Real Sociedad 4-2 Valence, l’analyse tactique

Quatrième de la Liga avant la 33e journée, la Real Sociedad avait l’occasion de frapper un grand coup en recevant l’un de ses principaux rivaux dans la course à la Ligue des Champions. Malgré une entame difficile, les Txuri Urdin ont atteint leur objectif, grâce à une bonne cohésion défensive et des attaquants en pleine confiance.

Au coup d’envoi, aucune surprise n’était à signaler dans les compositions d’équipes. Ernesto Valverde alignait son onze-type du moment (Diego Alves – Joao Pereira, Ricardo Costa, Mathieu, Cissokho – Parejo, Albelda – Feghouli, Banega, Jonas – Soldado). Concernant la Real, Philippe Montanier devait faire sans Griezmann, suspendu. Chori Castro l’a remplacé sur l’aile gauche (Bravo – Claudio Martinez, Mikel Gonzales, Inigo Martinez, De La Bella – Markel, Illarramendi, Xabi Prieto – Chori Castro, Vela, Agirretxe). Sur le plan des systèmes, deux 4-2-3-1 s’opposaient.

Valence domine au milieu : 

Et c’est Valence qui a pris le meilleur départ en profitant de la mobilité de ses trois créateurs (Banega, Jonas et Feghouli). A l’inverse de Vela et Chori Castro, qui ne quittaient pas leurs ailes respectives, les deux excentrés valenciens repiquaient dans l’axe dès que possible afin d’offrir des solutions dans le coeur du jeu à Albelda et Dani Parejo, chargés de la relance. Leurs déplacements permettaient aussi à Banega de décrocher dans l’entrejeu pour participer à la remontée des ballons si nécessaire.

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Banega décroche à hauteur d’Albelda afin d’éliminer Xabi Prieto. Illarramendi et Markel ne peuvent pas le suivre dans son déplacement puisque Feghouli (et Jonas qui peut lui aussi décrocher de sa position d’attaquant à tout moment) est venu occuper leur zone.

En début de partie, Valence a particulièrement insisté côté gauche, en raison des habitudes de Banega. A l’instar d’Iniesta à Barcelone, le relayeur argentin est naturellement attiré par cette zone du terrain où il endosse le rôle de plaque tournante. Il bénéficiait du soutien de Jonas de sa position de milieu excentré ; Feghouli repiquait lui de son aile droite pour offrir des solutions dans le dos de la paire Markel-Illarramendi et faire le lien avec un Soldado, toujours en pointe. Autre solution pour le duo Banega-Jonas, rechercher les débordements de Cissokho le long de la ligne de touche. Un circuit à l’origine de l’ouverture du score de Soldado (25e).

Cette animation de Valence a forcé la Real à faire redescendre ses attaquants pour venir encadrer, et ainsi aider, les deux milieux de terrain chargés de la récupération. Vela revenait défendre lorsque Cissokho montait. Chori Castro en faisait de même en cas de montée de Joao Pereira mais il a surtout contribué à fermer l’axe à Dani Parejo lorsque ses milieux axiaux étaient attirés dans la zone de Banega-Jonas et Cissokho. Un décalage que pouvait empêcher Xabi Prieto lorsqu’il revenait défendre.

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La Real, à onze dans sa moitié de terrain. La ligne défensive est resserrée en raison des positions de Soldado, Jonas et Feghouli. A droite, Vela couvre le couloir face à Cissokho. De l’autre côté, Chori Castro s’oppose à Joao Pereira. Valence construit autour de Albelda, Parejo et Banega, couverts par Agirretxe, Markel et Xabi Prieto. Jérémy Mathieu est le seul joueur de champ à ne pas être dans le camp de la Real Sociedad.

