tactique

Après le test concluant face à l’Inter, la Roma de Rudi Garcia s’attaquait à sa deuxième « montagne » du mois en recevant le Napoli. Perturbés par la blessure de Totti à la demi-heure de jeu, les Romains s’en sont remis à une solidarité défensive sans faille et un bloc-équipe efficace pour venir à bout de Napolitains trop peu inspirés collectivement pour les inquiéter.

Aucune surprise à signaler au coup d’envoi : les deux formations sont apparues dans leurs systèmes de jeu habituels. Excepté Zuniga côté napolitain et Balzaretti à la Roma, les « titulaires » sont là. La Roma débutait donc en 4-3-3 avec son trident De Rossi-Strootman-Pjanic dans l’entrejeu et la paire Florenzi-Gervinho pour encadrer Totti aux avants-postes (De Sanctis – Maicon, Benatia, Castan, Dodo – De Rossi, Pjanic, Strootman – Florenzi, Totti, Gervinho). Côté Napoli, le 4-2-3-1 était reconduit avec un choix de Benitez à la pointe de l’attaque puisque Pandev commençait à la place de Higuain, resté sur le banc de touche (Reina – Maggio, Albiol, Britos, Mesto – Inler, Behrami – Callejon, Hamsik, Insigne – Pandev).

Le Napoli isole Totti : 

La grande question du début de match résidait dans le comportement de Naples face à la relance romaine. Comme d’habitude, celle-ci s’organisait autour de De Rossi, soutenu par Castan et Benatia et qui recevait l’aide de Pjanic et Strootman revenant à sa hauteur. Sans surprise, la première ligne napolitaine (Hamsik-Pandev) s’est positionnée au niveau de De Rossi. Mais rapidement, elle s’est retrouvée dépassée par les déplacements de Pjanic et Strootman. La cause : même si les milieux étaient calqués l’un sur l’autre, Inler et Behrami ont adopté une attitude conservatrice en début de partie. L’objectif : ne laisser aucun intervalle dans l’axe, qui profitent généralement à Totti et à ses décrochages.

Pjanic et Strootman décrochent afin de permettre de contourner Hamsik et Pandev. Inler et Behrami bloquant l'axe et la relation avec Totti, le jeu se dirige naturellement vers les couloirs et les paires ailiers-latéraux.

Pjanic et Strootman décrochent afin de permettre de contourner Hamsik et Pandev. Inler et Behrami bloquant l’axe et la relation avec Totti, le jeu se dirige naturellement vers les couloirs et les paires ailiers-latéraux.

Ce comportement conservateur du Napoli a permis à la Roma de dominer le début de rencontre, tant en terme de possession de balle que d’occupation du terrain. Quelques échanges entre les cinq joueurs à la relance permettaient d’en libérer un pour ensuite attaquer les deux lignes de quatre napolitaines. Inler-Behrami fermant l’axe, Strootman et Pjanic orientaient le jeu vers les couloirs pour tenter de pénétrer dans les 30 derniers mètres. Attaquant les zones d’Insigne et Callejon, les deux milieux de terrain libéraient ensuite le ballon pour les paires Maicon-Florenzi et Dodo-Gervinho. Si le mouvement allait assez vite, Albiol et Britos pouvaient être mis en danger dans leur surface (notamment par Gervinho). Dans le cas contraire, Inler et Behrami avaient le temps de coulisser pour protéger leurs défenseurs.

Au quart d’heure de jeu, même s’il est largement dominé, le Napoli a quand même atteint son objectif premier : Totti n’a aucun poids sur le jeu et les offensives romaines sur les ailes sont, parfois tant bien que mal (Gervinho et Maicon font des différences mais manquent de justesse au moment de trouver leurs partenaires), contenues par les défenseurs. En revanche, les hommes de Rafa Benitez sont incapables de créer le danger, la faute à un très bon pressing de la part de la Roma.

