River Plate 1-0 Boca Juniors : la super analyse du Superclasico

C’était mardi soir et c’était à suivre en direct chez l’excellent Lucarne Opposée. Boca Juniors se déplaçait sur la pelouse du Monumental pour y affronter River Plate dans le célébrissime Superclasico. Rentrez chez vous avec votre PSG-OM ou votre Real-Barça, le classique des classiques c’était ce soir-là que ça se passait. Malgré deux équipes moyennes (qui luttent pour éviter les barrages pour la relégation), ce match est resté à part : grosse ambiance, plusieurs moments joués à très haute intensité et des plans tactiques savoureux à décrypter.

Les formations :

Pour son premier match à la tête de River, Juan José Lopez a décidé d’innover en abandonnant les habitudes instaurées par son prédécesseur. Finie les quatre défenseurs, River Plate se base sur une défense à trois (Maidana, Ferrero, Roman) protégée par deux milieux défensifs (Almeyda et Acevedo). Comme souvent dans ces cas-là, les couloirs sont occupés par deux joueurs capables d’assurer à tous les postes, de la défense à l’attaque (Pereyra, Ferrari). Devant, Lopez associe un bulldozer qui pèse sur la défense adverse (Pavone) à un joueur qui travaille entre les lignes (Ortega). Juste derrière, Lamela fait la jonction entre le milieu et l’attaque.

Du côté de Boca Juniors, Borghi (qui se sait menacé) joue la prudence et renoue avec une défense à plat. Habituellement plus haut sur le terrain, Clemente Rodriguez s’installe sur le flanc gauche de celle-ci aux côtés de (de gauche à droite), Insaurralde, Caruzzo et Ceelay. Dans l’entrejeu, le premier relanceur Battaglia joue les rampes de lancement aux côtés de relayeurs travailleurs (Gimenez à gauche) et tenaces à la récupération (Mendez). Côté offensif, Riquelme est titularisé derrière deux attaquants : Palermo comme point d’appui et Mouche comme électron libre.

Le plan de River :

Ah, la défense à trois ! Quelle ne fut pas ma surprise de la retrouver lors d’un grand match sud-américain quelques jours après avoir écrit un long billet sur le sujet. Au moment de le termine, j’y avais intégré un petit schéma très spécial qui ressemblait énormément à celui présenté par River sur certaines phases de jeu et, en premier lieu, lorsque les gars de Lopez décidait de presser la relance de Boca. Sous mes yeux, je découvrais alors comment pouvait s’articuler en phase défensive le schéma présenté quelques jours plus tôt.

Pour que ce schéma de jeu bien spécifique soit viable, j’évoquais deux choses : le pressing obligatoire des joueurs offensifs sur la relance adverse et la compensation par les milieux défensifs des déplacements des stoppeurs excentrés. Lors de ce Superclasico, River s’est particulièrement illustré dans ces deux domaines. Lamela, Ortega et Pavone ont abattu un énorme travail pour gêner la construction de Boca et le duo Acevedo-Almeyda (oui, oui Matias Almeyda) a été irréprochable dans sa moitié de terrain. Voilà comment cela se présentait.

La pression : Clemente Rodriguez est en possession du ballon (en bas à droite de l’image). Le milieu droit de River (Ferrari) se présente à lui. Dans le même temps, les trois offensifs glissent eux aussi vers le porteur du ballon. L’un va mettre la pression quand les deux autres tentent de couper les solutions de passes les plus proches (Gimenez le relayeur gauche et surtout Battaglia au coeur du jeu). Si Rodriguez ne libère son ballon assez rapidement, il se retrouve avec deux joueurs sur le dos et, au mieux, une égalité numérique entre les deux équipes dans sa zone.

La couverture : Presser c’est bien mais si c’est mal fait, ça peut faire avoir des conséquences… D’où l’intérêt d’une bonne couverture. Premier déplacement dans notre cas ci-dessus, le stoppeur droit (Maidana) réagit à la montée de son milieu de terrain et va couvrir le long de la ligne de touche. Le milieu défensif le plus proche (Acevedo) glisse à sa place. Les deux milieux restants (Almeyda, l’autre axial et Pereyra, le milieu gauche) rentrent eux à l’intérieur pour compenser ce déplacement.

Les conséquences sur le jeu de Boca :

Plutôt intéressant en théorique, le système mis en place par River a aussi parfaitement fonctionné dans la pratique. Et Boca a forcément dû s’adapter à ce pressing qui l’empêchait de sortir proprement de ses 40 mètres. Plaque tournante de la relance Xeneize, Battaglia a dû multiplier les efforts pour se rendre disponible pour ses partenaires. Même topo pour Riquelme dont le positionnement avancé l’a rendu inutile pendant une bonne partie de la première période : et oui, les ballons ne remontaient pas. Du coup, il a souvent décroché pour toucher le cuir dans sa moitié de terrain et généralement renverser le jeu.

Au fil des minutes, après plusieurs récupérations de balle dangereuses de River Plate, Boca Juniors a adopté un jeu plus direct. Que ce soit les latéraux, Battaglia ou Mendez, plus personne n’hésitait à envoyer un long ballon par-dessus le milieu de terrain pour tenter de toucher la tête de Palermo. C’était ensuite à Riquelme, Mouche et Gimenez de trouver les bons intervalles pour récupérer les deuxièmes ballons…Sauf que Riquelme n’est pas fait pour ça, Gimenez ne quittait pas son couloir gauche (flèche jaune), Mouche était plus ou moins perdu et Palermo ne dominait pas autant les airs que Carroll hier soir face à la France (voir l’analyse).