Pressing valencien : 

Bénéficiant de la domination territoriale, Valence a accompagné son travail offensif par un pressing tout terrain, parfois poussé jusqu’aux défenseurs centraux adverses. En cas de ballon perdu sur une aile, le quatuor offensif de Valence effectuait le premier pressing afin d’empêcher la Real de trouver des solutions courtes pour atteindre ses attaquants. Sur les côtés, les latéraux de la Real se retrouvaient rapidement sans solution et était forcé de sauter une ou deux lignes ou de revenir en arrière. En cas de relance plein axe, passant par la paire Markel-Illarramendi, Dani Parejo se joignait à ses attaquants pour empêcher les milieux adverses de se mettre dans le sens du jeu.

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Dani Parejo rejoint Jonas et Banega à hauteur de la paire Markel-Illarramendi. En difficulté, Markel libère le ballon de justesse. Derrière, Albelda reste en couverture devant ses défenseurs, tous au marquage d’un adversaire : Pereira avec Castro, Costa avec Agirretxe, Mathieu avec Xabi Prieto et Cissokho avec Vela. Seuls les latéraux de la Real Sociedad sont libres sur cette action.

Incapable de progresser en première intention sur les côtés et pressée dans l’axe, la Real ne réussissait à se sortir du pressing qu’en jouant latéralement. Démarrant d’un latéral, le jeu devait souvent atteindre l’autre pour pouvoir atteindre la ligne médiane. A plusieurs reprises, le ballon a ainsi circulé de Carlos Martinez jusqu’à De la Bella en passant par les défenseurs centraux. Le problème résidait ensuite dans le soutien à ce dernier : Chori Castro et Agirretxe étaient difficiles à trouver car serrés de près par Joao Pereira ou Ricardo Costa et le repli de bon repli de Valence obligeait de jouer rapidement sous peine de se retrouver à nouveau sous pression.

La plupart des situations dangereuses de la Real sont en fait venues de longs ballons et de changements de jeu qui ont pris à défaut un bloc valencien assez resserré sur la largeur du terrain. Dès la 1ère minute, une transversale de la gauche vers la droite a ainsi crée une situation de un-contre-un pour Vela face à Cissokho. Vingt minutes plus tard, c’est un long ballon de la droite vers la gauche, dévié de la tête par Agirretxe, qui a mis Chori Castro en bonne position sur son aile.

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En plus de bloquer l’axe, Valence ferme rapidement les côtés et maintient une pression constante sur Markel et Illarramendi (ici Dani Parejo et Jonas). Bloqués à gauche, les milieux de la Real doivent être capables de renverser le jeu s’ils ne veulent pas revenir en arrière et offrir à Valence une opportunité de remonter son bloc pour remettre en place son pressing. Dans l’axe, Xabi Prieto et Agirretxe sont indispensables pour offrir du liant au jeu de la Real et fluidifier le jeu d’une aile à l’autre. Mais leurs décrochages sont plutôt bien couverts par les défenseurs valenciens et Albelda.

Les mouvements de Xabi Prieto : 

La plupart des situations dangereuses de la Real sont en fait venues de longs ballons et des changements de jeu qui ont pris à défaut un bloc valencien toujours resserré de manière à pouvoir imprimer une pression sur le porteur de balle. Dès la 1ère minute, une transversale de la gauche vers la droite a ainsi crée une situation de un-contre-un pour Vela face à Cissokho. Vingt minutes plus tard, c’est un long ballon de la droite vers la gauche, dévié de la tête par Agirretxe, qui a mis Chori Castro en bonne position sur son aile.

Les offensives de la Real avaient en vérité besoin de points d’appui offerts par Xabi Prieto et Agirretxe à partir de la fin du premier quart d’heure. Certainement trop bas en début de partie, le premier cité s’est replacé plus haut de manière à ne plus pouvoir être pris par le pressing valencien. Au lieu de n’avoir que la solution Agirretxe, pris entre Costa et Mathieu, la Real Sociedad a ainsi gagné un deuxième point d’appui pour lui permettre de sauter le milieu fourni de l’adversaire. Un second relais plus mobile et capable d’aller offrir des solutions sur l’aile droite pour exploiter les intervalles crées par les déplacements de Vela.