La cohésion de la Roma : 

Capable de rentrer dans les 25 derniers mètres, les Romains ont en effet tout fait pour y rester une fois le ballon perdu. En première ligne, Totti, Florenzi et Gervinho se positionnaient sur la largeur du terrain : les deux ailiers bloquaient les lignes de passes des défenseurs vers les latéraux, et pouvaient aussi sortir au pressing (sur Albiol et Britos). En deuxième rideau, Strootman et Pjanic suivaient les déplacements de Inler et Behrami afin de bloquer la transition adverse. Si les deux étaient à proximité de leurs adversaires directs, De Rossi s’autorisait aussi à sortir sur les décrochages de Hamsik. Tout ce travail était accompli pour forcer Naples à jouer long en direction de ses attaquants. A la retombée de ces ballons, les défenseurs romains se montraient très agressifs et allaient disputer les duels avec Insigne, Callejon et Pandev.

Les cinq Romains oeuvrant à l'occupation du camp adverse : Gervinho et Florenzi sont entre les défenseurs et les latéraux adverses, et sortent dès que les premiers tentent de porter le ballon. Dans le coeur du jeu, Pjanic et Strootman sont au marquage de Inler et Behrami.

Les cinq Romains oeuvrant à l’occupation du camp adverse : Gervinho et Florenzi sont entre les défenseurs et les latéraux adverses, et sortent dès que les premiers tentent de porter le ballon. Dans le coeur du jeu, Pjanic et Strootman sont au marquage de Inler et Behrami.

Cette agressivité était d’ailleurs à double tranchant puisque le défenseur qui sortait de l’alignement pour disputer le ballon n’était généralement pas suivi par la remontée de l’ensemble de la ligne. S’il perdait le duel, c’est donc un énorme intervalle qui s’ouvrait pour les attaquants napolitains, grâce à la présence de un ou deux défenseurs couvrant le hors-jeu. Tant que Naples était contraint de faire sa première passe de très loin dans son camp, les défenseurs romains avaient le temps d’anticiper et de jouer sur leur avantage physique. En revanche, lorsque les distances se sont resserrées entre la relance et l’attaquant destinataire, les duels se sont équilibrés et les suites données aux actions pouvaient être plus gênantes pour la défense romaine.

Les deux équipes se sont d’ailleurs crées leurs premières opportunités dans le jeu sur des attaques rapides. La Roma a accéléré la première avec un ballon gagné dans l’entrejeu par Strootman, relayé par Totti puis Pjanic pour finir sur Gervinho (16e). Quelques minutes plus tard, c’est Insigne qui lançait Pandev dans la profondeur (sur un mauvais alignement de la défense romaine). Seul face à De Sanctis, le Macédonien a perdu son duel avec le gardien romain avant de voir De Rossi revenir pour sauver le ballon sur sa ligne (35e).

La sortie de Totti : 

Cette énorme occasion du Napoli est venue sanctionner les premières hésitations de son adversaire. Après un très gros premier quart d’heure, les joueurs de Rudi Garcia ont diminué l’intensité de leur pressing : Strootman laissait plus d’espaces à Behrami qui décrochait très bas, laissant Inler et Hamsik au milieu de terrain (face à Pjanic et au Néerlandais : De Rossi restait en couverture à partir du moment où l’un des milieux adverses n’était pas marqué de près). La sortie sur blessure de Francesco Totti a ensuite entraîné plusieurs minutes de flottements côté romain.

Hamsik redescend dans l'entrejeu pour participer à la relance.

Hamsik redescend dans l’entrejeu pour participer à la relance. Sept joueurs du Napoli se retrouvent à faire tourner le ballon face à cinq Romains. A noter le positionnement des cinq joueurs au milieu de terrain, tous « entre-deux » adversaires.

En face, le Napoli a adopté une posture beaucoup plus agressive dans l’entrejeu à partir du moment où la menace Totti n’était plus. Inler et Behrami n’ont plus hésité à sortir de leurs positions pour agresser Pjanic et Strootman, laissant Albiol et Britos au duel avec Borriello, entré en jeu à la place de son capitaine. Désormais sous pression, les milieux romains ont eu beaucoup plus de mal pour atteindre leurs attaquants, et le Napoli en a profité pour jouer plus haut… et automatiquement se rapprocher de ses propres atouts offensifs (duel Pandev-De Sanctis, 35e – frappe d’Insigne sur le poteau, 41e). Pendant une dizaine de minutes, la physionomie du match s’est inversée avec une Roma désormais dominée et des Napolitains forçant les relances longues de leurs adversaires (et facilitant donc le travail de leurs défenseurs).