En plus de ne pas avoir d’énormes conséquences sur la sérénité défensive affichée par River, ce quasi 4-2-4 à la relance était complètement déséquilibré (personne sur le côté droit) et n’a finalement pas rendu la tâche plus aisée pour les relanceurs de Boca (qui avait toujours trois mecs sur le dos). L’entrée de Chavez à la place de Riquelme à la mi-temps a amélioré l’animation de Boca, le nouveau étant plus vif pour anticiper et réagir sur les remises de ses attaquants. Mais le très gros oubli de Borghi (ex-entraîneur de Boca, viré juste après la défaite, c’est de pousser sur ce foutu côté droit dans la dernière demi-heure).

Le coaching :

Nous sommes à l’orée des 20 dernières minutes. River a ouvert le score à la 53ème sur un coup-franc de Maidana et applique la routine qui a fonctionné depuis le coup d’envoi (voir ci-dessus). Borghi a déjà dégainé ses trois remplaçants. Après Chavez pour Riquelme, Viatri remplace Mouche (poste pour poste) et Monzon remplace Mendez. Latéral gauche de formation, ce dernier entrant prend sa place à gauche de la défense et envoie Clemente Rodriguez (jusqu’ici latéral) sur l’aile droite. Borghi compte certainement sur les facilités techniques de ce dernier pour faire la différence sur ce côté délaissé depuis le coup d’envoi.

L’entraîneur de River ne va pas mettre beaucoup de temps à réagir à ce changement. Pereyra (le milieu gauche au coup d’envoi) sort au profit de Arano, un latéral qui va être chargé de s’occuper de Rodriguez. Cinq minutes plus tard, Ortega sort au profit de Buonanotte. Au lieu d’installer l’entrant à droite et de replacer Lamela à gauche (ce qui aurait pour conséquence l’abandon du pressing dans le camp adverse), Lopez place le petit nouveau quelque part entre l’axe et l’aile droite dans le même périmètre que Lamela et derrière Pavone (avant qu’il ne soit remplacé par Funes Mori). Résultats.

Au final, ça ressemble un peu à ça. Buonanotte (en rouge dans le camp de Boca) est quelque part entre les lignes côté droit, dans la zone de Monzon (en jaune). A l’autre bout du terrain, Arano et Rodriguez sont au duel (flèche noire). Le milieu de Boca jouant sur son mauvais pied, il rentre naturellement vers l’intérieur (flèche jaune) et tombe sur Almeyda en couverture (fléche orange). L’ailier qui rentre… Le latéral qui monte ? La sortie de Pereyra et le choix de ne pas replacer Lamela à gauche côté River ouvre complètement le couloir à Ceelay (flèche blanche) qui n’a plus d’adversaire direct.

Et pourtant, mis à part une ou deux incursions, ce dernier ne va jamais se ruer à l’attaque pour permettre à Boca d’écarter le jeu. A t-il été retenu dans ses montées par les déplacements de Pavone puis Funes Mori : les deux pointes de River ont en effet penchés à gauche pendant une bonne partie de la deuxième mi-temps. Peut-être… Il n’empêche que le score de 1-0 aurait pu permettre au Boca de Borghi de lâcher les chevaux (et les hommes en catogan) dans le dernier quart d’heure. Cela n’a pas été le cas et c’est regrettable.

Conclusion :

Car à l’arrivée, la victoire de River Plate ne souffre d’aucune contestation. S’ils ont dû se contenter d’un but sur coup de pied arrêté, les hommes de Lopez ont affiché un collectif équilibré bien que très ambitieux sur le papier. Comparé aux nombreux déséquilibres du système de Boca, une telle réussite (pour une défense à trois) ferait presque plaisir à voir. Oui, on peut tenter des choses et les réussir sans forcément se découvrir. Un bon enseignement.

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2 réponses

  1. Anne Onyme dit :

    Ca semblait être un match passionnant tactiquement, dommage que j’ai raté ça … :(
    Ton analyse (en fait tes analyses en générale, mais celle là en particulier) me fait vraiment regretter de ne pas avoir vu le match.

    Une question : d’après ce que tu dis sur le pressing de River, il me semble qu’une solution qui aurait pu être efficace pour Boca aurait été de régulièrement changer le jeu par des longues transversales (même si sans ailiers côté Boca, ça pose problème …), ça a été tenté ?
    En effet d’après ton premier schéma, il semblerait que le côté opposé de River soit complètement deserté (déjà initialement il n’y a qu’un joueur, qui en plus doit fermer l’axe pour compenser la redescente d’un récupérateur au niveau de sa défense).

  2. Exactement oui, les changements d’aile rapide auraient forcément mis en difficulté River. De toute façon, toute équipe qui décide de presser comme River l’a fait se découvre sur un côté : qui dit pressing, dit lignes resserrées, dit bloc plus compact et donc forcément des espaces à un endroit du terrain. ça me rappelle la vidéo de Fernandez qui expliquait que quand Auxerre mettait la pression sur un côté (par l’ailier) il fallait absolument que celui-ci empêche le porteur du ballon d’ouvrir en diagonale puisque l’AJA était découvert de l’autre côté.

    Bref, Boca aurait dû faire ça. Mais leur côté droit était d’une faiblesse abyssale (pas d’ailier comme tu le dis) et à part Battaglia (qui était très bien pris), aucun des milieux ne semblait avoir cette capacité à renverser proprement et rapidement le jeu.

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