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Le ballon part de Carlos Martinez le long de la ligne de touche. Vela décroche pour simuler une solution courte et entraîne Cissokho dans son appel. Un espace s’ouvre dans le dos de ce dernier ; Xabi Prieto s’y engouffre pour récupérer la passe de son latéral. Il oblige Mathieu à s’excentrer et à allonger la distance qui le sépare de Costa, au marquage d’Agirretxe dans l’axe. C’est ensuite à Vela de prendre de vitesse Cissokho afin d’arriver lancé dans cet intervalle pour profiter de la remise de Xabi Prieto dans sa course et attaquer ensuite Mathieu balle au pied. Sur cette action, le défenseur français sera averti.

Au fil des minutes, Valence a diminué l’intensité de son pressing ce qui a permis à la Real d’équilibrer les débats sur le plan des statistiques (possession, domination territoriale) en plus du tableau d’affichage (sur une superbe combinaison après un corner joué en deux temps). A la mi-temps, les deux équipes se séparaient donc sur un score nul et une première mi-temps plutôt équilibrée.

La Real en contre : 

Au retour des vestiaires, la Real est revenue avec l’envie de mieux contrôler la construction valencienne. Dès les premières minutes de la deuxième mi-temps, Carlos Martinez et De la Bella n’ont ainsi pas hésité à sortir de l’alignement défensif pour aller chercher Jonas et Feghouli pour les empêcher de se mettre dans le sens du jeu. Ce marquage plus serré sur ses excentrés forçait Valence à démarrer ses possessions en jouant latéralement ou en retrait et permettait donc le repli des Basques dans leur moitié de terrain.

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Carlos Martinez et De la Bella sortent au pressing lorsque Jonas et Feghouli reçoivent le ballon dos au but. Il encadrent ainsi Markel et Illarramendi, qui avaient jusqu’ici besoin d’attendre le repli de leurs attaquants pour pouvoir gérer les mouvements des créateurs valenciens.

Le même système se retrouvait une fois la Real repliée dans sa moitié de terrain. La ligne défensive était très resserrée, de manière à ne laisser aucun espace dans l’axe. Si besoin, Carlos Martinez et De la Bella sortaient de l’alignement pour venir en aide à Markel et Illarramendi. Ces derniers se positionnaient eux afin de couper les tranmissions créateurs-attaquants dans le coeur du jeu (empêcher les remises, une-deux dans la profondeur etc…). Sur les côtés, Vela et Chori Castro redescendaient très bas pour défendre les couloirs face aux montées de Cissokho et Joao Pereira. En première ligne, Xabi Prieto tentait lui de perturber la construction valencienne. Sans grand succès au vu de la supériorité numérique des Chés dans sa zone (toujours 2 voire 3 contre 1).

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Le bloc de la Real dans son camp : quatre défenseurs très resserrés de manière à pouvoir sortir sur un attaquant sans ouvrir un espace trop grand au sein de la ligne défensive. Devant, les milieux chargés sont chargés eux aussi de limiter ces risques en se positionnant entre le ballon et l’axe de la défense. Sur les côtés, les ailiers complètent leurs partenaires en protégeant les couloirs des montées des latéraux adverses.

Blindée dans l’axe, la défense de la Real a néanmoins concédé quelques situations dangereuses sur les ailes. Largement en surnombre au milieu de terrain (4 contre 3 la plupart du temps), les Valenciens sont parvenus à s’ouvrir des angles de passes pour trouver des solutions dans la profondeur, notamment dans les espaces entre les ailiers et les latéraux de la Real, qui n’étaient pas couverts par les milieux de la Real. Mais la présence d’au moins trois défenseurs dans la surface et le bon repli des milieux ont permis aux Basques de renvoyer tous les centres sans donner de travail à Bravo. L’obligation pour Valence d’utiliser ses latéraux en phase offensive offraient des ballons de contre à Vela et Chori Castro sur chaque renvoi. C’est d’ailleurs sur un contre parfaitement mené, mais suite à un coup de pied arrêté, que les Txuri Urdin ont inscrit leur second but (73e).