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Totti sorti, Inler et Behrami vont désormais presser les milieux romains afin d’aider Pandev et Hamsik en première ligne. Ici, Inler sort au pressing sur Pjanic, et sera accompagné quelques secondes plus tard par Behrami face à Strootman. 

Alors que la mi-temps approchait, la Roma a réussi à remettre le pied sur le ballon au milieu de terrain grâce aux mouvements de ses attaquants. Puisque Inler et Behrami sortaient désormais au pressing sur Pjanic et Strootman, Borriello, Florenzi et Gervinho pouvaient revenir à l’intérieur pour exploiter les espaces qu’ils abandonnaient dans leur dos. Oeuvrant ainsi pour libérer leurs milieux de terrain, ils ont permis à Pjanic et Strootman de se défaire de la pression adverse pour remettre le pied sur le ballon. Une ouverture du Néerlandais depuis la ligne médiane a ainsi pu trouver Borriello. Au duel avec Britos, l’attaquant a remis dans la course de Florenzi qui a manqué le cadre de peu (41e). Une action que le défenseur du Napoli a payé cher puisqu’il a cédé sa place quelques secondes plus tard. Et juste avant la pause, son remplaçant Cannavaro concédait le coup-franc de l’ouverture du score, transformé par Pjanic (45e).

A l'origine du coup-franc entraînant l'ouverture du score de Pjanic : un ballon justement sorti de l'aile par le Luxembourgeois, et ce malgré le pressing de Inler.

A l’origine du coup-franc entraînant l’ouverture du score de Pjanic : un ballon justement sorti de l’aile par le Luxembourgeois, et ce malgré le pressing de Inler. Ailier droit à ce moment de l’action, Gervinho est revenu dans l’axe pour exploiter l’espace laissé par le Suisse. Après sa prise de balle, il fait la différence face à Behrami avant d’attaquer Cannavaro qui le stoppe irrégulièrement…

La cohésion de la Roma (bis) : 

Forts de cet avantage, les Romains sont revenus après la pause dans un dispositif plus défensif. Forcément moins enclins à aller chercher la relance adverse, d’autant plus avec leur alignement défaillant, ils ont passé la première partie de la deuxième mi-temps à afficher une solidarité sans faille pour repousser aux assauts adverses. En première ligne, Borriello, Gervinho et Florenzi se partageaient le poste d’attaquant de pointe, à hauteur de Inler-Behrami, et ceux d’ailiers, chargés de contenir les montées de Maggio et Mesto. Au coeur du jeu, Pjanic et Strootman sortaient à tour de rôle pour compléter le travail de leur attaquant axial (sur Inler-Behrami donc). Le deuxième milieu de terrain restait en couverture aux côtés de De Rossi. Avec ce premier mouvement, ils forçaient le Napoli à passer par les côtés pour rentrer dans les 30 derniers mètres.

Dès que le ballon partait dans ces zones, la Roma bénéficiait de l’excellent travail de De Rossi pour effectuer les compensations au sein de sa défense. En glissant au sein de celle-ci, le vice-capitaine permettait à Castan et Benatia de sortir dans les duels afin d’aider leurs latéraux, parfois en infériorité numérique en attendant le repli des ailiers. Evidemment, ce travail de De Rossi aurait pu être contourné par le Napoli si personne ne redescendait compenser son absence dans l’axe. C’est pour cela qu’en phase défensive, Borriello redescendait très bas afin de compléter le milieu de terrain à trois (avec une pointe haute cette fois) aux côtés de Pjanic et Strootman.

Le double travail de De Rossi : avec ses milieux de terrain quand l'adversaire tente de créer le surnombre dans l'axe (décrochage de Hamsik ici).

Le double travail de De Rossi (1/2) : avec ses milieux de terrain quand l’adversaire tente de créer le surnombre dans l’axe (décrochage de Hamsik ici).

Le double travail de De Rossi (2/2) :

Le double travail de De Rossi (2/2) : avec ses défenseurs lorsque le surnombre est crée sur les côtés par l’adversaire. Sur cette action, il permet à Benatia de sortir sur Hamsik afin d’aider Maicon, déjà sur Insigne. Dans l’axe, Pjanic et Strootman sont en position et compensent le recul de leur capitaine, aidés aussi par le retour de Borriello (hors-champ). Au final, ce sont les ailiers qui sont dispensés sur repli sur cette action… et offrent donc immédiatement des solutions dans l’espace pour du jeu rapide. 

