Rennes 2-0 Lorient, l’analyse tactique

Dimanche soir, Canal+ a oublié le trio PLM le temps d’une soirée pour diffuser la rencontre entre Rennes et Lorient. Dommage que les décideurs aient décidé d’articuler la promo autour de la suprématie bretonne aux dépens de l’opposition de style entre les philosophies de jeu de Christian Gourcuff et de Frédéric Antonetti. Une opposition à sens unique en faveur du second, et c’est le moment de voir pourquoi.

Les compositions :

A l’instar de la rencontre face à l’Atletico il y a quelques semaines, Rennes accueille son adversaire avec un milieu renforcé. Doumbia et Pajot encadrent M’Vila. Devant, une pointe très mobile est encadrée par des soutiens qui n’hésitent pas à rentrer dans l’axe : Costil (1) – Danzé (25), Mangane (5), Mandjeck (14), Théophile-Catherine (2) – M’Vila (17), Doumbia (28), Pajot (26) – Pitroipa (7), Kembo (11), Montaño (21).

Côté lorientais, et malgré les absences de Romao et de Jouffre dans l’entrejeu, Christian Gourcuff ne touche pas à son quasi-inamovible 4-4-2. Aligné souvent à gauche depuis le début de saison, Coutadeur se retrouve dans l’axe aux côtés de Mvuemba : Audard (16) – Baca (17), Bourillon (6), Ecuelé-Manga (5), Le Lan (14) – Mvuemba (7), Coutadeur (10), Sunu (18), Monnet-Paquet (18) – Campbell (36), Aliadière (15).

Créer des duels :

La clé de la rencontre était finalement assez simple à trouver pour les Rennais. Ils se devaient de créer des situations propices à des un-contre-un qui ne permettent pas au jeu lorientais, basé principalement sur la création et l’utilisation des intervalles, de se développer. Et pour cela, il fallait d’abord imprimer un gros pressing sur la relance lorientaise afin d’empêcher les Merlus de mettre tout simplement leur jeu en route.

C’est ainsi que deux des trois milieux rennais, rassurés par la présence du troisième (M’Vila) en couverture, n’hésitent pas à sortir au pressing dans le camp adverse et ce jusque dans les 25 derniers mètres pour empêcher les Lorientais de relancer vers l’avant. Coutadeur et Mvuemba ne sont pas le seuls ciblés puisque Pajot et Doumbia poussent même leur pressing jusqu’aux niveau des deux stoppeurs adverses, Bourillon en tête.

Les montées des deux hommes sont complétées par le travail des deux excentrés (Pitroipa et Kembo) qui se placent de manière à empêcher les Lorientais de trouver une passe en diagonale (en orange) et les forcer à jouer soit dans la latéralité, soit à sauter des lignes, que ce soit dans la largeur ou dans la profondeur, afin de casser le bloc-équipe qui fait la force de Lorient. Car qui dit bloc-équipe rompu, dit joueur isolé à la réception, le temps que les soutiens fassent les déplacements pour venir proposer des solutions.

Mais ce laps de temps nécessaire aux Lorientais, les défenseurs rennais ne le laisseront pas à leurs adversaires directs. Sunu et Monnet-Paquet perdent la grande majorité de leurs duels face à Théophile-Catherine et Danzé ; la donne est la même dans l’axe pour Campbell et Aliadière, excepté lorsque ce dernier s’excentre pour profiter des espaces laissés dans le dos des latéraux rennais qui restent aux contacts de leurs adversaires directs.

De la largeur pour trouver la profondeur :

La possession du ballon assurée, il s’agit désormais de bien l’utiliser pour les Rennais : éviter les prises de risques pour éviter les contres que les Lorientais maîtrisent et trouver les joueurs d’espaces que sont Kembo, Pitroipa ou Montano dans de bonnes conditions pour qu’ils puissent exprimer leurs qualités (un contre un, en mouvement etc…).

Lorsque les Rennais ont le ballon, ils font face à un bloc lorientais organisé sur deux lignes de quatre avec Campbell et Aliadière en pointe. De par leur schéma de jeu, un surnombre se crée naturellement au milieu de terrain avec les montées des latéraux à hauteur de la ligne médiane. Dans le camp rennais, ce sont sept joueurs qui peuvent faire tourner le ballon avec seulement deux Lorientais pour tenter de les en empêcher (les deux attaquants).

Devant eux, les deux lignes lorientaises font opposition pour tenter de les empêcher d’alerter leurs trois attaquants, censés apporter la vitesse nécessaire pour faire la différence dans le camp adverse. Pour cela, elles tentent de rester compactes et coulissent sur la largeur du terrain selon la circulation de balle rennaise. C’est justement là que les Rennais vont faire la différence : en profitant de leur surnombre dans l’entrejeu, ils peuvent sauter des relais dans leur circuits latéraux pour créer un décalage sur une aile permettant une passe en profondeur vers l’un des trois attaquants.

En clair, leur but est de contourner le bloc adverse : aller avec le ballon d’un côté à l’autre du terrain plus vite que le déplacement du bloc lorientais pour permettre la connexion entre le latéral et l’ailier. Deux possibilités au moment de la transmission : la passe dans le dos du latéral adverse avec appel de l’attaquant (cf. l’action amenant le penalty) ou la passe dans la course de l’attaquant qui doit ensuite négocier un un-contre-un avec son adversaire direct. Dans l’axe, les milieux (Doumbia à droite, Pajot à gauche) se projettent pour proposer des solutions.

Deuxième mi-temps et conclusion :

Les changements opérés par Christian Gourcuff en deuxième mi-temps n’ont pas transformé la physionomie de la partie. Et pour cause, plus qu’un bouleversement structurel, il s’agissait de changer les joueurs qui n’arrivaient pas à créer les différences nécessaires par d’autres. Sans succès. Malgré quelques minutes après la reprise, où les Lorientais ont tenté de jouer plus haut pour aller chercher M’Vila, les Rennais ont conservé la main sur les débats pendant 90 minutes. Une opposition de style remportée par Antonetti qui aurait pu glisser à son adversaire du soir que si, « il y a des duels dans le football ».

MAJ qui flatte l’ego : l’analyse que vous venez de lire a été approuvée par Romain Danzé. Merci à lui ! Et suivez-le sur twitter du coup : @ladanze29

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