Coachings : 

Une fois l’avantage acquis par ses joueurs au tableau d’affichage, Philippe Montanier n’a pas perdu de temps pour renforcer son milieu de terrain. Chori Castro, le buteur, est sorti au profit de Zurutuza qui est venu se positionner dans l’entrejeu aux côtés de Markel et Illarramendi. Premier soutien de Agirretxe jusqu’ici, Xabi Prieto a glissé dans le couloir droit ; Vela est lui parti sur l’aile gauche. Laissant venir Valence, le nouveau milieu à trois de la Real couvrait évidemment mieux la largeur et pouvait désormais fermer les espaces entre ailiers et latéraux.

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Zurutuza est entré en jeu, entraînant l’inversion de la pointe du milieu de terrain valencien (un n°6 au lieu d’un n°10). Autour de ce nouveau milieu à trois, rien ne change : les ailiers évoluent très bas pour bloquer les couloirs et les défenseurs se concentrent dans l’axe pour répondre à la présence valencienne en première ligne.

De son côté, Ernesto Valverde a joué son va-tout en faisant entrer en jeu Guardado puis Valdez à la place de Albelda et Cissokho. Le Mexicain est d’abord entré sur l’aile gauche avant d’être replacé en latéral à la sortie du Français. Ces changements n’ont pas modifié l’opposition tactique. La Real Sociedad a inscrit un troisième but en contre ; Valence est revenu en poussant en fin de match avant qu’Agirretxe ne mette définitivement fin au suspense au bout des arrêts de jeu.

Conclusion :  

 Résistant à la mobilité valencienne (avec le ballon et au pressing), la Real s’est appuyée sur une arrière-garde très solide pour construire son succès. Blindant l’axe pour couper les possibilités de combinaisons entre les créateurs (Banega, Jonas) et les attaquants (Feghouli, Soldado), les Basques ont d’abord rendu la possession de balle valencienne stérile. Ils ont ensuite profité des points faibles du plan B ché (les espaces dans le dos de latéraux obligés de monter pour participer aux attaques) pour prendre l’avantage et gérer ensuite la fin de partie.

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2 réponses

  1. jAX dit :

    Finalement, même si Valence a été dominateur territorialement et sur le plan de la possession, la Real n’a jamais paru dominé (du moins à mes yeux elle a géré sa rencontre et a été très appliqué défensivement, avec notamment un gros travail accompli par Vela et Castro). L’axe a été véritablement la zone de Valence (grâce, comme tu l’as éxpliqué, à la supériorité numérique et aux déplacements du trio Banega-Jonas-Feghouli) mais la Real avait son plan de jeu et y est resté fidèle en première période (j’ai raté une grosse partie de la deuxième), en privilégiant le jeu sur l’aile droite (Martinez, Vela, Prieto) pour créer un décalage en sortant Matthieu de son alignement.

    Elle est très bien organisée cette équipe et s’est focalisée sur les ailes quand l’axe était bouché. Elle est aussi dangereuse dans tous les secteurs : 1 but sur attaque placée, 1 but sur cpa et 2 buts en contre. Le travail d’Agirretxe est également à sougliner, ce qu’il fait sur le second but est absolument magnifique et son travail dans les airs et en appuie est également à souligner. Grosse performance de sa part.

    Avec quelques renforts (difficile d’envisager une grosse arrivée mais il sera impératif de recruter) on peut envisager une autre belle saison en Liga mais ce sera très dur de faire quelque chose en C1. À noter que la Real a déjà pris autant de points que Malaga la saison passée à 5 journées de la fin avec une différence de buts de +20! Chapeau.

  2. Kuerschen dit :

    Un match qui a quand même démontré toutes les ressources des 2 équipes et aussi leurs points faibles. Pour ma part, quelque soit le score, j’ai assisté à un très beau match avec beaucoup de techniques et de surprises également.

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