Malgré sa nouvelle domination, le Napoli a eu beaucoup de mal à créer le danger face à une telle présence défensive. Callejon et Hamsik ont bien tenté de varier les attaques en revenant dans l’entrejeu pour créer le surnombre. Mais dès qu’ils décrochaient dans l’axe, De Rossi rejoignait ses milieux de terrain afin de les empêcher de prendre l’avantage numérique. Au final, seules des initiatives individuelles (Inler de loin, 49e – Hamsik sur le poteau, 61e) ont permis aux Napolitains d’inquiéter De Sanctis. La Roma procédait elle en contre-attaque, profitant de la qualité de son côté droit (Maicon, Pjanic, Gervinho) pour prendre les espaces dans le dos de Mesto. C’est finalement Florenzi, passé à droite en cours de mi-temps, qui s’est retrouvé au centre sur l’action amenant au penalty et à l’expulsion de Cannavaro (70e).

Une simple image pour illustrer la solidarité de la Roma. Tous les joueurs sont concernés par le travail défensif.

Une simple image pour illustrer la solidarité de la Roma. Tous les joueurs sont concernés par le travail défensif.

Fin de match : 

Désormais menés 2-0 et réduits à 10, les hommes de Rafa Benitez n’avaient plus rien à espérer de cette rencontre. Le passage forcé en 4-4-1 (Behrami en défense, Hamsik avec Inler au milieu, Higuain en pointe) a permis à la Roma de reprendre possession du ballon et de maîtriser les 20 dernières minutes. Profitant à nouveau de leur liberté, les trois milieux romains se sont appuyés sur leurs joueurs de couloir pour exploiter la largeur, faire courir leurs adversaires… et savourer leur très belle opération au classement. En attendant le prochain test.

 

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6 réponses

  1. Le Gros dit :

    Très joli travail, comme d’habitude, en plus cette Roma me passionne !

    Par contre, c’est assez impressionnant que le Napoli en soit à lâcher la possession pour pouvoir coller deux (deux !) milieu à empêcher Totti de jouer. C’est déjà arrivé qu’un joueur de 37 ans reste aussi influent et aussi craint ?

    Chapeau à lui. C’est très très fort.

  2. D.T dit :

    Merci Florent pour ton site en général et cette analyse en particulier. J’aimerai avoir ton opinion sur deux éléments :

    Au delà du remarquable travail tactique de la Roma, le jeu offensif de Naples présente plusieurs faiblesses selon moi auxquelles Benitez n’a pas encore trouvé la solution.
    Premièrement la faiblesse des latéraux du Napoli qui n’apportent pas dans leurs déplacements et leur prise de décision un danger suffisant pour les adversaires ( tout le contraire de Maicon et Dodo). Si bien que l’équipe en face travaille essentiellement à contenir les déplacements de Hamsik, callejon, Insigne, Pandev ce qui rend leur jeu assez lisible finalement.

    C’est là qu’apparait la deuxième limite selon moi du jeu de Naples : l’apport offensif de Inler et Behrami qui se projettent peu vers l’avant (peu ou pas de permutations avec hamsik) et se contentent de distribuer sur les côtés et d’user de leur qualité de frappe exceptionnelle à 20 mètres. Encore une fois cela rend le travail défensif de la Roma plus facile car les changements de zone sont peu nombreux.

    Peut-être que sur ces points Bénitez doit faire travailler ces joueurs (voire recruter des latéraux?). Qu’en penses-tu?

    Désolé c’est long, mais merci encore pour tes analyses.

  3. alex-6 dit :

    Rudi Garcia doit satisfaire les romains après les avoir surpris. Après tout ce que tu expliques je pense que mardi soir à Marseille ils ne feront qu’une bouchée de l’OM de BAUP qui même quand son équipe perd 3fois de suite trouve qu’il n’y a rien à reprocher à son sens tactique!.
    Merci pour tes éclairages .

  4. sebtheouf dit :

    Avec un peu de retard mais bravo pour le super boulot.

  5. LSD dit :

    Très belle analyse. Merci.
    De Rossi a vraiment une intelligence tactique rare (comme tu le montres) et ça fait plaisir de le voir retrouver son niveau cette année.
    @D.T: Zuniga apporte justement cela mais il était blessé.

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